Je me souviens

J’étais gueule rouge à Mèze

Un reportage de Daniel Monteil

Gueules noires, ça vous dit quelque chose : le Nord, les corons, le charbon, la mine… un travail pénible, dangereux… effectué aussi par des femmes et des enfants… Germinal… des luttes ouvrières implacables, des grèves… pas que du bonheur ! Si maintenant, au jour où je vous parle, cher lecteur, je vous dis qu'à Mèze des mineurs ont vécu, travaillé, vous allez ouvrir de grands yeux et même vous demander si j'ai quelques problèmes de santé. En cherchant un peu, du côté des cheveux gris ou des crânes dégarnis vous aurez une confirmation cinglante : " Et qu'un peu qu'il y a eu des mineurs à Mèze ! Ce n'était pas du charbon mais de la bauxite, le minerai principal de l'aluminium…".

De 1969 à 1990, sur le site de La Rouquette – Montplaisir, à Mèze, l'extraction de la bauxite a pu faire vivre jusqu'à 160 salariés et leur famille. L'activité cessa dramatiquement en 1990 avec son cortège de licenciements : certainement un gâchis, surtout une grande douleur que le temps n’estompera pas.

Thau-Info s’est rendu chez Rémy Martin, porte-parole de la profession depuis son entrée à Péchiney. Mineur, représentant syndical, représentant du comité d’entreprise, il garde précieusement ses souvenirs mais il les partage. 
La bauxite, il la connaît sur le bout des doigts. De Bédarieux à Brignoles en passant par Villeveyrac, Loupian, Péreille, Cazouls-Les-Béziers, Laboisière, Carlincas, Les Baux de Provence et Mèze où il a débuté en 1969, il est intarissable sur ce métier dur, pénible, pas toujours reconnu mais source de solidarité. La famille minière n’a pas été un vain mot. Pour lui, ce fut une époque formidable !
Avec cette gueule rouge qui a occupé tous les postes de la profession et qui rêve, avec d'autres compagnons, d'installer "à ciel ouvert" le Musée de la Mine, nous vous proposons de revenir sur ce passé très proche où l'industrie était encore une réalité et une richesse pour le bassin de Thau.


Photo : Rémy Martin



Minerai à l'état brut


Le plan du carreau de La Rouquette

 
Comberouge, là où sortait le minerai


Cambelliès, ce qu'il en reste…


le lac de l'Olivet partiellement remis en état


Le lac St Farriol devenu gisement… d'eau


 

Le soutènement

Il s'agit de sécuriser surtout le toit de la galerie afin d'éviter ou de prévenir un éboulement. Pour cela le travail s'effectue essentiellement à l'aide d'engins motorisés ou électriques. Tous les 80cm environ, la roche ou le minerai est percé sur une profondeur de 1m80 à l'aide d'une perceuse hydraulique  (tous les forages sont effectués "sous eau"). Par un système de sarbacane une cartouche de résine-durcisseur est envoyée au fond du trou. Un boulon est enfilé (poussée et rotation). Il servira de fixation à des bandes grillagées de protection (photo ci-dessous).

  ST10 (godet de 10 tonnes) radio-commandé

 

Le minage du front de taille

C'est une opération délicate effectuée par des spécialistes artificiers. On travaille toujours ou le plus souvent possible dans le minerai et on laisse une hauteur au toit d'environ 80cm afin d'assurer une meilleure protection. Profondeur de forage à l'eau de 3m. Hauteur de la galerie env. 5m. Largeur 4 à 5m. Le front de taille est donc troué de manière méthodique. Les cavités reçoivent des cartouches de dynamite de 200g avec amorce et reliées entre elles par des fils électriques jusqu'à "la marmotte" (génératrice d'enclenchement). Pour la "volée" qui nous intéresse, 29 amorces électriques à micro retard du N° 0 (bouchon) au N° 4 le plus souvent (couronne et pied), sont nécessaires ; cela peut aller jusqu'au N° 10 et + selon l'importance du tir de mine. Ainsi les déflagrations se succèdent (voir schéma ci-dessous). On a pris grand soin d'arrêter la ventilation et de mettre en ALERTE la portion de mine concernée. Le "ATTENTION, ÇA BRÛLE !" crié et colporté annonce les explosions imminentes.


Le logement de la direction de Péchiney, Bd Foch à Mèze



Le siège du C.E. et du syndicat, 11 avenue de Pèzenas à Mèze

 

 

Gueule noire en ré mineur
Gueule rouge, mort en sursis,

Tu colores au sang tes soucis,
Dans les bas-fonds de la douleur.

Ta lanterne n'est pas magique,
Ali-Baba est en enfer,

Dans ta prison bleue, mise aux fers,
Avec des claques, sans tes cliques.

 Ton fard, le pourpre de la terre,
Ton ciel, la nuit, l'éternité,

Creusant le tombeau d'Astarté,
Et le puits pour la mise en bière.

Robin des Bois des oubliettes,
Le Cupidon des sans-papiers,

L'art mineur, ce n'est pas le pied,
Tom Pouce n'est point de la fête.

Masqué du rouge de la honte,
Dans les abysses d'un volcan,

Ne dansant plus le french-cancan,
Tu meurs au bing d'une bombe.

Dans ta main un flambeau éteint,
Côté face, ta conscience,

Côté pile, la souffrance,
Ton beau miroir, l'œil de Caïn.

Illusionniste ta magie,
Ne se fait pas dans la dentelle,

Ta gueule rouge se craquèle,
Dans le quartier des sans-logis.

Germaine COUCHET,
poétesse Mézoise,
Membre du Club Brassens et du Repérage Poétique.


 

   

La bauxite à Mèze : petit rappel historique

La bauxite contient de 40 à 60 % d’oxyde d’aluminium hydraté mélangé à de la silice et à de l’oxyde de fer. C’est ce dernier qui donne sa couleur rouge caractéristique à la bauxite. Le nom de « bauxite » vient du village des Baux-de-Provence des Bouches-du-Rhône (France). Le minéralogiste Pierre Berthier analysa le minerai en 1821.
Le canton de Mèze eut ses premières mines de bauxite dès 1874 et elles furent exploitées pendant plus d'un siècle. Ci-contre, la tour de chargement située au bord de la Nationale 113, près de Bouzigues. Le minerai partait pour Salindres (Gard) où il était traité chimiquement afin d'obtenir l'alumine.
La bauxite de la région de Mèze était exploitée par deux compagnies : Alusuisse et Péchiney. Cette dernière entreprise était implantée dans le secteur à La Rouquette (1969-1978), plus grand gisement d'Europe et à Montplaisr à partir de 1977.

De la mine à ciel ouvert à la mine profonde

Si au départ la bauxite était exploitée à ciel ouvert, les sociétés implantées dans la région comprirent vite l'intérêt d'aller fouiller un peu plus profond. Les mineurs chargés de forer en reconnaissance mirent le doigt sur plusieurs gisements appelés lentilles.

Avant de pénétrer plus avant dans les galeries, il nous a paru utile de situer les lieux d'extraction ou du moins ce qu'il en reste. Rémy Martin nous a dirigé avec même un petit pincement au cœur sur la première zone, celle de MÈZE-LOUPIAN.

zone Mèze Loupian

C'est au carreau de La Rouquette-Montplaisir et son puits de 130 mètres que les mineurs descendaient dans les galeries. Là, ils travaillaient dans des conditions pénibles (eau, tirs de mines, éboulements…) et approvisionnaient le tapis roulant (descenderie d'extraction) en minerai. Ce dernier arrivait à Comberouge où, par le biais d'une trémie, il était chargé sur des camions via une autre trémie de chargement ferroviaire à Bouzigues (voir 1er volet). La piste utilisée passait également à Cambelliès (Loupian), autre gisement, célèbre aujourd'hui par l'eau de son lac légèrement chaude. Quand La Rouquette marqua des signes d'épuisement, l'entreprise Péchiney aurait pu se tourner vers Rigaudens et Jolimont les forages effectués étant très positifs. La direction avança qu'il fallait aller "trop profond" et décréta "la fin de l'aventure" et le licenciement (1990).

Sur la zone de Villeveyrac, trois gisements se trouvaient sur ce site : Roquemale, L'Olivet et St Farriol. Le premier était exploité essentiellement à ciel ouvert. 

La Société des Bauxites de France et la Société Alais Froges et Camargue firent d'importants travaux de reconnaissance. Au fond du puits une albraque (lieu de rassemblement des eaux) contenait 1 000 m3 d'eau évacués par des pompes d'exhaure d'un débit de 90 m3/heure. 120 mineurs y travaillaient : 85 au fond, 25 au jour. St Farriol a vu passer la Société Union des Bauxites puis Alusuisse de 1973 à 1989, date de fermeture d'un gisement à galeries souterraines. Reste en activité Les Usclades repris par la SODICAPEI (Société de Développement Industriel et de Commercialisation de l'Association de Parents d’Enfants Inadaptés) en 1987 exploitée par Péchiney de 1960 à 1965. C'est la dernière exploitation minière de bauxite en France. Sa production est orientée vers les cimenteries, la sidérurgie et les fabricants de produits isolants.


A gauche le casque du "chef", à droite celui de l'ouvrier.

Le travail du mineur

Rémy Martin,nous explique le travail du mineur de bauxite sur le secteur de La Rouquette-Montplaisir.
La mine fonctionne 24h/24 grâce aux trois-huit, système d'organisation d'horaires du travail d'extraction jour et nuit en poste de 8h permettant une exploitation continue hormis le week-end consacré au repos. Pour "l'entretien", une équipe opère de 7h à 15h.

À son arrivée sur le carreau, le mineur se dirige vers "la salle des pendus" où, en l'air justement, se trouve sa tenue. À l'aide d'une corde, il récupère ses vêtements de travail secs du fait de leur position car la salle est chauffée. Conjointement, la salle des douches attend la sortie de l'équipe qui va être remplacée et faire le chemin inverse. À chaque prise de poste, avant la descente, il passe à la lampisterie et reçoit une lampe en ordre de marche en échange de son jeton personnel. Lampe et jeton portent le même numéro. Ce dernier reste accroché au râtelier de la lampisterie, indiquant par là que l'usager de la lampe se trouve au travail dans le fond. Ensuite, sous le contrôle du "porion" (chef d'équipe) le mineur prend place dans la cage (ascenseur) avec sa quinzaine de collègues. Deux signaux (lumineux et sonores) annoncent la descente (130 mètres pour le puits de La Rouquette). Pas de porte pour cette cage, simplement une chaîne ! À l'arrivée, une grande salle très éclairée avec d'un côté l'atelier et de l'autre le réfectoire (pour le poste 7h-15h uniquement). Les autres réfectoires suivent la progression de l'exploitation : là, chacun pose son panier-repas pour la coupure. Le porion donne alors les directives et ventile les ouvriers :

  • les conducteurs d'engins (gaz-oil désulfurisé ou électricité)
  • le préposé au convoyeur à bande du minerai, à la retaille éventuelle des blocs, au compte des godets…
  • les chargés du soutènement dans les galeries
  • les artificiers

Chaque mineur a sa spécialité mais son action est intimement liée à celle du mineur suivant. La solidarité est le maître mot au fond du "trou".

 

Rémy Martin, le mineur militant.

L’organisation du travail est régie par le Code Minier définissant les conditions de travail, de santé et de sécurité. Si jusqu’en 1968, le délégué du personnel a peu d’impact et une représentativité « à l’émotion », les habitudes vont changer radicalement, conséquence des évènements (entre autres) du mois de mai de la même année. L’employeur doit appliquer ce code créé le 16 août 1956, réformé une première fois en 1970. Il comporte, en outre, la formation du délégué. C’est une révolution dans le bon sens du terme en ce qui concerne la législation du travail. Rémy Martin, vous l’avez deviné, a occupé cette fonction dans le groupe Péchiney puis Alusuisse par la suite.
À l’école de la C.G.T., l’homme a appris au CERCHAR (Centre d’Études et de Recherches de Charbonnages de France), à Courcelles-sur-Yvette, à l’École des Mines d’Alès, à Sète, toute la réglementation de son métier et de l’action syndicale. Élu dans la tradition, sur le carreau de la mine, par ses camarades et en présence d’un officier de l’état-civil (Maire-adjoint de la Ville de Mèze), Rémy partage sa semaine de travail entre :

  • des visites réglementaires (avancement des travaux, sécurité, hygiène…)
  • des visites de postes (le duo lampe-jeton renseigne sur la durée de présence au fond : pas plus de 7h45).
  • des rapports divers d’accidents dont 5 décès
  • pendant les heures restantes, il rejoint les autres mineurs.

Ses comptes-rendus archivés, datés et signés, attestent d’une situation transmise à l’autorité du Préfet. L’ingénieur de la mine fait de même pour sa direction uniquement. Le complément de temps est passé au fond de la mine. Permanent du syndicat CGT sur l’entreprise Péchiney, il veille sur les éventuelles anomalies côté salaires ou promotions. Lorsque le puits de La Rouquette ferme, en 1988-89, c’est le drame. Les contrats nationaux qui allaient jusqu’en 1993 (durée de 20 ans) ne pouvant être couverts par la société exploitante, c’est le licenciement. La lutte pour sauvegarder les droits des mineurs s’engage. Lettres, émission à Radio Thau Séte avec Louis Jeanjean, exposé au Conseil Général, entrevues favorisées par Y. Piétrasanta, M. Barbera, J. Lacombe avec Michel Rocard, Pierre Mauroy ou Roger Fauroux, ministre de l’industrie et de la Recherche se succèdent sans résultats probants.

Des manifestations, des grèves sur le carreau suivent. La belle solidarité du fond de la mine éclate. Les conséquences sociales sont dévastatrices. Les propositions individuelles de primes de départ volontaire, de démission « d’arrangement », le chantage de la direction sèment la zizanie. Certains s’en vont loin. La plupart se retrouveront à St Farriol (Villeveyrac), d’autres aux Baux de Provence ou à Brignoles. Le bouclage des 30 ans nécessaires à une retraite décente ne se fera pas à quelques exceptions près.

Rémy est aussi secrétaire du Comité d’Établissement sis 11, avenue de Pézenas, ancien Hôtel du Parc (2 jours de permanence par semaine). Le CE dispose alors, côté finances, des 3,606 % de la masse salariale de l’entreprise. Cette manne est ventilée pour les œuvres sociales : gestion du fonds de solidarité, colonies de vacances des enfants, vacances studieuses des ados (USA, Angleterre, Espagne, Allemagne), bibliothèques (enfants, adultes), voyages en France et à l’étranger, gestion des jardins ouvriers, arbre de Noël des enfants des mineurs, organisation de la fête de la Ste Barbe… Une aide administrative importante se met en place. Mme Rouquette assure le secrétariat 3 jours par semaine. Les dépenses d’entretien, les frais de fonctionnement, sont à la charge de Péchiney.

À la fermeture définitive des mines sur Mèze, le Comité d’Établissement, qui n’a plus lieu d’exister et après bien des tractations, prend le régime associatif. Il devient l’APAP (Association du Personnel Aluminium Péchiney), récupère du matériel et, pour une somme modique, les terrains des jardins ouvriers à la disposition des mineurs situés à Villeveyrac et Bédarieux. En contre partie, l’APAP s’engage à exister jusqu’en 1993. 2015 : cette dernière, toujours en vie vient de fêter la Ste Barbe comme il se doit !

 

Manifestation en ville

 


Pétanque sur le carreau pendant la grève

Manifestation devant la mairie

 Le mineur dans la cité.

Nous avons vu dans les volets précédents que le mineur travaille sous le système des 3x8. La pénibilité et les risques du métier sont compensés par des avantages sociaux (salaires conséquents, accès à la propriété facilité par le 1% patronal : cité des Horts, résidence Antarès, lotissement la Fringadelle…) quelque peu jalousés. Le mineur sort en ville bien habillé, pratique ses loisirs « quand les autres travaillent ». Sa profession est « bien protégée ». Rien à voir avec le régime conchylicole ou agricole. À Mèze, à la fin des années 70, des évènements épisodiques à grande échelle tels que des épidémies, des mortalités massives, des efflorescences d’algues toxiques se produisent dans l’environnement marin. Afin de compenser le manque à gagner une partie de la population mézoise sinistrée travaille à la mine (creusement d’accès au gisement). Elle n’y restera pas une fois l’étang redevenu « à la normale ». Quant aux 160 mineurs et leur famille, ils s’intègrent dans la vie de la cité. Ils pratiquent la pétanque sur le terrain où s’érige actuellement La Poste, le jeu Lyonnais avec la Boule d’Azur, le cyclisme, le football, relancent le judo à Mèze grâce à Euzèbe Péréa et les tatamis du C.E. de Péchiney… Ils feront partie aussi du conseil municipal. En juin 2007, dans le cadre de l’exposition « Lumières de la mine », au Château de Girard, les deux camps se sont dit leurs ressentiments de l’époque tout naturellement. La confrontation pacifique a permis à chacun de mieux connaître l’autre. Le passé local s’est réunifié et reste bien vivant autour d’une page d’histoire « à ne pas oublier ».
Et si ce « Musée de la Mine » voyait enfin le jour à Mèze !

Un reportage de Daniel Monteil


cyclistes... (photo Rémy Martin)


...et footballeurs (photo Rémy Martin)

Vincent Stento et ses souvenirs de jouteur

Interrogé lors du repas, devenu une tradition, du lundi de la Saint Louis à La Pointe-Courte à Sète, Vincent Stento nous livre quelques souvenirs.
Il se souvient de sa jeunesse quand enfant il imitait les adultes et qu'il joutait contre ses petits camarades sur une caisse à poissons le long des trottoirs sètois.
Il a en fait commencé réellement à jouter assez tardivement, à ses 23 ans, lors de fêtes de quartier et de fêtes de la ville. Il a alors signé à la Lance Sportive Sétoise. En ce temps là il était fréquent de ne faire que 4 ou 5 tournois par an, ce qui n'a rien à voir avec les pratiques actuelles.
Jadis à Sète comme ailleurs le premier tournoi se faisait vers 19 ou 20 ans au moment du conseil de révision.
En 1977 Vincent Stento a eu l'idée de créer une école de joute. L'école prenait les gamins vers 8/9 ans et elle a remporté un grand succès avec près de 100 enfants inscrits.

Dans cet entretien il exprime sa façon de voir les joutes. Le tout est illustré par des images de la finale de la Saint Louis 2002 qui a vu la victoire ex-aequo d'Aurélien Evangélisti et de Mickaël Arnau.
Il a lui-même fait partie des vainqueurs de la Saint Louis en 1973 et il en garde un souvenir inoubliable.

 

Un film de « Fenêtre sur le sud »

Hommage rendu à Joseph-Pascal REPETTO

Au cours de l'été qui vient de s'écouler, très exactement le 6 juin, un hommage a été rendu à un ancien charpentier de marine, Joseph-Pascal REPETTO. Un espace de loisirs, du quartier de La Plagette à Sète un lieu où il a vécu et travaillé, porte désormais son nom. Et ce n'est que mérité car il a fait partie de ces charpentiers de marine qui ont fait la réputation de Sète.

Un public nombreux, malgré la forte chaleur, est venu lui rendre hommage. Ce fut l'occasion de rencontres émouvantes entre les différentes branches des deux familles SCOTTO et REPETTO et ce jusqu'aux discours menés de main de maître par Danièle REPETTO , petite-fille du charpentier, par M. Roger BEAUREGARD, président M.O.F. (Président du Groupement de l'Hérault des Meilleurs Ouvriers de France) et par M. le Maire de la ville, François Commeinhes.

Mais revenons sur le passé de cet homme que tout le monde a pu apprécier. « Cet homme qui n'a jamais cessé de faire profiter ses collègues et concurrents de sa longue expérience ».

