Histoire de Sète

Sète 1849 : le brasier sous la cendre.

 Face aux évènements qui agitaient Paris en 1848 et 1849, les Cettois restèrent calmes. Mais dans cette ville où les salariés étaient majoritaires, les idéaux de la révolution de février 1848 ne laissaient pas indifférents. Et, par delà le temps, le message de 1848 ne s'adresse-t-il pas aussi à nous ?seteP1010414-2

Au milieu du XIXème siècle, le sort de la classe ouvrière était dramatique. Il fut mis en lumière par l'enquête du docteur Villermé (1840). Lamennais assimilait la condition ouvrière à l'esclavage. Tout un courant socialiste (Fourier, Proudhon, Louis Blanc) diffusait l'idée d'une nouvelle organisation de la société rendant sa dignité au travailleur.

Sete en 1845-1

Et voilà que la République avait apporté, avec les libertés, le suffrage universel, le droit de vivre de son travail. Certes, les élections législatives n'ont pas été favorables à la république sociale (avril 1848) et en juin, Paris a connu une vraie guerre sociale. Mais les Cettois de 1849 gardaient l'espoir de changer leur condition. Car la crise économique fait toujours sentir ses effets. Le chômage sévit toujours particulièrement chez les ouvriers du bâtiment : maçons, plâtriers, tailleurs de pierre.

Certes, la ville est dotée d'une caisse de secours. Et on a organisé des ateliers de charité : près du fort Saint Pierre, on extrait "des moelons" de la roche pour édifier le mur de soutènement du futur cimetière marin.

 Sur le plan politique, en dépit du retour de balancier conservateur, les braises républicaines et socialistes rougeoient toujours. Portefaix et tonneliers sont de "tendance du parti avancé". Et les sociétés secrètes inquiètent les autorités. D'autant que l'anniversaire de la révolution du 24 février approche. Et tout à coup, le 7 février 1849, la ville s'embrase. Les autorités veulent faire enlever le bonnet phrygien surmontant l'arbre de la liberté édifié place de l'Hôtel de ville. Après des tergiversations du maire Mercier et des essais infructueux, l'arbre est scié. L'arbre de la liberté qu'on avait soigneusement entouré d'une grille ! Les spectateurs s'attroupent, manifestent.

Après une première tentative, on force les portes de la salle du conseil municipal. Le mobilier est brisé. Et les émeutiers se répandent en ville, tentent d'empêcher les gardes nationaux de battre le rappel. Et après 6 heures du soir, l'émeute se fait plus violente. Chez Raynaud, les portes résistent. Pas chez Benker où des déprédations sont commises. On désarme les gendarmes, on jette "chapeau et sabre" au canal. Puis on va mettre à sac le cercle du Commerce où se réunissent les bourgeois et négociants.

On brise les glaces, on sort le billard que l'on brûle. Un tonneau de rhum s'embrase à grandes flammes. On boit les liqueurs des aristocrates et on danse la farandole !

L'armée prend position devant l'Hôtel de ville. Avec toutes les autorités judiciaires et policières, arrive de Montpellier un bataillon du Génie. Arrestations. Vingt inculpés sont transférés à Montpellier. Mais soixante dix ans après, selon la Constitution, notre République est "démocratique et sociale". Sociale ?

Hervé Le Blanche

Aux confins méditerranéens du royaume de France

La monarchie française a tardivement été en contact avec la mer, « Mer Intérieure ». Capétiens, Valois, Bourbons étaient, sinon continentaux, du moins des terriens. C’est aux XII° et XIII° siècles que les dynasties de l’Ile de France eurent accès aux mers du Ponant. Et ce n’est que depuis la fin du Moyen Age que les rois de France ont veillé sur de nouveaux confins.

Le roi prête serment, lors du sacre, de protéger la religion catholique. C’est le premier devoir de « l’oint du Seigneur », le roi très chrétien, l’ « évêque du dehors ». Mais il jure ensuite de veiller « à la sécurité et au repos de ses peuples ». La sécurité des provinces françaises légitime l’emploi de la force armée et la conduite de la guerre. Jusqu’à Louis XIV, le roi, chef de guerre, sera présent sur le champ de bataille. Le monarque qui installa la « prépondérance française » en Europe, au moment du trépas (1705), regrettais d’avoir trop aimé « la guerre et les bâtiments ». Selon M. J. Cornette, il fut « le roi de guerre », celui des Bourbons qui usa le plus de son pouvoir régalien.

Veiller à la défense (ou à l’extension) du « pré-carré » sur terre ne posait qu’un problème de moyens. Il en allait autrement aux confins méditerranéens. Début XIII°, Saint Louis se fit concéder par le seigneur de Lunel une étendue d’eaux stagnantes où on creusa un port qu’un canal reliait à la mer. En 1271 quand le Languedoc fut annexé par le royaume, il n’offrait guère d’abris. Narbonne, La Nouvelle, Aigues-Mortes étaient de peu d’importance et même Frontignan et Agde ne semblaient guère offrir de possibilités.

Ce n’est qu’avec l’annexion de la Provence et de Marseille (1481) que la France a disposé d’une base pour « les vaisseaux du Roi ». Car, sur cette côte au sud du royaume, il fallait veiller. Une des raisons de la création du port au « Cap de Cette » en Languedoc est de pouvoir accueillir les galères qui, depuis Marseille, patrouillaient (de mars à septembre, il est vrai) en Méditerranée occidentale. En 1718, l’Intendant du Languedoc, dans sa description de la province, écrit que Cette « est un port de guerre » où le gouverneur de la place a des pouvoirs de police et où siège une Amirauté. Et à la fin du même siècle, les marchands et négociants de Sète se félicitent de pouvoir accueillir un « vaisseau de 50 canons » dans un « havre facile et assuré ».

A cette époque, la Royale n’utilisait plus de galères, mais jusqu’en 1748, ce sont les vaisseaux longs qui faisaient la police du domaine maritime du roi. L’arrivée à Cette d’une galère posait des problèmes à la communauté (6 000 habitants au XVIII°). Il fallait pendant plusieurs jours nourrir 450 hommes (dont 56 galériens), loger les officiers, pourvoir les navires en « rafraichissements » (eau douce, vivres). MM les consuls en avaient bien du tracas.

Il est vrai que les gens d’armes de la royauté rassuraient quelque peu. Il n’en avait pas toujours été ainsi. Malgré les efforts de Richelieu, quand Colbert fut mis à la tête de la marine (1664), huit galères pourrissaient dans le port de Marseille. Le « grand roi », soucieux de son devoir, porta leur nombre à trente en 1688. Il en eut jusqu’à quarante (1655). Pour la gloire ?

Hervé Le Blanche

 

 

Montpellier, Cette et les marquis de Castries.

Fontaine des licornes  (Montpellier)

» lire aussi en page Patrimoine/Bâti et architecture :
Les chimères du marquis de Castries

 

L'histoire de la famille de Castries est liée à celle de Montpellier et de Sète. Charles Eugène Gabriel, marquis de Castries, était gouverneur des deux villes. Son fils, issu d'un premier mariage, Armand Charles Augustin fut honoré du titre de duc de Castries et ne fut pas oublié en son temps en Languedoc.

Pourtant, elle semble bien parisienne cette aristocratique famille. Charles Eugène, le vainqueur de Klosterkamp, naquit à Paris et mourut en émigration en Allemagne. Son fils, Armand Charles Augustin (1752-1842), naquit et mourut à Paris. Peut-être dans l'hôtel de Castries (72 rue de Varennes à Paris) ou dans le château d'Ollainville que possédait le marquis. Un héritage le mit à la tête d'une belle fortune qui lui permit d'embellir son hôtel, d'acquérir une autre propriété à Antony et de tenir son rang. Car Charles Eugène, marquis de Castries, devint un des principaux personnages du royaume. La gloire du combat de Klosterkamp, gravée dans le marbre à Montpellier, le servit sans doute, mais sa naissance et ses talents en firent un des dirigeants du pays. Notons pour l'anecdote que "la fontaine aux licornes" et ses étranges quadrupèdes ne gagneront la place de la Canourgue qu'en 1865, après son agrandissement en 1860. Mais le marquis devint maréchal de France et un ministre de la Marine travailleur et efficace. Sont action sera déterminante dans la guerre d'Indépendance américaine. A la paix, il mènera un important effort de législation et de réorganisation. Il fut un grand ministre de la Marine.

Et Cette ? Et bien, dans ce "port royal", compte tenu du poids des hiérarchies sociales et des coutumes d'Ancien Régime, on fêtait les de Castries quand cela paraissait nécessaire. Le 20 mars 1781, la Communauté cettoise offrit au fils du ministre et désormais duc une belle fête pour l'entrée solennelle de Charles  André Augustin de la Croix de Castries dans la bonne ville de Cette. On dressa des arcs de triomphe, on illumina la cité. Les invités furent accueillis par force "décharges de boëtes" (nos bombes à poudre actuelles). Et puis, on a soupé, arrosant le repas de vin de Malaga, on a admiré les "fuzées" du feu d'artifice et l'on a dansé. Bal, feu de joie, fontaines de vin. La fête est belle pour la jeunesse. Et puis, l'on n'oublie pas le père, le gouverneur. Certes, il ne réside pas. Mais ceux qui signent leurs lettres aux autorités "vos humbles et obéissants serviteurs" fêtent l'accession du marquis au maréchalat le 21 septembre 1783. On organise des joutes, bien sûr! On fait repeindre les pavois. Le sieur Lambe, serrurier, ferre les lances. La veuve Marie Gachon apprête drapeaux et écharpes. Un sieur Humbert offre deux montres aux jouteurs (le tiers de la dépense totale tout de même!).

On ne sait qui remporta le tournoi. Ce que l'on sait, c'est que quand le marquis de Castries fut fait maréchal, un grave conflit de préséance, et en fait de pouvoir, opposa les consuls et les officiers de l'Amirauté. On en référa au Parlement de Toulouse, loin de Paris et de M. le marquis

Hervé Le Blanche

 

Quand survenaient les vaisseaux du roi.

 Aux temps modernes (XVIème-XVIIIème siècles pour les historiens), c’est au tournant du XVIIIème siècle que les galères connurent leur apogée en tant qu’instrument militaire. C’est à Cette qu’elles faisaient escale quand elles opéraient en Méditerranée occidentale. Ces croisières posaient d’ailleurs de nombreux problèmes aux capitaines et aux communautés des ports d’escale.

Le port de Cette au XVIIème siècle

 Louis XIV et Colbert mirent sur pied une marine (la Royale) supérieure même à la flotte anglaise (250 000 tonneaux au total contre 200.000 aux Anglais). Elle pouvait aligner 120 vaisseaux de ligne de plus de 40 canons contre 100 aux britanniques. En Méditerranée, l’arsenal de Marseille armait 34 galères (chiffre inégalé). En ces temps où même le roi peinait à imposer des nouveautés, les galères étaient toujours considérées comme bâtiment de guerre. Les escadres du Roi-Soleil participaient aux opérations maritimes en Méditerranée. D’abord à l’apogée du règne lors de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1711) quand le royaume de France affronta une vaste coalition européenne : Angleterre, Hollande, Autriche, empire germanique, Espagne. En 1696, les Français assiègent Barcelone. Les galères sont chargées d’escorter les navires de ravitaillement et de soutenir les opérations sur mer. Le 12 août, 25 galères quittent le mouillage des îles du Frioul à une lieue de Marseille, poussées par un petit vent d’ouest-nord-ouest. A la pointe du jour, se lève une brise du sud-ouest qui incite le chef de l’expédition à faire escale à Cette plutôt que de traverser en une seule étape le golfe du Lion.
Mais le port n’est pas d’accès facile, surtout par vent d’est et « les bâtiments sont en danger de se perdre ». L’escadre va l’apprendre à ses dépens car elle relâche le 13 août, repart le 15 et, face à la grosse mer, regagne le port en désordre ; « entre qui peut », note le témoin, lieutenant à bord d’une galère. L’on ne repartira vers Port-Vendres que le 17. Messieurs les officiers apprécient la compagnie des « dames de Montpellier ». Les galériens se reposent. On se ravitaille. Il faut d’abord de l’eau. Les forçats s’hydrataient beaucoup et une galère emportait 300 barils d’eau (25.000 litres) qui étaient épuisés en cinq jours environ. Le témoin ne dit pas comment on a trouvé autant d’eau « au cap de Cette », ni de grandes quantités de pain base de la nourriture des rameurs, des matelots aux soldats. Il fallait du bois pour la cuisine et du vin. Le capitaine avait sa provision personnelle, mais les autres ? Le vin est le réconfort des matelots et un forçat ayant tiré sur la rame une partie de la nuit, arrosé d’embruns, affamé, doit attendre au matin l’heure de la distribution de pain. Alors, la piquette du bord est la bienvenue. A-t-on mis Agde, Frontignan, Mèze à contribution ?

Mais l’escale, pour le forçat, c’était aussi l’occasion de petits trafics dont celui du tabac que l’on fumait « en voguant »(*) et peut-être l’occasion de se faire « la belle » !

Hervé Le Blanche

(*) Au sens premier donné par le Petit Littré et repris par A. Zysberg (Les Galériens, Seuil, 1987), voguer c’est « être poussé sur l’eau à force de rame, ramer, faire aller avec la rame ». Ainsi, quand la chiourme entière ne voguait pas, la galère « voguait par quartiers ».

« Cette » et le Second Empire.

La Gare

Emile Doumet (BNF)

« Cette », ainsi dénommée avant 1928, doit au Second Empire son essor et une part de sa physionomie actuelle. Certes, le régime de Napoléon III n’est pas responsable d’évolutions profondes favorisant l’essor de la ville-port, mais sa marque dans la vie de la cité est indéniable. Marque voulue par l’Empereur ?

De prime abord, Cette n’avait rien de commun avec le neveu de Bonaparte. La ville était en majorité ouvrière et républicaine. Si, malgré les affres du commandant de la place, Samary, elle ne s’opposa pas violemment au coup d’Etat, elle fut « une des cinq villes de France qui aient voté contre Bonaparte ». 97 Cettois sont poursuivis, plusieurs dizaines déportés en Algérie. Dans la ville, un homme incarne la politique bonapartiste : Emile Doumet. Né en 1796 à Paris, il avait fait une carrière d’officier dans l’armée. Mais « sa famille (était) solidement implantée sur les hauteurs de la ville ». Jusqu’au XIXème siècle, la cité Doumet était une enclave fermée pour la nuit. La famille « présente dans le négoce et l’armement » est très active à Cette. Désigné maire en 1845, il sera réélu jusqu’en 1863. Autoritaire, il épure le conseil municipal, mobilise la police et la troupe contre les grévistes. L’opposition républicaine, socialiste est réprimée tout autant que celle des légitimistes appuyés par le clergé local. Et cependant, il devait bien exister une certaine connivence cettoise entre les habitants de « l’Ile singulière » et le notable autoritaire. Aux législatives de 1863, face au candidat gouvernemental Pagezy, Doumet triomphe dans sa ville.

Battu dans le département, il se démet de tous ses mandats. L’opposition républicaine se fera pressante jusqu’en 1870, en dépit de l’essor de la ville et de la politique impériale. Les facteurs de croissance, antérieurs à l’Empire, porteront le port au 4ème rang en France. Le chemin de fer est installé dès 1839, les banques cettoises mobilisent leurs avoirs et l’Algérie fournit de beaux débouchés aux négociants en vin jusqu’en 1866. Le brise-lame est créé, l’actuel canal maritime creusé. Et Napoléon III semble avoir de la sollicitude pour ses administrés. Selon M. Jean Sagnes, historien languedocien (professeur émérite de l’Université de Perpignan), Louis Napoléon, en bon citoyen de son temps, était habité par un réel souci d’améliorer le sort des populations. « Saint Simonien couronné », il favorisa l’essor industriel et son souci d’urbanisation qui a transformé Paris se retrouve ici. Selon l’Histoire de Sète (collectif, éd. Privat 1987), « Doumet sera le baron Haussmann de Sète, créant un nouvel ordre urbain poursuivi jusqu’à la fin de son « proconsulat », fin XIXème siècle ». Deux réalisations complémentaires illustrent cette politique : en 1863, vingt fontaines publiques sont alimentées par l’eau d’Issanka (à 7 Km) et des machines à vapeur porteront l’eau au Château d’eau et jusque sur « la montagne » de Saint Clair. Et sera aménagé l’actuel jardin « Simone Weil ».

La population de Cette est passée de 9 000 habitants en 1821 à 27 000 en 1875. En 1876, la ville aura son avenue et le mur de clôture ancien sera détruit. Malgré-ou avec Doumet, le « rêveur de l’Elysée » a-t-il œuvré au bonheur des Cettois ?

Hervé Le Blanche

Le protestantisme sétois

L'église protestante unie de Sète et bassin de Thau a célèbré les 500 ans de la Réforme, len mai avec une soiré au temple de Sète et une exposition Martin Luther, ainsi qu'une conférence sera donnée par le professeur Michel Miaille de l'Université de Montpellier sur le thème de l'apport du protestantisme dans la société et sa modernité.

La soirée s'était terminée par un récital d'orgue donné par Frédéric Munoz avec la participation des amis de l'orgue qui ont permis la rénovation totale de cet instrument monumental du début du XXème siècle. Seront proposées des œuvres de Böhm, Pachelbel, Bach et Luther. (voir rubrique conférences)
A cette occasion Eva Nocquet, la pasteure de la paroisse de Sète Bassin de Thau,  avait eu la gentillesse de résumer pour les lecteurs de Thau-info l'histoire du protestantisme sétois.

croix du fronton du temple de Sète, tombée lors d'une tempêteSous l’Ancien régime

Après la construction du port commencée en 1666, la ville de Sète naît officiellement en 1673. Elle est exemptée de taxes et attire de ce fait de nouveaux habitants. Jusqu’à la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, elle a compté jusqu’à une trentaine de protestants. Ils ont tous abjuré.

Pendant la première moitié du XVIIIe siècle, de nouveaux protestants arrivent. Ils vivent leur foi en famille, sans aucune institution ecclésiale, et se conforment à une catholicité de façade. Parmi les immigrants, on compte des Italiens, catholiques, actifs dans la pêche, mais aussi des Suisses, des Hollandais et des Allemands, protestants et spécialisés dans le négoce. Les deux tiers des protestants viennent du Languedoc et des Cévennes, et le dernier tiers se répartit entre les autres régions de France et les pays étrangers. Autour de 1750, les protestants sont une centaine. Ils se réunissent dans une grange au bord de l’étang de Thau. En 1754, la communauté commence à tenir un registre. Vers 1770, un pasteur s’installe à Sète. Il dessert aussi Villeveyrac et Cournonterral.

En quarante ans, la population protestante a quadruplé, et en 1789 elle compte 450 individus, soit 6% de la population. Un négociant sur quatre est protestant, en général d’origine étrangère. Les autres protestants, en particuliers ceux originaires du Languedoc et des Cévennes, se sont spécialisés dans la tonnellerie. Les protestants habitent dans tous les quartiers de la ville, mais ils sont plus nombreux sur les quais qui bordent le canal.

Pendant la Révolution

Dans l’ensemble, les protestants sétois font plutôt bon accueil à la Révolution et y participent activement. Les négociants, quant à eux, semblent plus partagés.
Pendant la période révolutionnaire, le pasteur Jacques Vincent quitte le ministère. Le culte, qui se tenait jusque là dans un grenier près de la mer, est suspendu à la fin de l’année 1793. L’année suivante, un négociant protestant, Louis Flickwier, devient maire de la ville, mais pour quelques semaines seulement. Après la Révolution, les protestants de Sète mettront du temps à se réorganiser.

Sous le Concordat

A Sète, les relations avec les catholiques semblent moins problématiques que dans d’autres lieux, pour deux raisons : les protestants ne sont pas menaçants parce qu’ils ne sont qu’une petite minorité, et d’autre part ils jouissent d’une bonne situation économique. Il n’en demeure pas moins qu’en 1811, la liaison amoureuse qu’entretient le pasteur Philippe Juillerat-Chasseur avec une catholique est mal acceptée. On ne conçoit pas qu’il puisse l’épouser. Finalement il s’en va.

A partir de 1835, Coraly Hinsch, qui s’inscrit dans le mouvement revivaliste, fonde une église indépendante, qui essaime dans les régions environnantes. Elle reproche aux membres de l’Eglise concordataire de ne pas être vraiment chrétiens, de sorte que les relations deviennent vite conflictuelles. En 1847, elle ouvre à Sète un établissement de bains de mer. Le mouvement hinschiste sera actif pendant tout le XIXe siècle et disparaîtra seulement au milieu du XXe.
Pendant cette période, le protestantisme s’inscrit dans le paysage de la ville : en 1832, on commence la construction d’un premier temple, inauguré en 1834.
L’Eglise de Sète se reconnaît dans le courant évangélique, dans un consistoire de tendance libérale. Ainsi en 1862, elle refuse un suffragant libéral. Il est remplacé par un évangélique : le pasteur Lucien Benoît.
En 1865, Lucien Benoit fonde sur la Corniche la société des bains de mer du Lazaret, qui au début utilise des baraquements militaires. En 1876, il crée un comité sétois en faveur du repos et de la sanctification du dimanche, et il organise des réunions de quartier pour toucher les employés qui ne peuvent pas venir au culte parce qu’ils travaillent, le dimanche n’étant pas encore un jour férié. En 1884, il organise un diaconat. A cette époque, les protestants qui arrive à Sète ont une origine plus modeste : il s’agit souvent de viticulteurs touchés par la crise du phylloxéra.
L’Eglise emploie un concierge, un lecteur et un chantre. Durant cette période, la population protestante croît régulièrement, jusqu’à compter près de 2 400 personnes en 1886, soit 6, 3 % de la population sétoise. En 1890, un deuxième poste pastoral est ouvert : Pierre Médard vient seconder Lucien Benoît, très apprécié mais vieillissant. C’est alors que la population protestante de Sète commence à diminuer.
En 1892, un médecin protestant du parti radical, Ernest Scheydt, devient maire de la ville pour trois ans.

Au XXe siècle

En 1905, les protestants de Sète accueillent avec une certaine réserve la loi de séparation. L’Eglise connaîtra effectivement, pendant la période qui suivra, quelques difficultés financières.
Cela ne l’empêche pas cependant de s’équiper. En 1913, on installe un orgue au-dessus de la chaire. En 1932 on construit des salles annexes derrière le temple, qui servent en particulier aux Eclaireurs. Le Lazaret est agrandi dans les années 1920. En 1927, un directeur autonome remplace le pasteur, qui avait jusque là la responsabilité de gérer l’établissement.
De 1925 à 1951, la publication d’un bulletin paroissial, « Le lien », informe et soude la communauté.
Dans les premiers temps, l’Eglise de Sète ne rejoint aucune union et reste autonome. C’est seulement en 1921 qu’elle adhérera aux Eglises Réformées Evangéliques. En 1938, elle rejoint la nouvelle Eglise Réformée de France, mais gardera son autonomie financière jusqu’en 1945.

En 1943, elle accueille Elisabeth Schmidt pour seconder le pasteur Van den Perk. Elle sera la première femme pasteur de l’Eglise réformée. Elle sera consacrée en 1949.

Sources :
J.-C. GAUSSENT, Les protestants et l’Eglise réformée de Sète, Nîmes : C. Lacour, 1993 fait par Bernard Mourou, juin 2011

La Croix des Bédouins

La montée des Bédouins ou rampe des Arabes fut réalisée entre 1844 et 1845 par des prisonniers algériens. Ils creusèrent aussi la montagne pour ouvrit une route vers la Corniche, accessible jusqu’alors par la route d’Agde, actuelle rue Jean Vilar. Une Croix de fer fut posée en 1743. Elle fut détruite en 1944 par le bombardement de Sète, reconstruite en 1949 et changée en 1987.

Le Fort Richelieu en 1900

En 1900, le Fort Richelieu était seul au bas de Saint Clair, complètement dénudé. Il est toujours là mais aujourd’hui cerné par les habitations et le Musée.

Histoire du protestantisme sétois

L'église protestante unie de Sète et bassin de Thau a célèbré les 500 ans de la Réforme, len mai avec une soiré au temple de Sète et une exposition Martin Luther, ainsi qu'une conférence sera donnée par le professeur Michel Miaille de l'Université de Montpellier sur le thème de l'apport du protestantisme dans la société et sa modernité.

La soirée s'était terminée par un récital d'orgue donné par Frédéric Munoz avec la participation des amis de l'orgue qui ont permis la rénovation totale de cet instrument monumental du début du XXème siècle. Seront proposées des œuvres de Böhm, Pachelbel, Bach et Luther. (voir rubrique conférences)
A cette occasion Eva Nocquet, la pasteure de la paroisse de Sète Bassin de Thau,  avait eu la gentillesse de résumer pour les lecteurs de Thau-info l'histoire du protestantisme sétois.

croix du fronton du temple de Sète, tombée lors d'une tempêteSous l’Ancien régime

Après la construction du port commencée en 1666, la ville de Sète naît officiellement en 1673. Elle est exemptée de taxes et attire de ce fait de nouveaux habitants. Jusqu’à la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, elle a compté jusqu’à une trentaine de protestants. Ils ont tous abjuré.

Pendant la première moitié du XVIIIe siècle, de nouveaux protestants arrivent. Ils vivent leur foi en famille, sans aucune institution ecclésiale, et se conforment à une catholicité de façade. Parmi les immigrants, on compte des Italiens, catholiques, actifs dans la pêche, mais aussi des Suisses, des Hollandais et des Allemands, protestants et spécialisés dans le négoce. Les deux tiers des protestants viennent du Languedoc et des Cévennes, et le dernier tiers se répartit entre les autres régions de France et les pays étrangers. Autour de 1750, les protestants sont une centaine. Ils se réunissent dans une grange au bord de l’étang de Thau. En 1754, la communauté commence à tenir un registre. Vers 1770, un pasteur s’installe à Sète. Il dessert aussi Villeveyrac et Cournonterral.

En quarante ans, la population protestante a quadruplé, et en 1789 elle compte 450 individus, soit 6% de la population. Un négociant sur quatre est protestant, en général d’origine étrangère. Les autres protestants, en particuliers ceux originaires du Languedoc et des Cévennes, se sont spécialisés dans la tonnellerie. Les protestants habitent dans tous les quartiers de la ville, mais ils sont plus nombreux sur les quais qui bordent le canal.

Pendant la Révolution

Dans l’ensemble, les protestants sétois font plutôt bon accueil à la Révolution et y participent activement. Les négociants, quant à eux, semblent plus partagés.
Pendant la période révolutionnaire, le pasteur Jacques Vincent quitte le ministère. Le culte, qui se tenait jusque là dans un grenier près de la mer, est suspendu à la fin de l’année 1793. L’année suivante, un négociant protestant, Louis Flickwier, devient maire de la ville, mais pour quelques semaines seulement. Après la Révolution, les protestants de Sète mettront du temps à se réorganiser.

Sous le Concordat

A Sète, les relations avec les catholiques semblent moins problématiques que dans d’autres lieux, pour deux raisons : les protestants ne sont pas menaçants parce qu’ils ne sont qu’une petite minorité, et d’autre part ils jouissent d’une bonne situation économique. Il n’en demeure pas moins qu’en 1811, la liaison amoureuse qu’entretient le pasteur Philippe Juillerat-Chasseur avec une catholique est mal acceptée. On ne conçoit pas qu’il puisse l’épouser. Finalement il s’en va.

A partir de 1835, Coraly Hinsch, qui s’inscrit dans le mouvement revivaliste, fonde une église indépendante, qui essaime dans les régions environnantes. Elle reproche aux membres de l’Eglise concordataire de ne pas être vraiment chrétiens, de sorte que les relations deviennent vite conflictuelles. En 1847, elle ouvre à Sète un établissement de bains de mer. Le mouvement hinschiste sera actif pendant tout le XIXe siècle et disparaîtra seulement au milieu du XXe.
Pendant cette période, le protestantisme s’inscrit dans le paysage de la ville : en 1832, on commence la construction d’un premier temple, inauguré en 1834.
L’Eglise de Sète se reconnaît dans le courant évangélique, dans un consistoire de tendance libérale. Ainsi en 1862, elle refuse un suffragant libéral. Il est remplacé par un évangélique : le pasteur Lucien Benoît.
En 1865, Lucien Benoit fonde sur la Corniche la société des bains de mer du Lazaret, qui au début utilise des baraquements militaires. En 1876, il crée un comité sétois en faveur du repos et de la sanctification du dimanche, et il organise des réunions de quartier pour toucher les employés qui ne peuvent pas venir au culte parce qu’ils travaillent, le dimanche n’étant pas encore un jour férié. En 1884, il organise un diaconat. A cette époque, les protestants qui arrive à Sète ont une origine plus modeste : il s’agit souvent de viticulteurs touchés par la crise du phylloxéra.
L’Eglise emploie un concierge, un lecteur et un chantre. Durant cette période, la population protestante croît régulièrement, jusqu’à compter près de 2 400 personnes en 1886, soit 6, 3 % de la population sétoise. En 1890, un deuxième poste pastoral est ouvert : Pierre Médard vient seconder Lucien Benoît, très apprécié mais vieillissant. C’est alors que la population protestante de Sète commence à diminuer.
En 1892, un médecin protestant du parti radical, Ernest Scheydt, devient maire de la ville pour trois ans.

Au XXe siècle

En 1905, les protestants de Sète accueillent avec une certaine réserve la loi de séparation. L’Eglise connaîtra effectivement, pendant la période qui suivra, quelques difficultés financières.
Cela ne l’empêche pas cependant de s’équiper. En 1913, on installe un orgue au-dessus de la chaire. En 1932 on construit des salles annexes derrière le temple, qui servent en particulier aux Eclaireurs. Le Lazaret est agrandi dans les années 1920. En 1927, un directeur autonome remplace le pasteur, qui avait jusque là la responsabilité de gérer l’établissement.
De 1925 à 1951, la publication d’un bulletin paroissial, « Le lien », informe et soude la communauté.
Dans les premiers temps, l’Eglise de Sète ne rejoint aucune union et reste autonome. C’est seulement en 1921 qu’elle adhérera aux Eglises Réformées Evangéliques. En 1938, elle rejoint la nouvelle Eglise Réformée de France, mais gardera son autonomie financière jusqu’en 1945.

