Vigne

Pour se retrouver parmi les vins biologiques

Vendange en vignoble bio. ph: Sudvinbio

Le consommateur doit se frayer un chemin au milieu des labels, normes et expressions propres aux vins biologiques, qui dessinent la famille d'une viticulture propre en trois grands traits.


Les vins biologiques
Pour obtenir le label, il est obligatoire d'être certifié par un organisme agréé, après trois campagnes de conversion de son vignoble. Le vin peut alors revendiquer la mention vin biologique sur l'étiquette.
Vins de raisins issus de l'agriculture biologique jusqu'en 2012, c'est-à-dire cultivés sans produits chimiques de synthèses (pesticides, désherbants, engrais) ni OGM, protégeant le vignoble par des procédés ou produits naturels (sélection des plants, prédateurs naturels contres les insectes)
Vins biologiques depuis la charte européenne qui remplace le label AB par l'eurofeuille, et étend la réglementation à la vinification. Raisin, sucre (en cas de chaptalisation), alcool pour les mutages, moûts concentrés doivent être 100 % bios, les produits oenologiques et levures également. Les teneurs maximales en SO2, antioxydant et antiseptique, sont limitées par rapport à la viticulture conventionnelle pour réduire l'ajout de sulfites dans le vin. Certains intrants (additifs) sont interdits, comme l'acide malique, ainsi que des procédés comme la flash-pasteurisation ou la cryo-extraction. "La certification vin biologique est une sécurité pour le consommateur. Tous les producteurs sont soumis aux mêmes règles, à la vigne et au chai. En cas de manquement au cahier des charges, ils doivent recommencer toute la certification à zéro" explique Cendrine Vimont, chargée de communication à Sudvinbio. Plus de 150 contrôles ont été effectués sur les vins présentés au salon Millésime Bio, afin de vérifier le bon suivi du label, garantie pour les acheteurs et les futurs consommateurs.

Les vins en biodynamie 
Le vigneron peut choisir d'aller plus loin dans sa démarche, avec le label Déméter, dont le cahier des charges plus strict , dans les dosages de SO2 par exemple, et des pratiques soucieuses de la terre et du vivant garantissent des vins en biodynamie. En favorisant une plus grande biodiversité des sols et en renforçant la santé des plantes, la biodynamie se définit comme une agriculture durable. Elle travaille dans le respect des cycles naturels, des rythmes lunaires et planétaires, fertilise et traite la terre par des compostages, infusions, décoctions naturelles, refuse la mécanisation des tâches. Le vigneron peut aussi choisir de ne pas labelliser sa démarche en biodynamie.

Les vins naturels 
Poussant dans ses limites la démarche, il peut choisir de produire un vin naturel, pour lequel il n'existe aucun cahier des charges ou label officiel. Après une démarche propre à la vigne, le vigneron n'ajoute aucun intrant, même des levures. L'association des Vins Naturels autorise les sulfites ajoutés dans des doses minimales, si possible en soufre naturel, produit par les volcans.Labellisés ou pas, entre sécurité et liberté de création, c'est ensuite au consommateur de faire son choix.

Florence Monferran

Dosages de sulfites ajoutés selon la catégorie de vin

Source: Sudvinbio

Palmarès de Challenge Bio

Photo : Sudvinbio

Le concours attaché au salon Millésime Bio de Sudvinbio organisé pour la première fois en partenariat avec la section régionale de l'Union des Oenologues de France, présidé par l'oenologue suédois Lars Torstenson, a décerné 419 médailles. Le Languedoc-Roussillon récolte 47 médailles d'Or, dont 21 dans le seul département de l'Hérault.

Pour le Bassin de Thau:  Château Stony (Frontignan), Ametièr, Pays d'Oc IGP muscat à petits grains 2014, Paul Mas (Montagnac), Cuvée secrète, Pays d'Oc IGP rouge 2014, Cave de l'Ormarine (Pinet), Simplement Ormarine, Pays d'oc IGP rosé 2015, Domaine de Roquemale (Villeveyrac), Male, Languedoc Grès de Montpellier AOP rouge 2013

Pour le grand Montpellier: Domaine St Jean de l'Arbousier (Castries), Gourmandise, Languedoc AOP rosé 2015, Domaine de la Triballe (Guzargues), La capitelle, Languedoc Grès de Montpellier AOP rouge 2014, et Aphylianthe, Languedoc AOP Blanc 2014, Château Cazeneuve (Lauret), Les Calcaires, Languedoc Pic-saint-Loup AOP rouge 2014, Terroirs vivants (Montpellier), Réserve naturelle, Pays d'Oc IGP rosé 2015, Le Clos d'Isidore (Murviel-lès-Montpellier), Dolia Pays d'Hérault IGP rouge 2014, Mas de Figuier (Vacquières), Cabernet, Pays d'Oc IGP rouge 2014, Vins Folle Avoine (Vendargues), Cantarille, Pays d'Oc IGP rouge 2014

Et dans le reste de l'Hérault: Domaine de l'ancienne Mercerie (Autignac), Les petites mains rouges, Faugères AOP rouge 2013, Mas Onésime (Cabrerolles), Le sillon rouge, Faugères AOP rouge 2013, Domaine de Valambelle (Laurens), Florentin Abbal Faugères AOP rouge 2011; Domaine des Jougla (Prades-sur-Vernazobre) Sarremale, Saint-Chinian AOP rouge 2013, Mas de Cynanque (Cruzy), Althéa, Saint-Chinian AOP Blanc 2013; Domaine de Virgile Joly (Saint-Saturnin-de-Lucian), Virgile, Languedoc Saint-Saturnin AOP rouge 2010; Domaine de la réserve d'O (Arboras), Alliance, Languedoc AOP Blanc 2014; Vignobles jeanjean (Saint-Félix-de-Lodez), Senteur nature, Pays d'Oc IGP rosé 2015; Mas Gabriel (Caux) Clos des papillons, Pays d'Oc IGP blanc 2014

Ce palmarès reflète la diversité actuelle de la culture en vins biologiques, mesurée au gré des rencontres sur le salon. Y figurent des négociants, comme Paul Mas et sa Cuvée secrète, ou Terroirs vivants à Montpellier. Mais les Domaines sont principalement familiaux, installés depuis plusieurs générations (Mas de Figuier, Folle Avoine, Domaine de la Triballe, Château Stony...), ou créés directement en bio (Domaine de la Réserve d'O, Clos d'Isidore par ex). Quel impact de ces médailles pour les vignerons? Récompense bien entendu du travail accompli, la médaille d'or amène sur les stands des acheteurs qui découvrent l'ensemble de la gamme, notent Edith Bez (Clos d'Isidore) ou Gilles Pagès (Mas de Figuier). Les médailles sonnent comme une confirmation, quand elle récompensent, deux années d'affilée, la même cuvée. C'est le cas pour Valérie Ibanez, au Domaine de Roquemale, ou Marie et Frédéric Chauffray au Domaine de la Réserve d'O. "La médaille donne une crédibilité, mais les cavistes et les restaurateurs ont envie d'avoir leur propre jugement" relativise Frédéric, étonné de voir récompensés "des vins de terroirs, très typés, en biodynamie". 
Ce sont également des démarches pour limiter l'impact sur l'environnement et développer la biodiversité qui sont mises en lumière. Ainsi Guillaume Daumond (Folle Avoine) voit le retour de mésanges bleues sur son Domaine, Nicolas Viguier (Domaine de Saint Jean de l'Arbousier) celui de faucons et petit ducs, lui qui recycle ses coffrets en bois ... en nichoirs. 

Florence Monferran

               

Le Musée de la vigne quitte Marseillan

C'est sur 16 hectares de terrain à Gruissan, dans l'Aude, que va être recréée la banque génétique mondiale de la vigne : 7.500 "accessions" (cépages, vignes sauvages, nouvelles créations...), provenant de 54 pays, seront transférées de la célèbre collection de Vassal, située à Marseillan-Plage, dans l'Hérault. Des plants ancestraux tombés dans l'oubli ou presque, comme l'oeillade, le verdabel, le chatus; des ceps exotiques comme les mavrud ou melnik bulgares; des pieds classiques, comme l'éternel cabernet mais aussi des créations, comme celles résistant aux maladies... Cela représente "environ la moitié des variétés existantes" dans le monde, précise Thierry Lacombe, ingénieur de recherche à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) à Montpellier.
Le "Louvre de la vigne" menacé a enfin trouvé son terroir Baptisée le "Louvre de la vigne", la collection avait été créée en 1949 sur le domaine de Vassal, un cordon littoral choisi pour ses sables, barrière naturelle au phylloxéra, qui a décimé la vigne française à la fin du XIXe siècle. Cette banque de données s'enrichit "d'environ 80 nouvelles accessions par an, depuis la France et l'étranger", ajoute M. Lacombe, animateur scientifique de la collection de Vassal. Cela fonctionne comme la Bibliothèque de France. Chacun y dépose son cépage, mais de manière volontaire", déclare Hernan Ojeda, directeur des Unités expérimentales de l'Inra à Pech Rouge à Gruissan et Vassal._Mais ce trésor génétique était menacé. "Vassal n'est qu'à un mètre au-dessus de la mer: la montée des eaux, due au réchauffement climatique, peut nous submerger", observe le responsable. "De plus, Vassal n'appartient pas à l'Inra mais au Conservatoire du littoral qui veut un retour à la nature du site", poursuit-il. Un trésor génétique replanté entre 2018 et 2023 Il a donc été décidé de transférer Vassal au site de l'Inra, à Pech Rouge, qui "couvre 163 hectares et offre des terres à 30 mètres au-dessus de la mer", explique le directeur. Mais le projet de déménagement, à l'étude depuis les années 2000, s'est heurté à de multiples obstacles: une pétition a réuni des milliers de signatures pour dénoncer les risques de dégradation de la collection lors du transfert, et un contentieux judiciaire a opposé l'Inra à l'ancien propriétaire, Listel, qui a finalement cédé Vassal au Conservatoire du littoral. 15 ans pour faire aboutir le projet initial et son financement

Le projet vient d'être bouclé en fin d'année dernière. Il a été inclus au Contrat de plan Etat-Région 2015-2020 et un premier chèque de 750.000 euros a été signé, sur un coût total de "deux à trois millions d'euros", dit à l'AFP Laurent Bruckler, président du centre Inra de Montpellier. L'Institut apporte 1/3 du financement, la région un autre, la Communauté d'agglomération du Grand Narbonne et le Conseil départemental de l'Aude, le dernier tiers. La commune de Gruissan échange quant à elle, une parcelle de 10 hectares. Cette année, sera effectuée l'étude d'impact environnementale puis le terrain sera défriché en 2017 avant le début des plantations en avril 2018. L'ensemble sera planté d'ici à 2023", selon M. Ojeda. Ce conservatoire viticole vise à préserver les cépages de la destruction, mais pas seulement. "C'est un lieu vivant qui va devenir notre source" pour de nombreuses recherches, en particulier sur le réchauffement climatique, souligne son directeur. Dans ce trésor génétique a ainsi été identifiée une création variétale qui y sommeillait depuis les années 1970 et dont les raisins sont "naturellement mûrs à 10 degrés, contre 14 normalement". De quoi enrayer la hausse du taux d'alcool subie par la vigne en raison du réchauffement climatique, explique Jean-Louis Escudier, chercheur à l'Inra de Gruissan. "On ne sait jamais longtemps à l'avance à quoi peut servir une collection. Dans 20 ans, on aura peut-être besoin de tel ou tel cépage", résume-t-il.

Montpellier à l'heure bio


Du 25 au 27 janvier, le salon Millésime Bio, organisé par Sudvinbio, parera le vin et la ville de vert.

Réservé aux vignerons certifiés bios, il réunira au Parc des expositions 900 producteurs de 15 pays de l'hémisphère nord comme sud. Le Languedoc-Roussillon, première région bio de France, sera très largement représenté avec 233 exposants, dont une cinquantaine venue du grand Montpellier et du Bassin de Thau.

 Conférences, dégustations des meilleures cuvées avec Sud de France, rencontres, feront un tour d'horizon de la qualité des vins, des techniques menées à la vigne et en vinification, les réglementations et marchés ouverts à la culture biologique.

Une kyrielle de manifestations s'agrège dès dimanche 24 janvier au salon officiel, dans et autour de Montpellier. Le vin de mes amis à Castelnau-le-Lez, les Affranchis à Flaujergues, les Vignerons de l'irréel et les Outsiders à Montpellier, De chemins en pistes à Fréjorgues, Biotop wines à Palavas, une Battle carignan-grenache salle Pétrarque proposeront des dégustations, des assiettes toutes simples ou des dîners, des animations musicales ou des soirées concert.

"Ca va guincher!" promettent les vignerons.
Autour du vin bio, c'est toute une culture du partage qui s'installe pour quatre jours aux couleurs du bon, du naturel et de la fête.

Florence Monferran

 

Consommation

Une étude commandée en 2015 à l'institut de sondages Ipsos à l'échelle européenne révèle que la consommation de vins bios n'est plus anecdotique, dans un contexte général favorable. 35 % des européens boivent du vin bio.

Ils sont 51 % en Suède, 35,8% en France. La consommation est plus jeune que la moyenne (23 % ont moins de 35 ans), plus féminine (50,5% des consommateurs réguliers sont des femmes) et plus réfléchie (soucieuse de traçabilité et d'environnement).


A télécharger sur : www.millesime-bio.com

 

Les nouveaux habits du Languedoc

En ce début d'année 2016, les vignobles languedociens affirment leur dynamisme dans les premiers bilans chiffrés qui nous parviennent. IGP et AOP démontrent que le tournant qualitatif et structurel pris depuis une trentaine d'années porte ses fruit en un temps éclair. 245 000 ha ont produit 13,6 millions d'hl, sur des vignes dont 60 % ont moins de vingt ans. Le millésime que d'aucuns annoncent exceptionnel, laisse augurer de beaux présages. Les premiers blancs et rosé mis en bouteille en confirment la qualité.
Des fruits économiques viennent récompenser ce travail sur le produit, mais aussi sur le positionnement et les prix. En 2015, le Languedoc a vu ses ventes s'envoler, notamment à l'exportation (+ 14 %). dans un marché national morose, les AOP Languedoc ont connu la plus forte augmentation sur toutes les couleurs, en particulier ne grande distribution, et s'enorgueillissent d'être les appellations les plus diffusées chez les cavistes parisiens.
Les vins de la région connaissent de vrais succès auprès des publics, venus en masse à la rencontre des vignerons, que ce soit aux Estivales (300 000 personnes à Montpellier, 25 000 à Saporta, sans compter Sommières, Pézenas et Narbonne) dans les Balades gourmandes (Pic Saint Loup, Terrasses du Larzac, La Clape) ou dans les caves et domaines (400 000 visiteurs estimés). Ces rendez-vous avec le public confortent une notoriété que les medias relaient largement. Pour preuve, le magazine Terre des Vins consacre son premier numéro de l'année aux 100 meilleurs vins du Languedoc. La Revue du Vin de France, qui décerne ses trophées aux hommes de l'année, élit deux languedociens: Gérard Bertrand, "négociant de l'année" à Narbonne, et Philippe Catusse, "caviste de l'année" au Chameau ivre à Béziers.

Pour entreprendre sa mue, la région s'est défait de ses vieux habits et a plongé au coeur de l'innovation. Une innovation culturale d'abord, avec le passage pionnier en agriculture biologique, qui fait aujourd'hui du Languedoc le leader de la production en France. Adaptée au climat et aux sols de nos contrées, la culture biologique s'étend sur 21 000 ha, soit un tiers du vignoble bio français, touche 1200 producteurs et rallie les grands groupes viticoles régionaux. L'innovation passe aussi par des packaging audacieux. Un vent créatif a dépoussiéré noms de cuvées, étiquettes, bouchons et bouteilles. Dernière en date, la création de la styliste Chantal Thomass, qui reprend les codes de l'élégance en osant un style très féminin, a séduit le négociant Gérard Bertrand. Issu de leur collaboration novatrice, mais s'appuyant sur des cépages emblématiques produits localement de l'Etang de Thau à celui de Leucate, un Languedoc blanc, Baies des perles, vient de sortir, Au coeur de l'innovation scientifique, dans la ligne de l'Ecole d'Agriculture de Montpellier, Sup'Agro pour l'enseignement et l'INRA pour la recherche ont bâti une expertise qui se fond aujourd'hui en un pôle unique. La profession et les vignerons sont sollicités pour participer à l'élaboration des vignobles du futur, adaptés à de nouvelles conditions climatiques et de production. L'innovation par la révolution numérique pour le vin, dont The conversation se fait l'écho, trouve avec le label French Tech à Montpellier les moyens de son expression. Les outils développés par les nouvelles technologies se mettent au service du vigneron, du drone dans les vignes à le-commerce, des outils de réalité augmentée ou d'interaction avec le consommateur aux applications liées à l'oenotourisme, à l'exemple de Geovina en Languedoc.

En 2016, un festival destiné à la jeune génération, les "Vino Days", de la pédagogie avec l'Ecole des Vins, u Mas e Saporta au centre du tourisme vinicole, à Montpellier, les AOC fourmillent d'idées. Le salon mondial Millésime Bio confirmera du 25 au 27 janvier, l'ancrage nature de nos terroirs. Vinisud, grand rendez-vous des vins de la Méditerranée, s'élargit et ouvrira ses portes, en février, à plus de 1700 exposants et deviendra annuel. 2016 sourit déjà aux projets d'un Languedoc amarré à ses terroirs, abouti dans son chemin qualitatif, innovant et audacieux, témoin de la vitalité de vignobles et de vignerons en pleine reconnaissance de leurs efforts.

Florence Monferran

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Bonne année viticole 2016 !

Des travaux et des jours représentés au XIIe siècle à travers plantation et taille (mars),
vendange et foulage du raisin (septembre). Psautier, artiste inconnu, Normandie, 1180

Des travaux et des jours: le calendrier vigneron égrène l'année viticole. Puissent ces jours, en 2016, porter la prospérité de nos vignobles, des acteurs de nos terroirs, et d'un patrimoine vivant en plein renouveau. Puisse le millésime 2015 remplir toutes les promesses et les espoirs qu'il laisse entrevoir!

Florence Monferran

Les Costières de Pomerols, un succès qui s'exporte

Un entretien avec son directeur, Joël Julien, par ailleurs Président régional des oenologues de France

Créée en 1932, la cave de Pomerols a pris tous les tournants économiques pour reconvertir 1 700 ha à ce jour en vignobles fers de lance de l'AOP picpoul de pinet, d'IGP blancs et rosés. En opérant plusieurs fusions, se dotant d'outils de vinification, mise en bouteille et stockage, ainsi que de caveaux de vente, les Costières de Pomerols ont démontré leur capacité à s'adapter aux nouvelles conditions des marchés, y compris à l'export. Elles illustrent le nouveau souffle du secteur coopératif en Languedoc, en particulier en Pays de Thau. Plongée à l'intérieur de la cave à Pomerols, qui incarne avec le caveau de Beauvignac à Mèze, ultramoderne, les deux versants de cette réussite.

Thau-Info: Qu'en est-il du millésime 2015, qu'on prédit exceptionnel, à Pomerols ?

Joël Julien:
Le millésime 2015 a été, de par sa climatologie, particulier. Les conditions de vendanges, dans la zone du bassin de Thau, ont été un peu délicates, à cause d'un été sec en juillet, puis de pluies abondantes en août et septembre, qui ont retardé les maturités. Il a fallu être patient, gérer une certaine hétérogénéité au vignoble, l'état sanitaire et la fragilité des baies ... et le stress des vignerons. La climatologie de la seconde partie des vendanges a été beaucoup plus favorable, vent du nord, temps sec et ensoleillé ont levé les inquiétudes. Le millésime s'inscrit globalement dans les profils de produits que nous souhaitons: une belle expression aromatique, de l'élégance, de l'harmonie, des niveaux d'acidité et de fraîcheur intéressants pour les blancs et les rosés. Nous sommes très satisfaits de la qualité. Ces  vins avec une belle typicité sont bien commercialisés, les premiers retours de nos clients, exports comme français, le démontrent.

Thau-Info: Pouvez-vous nous parler des AOP en blanc, qui sont productions phares ?

Joël Julien:
Dans notre zone, l'AOP emblématique est le picpoul de pinet, notre meilleur ambassadeur, notamment à l'export. C'est une production qui se développe, grâce au succès économique qu'elle rencontre. Mais le taux d'occupation de l'aire de production laisse peu de possibilités de reconversion de parcelles. La croissance du potentiel est donc limitée, elle va beaucoup moins vite que celle du marché. La totalité de la récolte est commercialisée, essentiellement en bouteilles, avec une très forte proportion à l'export. Le produit nous permet d'intéresser une clientèle amatrice de vins blancs, notamment sur les Etats-Unis et l'Angleterre, et de servir d'appel pour d'autres produits.

Thau-Info: Quelles sont les raisons de ce succès à l'export, selon vous ?

Joël Julien:
Il y en a plusieurs. Nous avons traversé une crise économique où le consommateur cherche à identifier des produits de très bon rapport qualité/prix, ce qui est le cas du picpoul de pinet. D'autre part, le vin est doté d'une véritable identité, qui s'exprime à travers son cépage atypique, sa bouteille personnalisée. Un travail, une réflexion par rapport à l'intégration du produit dans son environnement, son territoire  ont été menés. La communication sur le picpoul de pinet "son terroir, c'est la mer", l'association du vin avec les crustacés, les fruits de mer, voire les poissons, qui paraissait un peu réductrice au départ, s'est avérée pertinente. Le produit répond aux attentes du consommateur. Notre originalité tient aussi à ce que nous sommes la seule grande appellation de vin blanc en Languedoc. Cette singularité est un atout, car notre zone de production est également très touristique, avec la proximité du Cap d'Agde. être un grand vin du Languedoc, d'origine France, attire à l'étranger, et nous prédispose à rencontrer un certain succès.

Thau-Info: Vous revenez récemment de Chine. Quelle est votre vision des nouveaux marchés ?

Joël Julien:
L'export, c'est le code génétique de l'entreprise, qui exporte depuis très longtemps. Elle l'a fait sur l'Europe et les Etats-Unis, qui sont maintenant des marchés matures. Le marché anglais s'est énormément développé ces six dernières années, il est devenu notre premier marché devant les Etats-unis. Pour découvrir de nouveaux clients, nous avons mis en place une politique sur l'Asie depuis cinq ans pour travailler davantage sur le Japon, où nous progressons, et sur la Chine, où la demande en vin blanc est encore faible, mais les évolutions rapides. L'important est d'y être présent, grâce à une commerciale sur Shanghai. Elle renforce notre efficacité, permet une meilleure compréhension de ce qui se passe sur le marché chinois, et fait un travail de prospection. Nous sommes prêts.

Thau-Info: Quels appuis recevez-vous pour vos démarches ?

Joël Julien:
Nous agissons dans le cadre des actions de Sud de France, nous étions à Shanghai avec eux, ainsi que dans le cadre de missions du CIVL, et des Budgets OCM/pays tiers. Nous avons mis en place des budgets sur les Etats-Unis, la Chine et le Japon, qui nous permettent de travailler vers ces pays lointains, où les déplacements demandent du temps et des moyens significatifs. Ils nous aident à être plus pertinents et plus présents pour rencontrer nos clients.

Thau-Info: Comment la cave de Pomerols s'est-elle adaptée aux nouvelles conditions du marché ?

Joël Julien:
Des stratégies ont été bâties, puis poursuivies durablement. Les vignerons des Costières de Pomerols ont souhaité développer, depuis les années 1990, l'activité conditionnée, convaincus que c'était la seule façon de pérenniser un revenu agricole, et de mieux vivre de leur savoir-faire. Ce travail a nécessité des investissements pour se doter de nouveaux outils de production. Un certain nombre d'indicateurs sont aujourd'hui au vert et accélèrent notre développement. La taille de l'entreprise, qui a un peu grossi, les vignerons qui plantent, investissent, font que la croissance interne de la structure, liée à sa bonne santé économique, met plus de volumes, commercialement conditionnés, à disposition. L'outil de production, déjà performant, est sans cesse amélioré. Nous avons des ratio à la fois de coûts de production et de rapport qualité/prix vraiment très bons. L'entreprise s'adapte vite aux conditions du marché. Notre volume de production nous permet, avec nos outils de conditionnement, de vinification, notre savoir-faire, nos équipes en place, de répondre aux demandes des clients. Nous travaillons avec des partenaires commerciaux (agents, distributeurs ou enseignes) qui maîtrisent la distribution et nous accompagnent dans notre développement commercial. Depuis presque trente ans, cela fonctionne bien: tout en restant sur une structure aux effectifs maîtrisés nous atteignons un chiffre d'affaire conséquent.

Thau-Info: ce succès de la cave de Pomerols peut-il être mis en lien avec le nouveau souffle de la coopération en Languedoc, en particulier ici, sur le bassin de Thau ?

Joël Julien:
Dans notre conception de la coopération, il s'agit avant tout d'une aventure humaine, et d'une mise en commun de moyens pour mettre en oeuvre des stratégies d'entreprise efficaces et performantes. Elle est un formidable outil pour aller plus vite, plus loin. Alors que l'investissement était souvent considéré comme une prise de risque, ou une part qui venait amputer la rémunération, nous constatons une mutation dans les mentalités. Les adhérents ont pris conscience qu'aujourd'hui la coopérative est aujourd'hui une entreprise, qui doit comme toute entreprise investir, se doter d'outils performants. C'est à ce titre qu'elle parviendra à capter de la valeur ajoutée, à valoriser son activité et bien rémunérer ses adhérents.

Thau-Info: Il a été beaucoup question, à la COP 21, de changements climatiques. Ressentez-vous ces changements? Envisagez-vous des méthodes pour vous en prémunir ?

Joël Julien:
Il est toujours difficile sur des échelles de temps aussi courtes d'affirmer des changements. Pour corriger les excès  d'eau comme de sécheresse, qui ne sont pas bons dans noter métier, nous avons mené une réflexion sur  l'accompagnement de la maturation du raisin, via un projet d'irrigation assez ambitieux sur le bassin de Thau. En relation avec Aqua Domitia, nous voudrions, à l'échelle de plusieurs coopératives, avec nos voisins de l'Ormarine et Florensac, capter l'eau du Rhône pour irriguer nos vignobles. Notre démarche s'inscrit non dans une logique productiviste, mais dans une approche qualitative de régulation du stress hydrique de la vigne, du mûrissement du raisin. Nous espérons concrétiser ce projet d'ici 2020.

Thau-Info: Pour terminer sur une note festive, quels vins conseillez-vous pour accompagner les repas de fin d'année ?

Joël Julien:
Les fêtes de fin d'année sont l'occasion de se retrouver en famille ou entre amis, d'apprécier des produits découverts dans l'année ou que l'on connaît bien. Le mariage du picpoul de pinet avec les fruits de mer est une bonne association. Je dirai plutôt les picpoul, car à l'intérieur de l'AOP, nous avons des styles différents à proposer. Si nous avons élevé ensemble le niveau qualitatif de cette 'appellation, chaque producteur a travaillé différentes expressions de ses propres terroirs. Nous produisons également, à Pomerols, des vins atypiques moelleux, en IGP Cotes de Thau, blancs, à base de piquepoule, particulièrement recommandés pour les foies gras. Nous sommes également gros producteurs de vins rosés, vins-plaisir agréables à l'apéritif ou pour accompagner des mets légers et certains desserts fruités. Ce sont nos trois produits-phares, complétés par une large offre de vins, qu'on retrouve sur nos deux points de vente à Mèze et à Pomerols. J'invite les clients à venir les déguster, les découvrir. C'est compliqué de parler de tous ses enfants, comme on les aime tous!

Thau-Info: Comment va se passer la commercialisation du millésime 2015?

Joël Julien:
Elle a déjà commencé. Nous avons eu pas mal de ruptures sur le millésime 2014, liées à la faible production. Nous avions besoin d'une belle récolte, ce qui est le cas, et de la commercialiser rapidement. Aujourd'hui, plusieurs vins blancs sur le marché, l'AOP picpoul de pinet, les rosés Cotes de Thau, les rosés de grenache et les chardonnay, sauvignon, viognier en pays d'Oc. Nous sommes allés relativement vite, un peu à l'inverse du marché vrac qui démarre plus tranquillement.

Thau-Info: Les fêtes se passeront avec le millésime 2015 à Pomerols?

Joël Julien:
Oui, sauf pour les rouges qui attendront encore.

Propos recueillis par Florence Monferran

 

Les Costières de Pomerols en quelques chiffres

  • 1 700 ha
  • 350 coopérateurs environ
  • 132 000 hl en 2015
  • 81 % de blancs et de rosés
  • 26 000 hl en AOP picpoul de pinet,
    dont 60 à 70 % vendus à l'export
    IGP Oc et IGP Cotes de Thau

Costières de Pomerols
Avenue de Florensac
34 810 POMEROLS
04 67 77 89 94

Caveau de Beauvignac
Route de Pézenas
34 140 MEZE
04 67 43 80 48

Mél: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Site internet: www.cave-pomerols.com

 

 

Marché vrac: vin vendu en citerne
Marché conditionné: vin vendu conditionné, en bouteille ou en bag-in-box (BIB)CIVL: Comité interprofessionnel des Vins du Languedoc
OCM: Organisation commune du marché vitivinicole

Changements climatiques, vins et terroirs à l'issue de la COP 21

Le réchauffement continu de la planète depuis la révolution industrielle, de + 1,5° à Montpellier en 150 ans, connaît une accélération brutale dans les dernières décennies. la température s'élève, le cycle des pluies se dérègle, la variabilité du climat s'accroît (épisodes cévenols, gels, étés secs). Les zones favorables à la viticulture se déplaceront sur un axe sud-est / nord-ouest, selon le dernier rapport de Greenpeace. Le Languedoc et l'ensemble des vignobles du Midi seront bien les premiers exposés à la sécheresse, au risque de montée du niveau de la mer, à l'érosion de la biodiversité. Les impacts sur les cépages, les pratiques à la vigne et en cave, les terroirs appellent des adaptations urgentes qui mobilisent chercheurs, pouvoirs publics et professionnels du monde viticole.

Pour l'instant, même si la vigne se développe plus vite, avançant les dates de vendanges, les hausses de température ont un effet bénéfique sur la qualité, donnant des vins plus alcoolisés, moins acides. Aussi, les vignerons se félicitent-ils d'une succession de millésimes excellents. Mais les composantes biochimiques du raisin se modifient, découvrant de nouveaux profils aromatiques qui influent sur le goût du vin.

Le changement climatique altère les rendements et  quand la vigne manque d'eau, en stress hydrique comme nous l'avons connu ces dernières années, l'échaudage altère la qualité et  la viabilité même de la vigne. 

Les impacts économiques toucheront l'utilisation des produits, les coûts de production, les revenus des viticulteurs. L'augmentation du risque de perte de récolte, et du risque sur la valeur du vignoble sont à craindre. Un enjeu patrimonial fort tiendra à la modification des terroirs. L'introduction de Carignan est testée à Bordeaux. Les chercheurs envisagent la présence en 2040 de cépages méditerranéens en Bretagne, ou de champagne en Pologne. Nous entrerons dans une compétition accrue entre régions, mais aussi avec les pays émergents en Europe, Angleterre et Allemagne en tête, et dans le Nouveau Monde.

Comment s'adapter à cette nouvelle donne?

Les avancées scientifiques visent à implanter des cépages plus tardifs, modifiés par métissage ou crées. L'INRA dispose pour cela d'une collection unique sur trois domaines en Languedoc (Chapitre, Vassal, Pech Rouge).
Le traçage de la carte génétique de la vigne permet de repérer des gènes résistants à la sécheresse, aux principales maladies.
A cette modification, des vignerons préfèrent de vieilles méthodes, la réintroduction de cépages oubliés ou rares, adaptés au lieu de production, ou la sélection massale (surgreffage de sarments à maturité tardive, ou de pieds très qualitatifs). Les nouvelles techniques de vinification seront à visée corrective: désacidification, utilisation de levures moins efficaces dans la transformation du sucre en alcool, voire désalcoolisation du vin.
Les chercheurs testent de nouveaux modes de conduite de la vigne qui la protègent de la chaleur et séquestrent le carbone dans le sol, comme la taille "en cordon déployé", laissant le feuillage retomber sur la grappe, l'enherbement, la plantation d'arbres dans les vignes. Des pratiques que connaissent bien les adeptes d'un retour à des conduites propres et diversifiées du vignoble, de la biodynamie au labour à cheval, au désherbage naturel par moutons et chèvres.
Entre les deux tendances qui convergent en quelques points, l'agriculture conventionnelle, longtemps négligente de la question environnementale, a appauvri la biodiversité et les sols. Le réchauffement climatique fournit l'occasion de rattraper un mouvement en marche, que les pouvoirs publics ont inscrit en "agro-écologie" dans la loi d'avenir pour l'agriculture (2014). Des scenarii envisagent une vigne totalement bio, tout au moins en agriculture raisonnée en 2050, usant de panneaux solaires, de circuits de distribution courts et économe en eau. L'irrigation, là où elle sera possible, sur environ  1/4 du vignoble languedocien, sera ponctuelle et de précision, en goutte à goutte, et peut-être issue du recyclage d'eaux usées, en test à Pech Rouge, à Murviel-lès-Montpellier.

Quelles stratégies pour continuer à produire sur nos terroirs?

Les stratégies figées (ne rien changer) ou conservatrices d'un état ne suffiront pas à faire face aux bouleversements, prédisent les chercheurs. La prospective imagine une délocalisation des terres, voire des vignobles nomades, et même sur roulettes! Maintenir les vignobles dans leurs aires actuelles, même si la qualité des vins se modifiera, demandera des innovations radicales. Le viticulteur, attaché à son terroir, est prêt à y consentir, estime Jean-Marc Touzard (INRA). Il faudra déplacer les plantations, modifier les expositions, s'adapter sans cesse. C'est l'occasion pour les viticulteurs, leurs syndicats, de repenser leur stratégie à tous les niveaux, à l'échelle locale  sur la parcelle, l'exploitation, le terroir, mais aussi à l'échelle de la région, du pays.
Les chercheurs envisagent non pas une, mais des solutions, multiples, combinées entre elles, conçues pour chaque territoire, interactives entre scientifiques, pouvoirs publics et vignerons.

Dernière inconnue, comment les consommateurs percevront-ils ces changements?
Le goût du vin évolue de tous temps. Celui du réchauffement n'y échappera pas. Testés à Bordeaux, de tels vins donnent des résultats mitigés: séducteurs de prime abord, ils lassent dans la durée des dégustations. Le consommateur aussi devra s'adapter.

Les changements climatiques changeront avec eux nos cépages, nos pratiques, nos patrimoines viticoles. Jusqu'à + 2° en 2040, objectif fixé par la COP 21, le maintien des vignobles actuels est envisageable, y compris dans le Midi. Les années cruciales à venir malmèneront la notion si française de terroir - il n'existe pas de traduction au mot - , déjà classé au patrimoine de l'UNESCO en Bourgogne et en Champagne. Que deviendra la notion même de patrimoine quand on projette des vignobles nomades? Un sacré défi pour nos chercheurs, nos pouvoirs publics et professionnels, et pour le vigneron dans son quotidien, à la vigne et en cave, de plus en plus connecté aux battements du monde.
Florence Monferran

Restaurer la biodiversité

L'exemple du projet LIFE+ Biodivine: le projet a pour objectif de conserver des espèces par aménagement des structures paysagères agricoles. Il est coordonné par l'IFV, financé par l'Union Européenne sur sept sites (France, Espagne, Portugal) dont trois en Languedoc: Costières de Nîmes, Limoux, Cotes de Thongue. Il vise à recenser, restaurer et replanter des haies, arbres isolés, créer des mares, remonter des murets et cabanes en pierre sèche, enherber, semer des parcelles au repos, lutter contre la confusion sexuelle au lieu de se servir de pesticides. L'expérience en Cotes de Thongue, retracée au Sitevi par Emilie Alauze, viticultrice, présente l'originalité de proposer un autodiagnostic par le vigneron lui-même sur la biodiversité et l'eau.


Autre initiative, une pratique d'enherbement en AOP faugères a été visitée par Stéphane Le Foll, Minsitre de l'Agriculture. Il a découvert un des premiers GIEE (Groupement d'Intérêt Economique et Environnemental) reconnus en Languedoc-Roussillon, le GIEE de la CUMA des Enherbeurs, collectif de quatre viticulteurs.

 

Florence Monferan

La viticulture languedocienne au coeur des changements mondiaux

 
Domaine du Chapitre, Villeneuve-lès-Maguelone, Agenda de 1915

 


Stand "Recherche et innovation" au Sitevi, Montpellier

La viticulture languedocienne connaît en cette fin d'année une intense activité avant les fêtes qui la clôtureront. Il en ressort trois thématiques principales, objet de toutes les attentions, à l'instar des changements climatiques et des marchés à l'export, ou souci récurrent, comme peut l'être la question de la transmission des exploitations. Trois enjeux, dont le fil directeur, le tronc commun, le socle les relient à un patrimoine millénaire propulsé dans un nouveau monde en train de se dessiner.

Le développement à l'international

"La concurrence n'est plus avec son voisin, mais avec les régions viticoles du monde entier" rappelle l'élu Yvon Pellet. Dans l'optique de redonner une place de choix à notre viticulture à l'international, l'Observatoire viticole du département de l'Hérault organisait le 4 décembre à Montpellier un colloque sur "les nouvelles dynamiques viticoles internationales". 30% des volumes produits dans le département sont destinés à l'export, en premier lieu vers l'Europe (Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Royaume-uni). Chine et Etats-Unis constituent également d'importants marchés. Des délégations de Sud de France Développement , dans une action régionale, et de Montpellier Méditerranée Métropole, liée à des accords historiques avec Chengdu, étaient d'ailleurs reçues en Chine au mois de novembre. Des vignerons, notamment de Pomerols, Pic-Saint-Loup et de l'AOP Grès de Montpellier, faisaient partie du voyage. Pour exemple, 22 vignerons de la Métropole réalisent un chiffre d'affaire d'un million d'euros avec la Chine, appuyés par un système de paiement garanti à la commande par les instances chinoises. Les exportations de vin du Languedoc progressent de + 6,6 % en 2014, et + 7 % déjà en 2015.

Le changement climatique dans la viticulture, notamment en zone méditerranéenne

Hausse des températures, baisse de la pluviométrie, variabilité du climat, modification des terroirs et des caractéristiques des vins touchent et impacteront le Languedoc. COP 21 oblige, le sujet fleurit depuis plusieurs mois dans la presse, occupe conférences et tables rondes, mobilise les chercheurs du monde entier. La métropole languedocienne y prend toute sa part. Un programme national multidisciplinaire, le projet LACCAVE, est co-animé par Jean-Marc Touzard, directeur de recherches à Montpellier. Un pôle unique INRA (recherche) / SupAgro (enseignement supérieur) va être mis sur pied, au service des viticulteurs. Il travaillera sur la diversité génétique, la création de cépages, les pratiques culturales et oenologiques, le marketing, la communication, avec l'aide de start'up locales.

D'un autre point de vue, un mouvement propulsé par la conversion en agriculture biologique et en vins naturels, oppose au tout scientifique, qui a longtemps négligé les questions écologiques, une manière plus libre et plus diversifiée de conduire la vigne et la cave. Basées sur l'observation, le retour aux cépages anciens par exemple, ces pratiques ont posé au coeur de leur action le respect du raisin, du vigneron et du consommateur, de l'environnement. Deux visions, entre scientisme et empirisme, que l'urgence climatique, les défis lancés à l'échelle mondiale feront, qui sait?, marcher dans le même rang. Les solutions préconisées par les chercheurs passeront par des actions collectives et multiformes dont certaines intègrent déjà des méthodes bio et douces, de l'enherbement des parcelles jusqu'aux circuits courts de distribution.

La transmission des exploitations viticoles

Pour parler de marchés à l'export, d'avenir, d'adaptation à de nouvelles conditions de production, encore faut-il qu'il reste des viticulteurs. Troisième défi, et non des moindres, le devenir des exploitations fait souci. La viticulture occupe encore 50% des terres agricoles , mais la pyramide des âges montre un vieillissement inquiétant. Partout, les repreneurs font défaut: 70 % de vignes n'ont pas de successeur dans le pourtour montpelliérain. Les syndicats, les présidents de caves coopératives alertent sur la difficulté à installer des jeunes, de par la lourdeur des investissements, la faiblesse de la rentabilité, la dureté du métier. Montpellier Méditerranée Métropole l'évoquait récemment en conférence de presse, un Plan Local d'Urbanisme à l'échelle intercommunale est en réflexion. Il est conçu comme un outil marquant la volonté de réserver des terres à l'agriculture, à côté de terres vouées au développement démographique et aux autres secteurs économiques.

Les initiatives se multiplient en Languedoc, tant institutionnelles que professionnelles, collectives qu'individuelles, locales qu'internationales. Un mouvement est en marche, autour d'une viticulture traditionnelle en pleine mutation qualitative depuis une vingtaine d'années, au coeur de l'innovation et de l'inventivité, dynamique à la vigne aussi bien que sur un salon à l'étranger. Une viticulture, comme le rappelait le chercheur Jean-Marc Touzard, "qui s'adapte au monde, et le fait depuis 5000 ans"

Florence Monferran

12e Fête des Vignes de Montpellier Méditerranée Métropole

De g. à d: Noël Segura, Maire de Villeneuve-lès-Maguelone, Yvon Pellet, Conseiller délégué aux activités viticoles, Isabelle Touzard,
Vice-présidente déléguée à l'agro-écologie, Christophe Clipet, directeur du Domaine du Chapitre (Photo: Christophe Ruiz)

A l'image du Domaine du Chapitre à Villeneuve-lès-Maguelone, où elle était présentée en conférence de presse, la 12e Fête des Vignes de Montpellier Méditerranée Métropole s'inscrit dans la tradition, l'innovation et le dynamisme. Une quarantaine de stands vignerons témoignera de la richesse de cette viticulture qui a pris le virage de la qualité en quelques années. Une viticulture ancestrale, pilier de l'économie locale, tournée aujourd'hui vers les nouvelles technologies et l'international - une délégation de Montpellier Métropole revient tout juste de Chine - . Une viticulture intégrée dans les projets en cours d'élaboration de politique agro-écologique et alimentaire, et de mise en lien de l'agriculture et du tourisme comme moteurs économiques. Une viticulture au coeur de l'innovation, avec les fleurons de l'enseignement supérieur et de la recherche Sup'Agro et INRA, travaillant de concert sur la vigne de demain, appuyés par un florilège de start'up projetant le monde du vin dans le numérique. Isabelle Touzard, vice-présidente déléguée à l'agro-écologie et l'alimentation le souligne, ce trinôme tradition / innovation / dynamisme devra faire face à deux enjeux majeurs: l'adaptation de la vigne et du vin aux changements climatiques, et la transmission des entreprises viticoles, qui manquent à l'heure actuelle de relève.
C'est cette viticulture en action et en réflexion qui sera célébrée, dans sa dimension festive, d'une fête solidaire qui "comme toutes les manifestations en ce moment" sera une forme de résistance aux événements, confie Yvon Pellet, conseiller délégué de la métropole. 120 000 visiteurs sont attendus pour déguster, échanger, en toute convivialité et en deux temps: les vendredi 27 et samedi 28 novembre sur l'Esplanade (de 10h à 20h) à Montpellier, et dimanche 29 novembre chez les vignerons, dans les caves et domaines de l'agglomération.
Florence Monferran

 

Une solidarité indéfectible
depuis sa création, la Fête des Vignes reverse l'intégralité des recettes des tickets à une oeuvre caritative et sera solidaire du Sidaction.

 

 

Vendredi 27 et samedi 28 novembre
sur l'Esplanade:


le village vigneron s'installe au coeur de Montpellier, avec ses producteurs, bar à vin, conseils oenologiques, ateliers de dégustation, jeux et cadeaux, fanfare.

Stands vignerons:
 2 € le verre pour trois dégustations au choix, un billet de tombola et un coupon d'achat dans les caveaux. Les artisans locaux proposeront des produits du terroir à déguster avec les vins.

Ateliers de dégustation:
 "le vin dans tous les sens", "quel vin choisir pour un apéritif", atelier de cuisine autour du vin
Oenoguide pour dénicher les vins selon ses goûts, son budget

Jeux et cadeaux:
 parcours olfactif, "questions pour un vigneron", animation photo, jeux de société sur la vigne et el vin, tombola et questions surprises toute la journée pour gagner des cadeaux

Musée Fabre:
 visites oenologiques avec dégustation en présence d'Alexandre Thouroude, animateur des Grès de Montpellier, les 27,28 et 29 novembre  à 11h et 16h30

Dimanche 29 novembre


Les vignerons ouvrent les portes de leurs caveaux et domaines. Les dégustations de vins et de produits du terroir dans les 36 domaines participants seront agrémentées d'expositions, concerts et animations.

Consultez le programme complet sur
www.montpellier3m.fr/fetedesvignes2015 et sur www.facebook.com/fetedesvignes

 

Languedoc-Roussillon : première région viticole de France

  • 29,5 % de la production française
  • 224 000 ha de vignes
  • 13,56 millions d'hectolitres en 2015 (estimation)

Elle produit 70 % des vins français à Identité Géographique Protégée (IGP) et ses AOP sont désormais reconnues.

Les vins des 31 communes de la Métropole

Différents terroirs historiques se distinguent au sein de l'Appellation d'Origine Protégée Languedoc : Pic-Saint Loup, Saint-Georges d'Orques, Saint-Drézery, La Méjanelle, Grès de Montpellier, en rouge et rosé, et Picpoul-de-Pinet en blanc. En IGP : Pays d'Oc, Méditerranée et pays d'Hérault (Bérange, Bénovie et Collines de la Moure)

 

Partageons les fruits de la vigne, d'ici et d'ailleurs

Après des jours éprouvants, se pose à tous la question: faut-il continuer à se divertir, à se rassembler dans la convivialité, à célébrer le vin en ce mois de novembre qui lui était dédié en Languedoc? A Paris, restaurants, bars à vin, lieux de spectacle, incarnant un art de vivre à la française visé par les attentats, multiplient les initiatives, à l'instar de "Tous au Bistrot!". Bernard Baraillé le rappelle, cette joie de vivre nous distingue aux yeux du monde et marque une forme de résistance à la peur aujourd'hui.

Le 3ème jeudi de novembre, revient le Beaujolais Nouveau, comme un rendez-vous immuable sur nos agendas. Un rendez-vous dont Gilles Paris, Président d'Inter Beaujolais fixe les contours cette année: "A l'heure où notre culture et notre art de vivre sont attaqués, il nous semble indispensable de maintenir les principaux événements marquant l'arrivée des Beaujolais Nouveaux 2015 (...) Ils maintiendront la tradition, fiers, plus que jamais, d'être français! Par respect pour les victimes et leurs proches, une minute de silence sera respectée lors des différents événements."

Le SITEVI (salon international des équipements et savoir-faire pour des productions vigne-vin, olive, fruits-légumes), inscrit dans tout agenda vigneron après les vendanges, débutera mardi 24 novembre sous le signe de la question environnementale avec des moyens de sécurité renforcés, annonce sa directrice, Martine Degremont. La 12ème Fête des vignes de Montpellier Métropole est maintenue, du 27 au 29 novembre sur l'Esplanade à Montpellier et dans les caves et domaines de l'agglomération, où les vignerons partageront leur passion avec les visiteurs, dans un moment de découverte et d'échange. "L'art et le vin rapprochent les hommes" disait Goethe. Nous dirons de cet art de vivre qui intègre depuis quelques jours la peur dans son quotidien qu'il est aussi accessoire qu'indispensable.
Ultime pied de nez à une année bien sombre, dont il éclaire les derniers jours, le millésime 2015 sera de l'avis de tous, vignerons et professionnels, un grand cru en France, un grand cru en Languedoc.

Florence Monferran