Aux Grès de Montpellier

Des vins et des mets conjugués au patrimoine



 

Au menu de la balade « Aux Grès de Montpellier », vins, patrimoine et gastronomie étaient bien au rendez-vous de la 4e édition. Si le soleil avait délaissé le ciel, il a été vite remplacé par la bonne humeur des organisateurs et des participants. Oenophiles, curieux et connaisseurs de tous âges se sont prêtés au jeu d’un parcours impeccablement fléché, semé de surprises et de découvertes viticoles, historiques et artistiques dans la métropole. Ville-ciment d’une appellation qui lui sert d’amphithéâtre et l’enserre, elle s’est offerte à une longue déambulation, orchestrée par le syndicat des Grès de Montpellier. Olivier Durand, son président, le rappelle : « Depuis longtemps, les vignobles des Grès ont été l’écrin dans lequel s’est lovée la ville de Montpellier ; son patrimoine architectural et culturel en est la preuve ! » Plutôt que de partir dans les vignes, c’est dans ses rues que la jeune AOP  invite les amateurs, verre à la main, à découvrir des terroirs et des vins, un terreau culturel. Les vignerons, à l’instar de Xavier Julien, du Mas de Janiny, ont souscrit au principe: « Il s’agit de faire connaître une AOP qui monte, et mérite d’être connue, dans des lieux aussi riches en histoire ». Et d’ajouter : « le vin, mélangé à l’histoire et la culture, c’est exceptionnel. » 

un parcours gustatif et viticole

La balade repose sur un parcours gustatif et viticole, parmi les 46 communes de l’appellation. Le menu en six plats, concocté par le traiteur Grand, se met en harmonie avec les vins. L’accord propose à chaque étape un choix dans les trois couleurs blanc, rouge, rosé. Pierre de Colbert, du Château de Flaugergues, en explique le fonctionnement. Chaque vigneron sélectionne un de ses vins, en lien avec un mets, dans une étape du menu. Florent Granier, du Clos Sorian explique le travail de sélection « pour écarter tout défaut, ou tout accord avec les plats qui ne serait pas heureux. Ce travail collégial, long et intéressant, se fait à l’intérieur du syndicat, par les vignerons et avec des oenologues ». De ce travail est issue une qualité égale des vins dégustés, sans défaut, où l’homogénéité de l’appellation est mise en avant. Emilien Fournel, du Chai d’Emilien, précise : « L’étendue de l’appellation pourrait être, du point de vue du consommateur, une faiblesse, mais la cohérence du terroir se retrouve, tant dans les dégustations professionnelles qu’auprès des consommateurs ». Florent Granier fait remarquer combien « l’événement est une très belle vitrine, qui nous apporte des retours directs de ce que pensent les gens. Beaucoup  viennent ensuite à notre caveau ». Philippe d’Allaines, de l’Abbaye de Valmagne, résume les efforts vignerons par ces mots : »Il faut  parler de la qualité globale des Grès de Montpellier. Ces vins se relient entre eux, par une identité gustative. La trame est là maintenant. Ces vins sortent de l’ombre ». Des jeunes, beaucoup de jeunes, qui ont repris les vignes familiales ou viennent sur le domaine apporter leurs nouvelles compétences, témoignent du renouveau viticole dans la jeune AOP. Ainsi Justine Durand (Domaine de la Triballe), Nicolas Viguier (Domaine de Saint-Jean de l’Arbousier), Emilien Fournel, Benjamin Sarais (pour le Clos de l’Amandaie), Xavier Julien, pour ne citer que ceux croisés à cette occasion.
Le pourtour du Bassin de Thau était représenté par le Mas du Novi et le Château Saint-Martin-de la Garrigue (Montagnac), le Clos des Nines (Fabrègues) et le Clos Sorian (Poussan), ainsi que l'Abbaye de Valmagne (Villeveyrac).

un parcours patrimonial

C’est autour d’un parcours patrimonial éclairant que se bâtit l’originalité et le prestige de la Balade des Grès de Montpellier. Le thème retenu cette année, l’éducation, menait de l’école Saint François Régis, du collège la Providence, de la salle Plantade jusqu’au collège de l’Assomption, et sa folie du XVIIIe siècle. Le parcours fournit une occasion unique de pénétrer dans des lieux insolites ou des trésors cachés, et de rendre vivant histoire et architecture. Par le biais de séquences chantées en costume, quizz, saynettes théâtralisées mettant en scène Lapeyronie, Rabelais et Hippocrate, ou une troupe de professeures désopilantes à l’Assomption, les participants apprennent tout en s’amusant une multitude d’informations, mises en situation dans de hauts lieux architecturaux.Deux temps forts : à la Faculté de Médecine, fleuron de l’histoire montpelliéraine, où la dégustation déplacée de la cour vers les arches s’abrite sous le regard de Chaptal, un des pères fondateurs de l’œnologie. Et la dernière étape ouvre aux marcheurs, au Château de la Piscine, des portes que bien des montpelliérains rêvent de franchir. Sa propriétaire a bien voulu dévoiler cette folie du XVIIe siècle et ses jardins, construite par la famille de Belleval, puis propriété du collectionneur Alfred Chaber.

 
 

Après cette prouesse, Olivier Durand souhaite inoculer dans la Balade « plus de patrimoine encore l’an prochain » et que les participants puissent garder un document qui laisse trace de ces parcours enchanteurs. Il en appelle également à plus de bras pour la prochaine édition, afin de parfaire une  organisation impressionnante, sans fausse note, « une machine de guerre imparable, un travail colossal», selon Lise Fons-Vincent, du Château de Fourques. Au son d’un groupe de jazz, dans une ambiance feutrée de fin de parcours, Jean-Philippe Granier, directeur technique des AOC Languedoc, s’enthousiasme pour cette balade « très importante au niveau du patrimoine. Les gens sont impressionnés par l’ouverture exceptionnelle de lieux tels que le château de la Piscine ». Philippe Saurel, Maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole, est venu saluer de sa présence cette mise en lumière du patrimoine de sa ville. Une ville qui ambitionne au niveau du vin, Jean-Philippe Granier ne le cache pas, d’être centrale dans la grande région nouvelle, et capitale de la Méditerranée viticole, avec Vinisud comme phare.

Florence Monferran

  

Le menu

  • Mousse d’huile d’olive de Saint-Martin-de-Londres au Bleu des Causses
  • Tartare de canard, fane de radis rose
  • Sardine de Méditerranée grillée sur un biscuit chocolat extra-bitter
  • Solomilo de cochon ibérique farci au chorizo doux et pak choï, le tout cuit sur le foin Pélardon du château de Bibieure aux aromates naturels
  • Crémeux au thé matcha et orange confite
  • Café