L'homme est né en Italie et il a choisi la naturalisation française en 1930.
Le petit apprenti, puis l'ouvrier et le Compagnon charpentier de marine qu'il fut a effectué son service militaire sur un navire de la marine italienne et ce pendant trois ans. Il fit ainsi le tour du monde ce qui lui donna l'occasion de faire escale à Sète dont il tomba amoureux. Il s'y installa en 1912.

Avec son associé et beau-père SCOTTO il créa à la Plagette le chantier naval SCOTTO et REPETTO. Un chantier qui a acquis une sérieuse renommée de ce côté-ci de la Méditerranée.

Il fut un inventeur "touche à tout", dans le bon sens du terme.
Autre particularité de cet homme, sa passion pour les maquettes en bois. Il présenta trois maquettes au prestigieux concours des Meilleurs Ouvriers de France et, fait inouï, il obtint trois fois le prestigieux titre en 1936, 1939 et 1949.
D'autres récompenses suivront : Chevalier de la Légion d'Honneur, Commandeur de l'Ordre du Mérite National, Palmes Académiques et d'autres encore toutes aussi prestigieuses.

Une plaque fut dévoilée sur le lieu même de son chantier (juste à côté de l'ancien chantier Aversa, occupé et sauvegardé, actuellement par l'Association  Voile Latine de Sète et du Bassin de Thau ).
Dans le cadre de cette manifestation s'est tenue une exposition d'artistes locaux avec des chefs-d'oeuvres des Meilleurs Ouvriers de France et des Meilleurs Apprentis de France.

Au final, un bien bel hommage pour cet homme si méritant.

Texte issu d'un hommage écrit par Micheline REPETTO, sa petite-fille - Photos d'archive collection famille Repetto

Jean-Marc Roger

cliquez sur une image pour l'agrandir

Jacky Fanjaud l'« inventeur » de l'Ephèbe d'Agde


Jacky Fanjaud devant la statue de l'Ephèbe au musée d'Agde

 

cliquez sur une image pour l'agrandir et lire sa légende 

L'Ephèbe d'Agde est une statue antique en bronze haute de 1,4 mètres et datée du IV° siècle avant JC. Elle a été découverte dans le lit de l'Hérault, juste en face de la cathédrale d'Agde. Le dimanche 13 septembre 1964 reste une date importante dans le cœur de son « inventeur » Jacky Fanjaud. Il faisait partie à l'époque du GRASPA (Groupe de Recherches Archéologiques Subaquatiques et de Plongée d'Agde).
A ce jour, "c'est le seul bronze grec découvert en France, ce qui en fait une découverte très importante ".

1965 : l'éphèbe sort de l'eau

Jacky Fanjaud a toujours été un passionné de plongée. Dès ses 15/16 ans, après la guerre quand il fut possible d'accéder aux plages, il pratiquait déjà la plongée et il allait faire de la pêche sous-marine avec des amis. Depuis 3 mois un club de plongée agathois venait de se créer, le 2 avril 1960 et un ami bitterois connaissant sa passion lui avait conseillé d'intégrer ce club agathois.. Il avait alors 29 ans.
A sein du GRASPA il a commencé en faisant un petit peu de tout, tout d'abord comme « stagiaire » pour montrer ce qu'il savait faire. A ces débuts le club ne possédait aucun équipement, pas de bouteille et pas de compresseur. Tous les membres de cette jeune association venait avec leur propre équipement jusqu'à ce que la commune d'Agde leur alloue de l'équipement sous forme d'une subvention leur permettant d'acheter leur première bouteille. Rapidement le club a fait des découvertes qui ont amené d'autres aides.
A ses débuts, lui-même venait avec sa propre bouteille qui lui permettait une autonomie de 30 minutes pour un maximum de 6 à 8 mètres de profondeur. Mais elle était suffisante pour plonger dans l'Hérault. Il partageait sa bouteille avec ses autres collègues pour des descentes en plongée de 5 minutes.
A cette époque, il ne trouvait pas grand chose à la différence de ses collègues. Sans trop se décourager, il s'est obstiné et il a continué à plonger.
L'Hérault a toujours été propice aux découvertes car les bateaux grecs remontaient le fleuve et venaient accoster. Une fois sur place, du matériel et des amphores cassées, entre autre, étaient sans doute jetées à l'eau, d'où les nombreuses découvertes. Ils trouvaient surtout du phocéen, des amphores grecques de Marseille.
Il a lui-même réalisé un inventaire des types d'amphores retrouvées, il en a identifié plus de 50 différentes. Jacky Fanjaud connaît toutes sortes d'amphores car il en a tellement vues, dessinées et classées mais là s'arrête sa connaissance de l'archéologie. Il ne se targue surtout pas d'être un archéologue, il adore juste chercher et trouver. Il a, par sa passion et son engagement, fait tout de suite sa place au sein du club. Il y était dès que possible, jours fériés ou non. C'était une passion pour lui. Il a été secrétaire du club puis trésorier fédéral mais il balayait aussi la salle et il entretenait, comme tous les autres, le matériel.
Les membres du club était au nombre de 12 et l'adhésion se faisait au compte-goutte. Il fallait être parrainé par 2 membres du club et avoir fait ses preuves durant une année pour y être admis, afin d'éviter d'intégrer des personnes « douteuses » plus intéressées par un certain pillage que par la sauvegarde.
« La sauvegarde du mobilier archéologique agathois », là était la raison d'être du club. Dans ses statuts il était bien précisé que tout objet retrouvé lors de fouilles devait revenir au GRASPA. Il n'y a qu'à aller voir les collections du Musée de l'Ephèbe d'Agde pour se rendre compte de la richesse des fonds sous-marins de nos côtes.

Les circonstances de la découverte de l'Ephèbe

Ce 13 septembre 1964, comme tous les dimanches il y avait une sortie le matin en mer à bord du bateau du club. De retour en Agde, lui et deux de ses amis du club, Raphaël Molla, et Aimé Blanc ont décidé de remplir leurs bouteilles et ensuite d'aller plonger dans l'Hérault. Après avoir pris leur déjeuner ils plongèrent tous les trois (vers les 15 ou 16 heures). Comme à leur habitude ils sont partis prospecter au fond, parfois en tâtonnant, en zigzag le plus souvent.
A un moment Jacky Fanjaud croise Aimé Blanc et après avoir constaté, par un signe de la main, que tout va bien ils repartent chacun de leur côté, à l'opposé l'un de l'autre. A cet instant de l'histoire il faut noter qu'Aimé Blanc était un homme pesant plus de 100 kg. Il se plombait « à mort » pour pouvoir descendre et quand il passait il « labourait » le fond.
En progressant, 10/15 mètres plus loin, la vase s'étant reposée, Jacky Fanjaud a vu une tâche, du vert de gris, « même pas de la taille d'une sous-tasse à café ». Il s'est fait la réflexion... « ça jure dans le contexte ». Il y est allé et en nettoyant la vase il lui est apparu toute la chlamyde (une draperie) sur l'épaule de la statue. Il a continué jusqu'à apercevoir le visage … Il était émerveillé par la beauté des traits du personnage. Sans rien connaître encore sur la valeur de l'objet ni en savoir sa provenance, ni pouvoir encore le dater.  « J'étais content parce que c'était beau ».
Il y avait une grosse lauze posée sur le torse (une pierre qui servait et qui sert encore à couvrir les toits) qu'il a repoussé.  « Là ça m'est apparu … c'était quelque chose de magnifique …. ».
« Quand il a été bien dégagé je l'ai soulevé doucement pour ne pas l'abîmer. On sent si ça va venir ou si ça pas venir. Si ça va pas venir on continue ». « Je l'ai dégagé complètement. Je suis vite remonté à la surface et là j'ai vu le président du club, Denis Fonquerles qui venait d'arriver ». « Je lui ai demandé de me donner un bout lui annonçant que j'avais trouvé un athlète en bronze » (à ce moment là on ne parlait pas encore d'Ephèbe).
« Je prends le bout et je redescends. J'étais sur ma réserve d'air. J'accroche le bronze et je tire les trois coups pour qu'on le remonte. Denis Fonquerles se met à le remonter doucement. Je suis arrivé à la surface, je n'avais plus d'air. Et là, à la surface quand je l'ai vu dans une eau plus claire, quand je l'ai vu s'élever dans l'eau de surface …. avec le soleil... c'était quelque chose de merveilleux. Là, on a le palpitant qui accélère. Donc on l'a remonté sur le bateau. La main est tombée ».
N'ayant plus d'air dans sa bouteille, Jacky Fanjaud demande à Aimé Blanc de vite aller la rechercher avant de perdre sa trace dans ces fonds vaseux. Ce qu'il fit. A partir de ce moment là Jacky Fanjaud a toujours considéré qu'Aimé Blanc était devenu le « co-inventeur » de l'Ephèbe.

Le lendemain, la presse est venue et Denis Fonquerles a présenté la découverte en stipulant que cette découverte avait été réalisée par Jacky Fanjaud, membre du club.  Les autorités compétentes ont aussitôt été averties et un spécialiste est venu de Marseille le jeudi suivant. La rencontre s'est faite dans un restaurant agathois, la Galiotte. Lors de cette rencontre le patron du restaurant, passionné d'antiquité, Jules Boudou, s'est exclamé « ça, c'est un éphèbe » (le terme désigne aujourd'hui un jeune homme d'une grande beauté).  Cette appellation lui est depuis restée.

La statue désormais appelée Ephèbe est partie dans un musée de Marseille et là elle a été préservée de toute attaque par le sel en attendant sa restauration. Elle est ensuite partie pour Nancy où elle a été prise en charge par un laboratoire qui en a fait ce qu'elle est actuellement.  Mais entre-temps, six mois plus tard, son collègue Raphaël Molla avait trouvé la jambe gauche un peu plus en aval à environ à 600 mètres de la précédente découverte.
Jacky Fanjaud aime à dire qu'il associe à cette découverte Raphaël Molla, « inventeur » de la jambe de l'Ephèbe ainsi que Aimé Blanc qui était co-inventeur de l'Ephèbe pour la remontée de la main.
Après mûres réflexions, Jacky Fanjaud pense que cet Ephèbe devait être placé sur un socle et qu'à un moment donné il a du être jeté verticalement à l'eau et s'envaser Une crue violente a du arriver et l'on connaît aujourd'hui les effets dévastateurs des crues de l'Hérault. « Il a du se plier et se casser au niveau des chevilles. Donc le socle est là où l'Ephèbe est tombé. L'Ephèbe quant à lui, il est parti, entraîné par le courant ».

La découverte de la jambe

Six mois plus tard, lors de cette seconde découverte Jacky Fanjaud était à bord du bateau pendant que son ami Raphaël Molla était en plongée.
« C'était un très bon plongeur. Il avait aussi un très bon œil et quand il sortait quelque chose il savait ce que c'était .  Il sort à une vingtaine de mètres du bateau et dit qu'il a trouvé un tuyau de poêle.... » « Moi connaissant Raphaël, j'ai douté que ça en soit un ». « Vite, vite je gratte, délicatement, le prétendu tuyau de poêle et puis je vois que c'est une jambe et je remarque la cassure au niveau de la hanche. J'étais alors persuadé que c'était la jambe de l'Ephèbe. Nous étions fébriles. On se dépêche d'emporter la jambe au club car nous étions impatients de savoir. On arrive au club et on regarde la photo car la statue de l'Ephèbe était partie. Pas de doute c'était la jambe de l'Ephèbe ».
Cette jambe a alors rejoint le reste de la statue et elle a été reconnue comme appartenant au reste du corps. Par contre la main qui avait été repêchée par Aimé Blanc ne semblait pas correspondre au corps.
Malgré le fait que Jacky Fanjaud ai bien vu cette main se casser et couler il en est venu à croire cette version, la main n'était pas celle ayant appartenu à l'original à sa création.

« C'était sûrement une réparation de l'époque ». « A bien y regarder elle me paraît trop grosse par rapport au reste de la statue, elle est sur-dimensionnée ». Malgré les doutes elle a été rajouté au corps. « Mais je trouve que cette main elle jure …Il a du arriver quelque chose à un moment donné et ils en ont refait faire une ».

Le socle est pour lui toujours en place … « Oui, mais où ? ».

A la suite de cette découverte, en mer, Jacky Fanjaud a aussi trouvé des ancres en bois, en pierre et de nombreuses amphores. Toutes ces découvertes sont désormais visibles au Musée de l'Ephèbe d'Agde.


« Le GRASPA a été une très belle aventure pour moi . Sans la création du club, je n'aurais jamais eu l'occasion de découvrir l'Ephèbe. Je n'imaginais même pas que l'on puisse découvrir des amphores dans l'Hérault. Je me suis rendu compte qu'étant jeune je m'étais laissé un peu dominé . Je souhaite aujourd'hui dire ce qui a été ».

Jacky Franjaud souhaitait être reconnu. Voilà qui est fait.

Jean-Marc Roger

Le pêcheur de palourdes et …. l'hippopotame.


Jean-Paul Caussey en 2015

Ce que je vais vous conter est une histoire véridique qui est arrivée à un ancien pêcheur de l'étang de Thau.
En 1995, Jean-Paul Caussey pêchait « à la boîte », dans son négafol il pêchait des palourdes dans l'étang de Thau.
Le matin même un petit cirque était arrivé à Sète. Un petit cirque attaché dont l'un des animaux, attaché à un modeste piquet, venait de s'échapper... un gros hippopotame pesant plus de 2 tonnes.
Poursuivi par ses soigneurs et par les pompiers, l'animal se jeta dans un des canaux de Sète et il y plongea. Entraîné par le courant venant de la mer il arriva bientôt dans l'étang de Thau.
Par un concours de circonstance, sa route vint à croiser celle de notre pêcheur qui couché dans son négafol et absorbé par sa recherche de palourdes ne le vit pas arriver.
Mais il senti sa présence car par deux fois le « mastodonte » lui souleva sa barque. Croyant à une blague le pêcheur, il se retourna et vit tout à coup la tête de la bête sortir de l'eau. Croyant toujours à une blague, il s'imagina qu'un de ses amis s'était déguisé.
Mais il du se rendre à l'évidence..... il s'agissait bien d'un hippopotame......
Dans un sursaut, il plongea à l'eau et rejoignit la berge pour aller se réfugier à terre.
L'animal tourna autour du bateau et par trois fois il regarda notre infortuné pêcheur perché en haut de la rive.
Puis il le chargea. Réalisant le risque, et tout le monde en aurait fait autant, notre pêcheur couru se réfugier en haut d'une grue, une grue servant à planter les rails des tables conchylicoles dans l'étang.
Là, en criant, il parvint à prévenir de son infortune et des secours furent envoyés, policiers et pompiers arrivèrent …... Ils avaient enfin retrouvé l'animal en fuite.
L'idée vint à l'un d'eux de faire venir un des soigneurs du cirque. Et Jean-Paul Caussey vit arriver un tout jeune enfant d'environ 14 ans. Connaissant l'animal le jeune soigneur parvint sans peine à le faire venir et donc à libérer notre pêcheur de sa fâcheuse posture.
Naturellement tout se sait très vite et cette histoire fit sourire pas mal de gens à Sète. Il y eu même un petit article dans le Midi Libre de l'époque (voir ci-joint). Mais l'histoire y était relatée comme une galéjade, sans la prendre très au sérieux......
Notre pêcheur n'apprécia guère la situation et il parvint à convaincre la rédaction du journal de la véracité de sa mésaventure. Un autre article fut alors écrit en rectifiant l'information (voir démenti ci-joint). Cette histoire était donc vraie !

Pendant ce temps là notre infortuné pêcheur de retour chez lui, du rester 3 jours au lit, suite à une jaunisse « carabinée ».

Je vous rassure, amis lecteurs, il n'en quitta pas la pêche pour autant et il continua à aller pêcher des palourdes dans l'étang de Thau et ce jusqu'à sa retraite.


Midi Libre en 1995 avec un dessin de Layolle

La débâcle allemande de 1944 à Bouzigues

A proximité du petit port de pêche de Bouzigues, celui que l'on nomme toujours le port vieux, au-dessus du Musée, il y avait un magasin où l'on fabriquait jadis l'acétylène destiné à l'éclairage public.

Au moment de l'occupation allemande il fut réquisitionné et transformé en dépôt de munitions.

Le dimanche 20 août 1944 , entre 19h00 et 20h00, une fulgurante explosion, un immense souffle et beaucoup de poussière. En quelques secondes, le village disparaissait sous un épais voile de poussière et de fumée. L'occupant venait, en se repliant, de faire sauter le dépôt de munitions.

Jean Brel va nous raconter ce qu'il a vu ce dimanche là, le 20 août 1944.
Il avait alors à l'époque 10 ans, il a aujourd'hui 81 ans.



"C'était un dimanche et la débâcle des troupes allemandes battait son plein … Sur les routes, les allemands se faisaient mitrailler par l'aviation alliée. Passant près de Bouzigues, ils se dirigèrent vers le village et pour effrayer la population ils se mirent à tirer des rafales de mitraillettes en l'air et sur les façades ".

Comme chaque dimanche, les parents de Jean Brel mangeaient chez le grand-père un peu plus loin dans le village. Sa grand-mère avait préparé un civet de lapin, que nous retrouverons au fil de l'histoire … Son grand-père un fin gourmet languissait de déguster ce lapin, il était environ 20h00 ce dimanche là.

Entendant des rafales d'armes automatiques, le grand-père se dirigea vers la fenêtre et tira les volets sans les fermer complètement tout en laissant une fente pour voir ce qui passait dans la rue... En petit curieux que j'étais, je regardais aussi caché derrière les volets. Deux hommes de Bouzigues arrivèrent dans la rue. L'un d'eux avait une poussette sur laquelle il trimballait une bombonne. Les deux hommes ont marqué un temps d'arrêt et deux soldats allemands se sont alors approchés d'eux et leur ont « demandé » (vous savez comment se comportent les armées d'occupation ….) de les suivre. Ils étaient devenus des otages. La rue devint déserte et je ne vis plus rien.
Sur les conseils de son grand-père, il se dirigea vers une chambre située à l'opposée de la rue. Le civet trônait toujours au centre de la table...
 Quelques minutes après mon arrivée dans la chambre, il y eu une énorme explosion, une épaisse fumée a envahi toutes les pièces de la maison. Après quelques longues minutes nous nous sommes dirigés vers la cuisine. Le souffle de l'explosion avait fait voler en éclats toutes les fenêtres et naturellement le lapin en était couvert. Il fallut se résoudre à le jeter au grand désespoir de mon grand-père».

Jean et son père se dirigèrent ensuite vers l'entrée de la maison pour constater les dégâts occasionnés par cette explosion. La rue était jonchée de débris de tuiles et il y avait encore un soldat allemand qui « traînait ». Ce soldat ne dut son salut qu'à l'intervention d'un voisin car le père de notre témoin, aidé d'un autre voisin, était prêt à le noyer dans le port...
Mon papa, ma maman et moi, nous sommes allés voir notre maison qui était en face du dépôt de munitions . A leur arrivée, ils ne purent que constater que leur maison avait été complètement détruite, il n'en restait qu'un gros tas de pierres. J'ai alors vu couler de grosses larmes dans les yeux de mon père.
Concernant les deux otages , on appris plus tard que ces deux hommes avaient été « enfermés » dans une des pièces du dépôt de munitions. Par bonheur, le soldat de faction oublia de fermer la porte à clé et tous deux en profitèrent pour s'enfuir, juste avant l'explosion.

Un mort, quelques blessés, deux otages qui ne durent leur salut qu'à la fuite, un quartier sinistré, toutes les barques d'étang détruites, le sol jonché de bombes à ailettes, de grenades à manche, de détonateurs, de gravats, tel fut le sinistre bilan de l'explosion. L'armée allemande poursuivit sa route et toute la famille de Jean Brel fut saine et sauve …

Jean Brel – Bouzigues 2015
propos recueillis par Jean-Marc Roger

Bouzigues d'antan
cliquez sur une image pour l'agrandir


Le vieux port et les Etablissements Ricard, mareyeur