Vive le maréchal de Castries !



photos de documents tirés de la correspondance des consuls (aux archives municipales) montrant le style employé par de Castries à l'adresse des consuls et depuis Versailles(!).
 

Le 4ème marquis de Castries, Charles Eugène (1725-1800) appartenait à la haute aristocratie. Il n'est pourtant pas un des personnages importants de notre "roman" national. Cependant, il eut un rôle public non négligeable où les Cettois jouèrent leur partie.

 Il est d'ailleurs paradoxal qu'il obtint certaines des plus hautes charges de l'Etat à la suite d'intrigues de cour et de manœuvres politiques. Ce militaire de haut rang qui s'exposa sur les champs de bataille (trois fois blessé au cours de sa carrière) avait, outre sa naissance, des talents politiques. Et c'est plutôt grâce à ceux-ci qu'il accéda à des postes prestigieux et au grade suprême de maréchal de France. Très jeune officier, il eut une carrière fulgurante et il commanda la Flandre et le Hainaut, stratégiquement les provinces les plus importantes du royaume. Grand maître de la cavalerie, il dirigea des corps d'élite. Par ailleurs, homme de cour, il dut à Choiseul le gouvernement de Lyon, du Lyonnais et du Forez. Mais il n'a pas été ministre de la guerre, peut-être à cause de Louis XV qui lui garda une tenace rancune de sa fidélité à Choiseul qu'il visita dans son exil en Touraine. Mais il devint ministre de la Marine et des Colonies. Il avait montré quelques talents dans le commandement à la mer lors de la guerre de Sept ans (1756-1763), mais ce fut le jeu des influences qui fut décisif. Les comptes du précédent secrétaire d'Etat à la Marine étaient loin d'être en ordre. Pour le remplacer, Necker, le contrôleur général des Finances, fit le siège de Mme de Polignac, de la reine et proposa pour la place son ami de Castries.

 Et, bien que quelque peu gêné par cette faveur, de Castries devint ministre. Il est surprenant qu'à Cette on n'ait pas marqué cette accession au ministère par des réjouissances publiques. Est-ce parce qu'il s'agissait d'une charge civile ? Lacune de la documentation ? Toujours est-il qu'en 1781, la Communauté fêta dignement l'accession de Charles Eugène au maréchalat. Dignité qui ne couronnait pas l'action du marquis au département de la Marine, où il fut un grand ministre. Mais due à la faveur de Louis XVI voulant adoucir la démission de de Castries, outré que l'on ait abusé de sa signature dans l'affaire des comptes de Sartine. Quoi qu'il en soit, à Cette, on célébra dignement l'évènement. On dressa des arcs de triomphe ; on fit tonner "les boëtes" ; on tira des "fuzées". Il y eut un grand déjeuner arrosé de vin de Malaga. Et il y eut des joutes. On avait ferré soigneusement les lances, peint les pavois. On avait acheté des drapeaux neufs. On fit un "feu de joye" avec des "sarmens et autres bois". Et les deux finalistes du tournoi reçurent deux montres de prix.

 Après quoi, à la lueur des flambeaux et des chandelles, on a dansé. Furent gratifiés les valets de ville, les garçons et servantes d'auberge, le corps de la jeunesse qui put "aller par la ville" fêter l'évènement : M. de Castries était fait maréchal de France.

Hervé Le Blanche

Sources : dictionnaire biographique de l'Hérault ; papiers de famille du duc de Castries ; archives municipales de Sète (correspondance des consuls, réjouissances publiques).

Sète la Singulière
par Louis Bernard Robitaille

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon