J’étais gueule rouge à Mèze

Un reportage de Daniel Monteil

Gueules noires, ça vous dit quelque chose : le Nord, les corons, le charbon, la mine… un travail pénible, dangereux… effectué aussi par des femmes et des enfants… Germinal… des luttes ouvrières implacables, des grèves… pas que du bonheur ! Si maintenant, au jour où je vous parle, cher lecteur, je vous dis qu'à Mèze des mineurs ont vécu, travaillé, vous allez ouvrir de grands yeux et même vous demander si j'ai quelques problèmes de santé. En cherchant un peu, du côté des cheveux gris ou des crânes dégarnis vous aurez une confirmation cinglante : " Et qu'un peu qu'il y a eu des mineurs à Mèze ! Ce n'était pas du charbon mais de la bauxite, le minerai principal de l'aluminium…".

De 1969 à 1990, sur le site de La Rouquette – Montplaisir, à Mèze, l'extraction de la bauxite a pu faire vivre jusqu'à 160 salariés et leur famille. L'activité cessa dramatiquement en 1990 avec son cortège de licenciements : certainement un gâchis, surtout une grande douleur que le temps n’estompera pas.

Thau-Info s’est rendu chez Rémy Martin, porte-parole de la profession depuis son entrée à Péchiney. Mineur, représentant syndical, représentant du comité d’entreprise, il garde précieusement ses souvenirs mais il les partage. 
La bauxite, il la connaît sur le bout des doigts. De Bédarieux à Brignoles en passant par Villeveyrac, Loupian, Péreille, Cazouls-Les-Béziers, Laboisière, Carlincas, Les Baux de Provence et Mèze où il a débuté en 1969, il est intarissable sur ce métier dur, pénible, pas toujours reconnu mais source de solidarité. La famille minière n’a pas été un vain mot. Pour lui, ce fut une époque formidable !
Avec cette gueule rouge qui a occupé tous les postes de la profession et qui rêve, avec d'autres compagnons, d'installer "à ciel ouvert" le Musée de la Mine, nous vous proposons de revenir sur ce passé très proche où l'industrie était encore une réalité et une richesse pour le bassin de Thau.


Photo : Rémy Martin



Minerai à l'état brut


Le plan du carreau de La Rouquette

 
Comberouge, là où sortait le minerai


Cambelliès, ce qu'il en reste…


le lac de l'Olivet partiellement remis en état


Le lac St Farriol devenu gisement… d'eau


 

Le soutènement

Il s'agit de sécuriser surtout le toit de la galerie afin d'éviter ou de prévenir un éboulement. Pour cela le travail s'effectue essentiellement à l'aide d'engins motorisés ou électriques. Tous les 80cm environ, la roche ou le minerai est percé sur une profondeur de 1m80 à l'aide d'une perceuse hydraulique  (tous les forages sont effectués "sous eau"). Par un système de sarbacane une cartouche de résine-durcisseur est envoyée au fond du trou. Un boulon est enfilé (poussée et rotation). Il servira de fixation à des bandes grillagées de protection (photo ci-dessous).

  ST10 (godet de 10 tonnes) radio-commandé

 

Le minage du front de taille

C'est une opération délicate effectuée par des spécialistes artificiers. On travaille toujours ou le plus souvent possible dans le minerai et on laisse une hauteur au toit d'environ 80cm afin d'assurer une meilleure protection. Profondeur de forage à l'eau de 3m. Hauteur de la galerie env. 5m. Largeur 4 à 5m. Le front de taille est donc troué de manière méthodique. Les cavités reçoivent des cartouches de dynamite de 200g avec amorce et reliées entre elles par des fils électriques jusqu'à "la marmotte" (génératrice d'enclenchement). Pour la "volée" qui nous intéresse, 29 amorces électriques à micro retard du N° 0 (bouchon) au N° 4 le plus souvent (couronne et pied), sont nécessaires ; cela peut aller jusqu'au N° 10 et + selon l'importance du tir de mine. Ainsi les déflagrations se succèdent (voir schéma ci-dessous). On a pris grand soin d'arrêter la ventilation et de mettre en ALERTE la portion de mine concernée. Le "ATTENTION, ÇA BRÛLE !" crié et colporté annonce les explosions imminentes.


Le logement de la direction de Péchiney, Bd Foch à Mèze



Le siège du C.E. et du syndicat, 11 avenue de Pèzenas à Mèze

 

 

Gueule noire en ré mineur
Gueule rouge, mort en sursis,

Tu colores au sang tes soucis,
Dans les bas-fonds de la douleur.

Ta lanterne n'est pas magique,
Ali-Baba est en enfer,

Dans ta prison bleue, mise aux fers,
Avec des claques, sans tes cliques.

 Ton fard, le pourpre de la terre,
Ton ciel, la nuit, l'éternité,

Creusant le tombeau d'Astarté,
Et le puits pour la mise en bière.

Robin des Bois des oubliettes,
Le Cupidon des sans-papiers,

L'art mineur, ce n'est pas le pied,
Tom Pouce n'est point de la fête.

Masqué du rouge de la honte,
Dans les abysses d'un volcan,

Ne dansant plus le french-cancan,
Tu meurs au bing d'une bombe.

Dans ta main un flambeau éteint,
Côté face, ta conscience,

Côté pile, la souffrance,
Ton beau miroir, l'œil de Caïn.

Illusionniste ta magie,
Ne se fait pas dans la dentelle,

Ta gueule rouge se craquèle,
Dans le quartier des sans-logis.

Germaine COUCHET,
poétesse Mézoise,
Membre du Club Brassens et du Repérage Poétique.


 

   

La bauxite à Mèze : petit rappel historique

La bauxite contient de 40 à 60 % d’oxyde d’aluminium hydraté mélangé à de la silice et à de l’oxyde de fer. C’est ce dernier qui donne sa couleur rouge caractéristique à la bauxite. Le nom de « bauxite » vient du village des Baux-de-Provence des Bouches-du-Rhône (France). Le minéralogiste Pierre Berthier analysa le minerai en 1821.
Le canton de Mèze eut ses premières mines de bauxite dès 1874 et elles furent exploitées pendant plus d'un siècle. Ci-contre, la tour de chargement située au bord de la Nationale 113, près de Bouzigues. Le minerai partait pour Salindres (Gard) où il était traité chimiquement afin d'obtenir l'alumine.
La bauxite de la région de Mèze était exploitée par deux compagnies : Alusuisse et Péchiney. Cette dernière entreprise était implantée dans le secteur à La Rouquette (1969-1978), plus grand gisement d'Europe et à Montplaisr à partir de 1977.

De la mine à ciel ouvert à la mine profonde

Si au départ la bauxite était exploitée à ciel ouvert, les sociétés implantées dans la région comprirent vite l'intérêt d'aller fouiller un peu plus profond. Les mineurs chargés de forer en reconnaissance mirent le doigt sur plusieurs gisements appelés lentilles.

Avant de pénétrer plus avant dans les galeries, il nous a paru utile de situer les lieux d'extraction ou du moins ce qu'il en reste. Rémy Martin nous a dirigé avec même un petit pincement au cœur sur la première zone, celle de MÈZE-LOUPIAN.

zone Mèze Loupian

C'est au carreau de La Rouquette-Montplaisir et son puits de 130 mètres que les mineurs descendaient dans les galeries. Là, ils travaillaient dans des conditions pénibles (eau, tirs de mines, éboulements…) et approvisionnaient le tapis roulant (descenderie d'extraction) en minerai. Ce dernier arrivait à Comberouge où, par le biais d'une trémie, il était chargé sur des camions via une autre trémie de chargement ferroviaire à Bouzigues (voir 1er volet). La piste utilisée passait également à Cambelliès (Loupian), autre gisement, célèbre aujourd'hui par l'eau de son lac légèrement chaude. Quand La Rouquette marqua des signes d'épuisement, l'entreprise Péchiney aurait pu se tourner vers Rigaudens et Jolimont les forages effectués étant très positifs. La direction avança qu'il fallait aller "trop profond" et décréta "la fin de l'aventure" et le licenciement (1990).

Sur la zone de Villeveyrac, trois gisements se trouvaient sur ce site : Roquemale, L'Olivet et St Farriol. Le premier était exploité essentiellement à ciel ouvert. 

La Société des Bauxites de France et la Société Alais Froges et Camargue firent d'importants travaux de reconnaissance. Au fond du puits une albraque (lieu de rassemblement des eaux) contenait 1 000 m3 d'eau évacués par des pompes d'exhaure d'un débit de 90 m3/heure. 120 mineurs y travaillaient : 85 au fond, 25 au jour. St Farriol a vu passer la Société Union des Bauxites puis Alusuisse de 1973 à 1989, date de fermeture d'un gisement à galeries souterraines. Reste en activité Les Usclades repris par la SODICAPEI (Société de Développement Industriel et de Commercialisation de l'Association de Parents d’Enfants Inadaptés) en 1987 exploitée par Péchiney de 1960 à 1965. C'est la dernière exploitation minière de bauxite en France. Sa production est orientée vers les cimenteries, la sidérurgie et les fabricants de produits isolants.


A gauche le casque du "chef", à droite celui de l'ouvrier.

Le travail du mineur

Rémy Martin,nous explique le travail du mineur de bauxite sur le secteur de La Rouquette-Montplaisir.
La mine fonctionne 24h/24 grâce aux trois-huit, système d'organisation d'horaires du travail d'extraction jour et nuit en poste de 8h permettant une exploitation continue hormis le week-end consacré au repos. Pour "l'entretien", une équipe opère de 7h à 15h.

À son arrivée sur le carreau, le mineur se dirige vers "la salle des pendus" où, en l'air justement, se trouve sa tenue. À l'aide d'une corde, il récupère ses vêtements de travail secs du fait de leur position car la salle est chauffée. Conjointement, la salle des douches attend la sortie de l'équipe qui va être remplacée et faire le chemin inverse. À chaque prise de poste, avant la descente, il passe à la lampisterie et reçoit une lampe en ordre de marche en échange de son jeton personnel. Lampe et jeton portent le même numéro. Ce dernier reste accroché au râtelier de la lampisterie, indiquant par là que l'usager de la lampe se trouve au travail dans le fond. Ensuite, sous le contrôle du "porion" (chef d'équipe) le mineur prend place dans la cage (ascenseur) avec sa quinzaine de collègues. Deux signaux (lumineux et sonores) annoncent la descente (130 mètres pour le puits de La Rouquette). Pas de porte pour cette cage, simplement une chaîne ! À l'arrivée, une grande salle très éclairée avec d'un côté l'atelier et de l'autre le réfectoire (pour le poste 7h-15h uniquement). Les autres réfectoires suivent la progression de l'exploitation : là, chacun pose son panier-repas pour la coupure. Le porion donne alors les directives et ventile les ouvriers :

  • les conducteurs d'engins (gaz-oil désulfurisé ou électricité)
  • le préposé au convoyeur à bande du minerai, à la retaille éventuelle des blocs, au compte des godets…
  • les chargés du soutènement dans les galeries
  • les artificiers

Chaque mineur a sa spécialité mais son action est intimement liée à celle du mineur suivant. La solidarité est le maître mot au fond du "trou".

 

Rémy Martin, le mineur militant.

L’organisation du travail est régie par le Code Minier définissant les conditions de travail, de santé et de sécurité. Si jusqu’en 1968, le délégué du personnel a peu d’impact et une représentativité « à l’émotion », les habitudes vont changer radicalement, conséquence des évènements (entre autres) du mois de mai de la même année. L’employeur doit appliquer ce code créé le 16 août 1956, réformé une première fois en 1970. Il comporte, en outre, la formation du délégué. C’est une révolution dans le bon sens du terme en ce qui concerne la législation du travail. Rémy Martin, vous l’avez deviné, a occupé cette fonction dans le groupe Péchiney puis Alusuisse par la suite.
À l’école de la C.G.T., l’homme a appris au CERCHAR (Centre d’Études et de Recherches de Charbonnages de France), à Courcelles-sur-Yvette, à l’École des Mines d’Alès, à Sète, toute la réglementation de son métier et de l’action syndicale. Élu dans la tradition, sur le carreau de la mine, par ses camarades et en présence d’un officier de l’état-civil (Maire-adjoint de la Ville de Mèze), Rémy partage sa semaine de travail entre :

  • des visites réglementaires (avancement des travaux, sécurité, hygiène…)
  • des visites de postes (le duo lampe-jeton renseigne sur la durée de présence au fond : pas plus de 7h45).
  • des rapports divers d’accidents dont 5 décès
  • pendant les heures restantes, il rejoint les autres mineurs.

Ses comptes-rendus archivés, datés et signés, attestent d’une situation transmise à l’autorité du Préfet. L’ingénieur de la mine fait de même pour sa direction uniquement. Le complément de temps est passé au fond de la mine. Permanent du syndicat CGT sur l’entreprise Péchiney, il veille sur les éventuelles anomalies côté salaires ou promotions. Lorsque le puits de La Rouquette ferme, en 1988-89, c’est le drame. Les contrats nationaux qui allaient jusqu’en 1993 (durée de 20 ans) ne pouvant être couverts par la société exploitante, c’est le licenciement. La lutte pour sauvegarder les droits des mineurs s’engage. Lettres, émission à Radio Thau Séte avec Louis Jeanjean, exposé au Conseil Général, entrevues favorisées par Y. Piétrasanta, M. Barbera, J. Lacombe avec Michel Rocard, Pierre Mauroy ou Roger Fauroux, ministre de l’industrie et de la Recherche se succèdent sans résultats probants.

Des manifestations, des grèves sur le carreau suivent. La belle solidarité du fond de la mine éclate. Les conséquences sociales sont dévastatrices. Les propositions individuelles de primes de départ volontaire, de démission « d’arrangement », le chantage de la direction sèment la zizanie. Certains s’en vont loin. La plupart se retrouveront à St Farriol (Villeveyrac), d’autres aux Baux de Provence ou à Brignoles. Le bouclage des 30 ans nécessaires à une retraite décente ne se fera pas à quelques exceptions près.

Rémy est aussi secrétaire du Comité d’Établissement sis 11, avenue de Pézenas, ancien Hôtel du Parc (2 jours de permanence par semaine). Le CE dispose alors, côté finances, des 3,606 % de la masse salariale de l’entreprise. Cette manne est ventilée pour les œuvres sociales : gestion du fonds de solidarité, colonies de vacances des enfants, vacances studieuses des ados (USA, Angleterre, Espagne, Allemagne), bibliothèques (enfants, adultes), voyages en France et à l’étranger, gestion des jardins ouvriers, arbre de Noël des enfants des mineurs, organisation de la fête de la Ste Barbe… Une aide administrative importante se met en place. Mme Rouquette assure le secrétariat 3 jours par semaine. Les dépenses d’entretien, les frais de fonctionnement, sont à la charge de Péchiney.

À la fermeture définitive des mines sur Mèze, le Comité d’Établissement, qui n’a plus lieu d’exister et après bien des tractations, prend le régime associatif. Il devient l’APAP (Association du Personnel Aluminium Péchiney), récupère du matériel et, pour une somme modique, les terrains des jardins ouvriers à la disposition des mineurs situés à Villeveyrac et Bédarieux. En contre partie, l’APAP s’engage à exister jusqu’en 1993. 2015 : cette dernière, toujours en vie vient de fêter la Ste Barbe comme il se doit !

 

Manifestation en ville

 


Pétanque sur le carreau pendant la grève

Manifestation devant la mairie

 Le mineur dans la cité.

Nous avons vu dans les volets précédents que le mineur travaille sous le système des 3x8. La pénibilité et les risques du métier sont compensés par des avantages sociaux (salaires conséquents, accès à la propriété facilité par le 1% patronal : cité des Horts, résidence Antarès, lotissement la Fringadelle…) quelque peu jalousés. Le mineur sort en ville bien habillé, pratique ses loisirs « quand les autres travaillent ». Sa profession est « bien protégée ». Rien à voir avec le régime conchylicole ou agricole. À Mèze, à la fin des années 70, des évènements épisodiques à grande échelle tels que des épidémies, des mortalités massives, des efflorescences d’algues toxiques se produisent dans l’environnement marin. Afin de compenser le manque à gagner une partie de la population mézoise sinistrée travaille à la mine (creusement d’accès au gisement). Elle n’y restera pas une fois l’étang redevenu « à la normale ». Quant aux 160 mineurs et leur famille, ils s’intègrent dans la vie de la cité. Ils pratiquent la pétanque sur le terrain où s’érige actuellement La Poste, le jeu Lyonnais avec la Boule d’Azur, le cyclisme, le football, relancent le judo à Mèze grâce à Euzèbe Péréa et les tatamis du C.E. de Péchiney… Ils feront partie aussi du conseil municipal. En juin 2007, dans le cadre de l’exposition « Lumières de la mine », au Château de Girard, les deux camps se sont dit leurs ressentiments de l’époque tout naturellement. La confrontation pacifique a permis à chacun de mieux connaître l’autre. Le passé local s’est réunifié et reste bien vivant autour d’une page d’histoire « à ne pas oublier ».
Et si ce « Musée de la Mine » voyait enfin le jour à Mèze !

Un reportage de Daniel Monteil


cyclistes... (photo Rémy Martin)


...et footballeurs (photo Rémy Martin)

Avec l'APAVH, Voyou, le beau chat, est à l'adoption

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"L'histoire de ma courte année de vie est triste, comme celle de milliers d'autres animaux sur cette pauvre planète. J'ai très certainement été donné lorsque j'étais un bébé à n'importe qui. Une fois que j'ai passé l'âge d'être un tout petit, je n'ai plus intéressé les membres de la famille. Du grand classique chez les humains. Ils m'ont donc tout simplement abandonné comme si c'était un acte normal et absolument pas grave. Un acte anodin dans de pauvres esprits. Je suis resté de long mois dehors... j'avais très faim et j'étais blessé. Je manquais énormément d'amour, je cherchais à rentrer chez des voisins, je cherchais désespérément une personne qui allait enfin me voir, je cherchais de l'aide tout simplement. ""J'ai mis du temps à en trouver... mon désarroi ne faisait que grandir... jusqu'à ce qu'une personne se mobilise enfin pour moi et contacte l'association. Merci du fond de mon petit coeur à cette personne. Ce fût la fin de mon calvaire de chat de rue. Depuis quelques semaines auprès de famille d'accueil, je revis ! Je suis enfin épanoui, je reçois enfin l'amour que je mérite et croyez moi je leur fais des milliers de ronrons et de bisous. Je suis devenu zen, tranquille, je ne suis plus inquiet( la preuve, je dors en montrant mon ventre ce qui est signe pour le chat d'une parfaite confiance)..."

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