En 1943, elle accueille Elisabeth Schmidt pour seconder le pasteur Van den Perk. Elle sera la première femme pasteur de l’Eglise réformée. Elle sera consacrée en 1949.

Sources :
J.-C. GAUSSENT, Les protestants et l’Eglise réformée de Sète, Nîmes : C. Lacour, 1993 fait par Bernard Mourou, juin 2011

Kiosque disparu

Place Stalingrad, était autrefois un kiosque à musique placé devant l’ecole Victor Hugo. Il fut détruit pour permettre l’installation des cirques…

Histoire(s) du Barrou.


Gustave Brugidou, président de la Société des Etudes Historiques
et Scientifiques de Sète et de sa région.
 

Vendredi 25 novembre, un parterre de deux cent personnes a assisté à l'évocation de l'histoire du quartier du Barrou par M. Brugidou, président de la Société des Etudes Historiques et Scientifiques de Sète et de sa région.

Têtes chenues et boucles brunes ont assisté à cette projection commentée de documents plus proche de l'exercice de mémoire.

 Il est vrai que la Société historique avait été épaulée par l'Amicale du Barrou qui a fourni un gros contingent de spectateurs. Le Barrou, dont l'occupation est antérieure à la fondation de la ville de Sète. Mais qu'est-ce que le Barrou ? Là, Clio fut traitée avec quelque désinvolture, ainsi que son auxiliaire la Géographie. Ce que l'on connaît bien, c'est la pointe du Barrou. Mais pourquoi ne pas retenir la définition la plus couramment admise du nom de "Barrou" : amas de rocailles ? Cet amas aurait favorisé les atterrissements formant la pointe…du Barrou. Par ailleurs, l'histoire de la paroisse Saint Joseph est bien plus riche et complexe que l'évocation de la présence "d'une église autrefois". La délimitation des propriétés de l'abbaye d'Aniane et de l'évêché d'Agde fut bien évoquée, mais cela apportait-il quelque chose à la compréhension de la mémoire du quartier ? L'occupation préhistorique ne fut qu'incidemment signalée et les traces de l'occupation gallo-romaine auraient pu être mieux utilisées. Si la présence de monnaies atteste un courant d'économie monétaire, les indications diffèrent totalement selon qu'elles sont datées du haut ou du bas empire. Les amphores sont-elles antérieures au Ier siècle après JC ?

Avec l'époque contemporaine, on était sur un terrain plus solide. Le quartier du Barrou, tel qu'on le conçoit aujourd'hui, c'est l'espace entre la voie de chemin de fer (ligne Tarascon-Bordeaux 1849) et l'Etang. Sur sa rive ont vécu des pêcheurs (opérant à la maniguière), des agriculteurs dont l'activité prit de l'importance à la fin du XIXème siècle (jardins potagers) et, photographies à l'appui, on évoque les vignes (labour avec cheval) qui tenaient une grande place dans le terroir au début du XXème siècle. Et, en ce premier après guerre, le Barrou, ce sont aussi les fêtes, les bals populaires qui trouveront un écho dans une époque plus proche de nous avec les corsos fleuris et les très appréciées majorettes du Barrou. Mais, la grande affaire de l'entre deux guerres fut l'installation des Chantiers Généraux sur 12 ha gagnées sur l'étang. Les documents montrent des installations permettant de fabriquer des wagons-foudres, des grosses péniches pinardières de 350 t naviguant sur le canal du Midi et les navires de près de 100 m de long. Les bâtiments de la Société, la rampe de lancement des navires, la cité ouvrière qui naquit auprès des Chantiers font partie de la mémoire du quartier.

 Tout autant que la plage et la pêche aux crevettes. D'ailleurs, après la séance, chacun avait sa version des causes de l'abandon des Chantiers Généraux. "Et c'est la vérité!" s'exclamait un participant. Peut-être, mais est-ce là de l'Histoire ?

Hervé Le Blanche

Sète la Singulière
par Louis Bernard Robitaille

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon

Ouvrage sur l'histoire de Sète

Sète la Singulière

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon