Histoire de Sète

De Cette à Sète...

La ville de Sète est née, en 1666, d'une décision royale et de la volonté de trois hommes: Paul Riquet, Louis XIV et le Chevalier de Clerville. Paul Riquet cherchait un débouché sur la Méditerranée pour le Canal du Midi dont il avait entrepris le creusement. Louis XIV avait chargé son ministre Colbert de trouver une rade pour les galères royales et d'y créer un port d'exportation des produits du Languedoc. Colbert confia cette tâche au Chevalier de Clerville, qui identifia le Cap de Sète comme le site le plus approprié pour la création d’un port.

 

Source : OT de la ville de Sète - Musique : Les Mourres de Porc

Les deux « piscines »

Jusque dans les années 70, les deux clubs de natation sétois , Dauphins et Dockers, avaient aménagé des piscines dans le Canal, entre le Palais Consulaire et le quai Rhin et Danube. C’est là que les petits sétois aprennaient à nager et qu’avaient lieu les matchs de water-polo. Ces bassins disparurent avec la construction du Centre sportif, rue Maurice Clavel, et de la première piscine couverte.

Le vidage du Canal

Pour la construction du Parking, le Canal Royal dut être vidé entre le pont de la Civette et le pont de la Savonnerie.

La spectaculaire construction du Parking sous le Canal

Le futur Casino

Entre les deux guerres,un café fut créé place de la Corniche. Puis en 1950, apparut le Robinson, dancing en vogue. Puis ; en 1995, cet établissement fut racheté et devint le Casino du groupe Tranchant.

1709. Cette et le « Grand Hyver »

En cette année 1709, l’édifice de l’Etat monarchique vacille. Le royaume est envahi. Les caisses du Trésor royal sont vides. C’est alors que se déchaîne une des pires calamités climatiques que la France ait subi depuis les années 1690. Cette, en Languedoc, connut le froid et la faim.

Grand Hyver - Chasse dans la neige - Pieter Bruegel l'ancien

Chasse dans la neige - Pieter Bruegel l'ancien

grand hyver - les émeutes de la faim

Les misères du temps.

La guerre sur terre s’éternisait et le sort des armes était défavorable aux armées du Grand Roi. Celui-ci devait faire face en Flandre, en Italie et en Espagne, où le patriotisme de la population permit de chasser les Autrichiens. Au Nord, les Français sont battus à Ramilies (1706), Oudenarde (1708) et, en 1709, Lille, la capitale des Flandres, une des plus grandes citadelles construites par Vauban, tombe. Dans le Sud, le prince Eugène ravage la Provence. Et la « malchance climatique » du terrible hiver de 1709 vient s’ajouter aux misères du temps. Le froid, ennemi sans merci, tue les châtaigniers, brule les vignes, fait périr les oliviers. Dans les grandes villes, les municipalités faisaient allumer de grands feux sur les places publiques. Or, le froid, attisé par un vent violent, gèle rivières et canaux, paralysant la vie économique. Les masses misérables grelottent et sont privées de nourriture : une grande partie des récoltes est perdue. L’Histoire du Languedoc (Devic et Vaissette) se fait alors évasive, « On dut envoyer quelques navires charger des grains dans les ports du Levant ».

Du pain, du pain !

A Cette, « le besoin des pauvres » a consommé par avance une année de revenu de l’hôpital. « On a même fait des quêtes extraordinaires qui n’ont pas été suffisantes pour pourvoir aux besoins pressants où sont les pauvres » et, note le registre des délibérations communales, « une grande partie des habitants de Cette n’ont pas d’autre ressource que leur travail » et, chargés « de grosses familles », « sans vivres et sans feu sont en danger de mourir ayant épuisé tous les secours auxquels on a coutume de recourir ». Le Bureau de charité est impuissant. Certes, les boulangers fournissent du pain : on leur a garanti deux ans de revenus au plus haut cours. Mais on réduit le poids des miches. Et à quel prix ? Les consuls ne l’indiquent pas, mais rendent compte de leur action. Le sieur Cornut, consul, et son collègue Aubenque vont à Agde, port des grains au débouché du canal du Midi. « Ils font la visite de tous les lieux ». Ils vont à Béziers. Il y a du blé dans les magasins de certains négociants, mais il est vendu, destiné à Montpellier, à Marseille. Au surplus, l’évêque-comte et le maire d’Agde ont interdit toute sortie des grains du diocèse. Ils doutent « de pourvoir aux besoins du diocèse dans une aussi fâcheuse conjoncture ».

Le consul Cornut note aussi « l’extrême cherté de la viande » et que la Communauté défend de vendre du pain aux étrangers « au delà du nécessaire », aux patrons de bâtiments étrangers, appelle à la délation contre ceux qui stockent farine ou pain.  Car « la Communauté a été menacée d’un mauvais pas », avec deux jours de pain pour tout viatique. Alors, le roi, ses guerres et sa gloire…

Hervé Le Blanche

Les Cettois en 1705.

Il y a un peu moins de quatre siècles, l’éclat de la grandeur royale commençait singulièrement à se ternir. En fait, une série d’épreuves conduisirent nombre de sujets à se détacher de l’astre solaire censé, en la personne de Louis le quatorzième, réchauffer le royaume. Et les Cettois ne furent pas en reste.

Un royaume en guerre.

En 1705, la France était à nouveau en guerre, comme souvent depuis 1672. Mais la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714) fut une véritable guerre européenne qui mit aux prises la France et son alliée l’Espagne et une coalition des puissances maritimes (Angleterre, Hollande), de l’Autriche et l’Empire germanique. Face à cette coalition, emmenée par des chefs de valeur (Malborough, le prince Eugène de Savoie), la France mobilise 400 000 hommes, mais Villars est le seul chef de valeur. On se bat en Bavière, en Italie, en Espagne. Au sud du royaume, flambe la révolte camisarde. Villars abandonne la répression brutale, mais si les révoltés sont défaits ou amnistiés, le feu couve sous la cendre. Or, en 1704, était parvenue une terrible nouvelle d’Allemagne. En Bavière, à Blenheim, l’armée royale défaite a perdu 30 000 hommes, le général est prisonnier. En 1705 en Espagne, on perdit la Catalogne, le royaume de Valence, la Murcie. Louis XIV était-il encore « le guerrier de Dieu », le « roi de guerre » capable d’exercer la défense, sinon la grandeur de la communauté qu’il dirige ? Depuis 1690 (selon Joël Cornette), un malaise s’est installé dans la société française. Certes, la mécanique du pouvoir tourne encore et encore, mais l’aura royale a bien pâli.

La vie cettoise suit son cours.

Et les Cettois semblent en avoir eu conscience. D’après la source la plus accessible, les comptes-rendus des délibérations communales (archives municipales), rien ne paraît troubler le quotidien de la communauté. Les affaires locales étaient gérées depuis 1685 par un consulat. Plus tard, la ville fut gérée, sous la juridiction de l’évêque d’Agde, par un maire (1692), deux consuls et un "conseil politique", "sorte de collège des principales familles influentes" (A. Degage). Dans les délibérations des représentants de la communauté sont évoquées les affaires en cours, les évènements importants. Or, en 1705, la « ville » semble vaquer comme si de rien n’était. Le registre de la police des consuls note les amendes infligées aux sieurs Pioch (Jean et Barthélémy), boulangers qui fraudaient sur le poids, insultaient les consuls lorsqu’ils se déplaçaient. Au cours des années sombres qui s’annoncent (1705-1715), seuls apparaissent, entre autres, les agissements du sieur Palot qui avait affermé le marché de la viande de boucherie, fraudeur, spéculateur, chicanier et toujours agissant au cours de ces années. Mais pas de prières publiques pour le succès des armes de la France, pas de procession, pas de deuil public.

Il faut compter avec les lacunes d’une source unique. Mais en la consultant, on ne peut s’empêcher de penser que les Cettois, comme d’autres dans le royaume, s’opposaient. Sans doute pas par action, mais tout simplement par omission.

Hervé Le Blanche

La Maison de la Santé

C’était un monument mythique du vieux Sète. Lors de la construction de la Criée, elle fut détruite malgré l’opposition des sétois. Pierre Arraut, le maire de l ‘époque, préféra faire plaisir aux pêcheurs que conserver ce beau témoignage du passé. Cela ne l’empêcha pas d’être battu aux élections suivantes par Yves Marchand…

Les Cettois, Louis XIV et l’Impôt.

Entre Cette et Louis XIV, ce ne fut pas une histoire d’amour. Certes, celui que certains contemporains appelèrent « Louis le Grand » est à l’origine de la création de la ville-port et lui concéda de nombreux privilèges. Mais la politique de grandeur avait un prix et les charges exigées par la monarchie semblèrent bien lourdes aux habitants de l’ « Isle de Cette ».

D’abord des exemptions,

La première pierre du môle Saint Louis fut posée le 1er juillet 1666. Le roi a 28 ans. Cinq ans avant, il s’est saisi du pouvoir et a manifesté la volonté d’exercer le « métier de roi ». Mais s’il n’y eut pas de « principal ministre », l’omniprésent Colbert joua un rôle important. Et les décisions royales mettront ses plans en œuvre. On créa Rochefort, Lorient, Cette qui devait être le grand emporium du royaume en Méditerranée occidentale. Alors, Louis XIV favorise les futurs Cettois. Ils ne paieront pas l’impôt royal, la taille. Ils ne paieront plus – au grand dam de l’évêque-comte d’Agde, monseigneur Fouquet – certains droits seigneuriaux. Mais certains possesseurs de biens nobles acquitteront des droits jusqu’au dernier tiers du XVIII°. De même, les Cettois ne paieront plus le « droit d’amortissement » (sur les boissons) aux Etats du Languedoc. Mais dans les années 1690, les guerres et les malheurs du temps (grande famine de 1694) font que le roi impose Cette.

Puis, des impositions…

Il y aura le « dixième ».  Cela ne semble pas poser trop de problèmes. En mai 1712, la décision est publiée « à son de trompe » et, en 1714, les consuls sont remboursés du trop-perçu de 1656 livres et même de 36 livres pour les frais ! On a rechigné. Mais on a payé.
Après 1694, il y eut la "capitation" (taxe par tête), en principe payée par tous les sujets du royaume. On estima les fortunes, on divisa la société en classes. A Cette, les consuls établirent des listes dressées d’après les rapports des « chefs d’Iliers » tenus de « faire des visites exactes dans leurs Isles », « dresser un contrôle de toutes les maisons qui les composent et de tous les habitants » (les étrangers sont exclus « sous quelque prétexte que ce soit »). Et ils rendent compte au greffier de la Communauté « des noms, formes, quantité d’enfants, domestiques, leurs pouvoirs et facultés ». Nous connaissons ces inspecteurs avant la lettre en 1712. Ce sont aussi des notables de la cité : les sieurs Goudard, Dubois, Vergnes, Vareille, Tudesq, Barthélémy et Louis Pioch, Pouget, Alleman, Caffarel, le consul Benezech qui opère à Saint Joseph. Les consuls informés nommaient les collecteurs qui parfois (en 1720) se désistaient (responsables « en leur propre »).

A première vue, la capitation est supportable. Au début du XVIII°, la Communauté payait environ 700 livres par an. Elle logeait le lieutenant du roi pour 600 livres. Mais il y eut ensuite le Vingtième et puis, après 1710, réparation des dégâts commis par les gens de guerre, logement et entretien de la garnison, coût de la milice garde-côte. C’était le règne du Grand Roi, Louis le Quatorzième que le ciel même semblait abandonner à la fin de son règne.

Hervé Le Blanche

Le premier pont de Cette

Il reliait la rue Lazare Carnot à la rue Frédéric Mistral. C’était le premier pont construit reliant le port à la nouvelle ville.

Libération

 

Photo: Aout 1944, la liberation de Sète, les sétois se rassemblent devant la Mairie

 

Sète la Singulière
par Louis Bernard Robitaille

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon

Ouvrage sur l'histoire de Sète

Sète la Singulière

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon