Vigne

Grand angle sur la viticulture biologique

avec Patrick Guiraud, président de SudvinBio

Episodes climatiques de sécheresse et de grêle ont occupé les esprits pendant les vendanges et les vinifications. Aujourd’hui, un millésime se dessine en caves. Quelle part y prend la culture biologique? Comment se sont comportées les vignes ? Quel est l’état de la récolte? Nous vous proposons un tour d’horizon de la production en vins biologiques, occasion de faire un point complet avec Patrick Guiraud, président de SudvinBio, qui apporte son éclairage sur une autre vision de la viticulture. 

 

 Patrick Guiraud

Vigneron à Aimargues, en IGP Sables de Camargue, et IGP Oc, œnologue, Patrick Guiraud a été réélu le 5 juillet dernier pour un 4e mandat à la tête de SudvinBio, où il a succédé à Thierry Julien. Au cours de cette assemblée générale extraordinaire, faisant entrer deux adhérents de Midi-Pyrénées dans son conseil d’administration (un du Gers, un de Fronton), SudvinBio est devenue la première association interprofessionnelle représentant l’ensemble de la nouvelle région Occitanie.

   

La production

 

70.000 ha de vignes biologiques en France aujourd’hui. L'Occitanie est la 1ere région française, avec 21 000 ha en Languedoc-Roussillon et 3 000 ha en Midi-Pyrénées, viennent ensuite PACA, (14.000 ha) puis l'Aquitaine (8 000 ha). La production occitane a été multipliée par 5 : 5 000 ha en 2005, 24.000 ha en 2016. En France elle a été multiplié par 3.
« Le bio s’est étendu partout en France, mais c’est dans notre région qu’il a explosé, dans les dix dernières années. Le fief de la viticulture biologique, c’est le bord de la Méditerranée, et le sud. »

 

F.M : Comment s’est déroulée la récolte ?

P. Guiraud:
Nous connaissons une baisse de 11 % de la production dans la région[1]. La récolte a été quasiment parfaite, avec un état sanitaire très bon. C’est une année difficile pour tous. Nos vignes se portent bien, le végétal n’a pas été touché, le feuillage ne s’est pas desséché, mais la récolte a été impactée par la sécheresse.
Nos rendements sont en général inférieurs à ceux en agriculture conventionnelle. Nous sommes beaucoup plus tributaires des maladies, avec lesquelles nous apprenons à travailler.  Si une maladie nous impacte, nous allons la subir, nous n’allons pas surtraiter. Ces contraintes font partie de notre métier. Il est très important d’avoir cette vision là, vis-à-vis des aléas climatiques.

F.M : La culture biologique peut-elle apporter des réponses en elle-même aux changements climatiques ?

P. Guiraud: 
Nos vignes résistent un peu mieux que les vignes conventionnelles à la sécheresse, car nous  travaillons les sols, ce qui engendre moins de capillarité, et donc moins d’évaporation. Mais nous n’avons pas de moyens, ou d’outils propres au bio par rapport à la sécheresse. La solution technique, comme en conventionnel, reste l’arrosage. Sur du long terme, nous serons moins sensibles à la sécheresse sur des années répétées : en travaillent le sol, les racines radiculaires vont descendre. Quant aux évolutions climatiques, c’est un grand débat. Nous venons d’avoir une année sèche, après une année humide. N’extrapolons pas. Précoces ou tardifs, les cépages ont souffert. En bio, nous sommes des gens de terroir, attachés à notre terre, à nos cultures. Nous laissons une large part à la nature, en évoluant dans un système plutôt qualitatif que quantitatif. Pragmatiques, nous savons qu’une année sans rendement peut arriver.

F.M : Un profil du futur millésime peut-il être dressé?

P. Guiraud: 
Ce sera un millésime très qualitatif parce que la qualité des raisins était très bonne. Nous pensons que ce sera un millésime quasiment exceptionnel, expressif, tout petit en quantité. Nous observons un bel équilibre des vins, très stables, sur les trois couleurs. Ce sera une bonne année !

 La consommation

 
  • 15 % au niveau national

Ventes :

  • 700 millions d’euros sur le marché français,
  • 300 millions d’euros sur le marché export.

Soit un poids total de la filière viticole biologique d’1 milliard d’euros. 60 % en France, 40 % à l’export. Les tendances se sont inversées il y a 2-3 ans, l'export représentait 60 %.
Répartition entre cavistes (augmentent, 18%), magasins spécialisés (explosent, 20-22%), grandes surfaces (stagnent autour de 19 %)
La viticulture représente 20 %  du marché global en agriculture biologique

 

 

F.M:  On parle de forte hausse de la consommation en vins biologiques. Confirmez-vous cette tendance ?

P. Guiraud: 
Le marché se porte relativement bien. Notre but est qu’il soit stable.

L’acte de consommer bio, c’est avoir une sécurité alimentaire, protéger l’environnement, économiser les ressources en eau, puisque l’agriculture biologique est la plus favorable au maintien des nappes phréatiques, mais aussi favoriser développement de l’emploi[2].
D’un point de vue de sécurité alimentaire, le bio est très qualitatif pour notre bien-être et notre santé. D’un point de vue de qualité des vins, nous avons le même taux de médailles que les conventionnels au Concours général agricole de Paris par exemple[3]. La qualité est liée au travail du vigneron. Le rôle de l’achat du produit est donc double pour le consommateur: avoir du plaisir avec un vin, comme en conventionnel, mais aussi préserver la nature. Il achète tout cet environnement qui va avec la bio, avec toutes les garanties de l’élaboration du produit. La certification répond à ce besoin de traçabilité, de garantie par rapport à son acte d’achat.
La réussite de la bio, liée à ces garanties, est explosive au niveau du vin.  Le taux de progression de la consommation stagnait à 2 %. Dès que les volumes de production ont augmenté, la consommation a  commencé à exploser, nous sommes rapidement passé à un taux de progression à deux chiffres.

F.M : Le bio a-t-il un prix?

P. Guiraud
J’entends souvent « le bio, c’est cher et c’est élitiste ». Je ne suis pas persuadé que le bio soit cher. Travailler avec des méthodes respectueuses de l’environnement a un coût, une valeur. Le consommateur qui achète notre produit fait un acte militant.  C’est plutôt un achat qualitatif  dans l’éthique du consommateur bio, qui englobe une refonte de comportement: gaspiller moins, manger mieux, voire moins. En faisant attention à votre consommation, votre gaspillage, acheter bio ne vous coûtera pas beaucoup plus cher.  A un moment donné, il faut faire des choix. Si l’alimentation est une priorité de votre vie, le bio n’est pas cher. Consommer bio, ce n’est pas consommer plus cher, c’est consommer mieux, différemment.

F.M : Ressentez-vous l’obligation de garantir une production derrière cet achat?

P. Guiraud: 
Il y a une production si la nature est favorable. On ne peut pas garantir chaque année les mêmes produits, les mêmes récoltes, sinon, ce n’est pas bio, on passe à un système industriel.  Nous essayons de préserver les rentabilités, d’être de plus en plus percutants et performants, mais notre premier objectif est de respecter nos engagements sous le label vins biologiques.

F.M : Que pensez-vous de la production biologique en grande distribution ?

P. Guiraud:
Ce n’est pas le lieu où les producteurs biologiques sont le plus présents. La part de la grande distribution représente 19 % et ne progresse  pas. L’essor même de la bio est de pouvoir être représenté partout, nous avons besoin de ces réseaux, mais la grande distribution n’est pas le meilleur porteur pour notre image. Un metteur en marché expliquait que l’acte d’achat doit être communicatif, le consommateur a besoin d’avoir des informations sur le produit bio. L’intérêt des magasins spécialisés et des cavistes, c’est qu’ils peuvent être le relais du message. La grande distribution offre un linéaire, sans conseil, dans une recherche de prix, de promotion, ce qui ne correspond pas à l’éthique de la bio. Le bio en low cost, ce n’est plus du bio. La vente en grande distribution représente  un volume, autour de 200 millions d’euros, ce qui n’est pas négligeable. Mais il faut rester sur une politique qualitative. La consommation passe  aussi par des moyennes surfaces et des commerces de proximité, des circuits courts. Les modes de consommation vont se restructurer.

F.M: Comment situez-vous les vins natures ou en biodynamie ?

P. Guiraud:
La bio est aujourd’hui un mouvement porteur, qui a acquis ses lettres de noblesse, basées sur une image très crédible. C’est le seul mode de conduite avec des règles européennes bien définies, avec une certification, contrôlée chez les vignerons, des contraintes. La biodynamie est une autre façon d’aborder les choses, avec les astres, des produits, une réflexion plus empirique, mais structurée, qui peut être justifiée. C’est très intéressant. Avant tout, en biodynamie, il faut déjà être certifié en vins biologiques. Les vins natures jouent sur le terme de « nature » évocateur, sur la similitude avec la bio ou la biodynamie, mais sans certification ni contrainte. La seule crédibilité, c’est la parole du vigneron. Cela me gêne. Si les vins nature étaient d’abord biologiques, cela ne me poserait pas de problème, mais la législation ne le leur impose pas. Il n’y a aucune garantie pour le consommateur que ce vin ne contient pas de pesticides. Des vignerons en vins natures qui sont déjà certifiés bio essaient de se défendre pour ne pas être usurpés par de structures qui apposent nature en faisant croire que c’est du bio. Pour le consommateur, l’amalgame est complet. Il faut être très strict sur les termes.

F.M : Quel avenir pour le bio en viticulture ?

P. Guiraud: 
Ca fait 25 ans que je suis bio.  Les producteurs « ancestraux » ont fait leur travail, suivis par des conversions massives entre 2005 et 2015.  Les vins biologiques entrent aujourd’hui dans les concepts environnementaux, COP 21, COP22, ambition 2017 bio du Ministère. Ils ont un avenir certain. Le consommateur plébiscite nos productions. Nous devons résoudre quelques problématiques techniques pour pérenniser nos cultures. La production va devenir déficitaire par rapport à la consommation.
Les gens qui ne passent pas au bio ont quelques craintes par rapport aux risques climatiques, phytosanitaires, ou de ne pas savoir affronter ces problématiques. La culture biologique demande beaucoup de connaissances, des compétences, savoir peser les risques. Elle demande en permanence une recherche pour continuer à se développer. Des formations sont assurées à Sud vin bio par deux ingénieurs agronomes qui travaillent sur l’accompagnement des vignerons.

F.M: Sur quels terrains se déroulent vos recherches?

P. Guiraud: 
Nous travaillons sur toutes les maladies (black-rot, flavescence dorée), l’enherbement, les économies d’énergies, les tracteurs électriques, des  méthodes de plus en plus respectueuses de l’environnement. Nous travaillons surtout sur la prophylaxie : la bio c’est toujours une connaissance, une identification des problèmes, et un travail en préventif. Nous avons très peu de moyens curatifs. Il faut être très attentif pour intervenir bien avant que la maladie soit en place. Le profil des agriculteurs biologiques est un profil jeune, (une dizaine d’années de moins que les conventionnels), de formation Bac + 2.
Le bio n’est pas statique, nous ne sommes pas parfaits en bio, mais nous travaillons pour  trouver des solutions pour pouvoir être de plus en plus respectueux de l’environnement. La bio dans dix ans ne sera plus la même. Nous aurons trouvé des moyens physiques à substituer à tous les autres moyens. 

F.M : Des Moyens physiques ? C’est à dire pas de produits ?

P. Guiraud: 
Du travail, de la prophylaxie, des méthodes culturales. Par exemple, pour la flavescence dorée,  nous travaillons sur des aspirateurs de cicadelles, vecteur de la maladie, au lieu de les tuer avec des pyrèthres naturels. De nombreuses techniques évoluent, pour aller plus près de la nature. La recherche demande de gros moyens financiers. Le consommateur nous donne ces moyens en achetant le produit le juste prix, en nous permettant de travailler différemment.
Le bio, ça fonctionne !

Entretien réalisé par Florence Monferran


[1] NDLR :  - 10% en agriculture conventionnelle.
[2] NDLR : La viticulture  biologique crée 50% d'emplois en plus que le vignoble classique selon l’étude de l’INRA-Sup Agro de Montpellier, en raison de tâches moins mécanisées. Elle emploie en moyenne 1,8 personne, contre 1,2 dans une exploitation classique.
[3] Lors de l'édition 2016 du Concours Général Agricole, 301 vins bio ont remporté des médailles (133 médailles d’or, 119 médailles d’argent et 49 médailles de bronze). Les vins biologiques sont régulièrement primés dans les différents concours français (Challenge International du vin, Concours des caves particulières, Concours national des vignerons indépendants)

 

Challenge Bio et Millésime Bio,
Concours et salon spécifiques  à la culture biologique

Millésime Bio 30 janvier-1er février 2017 à Marseille, Parc Chanot
24e Edition - 900 exposants
300 exposants de la région Occitanie
40 % de la production nationale en vins et spiritueux,
toutes appellations sont présentes
200 exposants étrangers - 16 pays
2016 : environ 4500 visiteurs professionnels

Le 17 janvier, le concours rassemblera 400 producteurs et 1400 échantillons. Le nombre croissant de participants au concours montre un intérêt réel pour le label du Challenge.
A sa suite, le salon mondial Millésime Bio viendra promouvoir les lauréats. Organisé par les vignerons d’Occitanie, il a été créé à Montpellier en 1993, avec une vingtaine d’exposants. Il a depuis beaucoup grossi, déménagé souvent.  En 2017, il se tiendra  à Marseille, suite à une problématique avec le salon conventionnel Vinisud sur les dates. "Il n’y avait pas de synergie avec Vinisud, les façons de travailler sont bien différentes", explique Patrick Guiraud. Il poursuit: 
« Nous sommes un salon 100% bio, les exposants ne peuvent exposer que des vins certifiés Bio, toutes les tables  sont similaires. On est là pour  exposer et faire connaître des produits, pour que  les gens fassent des affaires. Millésime Bio est organisé des professionnels, la marque leur appartient, et tout l’argent est réinvesti dans la communication. Nous limitons le nombre d’exposants (une centaine en liste d’attente), pour avoir un ratio exposants/visiteurs cohérent. Nous  essayons de gérer la croissance du salon en fonction du nombre de visites.
Au Parc Chanot, les vignerons seront regroupés dans un seul hall, de 14 000 m2,  un hall de 10 000 m2 accueillant la restauration et la vinothèque. Quasiment tous les vignerons du Languedoc-Roussillon partiront à Marseille. Les professionnels viennent pour créer leur linéaire, leur réseau commercial, ou leur base spécialisée bio.  Notre panel d’exposants est très hétéroclite, du tout petit producteur au super négociant. Tous sont mélangés, sans classification. Le seul lien entre nous, c’est l’agriculture biologique, notre lien et notre ciment ».

Sudvinbio : ZAC Tournezy - 2, bâtiment A8, rue S. Signoret 34070 Montpellier
04 99 06 08 41 - www.sudvinbio.com

 

 

Wines's forum : Joël Julien, élu manager de l’année

La première édition de la Tribune Wine’s Forum a eu lieu ce mercredi 9 Novembre 2016 au Palais des Congrès de Perpignan, en présence de 130 participants. Lors de cet événement co-organisé par La Tribune Toulouse et Objectif Languedoc-Roussillon, plusieurs entreprises de la filière viti-vinicole ont été récompensées. Outre le prix spécial du jury,  des prix ont été attribués dans  les catégories  inovation, international, jeune talent et manager. Dans cette dernière catégorie, Joël Julien, Directeur Général des Costières de Pomérols, a été désigné Manager de l’année.


Carole Delga et Joël Julien

 

Ce prix honore l’esprit d’initiative concertée du directeur au sein d’une mission collective : la Cave Coopérative. Il reconnait la stratégie de Joël Julien qui a contribué à la commercialisation en France et dans le Monde de la marque phare Beauvignac.

Ce dernier est distingué grâce à la réussite parfaite du rapprochement des trois caves Pomérols, Castelnau de Guers et Mèze, en suggérant une démarche visant la qualité, la compétence et la régularité. Ses qualités de visionnaire ont été gratifiées. Il a pensé, avec son Président et son Conseil d’Administration, à investir dans la création d’une nouvelle chaine d’embouteillage, installé cette année, sous la bannière de l’innovation. Il a, avec ses vignerons coopérateurs, toujours su s’adapter aux nouvelles contraintes d’un marché mondial.

C’est pour toutes ces qualités que Joël Julien a été élu « Manager de l’Année ».

Ce prix remis par Carole Delga, Présidente de la Région Occitanie, rend non seulement hommage à Joël Julien, mais aussi honore le dynamisme de toute l’entreprise, le professionnalisme et le savoir-faire des 350 vignerons, des œnologues et des salariés des Costières de Pomérols.

En tout cinq entreprises et personnalités de la filière viti-vinicole de la Région Occitanie – Pyrénées Méditerranée ont été récompensées à l’occasion de cet événement organisé par la Tribune Toulouse et par Objectif Languedoc Roussillon et cinq lauréats ont été distingués dans les catégories innovation, jeune vigneron, international, prix spécial du jury et Manager de l’année.

Les vins Sud de France à Guangzhou

Du 13 au 15 novembre, à Guangzhou (Canton – Chine), dans le cadre du programme d’appui aux importateurs chinois de gammes de vins Sud de France et en vue d’augmenter leur distribution, Sud de France Développement et la Maison de la Région à Shanghai participent avec 10 importateurs chinois de vins Sud de France au salon Interwine China Canton, ultime rendez-vous d’affaires de la filière avant le Nouvel An chinois.
 Contrairement à ProWine, ce salon s’adresse à des entreprises déjà bien implantées en Chine et qui souhaitent développer leurs affaires dans le Sud de la Chine. La Maison de la Région à Shanghai en profite pour animer son réseau d’acheteurs et de prescripteurs afin d’accroître dans cette zone proche de Hong Kong les opportunités d’affaires des entreprises viticoles Sud de France.
 En lien avec l’école des vins Nova Jubilant, Sud de France Développement organise un séminaire de formation sur les vins de la région à destination des professionnels, des prescripteurs et leaders d’opinion.

La clairette, retour dans la lumière

« Elle porte si bien son nom caractéristique de clairette, avec ses jolies grappes élégantes, à grains transparents, oblongs, blancs ambrés, et ses feuilles blanches au revers, contrastant avec le vert foncé de la page supérieure, ses sarments longs et fins de couleur claire qu’elle a peu ou point de synonymes dans la région ». Henri Marès, 1890

Journalistes, œnologues, sommeliers, à l’exemple de Philippe Cambie ou de Daniel Roche [1],  ne tarissent pas d’éloges sur la clairette, rangée parmi les cépages majeurs pour l’élaboration des grands vins blancs méridionaux. Elle a pourtant connu de longues éclipses, et doit à la ténacité de quelques passionnés d’être toujours cultivée. Coup de projecteur et coup de cœur pour le plus vieux cépage autochtone du Languedoc, qui a donné naissance à sa plus petite AOP, reconnue dès 1948.

Seule, en AOC clairette du Languedoc, de Bellegarde, ou en cépage d’appoint dans la vallée du Rhône et en Provence, elle a été curieusement rendue célèbre par la clairette de Die, vin pétillant et doux composé de … 75 % de muscat à petits grains, cépage avec lequel elle partage une longue histoire. Remontant le fleuve Hérault, elle s’est lovée dans sa moyenne vallée, pour s’épanouir avec vigueur sur des terroirs peu fertiles, calcaires et secs (terrasses du villafranchien,  marnes et schistes). Robuste, peu sensible aux maladies telles que l'oïdium ou la pourriture grise,  la clairette déploie une grande longévité. Baignée de soleil, elle aime les hivers doux, aux rares précipitations, les étés chauds où elle ne craint pas la sécheresse. Paresseuse, - c’est un cépage tardif - elle a besoin de temps pour mûrir correctement. Aussi, les vendanges ne s’achèvent-elles pas avant mi-octobre. Rebelle, il faut alors dompter ses tanins dès le pressurage et la vinification.

L’appellation Clairette du Languedoc s’étend sur 11 communes. L’essentiel de la production se concentre à Aspiran, Paulhan, et Adissan, considéré comme son berceau, Elaborée à partir d'un cépage unique, la clairette blanche à petits grains, elle propose une  palette de vins tranquilles vinifiés sous quatre formes différentes : en sec, moelleux, rancio ou vin de liqueur [2]. Ces vins sont appréciés pour leur absence d’acidité, qui les rend faciles à boire. La variété des productions, des sols, des expositions, des maturations du raisin comme des choix de vinification, donnent de subtiles nuances aux vins. Des arômes reconnaissables de pomme et de pamplemousse, de fleurs blanches dominent les dégustations, avec des notes florales et de fruits exotiques en sec, des arômes de pêche et de coing en moelleux, pour finir sur des accents de miel et de noisette pour les vins les plus évolués.


Carte de Cassini (XVIIIe siècle)
 

Le périple de la clairette épouse les contours de l’histoire du Languedoc, sa qualité en porte la renommée pendant des siècles. Implantée par les Grecs depuis le port d’Agde, la viticulture s’est installée durablement dans la vallée de l’Hérault, au cœur des grandes voies de communication anciennes. Ce sont les Romains qui font de la clairette « le grand cépage de la Narbonnaise », raconte l’historien et Maire d’Adissan, Philippe Huppé. Pour preuve, deux villae, parmi les plus vastes connues en Languedoc, ont été découvertes au cœur du terroir, à Paulhan et à Aspiran. Des grappes de raisins retrouvées au fond d'un puits gallo-romain proche ont été identifiées comme de la clairette. Le cépage connaît un second essor au Moyen-Age, par la proximité avec les grandes abbayes, dont celle d’Aniane, qui contrôle une partie de son aire de production. Le vin blanc, en particulier doux, est placé tout en haut de la hiérarchie des vins. Il sert une fonction liturgique, et s’offre aux nombreux pèlerins de passage. La renommée de la clairette point au XVe siècle. Le Maître sommelier du Roi Louis XI en acquiert, distinguant le sec (piquardentz) et le moelleux (cleratz). Rabelais, Olivier de Serres, les botanistes la célèbrent, en compagnie des muscats.  Malgré une production restreinte, sa réputation, basée sur la maîtrise de la maturation des raisins par des vendanges très tardives, ne se dément pas. Elle est servie en vin d’honneur dans les grandes réceptions  royales (François 1er en 1533, Louis XIII en 1622). La clairette étend ensuite ses vignobles vers Montpellier et les bords du Rhône. Elle connaît son plus grand déploiement autour de Marseillan, Mèze, Florensac, Pomerols, Pinet, Maraussan, Cazouls les Béziers, délimitant, avec  les piquepouls et les muscats, une vaste zone de prédilection pour les vins blancs en Languedoc au XVIIIe siècle. De plus en plus cotée, la clairette se vend cher, conquiert l’Europe du Nord, prospère sur ses terres d’origine. Puis elle se perd à partir du milieu du XIXe s. dans la fabrication de vermouths, apéritifs très prisés dont elle sert de base, avant que l’arrivée du phylloxera, qui détruit le vignoble héraultais ne lui porte un rude coup, comme à toutes les productions de qualité. Son image de marque ternie,  la pratique tombée en désuétude, la production de clairette se confine au confidentiel au XXe siècle.

  

Quelques vignerons portent l’effort de sa reconnaissance en tant qu’AOP en 1948, mais il ne s’en  plus produit guère plus que 20 hl en 1990. Un an plus tard, à son arrivée à la direction de la cave coopérative d’Adissan, Jean Renaud ose le pari de la remettre en production. « Personne n’y croyait, le nom ne plaisait pas ». Il en vinifie 80 hl à peine en rancio, par curiosité. « Elle était belle, vinifiée à part » confie-t-il. Il s’attaque au moelleux l’année suivante, mais la première vendange conséquente date de 1998, le temps de s’adapter au cépage, à sa vinification, changer le mode  de conduite à la vigne, la taille,  mais aussi retrouver des pratiques perdues. En interrogeant les anciens, il réveille leur mémoire, enfouie, fixe les délimitations géographiques de la production [3]. A l’heure actuelle, il se produit 1000 hl de clairette en moelleux. Le rancio, dont la vinification n’était plus usitée, est commercialisé en bouteille « costaud, stable… comme le vin qu’elle contient », prévu pour vieillir « un temps fou », un siècle peut-être.

  

Le syndicat du cru a porté cette renaissance viticole, depuis M. Souyris, Pierre Nogaret jusqu’à Jean Dardé, son président depuis deux ans. Des hauts et des bas, la clairette en a bien connu, des défis, elle en a beaucoup relevé. Le vin n’est plus au goût du jour, la mode va vers le piquepoul ou les cépages de la mondialisation, chardonnay et sauvignon ?  « C’est un cépage merveilleux pour les gens qui veulent revenir aux sources », répond Jean Dardé, par sa résistance à la sécheresse, son ancienneté dans un air du temps qui s’attache au terroir, à l’histoire locale. Une reprise est amorcée. Un bon bouche à oreille, la fidélité de la clientèle en caveaux, la qualité du produit, des prix raisonnables, une forme de curiosité pour le cépage sonnent comme autant d’atouts. La relance de la production connaît depuis 2014 un coup d’accélérateur économique. Les Domaines Paul Mas, très impliqués dans les terroirs méridionaux, s’intéressent au cépage, doublent leurs achats chaque année, à Adissan et Puilacher. Le vin, en AOP Clairette du Languedoc sec, est destiné à l’export. Jean-Claude Mas offre ainsi des réseaux internationaux et une nouvelle jeunesse au plus régional des cépages. 

       

La persévérance d’un directeur de cave, d’un syndicat, l’arrivée d’un leader en vins du Sud trouvent un prolongement dans la démarche d’une collectivité. Maire depuis 2008, Philippe Huppé montre un attachement naturel à maintenir les traditions, que la Confrérie Saint-Adrien, la Nuit de la Clairette, fête collective et populaire,  font vivre.  Le PLU protège les  bâtiments viticoles, y compris les maisons vigneronnes du 19e s. L’édile place, au centre de ses préoccupations, la pérennité d’une production de niche qui atteint ses limites, à la fois qualitatives - les vins donnent aujourd’hui le meilleur d’eux-mêmes -, mais aussi de potentiel de production. Plus tard, seuls quelques propriétaires, quelques jeunes maintiendront vraisemblablement la viticulture à Adissan. Philippe Huppé entend se servir de l’oenotourisme et de projets artistiques haut de gamme comme leviers économiques. Président du réseau national villes et métiers d’art (VMA), une association d’élus qui ont pris cette compétence, il mène un ambitieux projet, au long cours, tablant que, dans vingt ans, Adissan se sera enrichi par l’apport de ces métiers, au cœur d’un patrimoine vivant, dont la clairette sera l’autre pilier. Grâce à l’installation d’ateliers au sein même du village, à la constitution de structures d’oenotourisme autour des deux pôles, interdépendants (circuits pour bus, visite de la cave, des artistes, restauration, hébergement), le visiteur repartira, empli de toute une histoire : celle de vins et vieux métiers. Car « avec la clairette, c’est toute une histoire que l’on boit ».

Dans cette toile tissée autour du plus ancien cépage languedocien, chaque fil puise dans un retour aux sources, entre connaissance du patrimoine viticole et inventivité, un savoir-faire du vin immuable et sans cesse renouvelé, des accords contemporains. Pour mieux assurer la permanence des vignobles, des pratiques, d’un métier, d’un cépage, comme un retour dans la lumière.

Florence Monferran


[1] Philippe Cambie, œnologue: « un très grand cépage ». Daniel Roche, sommelier « un cépage trop méconnu »
[2] Vin sec : 12° d’alcool minimum - Vin moelleux : 15° d’alcool minimum - Rancio après trois années de vieillissement pour un vin titrant 14° minimum - Vin de liqueur (17°) avec mutage en cours de fermentation (5% minimum et 8% maximum d’alcool à 90°)
[3] en fonction de la présence de mazets et de la distance que pouvait parcourir le cheval

 

La Clairette en chiffres, en 2016
Une centaine d’hectares
4 caves coopératives, : Adissan, Cabrières, Fontès, Puilacher (Paulhan, Aspiran, Péret apporteurs)
5 caves particulières
Production annuelle: 4000 hl en 2015, 4 500hl en 2016 dont 2300 hl à Adissan
En année commune : 60% en moelleux et 40% en sec
Commerce France: 80% (GD) et 20% (vente directe)

Accords culinaires
La clairette peut facilement accompagner un repas entier, de l'apéritif au dessert: les foies gras, les poissons délicats ou même les viandes blanches en sauce ainsi que les fromages, en particulier le roquefort, la tarte au chocolat
Secs : poissons, huîtres chaudes, viandes blanches

Le projet Ville et Métiers d’Art (VMA)de la Mairie d’Adissan
Sur une friche industrielle de 2500 m2 dans le village
Avec Hérault Habitat
Thématique retenue : autour de l’espace public, l’améliorer, ou le qualifier
Budget : 4 millions d’euros
16 professionnels, disposant d’un atelier et d’un logement
Pour moitié : ouvert à des jeunes, renouvelés tous les 3 ans
Pour moitié : ouvert à un groupe qui restera et transmettra son expérience.
Critère de choix des professionnels : « qu’ils soient les meilleurs dans leur catégorie. Nous visons l’excellence »
Des atouts: à proximité d’une sortie d’autoroute ; Adissan sur un axe du réseau VMA qui passe par Agde, Pézenas, Lodève, et Gignac

Les vins du Languedoc voient la vie en blanc

Photo: AOC Languedoc

Plus de dix ans qu’ils pointent le goulot de leur bouteille, taquinent les grandes appellations, ont l’audace de bien vieillir, et un penchant pour la conduite biologique, voire biodynamique : les blancs du Languedoc sont de retour. Oui, de retour, car ce sont eux qui ont forgé la renommée de cette terre, dès l’époque romaine. Pline l’Ancien voyait la Narbonnaise comme « une seconde Italie ». Ses paysages, l’Hérault en offre un condensé, du littoral jusqu’aux hauts cantons. La diversité des sols, schistes, grés, villafranchiens, aux coulées de basalte, n’a d’égal que le foisonnement de cépages qu’elle a fait naître. Les vignerons ne manquent ni de variétés ni d’imagination pour les assembler. Cépages anciens, clairette, muscat à petits grains et piquepoul, cépages emblématiques, comme grenache et terret,  cépages oubliés, œillade, Augibi et aspiran, ou retrouvés, à l’image du carignan blanc ou du rolle (devenu vermentino) ont vu affluer au fil du temps roussanne, marsanne, puis viognier jusqu’aux cépages de la mondialisation, chardonnay en tête, voire quelques cépages insolites, à l’instar du Gewurztraminer.
Les grands, grâce auxquels un terroir rayonne, se sont patiemment installés. Olivier Jullien a été rejoint en 2016 au firmament de l’influente RVF par Marlène Soria (Domaine de Peyre Rose) et Basile Saint-Germain (Domaine Les Aurelles). Tous trois produisent des blancs salués par la critique, en culture biologique. Avec un élevage sous bois modéré, ils en font des vins de garde [1].  A leurs côtés, les chevilles ouvrières de la renaissance, valeurs confirmées ou en devenir, tissent les fils de cette renommée: Grange des Pères, Clos Marie et Ermitage Pic Saint loup, Mas Champart, Prieuré de St Jean de Bébian,  Domaine d’Aupilhac, Clos de l ‘Amandaie ou Mas Novi …

Comme un retour aux sources
Est-ce parce que le grec Hippocrate disait de lui qu’ « il aiguise l’intelligence », ou parce que les agronomes et poètes romains le plaçaient tout en haut de leurs hiérarchies, avec des doux, que le vin blanc a pesé de son empreinte sur l’histoire viticole du Languedoc ? Porteurs d’un patrimoine, trois cépages le sont assurément, des plus anciens reconnus en AOP (muscat et clairette) jusqu'au petit dernier, en 2013 (piquepoul). Lovés dans la moyenne vallée de l’Hérault et sur le cordon littoral, d’Agde à Lunel, ils tirent aujourd’hui encore leur épingle du jeu. A l’occasion de vendanges difficiles, ils démontrent leur résistance à la sécheresse, en particulier sur les rivages. Muscat et clairette, le plus précoce et le plus tardif, aiment la chaleur. Ils ne sont pas soumis à de hauts rendements sur leurs terroirs de prédilection, où leurs racines puisent dans l ‘humidité du cordon littoral. Tardif lui aussi, le piquepoul, dans son implantation en terrains profonds, profite des  pluies régénératrices de septembre. La baisse de volume, générale, est ici contenue : - 2% à la Cave de Lunel, - 10 % sur le terroir de Frontignan, – 10 % environ en piquepoul. Les années difficiles engendrent souvent de grands vins. Les vignerons s’accordent sur une moindre récolte génératrice de plus de concentration et très aromatique.

  

La clairette : « C’est une histoire que l’on boit »
Philippe Huppé, Maire d’Adissan, affiche la couleur. « La clairette est le plus vieux cépage autochtone du Languedoc ». Le village, entouré de Fontès, Cabrières et Péret, supporte l’essentiel d’une production, oubliée un long temps après son passage en AOP en 1948.  Relancée, dans une niche haut de gamme, sur un  faible volume, elle est portée par une démarche économique et oenotouristique de la commune d’Adissan, un président de syndicat, Jean Dardé, qui en est le plus gros producteur, un directeur de cave, Jean Renaud, fou du cépage, qui l’a remis en culture, vinifié, délimité géographiquement. Il raconte avec passion ces vendanges : « La clairette n’a pas du tout flétri sur souche, elle récupère les dernières fraîcheurs ou pluies après équinoxesSi nous manquons de degré, c’est par manque d’eau en hiver. » La vigne n’a pas eu de réserves en profondeur, mais les clairettes ont bien réagi, le volume est habituel. Elles seront vinifiées en sec, moelleux et rancio. Les vendanges s’achèvent, comme à l’accoutumée, vers le 10 octobre. « Pour faire de la clairette, il faut être patient  et attendre la bonne maturité ».

  

« Avec le muscat, on peut tout se permettre »
Bruno Pastourel le démontre à Frontignan depuis trente ans, consacrés  à innover autour du cépage, en sec, naturellement doux, moelleux au Château La Peyrade, bâti au XVIIIe s. Calcaires lacustres qui se mêlent aux vestiges de l’implantation romaine, racines très profondes, sélections parcellaires, le terroir parle, sous une influence maritime bénéfique. Plantés dans des sols adaptés, « les cépages traditionnels résistent bien au stress hydrique. » confirme Christophe Miron, président de la Cave coopérative. « Le cépage a eu un très bon comportement, c’est là qu’on voit qu’il est bien adapté au terroir et qu’il a l’habitude de souffrir de la sécheresse » ajoute Bernard Rouger, président du syndicat du cru de Lunel. Malgré des vendanges un peu tendues, en condensé pour faire face aux maturations groupées, la qualité est là, par concentration des sucres, avec des arômes floraux et fruités sur l’ensemble du muscat lunellois, tirant vers le miel à la Cave coopérative.

  

« Le piquepoul, un cépage que j’adore »
Héritier d’une famille implantée depuis 1744 à Pinet, près de la Via Domitia antique, Laurent Gaujal poursuit la lignée d’ardents défenseurs du piquepoul. Il témoigne que « le cépage a beaucoup souffert,  flétri, petit comme un petit pois ». Quinze jours avant les vendanges, la pluie salvatrice a gorgé d’eau un grain qui avait du degré. Le cépage a bien réagi. Guy Bascou, président du syndicat du cru analyse l’ensemble des vendanges: « La récolte, d’une grande hétérogénéité, diminuera globalement de 10 % environ, avec de grandes disparités entre vignes en terrains profonds et en terrains superficiels,  entre vignes vieilles, bien enracinées, et vignes jeunes, et des pluviométries variables : il a moins plu dans l’ouest de la zone d’appellation (Florensac, Castelnau de Guers). Le millésime sera un grand millésime dans son environnement traditionnel ».

