Jean Vilar

Jean Vilar


J.Vilar dans Don Juan en 1953,
avec D. Sorano - Photo Agnès Varda

Jeunesse sétoise

Jean Vilar naît à Sète le 12 mars 1912. Ses parents tiennent une boutique de mercerie rue Gambetta. On y vend des espadrilles, des corsets. Un sou est un sou. Mais, dans la bibliothèque de son père, autodidacte, fervent républicain, laïc et éclairé : Hugo, Michelet et Zola voisinent avec Shakespeare, Balzac et Stendhal.
Le jeune Vilar, lui, n'oubliera jamais ceux qu'il appelle ses génies familiers : « Le soleil et le ciel, la mer et les vents ». « Hors de Sète, écrira-t-il plus tard, un Sétois est toujours un enfant exilé ». 

Strictement élevé par son père, Etienne, il fit de bonnes études, surtout littéraires, au Collège tout en pratiquant sérieusement le violon qu’il répétait au magasin sous l’oeil paternel. 
Mais déjà, le théâtre le passionnait et, avec le peintre Jean Pinel et quelques copains, il monta en 1930 sa première oeuvre dans la chapelle des Pénitents : une évocation de la Passion de Jésus où il finissait en slip sur la Croix, gardé par l’athlétique Pinel, futur grand peintre, déguisé en robuste centurion ! 
Après son bac, il s’inscrit à la Fac de Montpellier.

Vers Paris

En 1932, il abandonne ses études de lettres et se rend à Paris oû il suit les cours de philosophie d'Alain, et de théâtre de Charles Dullin. Après avoir été codirecteur du théâtre ambulant La Roulotte, il fonde sa propre compagnie, la Compagnie des Sept, en 1943.

En 1942 il a monté sa première pièce : La Danse de mort, de Strindberg. 
En 1945, Meurtre dans la cathédrale, de T.S. Eliot, créé au Vieux Colombier, impose Vilar comme acteur et metteur en scène au public et à la critique. 
En 1947 il fonde le Festival d'Avignon. 
En 1951 il est nommé à la tête du Théâtre National Populaire. Son objectif est de faire venir à Chaillot un public populaire, au moins 2500 personnes chaque soir, à un prix très bas. Il créé l'association des Amis du Théâtre populaire, et fonde la revue Bref. Vilar réussit à associer au théâtre les notions de fête, de cérémonie et de service public.
Ses mises en scène se basent sur un complet dépouillement scénique : pas de décor, un éclairage très contrasté et proche du travail des expressionnistes, des costumes flamboyants. Il prend souvent des peintres comme collaborateurs. Le théâtre doit être à la portée de tous. Il recherche un nouveau public, un théâtre socialement unificateur. "Il s'agit de faire une société, après quoi nous ferons peut-être du bon théâtre".

La fin du TNP

A partir de 1961, le TNP se politise. 
Vilar choisit de monter Antigone, de Sophocle, Arturo Ui, de Brecht, l'Alcade de Zalamea, de Calderon, et une adaptation de la Paix, d'Aristophane, toutes pièces qui traitent du fascisme, de la justice militaire, ce au moment précis de la guerre d'Algérie. 
En 1963 le mandat de Vilar au TNP prend fin. Il se consacre entièrement à Avignon.
En juillet 1968 quelques centaines de contestataires venus de Paris envahissent le festival, gênent les représentations en réclamant l'engagement révolutionnaire des artistes, et cherchent à obliger Jean Vilar à prendre position. La troupe du Living Theater quitte Avignon, mais Vilar parvient à sauver le festival, rappelant que "pendant la Révolution Française, entre 1789 et 1795, les théâtres ont joué tous les soirs".

Jean Vilar meurt le 28 mai, 1971 dans sa maison « Midi le juste », proche du Cimetière Marin. Paul Puaux lui succède à la direction du Festival d’Avignon.

voir aussi Jean Vilar au cinéma

 


Jean Vilar et Monique Chaumette
(épouse de Philippe Noiret) dans
Meurtre dans la cathédrale 
(photo Agnès Varda)

 


statue de Vilar
par Valentine Schlegel,
sa belle-soeur.
(Foyer du Théâtre de Sète).


Vilar par le peintre Pierre Henry


Vilar en répétition


Vilar entre G. Philippe et Gishia

Citations de Jean Vilar

« Le théâtre n'est pas la démonstration analytique de notre condition ; il est le chant dithyrambique de nos désirs profonds ou de nos railleries. »

« Il s'agit donc de faire une société, après quoi nous ferons peut-être du bon théâtre. » 

« L'art du théâtre ne prend toute sa signification que lorsqu'il parvient à assembler et à unir. »

« La culture, ce n'est pas ce qui reste quand on a tout oublié, mais au contraire, ce qui reste à connaître quand on ne vous a rien enseigné.»

« Sète est ce morceau de roc comme détaché de notre Europe, ce coin péninsulaire où la vie quotidienne subit incessamment et jalousement le bonheur ou les folies de la mer et du ciel. Le plus beau théâtre du monde, offrande à l'imagination. Rideau de fond, rideau immatériel, rideau du néant où tout donc peut s'inscrire, où tout est possible ». 

Jean Vilar en quelques dates

1912 : naissance à Sète le 12 mars.
1932 : Arrivée à Paris pour préparer une licence de lettres à la Sorbonne. Jusqu’en 1937, Vilar fréquente le cours de Charles Dullin à l’Atelier. 
1941 : Réformé de l’armée, Il rejoint la troupe des Comédiens de la Roulotte, fondée par André Clavé et liée au mouvement Jeune France. 
1943 : Il quitte La Roulotte pour créer la Compagnie des Sept.
1947 : Jean Vilar organise "Une Semaine d’Art en Avignon", qui deviendra le Festival d’Avignon un an plus tard. Mise en scène de Richard II de Shakespeare dans la Cour d’honneur du Palais des papes. 
1951 : Vilar est nommé directeur du Théâtre du Palais de Chaillot, auquel il rend le nom que Gémier lui avait donné en 1920 : Théâtre National Populaire. Publication du Petit manifeste de Suresnes, où il expose sa vision d’un théâtre populaire. Représentations du Cid de Corneille, et du Prince de Hombourg de Kleist, à Avignon avec Gérard Philipe. Création de Mère Courage de Brecht.
1953 : Début d’une cabale contre Jean Vilar initiée par des critiques conservateurs et certains hommes politiques. On murmure qu’Antoine Pinay veut faire fermer Chaillot. Vilar est accusé d’avoir détourné des fonds, on lui reproche de monter Brecht, considéré comme communiste, et Pichette, jugé trop avant-gardiste, ainsi que Meurtre dans la cathédrale d’Eliot, oeuvre "étrangère". La Mort de Danton de Büchner manque d’être interdite par le ministre et subit lors de sa création les attaques de la CGT et du Parti communiste, qui estiment que Büchner prend le parti de Danton contre Robespierre. 
1959 : André Malraux attribue au TNP une seconde salle, le Théâtre Récamier, destinée à présenter les premières pièces d’auteurs contemporains. 
1960 : La création de La Résistible Ascension d’Arturo Ui de Brecht, alors que le général Salan a lancé un mouvement pour l’Algérie française et que 121 intellectuels viennent de signer un manifeste intitulé "Sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie" connaît un grand retentissement et fait du TNP un théâtre résolument engagé. 
1963 : Jean Vilar abandonne la direction du TNP, confiée à Georges Wilson, mais conserve celle d’Avignon. 
1968 : Suite à l’allocution prononcée par le général de Gaulle le 30 mai, Jean Vilar informe André Malraux qu’il n’acceptera plus désormais aucune fonction officielle. Le TNP renonçant à participer au Festival, Maurice Béjart occupe seul la Cour d’honneur. Après avoir suscité des émeutes, le Living Theatre quitte Avignon. 
1971 : Mort à Sète le 28 mai, dans sa maison « Midi le juste », proche du Cimetière Marin. Paul Puaux lui succède à la direction du Festival d’Avignon.

 



Vilar en famille avec son petit-fils

 

Avec Paul Puaux et Maurice Béjart - photo Atzinger

 



Vilar au cimetière marin

 

  



  




Jean et Andrée

   
                                   Jean Vilar avec Jean-Louis Barrault


avec Philippe Noiret - photo Bernand


avec J.L Barrault - photo Bernand


avec Wilson