Festival Oenovideo® à Frontignan : La vigne et le vin se cultivent en images

« Dans le cinéma d’aujourd’hui, dans la société d’aujourd’hui de plus en plus « mise en normes », trinquer, déguster ensemble un bon vin, est plus qu’une réconciliation, c’est une célébration de la vie ».
Philippe Muyl, réalisateur, scénariste et producteur, président du jury d’Oenovideo®

Dans une intense succession d’initiatives sur le bassin de Thau, après les vins de Beauvignac et le photographe Claude Cruells à Mèze, ou la maison Fortant et le festival ImageSingulières à Sète, c’est au tour de Frontignan de lier, dans une joyeuse effervescence, les 80 ans de l’AOC muscat de frontignan au prestigieux festival international de films et de photographies sur la vigne et le vin Oenovideo® et son corollaire Terroirs d’images®
Ces journées démarrent sous de beaux augures. « Le festival est déjà placé sous le signe de la convivialité, dans une ambiance extrêmement amicale, chaleureuse, avec le vin comme lien», commente Philippe Muyn. L’association Forum Oenologie et son président HL Arnould proposent en effet une célébration vivante des terroirs, animée par des films et des expositions qui éveillent des émotions partagées. Il n’est qu’à voir les réactions du public, commentant, se souvenant, fredonnant les chansons pendant les premières projections. 8 pays, 28 films sélectionnés à l’affiche, documentaires et fictions, avant-premières inédites ou films hors compétition projettent sur l’écran des traditions comme les initiatives les plus novatrices (un vignoble à Tahiti), l’amour du sol, les atouts d’un terroir ou les conditions extrêmes de son exploitation (une pente à 55° en Alsace). Un art de faire du vin que Francis Ford Coppola avait célébré dans une précédente édition d’Oenovideo : « Vinification et mise en scène sont deux grandes formes d’art. Le vigneron et le directeur de cinéma font la même chose : ils assemblent, ils créent ». Le terroir méditerranéen est mis à l’honneur dès le premier jour de projection, avec le frontignanais Alain Marquina, venu présenter son court-métrage Vino requiem, ode et questionnement sur le muscat à petits grains. Il a également réalisé les deux affiches du festival et expose aux chais Botta A l’an que ven. Le patrimoine viticole de la région sera largement évoqué dans la fresque historique Le Midi Viticole, seconde partie, de Yannick Séguier.
Avec Terroirs d’images®, 110 photographies exposent, dans le cadre des anciens chais viticoles Botta,  « le printemps dans les vignes : le retour de la vie ! », des premiers bourgeons au grain minuscule. Pierre Bouldoire, Maire de Frontignan, s’enthousiasme : « Un festival de cette nature n’est pas juste là pour nous montrer le monde de la vigne et du vin. Il est là pour nous montrer ce qui est beau dans le monde de la vigne et du vin ».

La célébration des terroirs est aussi gourmande, quand elle entrecoupe les projections de dégustations de muscats et favorise les échanges avec les producteurs et réalisateurs. Avec des vignobles, des caves, des paysages offerts à la découverte, c’est tout un art de vivre dans lequel le vin fait encore lien. Ainsi, Yves Michel, vice-président de Thau-Agglo, se réjouit-il d’associer le festival et Plaisirs de Thau, marché des terroirs, en n’oubliant pas de rendre hommage «  à toutes les générations qui ont forgé ce territoire ».

La célébration de la vigne et du vin prend un tour mémoriel, quand le festival, placé sous le patronage de l’office international de la vigne et du vin (OIV) et de la chaire Unesco « culture et tradition du vin », s’installe au cœur d’un patrimoine viticole historique. Elle se nourrit de ces lieux emblématiques, anciens chais, maisons de négoces ou de propriétaires, cœurs battants d’une activité passée dont résonnent encore le bruit des marteaux frappant la douelle, l‘odeur de bois brûlé et de vin transbordé, le roulis des barriques chargées sur les quais, la cohue des boulevards, ventres ouverts de la tonnellerie et des négoces. L’alliance est particulièrement forte aux Chais Botta, qui, évoquant à HL Arnould un chant du cygne, ouvrent à nouveau leurs portes à l’occasion du festival de films avant de mourir, ou plutôt d’être transformés … en cinéma.  

Pierre Bouldoire voit dans la concomitance de l’événement et de la célébration des 80 ans de l’AOC muscat de frontignan, dus au hasard, « une conjonction des planètes tout à fait favorable » pour la réussite d’Oenovideo, « venu pour la première fois dans l’Hérault, qui plus est dans une ville de vins doux naturel ». A l’unisson du festival, un ensemble de manifestations publiques ou privées cumulent avec bonheur, en ce mois de mai, le partage d’une émotion renouvelée entre le vin, l’art, l’image.

Florence Monferran

La beauté du geste

« Sous l’effet des modes, des évolutions technologiques ou des réglementations diverses, des gestes nouveaux apparaissent, d’autres disparaissent. On le constate dans la vie comme dans les films. Je pense à deux gestes qui, en disparaissant, ont foncièrement changé la façon de raconter des histoires au cinéma : fumer et téléphoner ? Que seraient les films de Claude Sautet sans les ambiances enfumées des bistrots ? Que seraient les polars de Melville sans le coup de fil qu’il faut absolument passer le plus vite possible, question de vie ou de mort ? (…)
Et il en reste un, hautement symbolique, auquel je souhaite longue vie : lever son verre et trinquer. Oui, par bonheur, on peut encore, dans nos films, se servir de ce beau geste pour faire dire à nos personnages ce qu’ils ne disent pas par les mots : le plaisir de se retrouver ensemble, l’amitié, l’évocation de souvenirs, la joie de la réussite, l’harmonie, la force de la nature, le goût des bonnes choses, le respect du temps qui passe… (…)
Ouvrir, ensemble, une « bonne bouteille » c’est une communion. Dans le cinéma d’aujourd’hui, dans la société d’aujourd’hui de plus en plus « mise en normes », trinquer, déguster ensemble un bon vin, est plus qu’une réconciliation, c’est une célébration de la vie.
Puissions-nous préserver cette beauté du geste ».

Philippe Muyl