Opération Daurade 2016

«  Essai technique de conservation de daurades de pêche vivantes.»

Hier, la presse était conviée à aller à la rencontre des pêcheurs professionnels de la Pointe-Courte. Ils étaient trois pêcheurs « petits-métiers », Robert Rumeau (porteur du projet), Kevin Henry et Denis Talano. Et ils étaient entourés de leurs partenaires, Clément Calmettes du Lycée de la Mer,Thomas Sérazin du CRPMEM et Jean-François Holley du Cépralmar.

C'est une opération autour de la daurade que Robert Rumeau situe comme une « expérience ». Un projet qu'il mûrit depuis déjà deux ans.

Le principe en est simple mais il fallait y penser et surtout le mettre en œuvre, d'où l'intérêt d'avoir ce partenariat où chacun amène sa compétence dans un but final.

Quand la daurade sort de l'étang (à l'automne selon les conditions climatiques), il y a une grosse quantité de poissons capturés et qui se retrouvent sur le marché d'où une très nette baisse des prix, passant de 17 euros (actuellement) à parfois moins de 5 euros le kilo. Robert Rumeau en observant ce qui se faisait sur le thon et l'anguille, des poissons conservés vivants, a donc eu cette idée de conserver les daurades vivantes durant deux mois (d'octobre à décembre) afin de les proposer jusqu'aux fêtes de fin d'année, une période où il n'y a plus de daurades dans l'étang.

Robert Rumeau nous explique alors la technique et son principe.

« Il faut savoir une chose, c'est que le système de filets que l'on a, notamment les capéchades, les manières, les triangles ou les brandines que l'on utilise, permettent de capturer le poisson vivant.  

Je me suis dit pourquoi on tenterait pas de conserver quelques daurades après la migration et ainsi d'essayer de les commercialiser deux mois après, au moment des fêtes quand il n'y en a pas. Il ne s'agit pas de parler d'engraissement (comme pour le thon) mais juste de les maintenir au même poids. 
Quand les conditions climatiques seront réunies, une chute de température accompagnée d'un fort mistral, toutes les lagunes de méditerranée vont voir la migration débuter. Même des lagunes où jadis il n'y avait pas de grosses daurades en ont désormais et ces lagunes seront elles aussi sur le marché.
« Donc l'idée c'est d'en soustraire une partie afin de la remettre à la commercialisation au mois de décembre en tentant ainsi de stabiliser le cours du marché même pendant la migration. Tout le monde est concerné par ce phénomène là et si cela fonctionne nous pensons que d'autres pêcheurs feront de même ».
« Là on est vraiment sur un essai grandeur nature avec une quantité limitée de poissons, soit 40 kg. Ce qui ne changera rien au cours du marché mais qui nous permettra de cerner toute la problématique à venir. L'idée étant de tester la faisabilité technique  et de voir si ça marche complètement ou si l'on rencontre certains problèmes ».

Jean-François Holley (Cépralmar) tient à préciser que, 

« durant ces deux mois, les daurades seront réparties dans deux viviers au Lycée de la Mer (des viviers de 20 kg chacun) et elles seront nourries de deux façons différentes. Les unes recevront des moules et les autres des granulés spécifiques pour leur maintien en poids. Il ne leur sera administré aucun traitement autre car derrière, l'objectif à terme sera de simplifier au maximum la manipulation pour les pêcheurs et de pouvoir ainsi commercialiser le poisson à moindre coût ».

Pour cette année, les bateaux des trois pêcheurs seront équipés de viviers et ils transporteront les daurades au Lycée de la Mer pour les y débarquer. Une fois sur place les élèves du lycée seront en charge du nourrissement et de l'entretien des viviers, soutenus par les pêcheurs eux-mêmes. Une bien belle façon pour les élèves de toucher du doigt une des problématiques de ces pêcheurs.
Outre l'aspect maintien des daurades vivantes, d'autres questions vont se poser aux partenaires sur la rentabilité du procédé et donc à partir de quel volume cela va paraître intéressant à développer et quel type d'installation doit être envisagée.
Autre problème soulevé, la température de l'eau des viviers qui selon la température de l'eau de l'étang devra pouvoir être chauffée, la daurade ne supportant pas les basses températures elle arrête de s'alimenter.

« On est vraiment sur un premier essai technique ».

Et Robert Rumeau de conclure :

«  Et pourquoi ne pas réfléchir et envisager, avec une telle technique, de développer un marché de poissons vivants comme cela se fait ailleurs. On pourrait alors cibler la grande restauration. Si vraiment ça fonctionne, c'est un bien pour toute la profession et pas seulement pour l'Etang de Thau».

 La prochaine étape se déroulera lors de la migration et nous y serons.

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