Les aires de production des trois cépages lancent de nouveaux produits : un muscat sec haut de gamme à Lunel, un piquepoul premium à Pinet, à destination des cavistes, hôtels et restaurants (CHR), récolté plus tard, et élevé sur lie. Depuis 2014, le négociant Jean-Claude Mas s’intéresse à l’AOP Clairette du Languedoc sec, qu’il sort de son cadre régional, en la développant à l’export.
Des produits très anciens resurgissent : un rancio de 2006 mis en bouteille dix ans plus tard à Adissan, des muscats en surmaturation pour les vendanges de la Saint-Vincent à la Cave de Frontignan, des passerillés au Château la Peyrade. On assiste, en 2016, à un vrai boum sur les raisins surmûris !
Précoces ou tardifs, ces cépages font fi du temps. Le Château La Peyrade conserve un muscat naturellement doux de garde de plus de 25 ans. En vieillissant, la minéralité, omniprésente, se développe au détriment du sucre. Jean Renaud dit du rancio d’Adissan « qu’il est prévu pour tenir un temps fou, un siècle peut-être ! »
Et si l’avenir appartenait aussi aux clairettes, piquepouls et muscats, trio gagnant des cépages anciens ?
Florence Monferran


[1] Olivier Jullien assemble Carignan, grenache, chenin, viognier, clairette, roussanne sur des terres alluvionnaires et caillouteuses.  
Le blanc de Basile Saint-Germain (Aurelles) marie vieilles vignes de clairette et jeune roussanne plantée sur les terrasses sablo graveleuses du Villafranchien.
Marlène Soria utilise principalement vermentino et roussanne. Son magistral Oro  a été commercialisé en 2015, quinze ans après sa vendange.

Le château de Flaugergues

passeur de patrimoine précurseur avec Vinofolia

Pierre de Colbert

 

La famille de Colbert mène depuis 2008, dans sa folie montpelliéraine de la fin du XVIIe siècle, un projet baptisé  Vinofolia, « Un vignoble remarquable dans la ville de Montpellier en 2020 » . Projet de rénovation pour pérenniser un outil – une nouvelle cave, design et durable, des vignobles replantés, un souci environnemental fort  – , mais aussi projet de préservation d’un terroir, désormais au cœur de la métropole, d’une culture, à travers un oenotourisme ambitieux, « pour rêver le vignoble de demain ». 
L’ancienne cave, de 1897, au milieu de l’espace de réception, n’était plus adaptée au travail viticole. Un nouveau chai, signé Sancie Matte de l’agence MDR,  recentre la production dans les vignes. Il répond à des exigences de qualité, pour révéler la typicité du terroir et des vins, en vinification et en élevage, avec 26 cuves inox, des pompes de réception de la vendange, un travail par petits lots. Il répond également à un souci écologique : gestion des effluents, économies d’énergie et d’eau ou climatisation naturelle, maîtrise de l’empreinte carbone. Construit dans le but d’obtenir la norme Haute Valeur Environnementale (HVE), ce chai déploie « deux corps de bâtiments enchâssés telle une structure monolithique ». La future enveloppe de tubes d’acier comportera une dimension végétale, fondant la cave dans le vignoble. La famille a investi 1,8 millions d’euros, sur fonds propres et avec une subvention européenne de 250 000 €, pour réaliser cette modernisation durable, dans tous les sens du terme. « Nous voulions que le chai soit beau, et intégré dans Flaugergues » » explique Pierre de Colbert, installé sur le domaine depuis 2002.
Le projet Vinofolia évoluant au fil des ans a débouché sur l’ambition de bâtir un vignoble remarquable, sur le modèle du Jardin remarquable existant. Il passe par la replantation de 10 ha autour du château, avec un nouveau cépage, le morrastel. Après palissage et irrigation de certaines parcelles, un travail sera mené sur l'équilibre du milieu (plantes auxiliaires, enherbement maîtrisé, haies) pour une conduite de la vigne respectueuse de la nature.  
Dernier volet du projet, le Jardin des Vignes, « sas de découverte sensorielle et initiatique de la vigne et du vin » souhaité par Henri de Colbert, créera un lien entre jardin et vignoble.  Imaginé par la paysagiste Amélie Vallon, il assemblera cépages historiques et locaux et plantes illustrant les arômes présents dans les vins de Flaugergues.
Avec le breuvage, écho de son terroir, la famille de Colbert cultive un oenotourisme pionnier dans la région, décliné depuis plus de trente ans dans les visites de vignes, dégustations au caveau ou afterworks, à la table du Folia, mais aussi à la découverte d’un patrimoine viticole dont le château fait figure de gardien. Archives de vignerons, livres rares et marbres peints en sont un précieux exemple. Dernière-née, une nouvelle visite complète, De la vigne au caveau  fera découvrir la nouvelle cave avec le vigneron. A l’horizon 2020, le Château poursuivra la modernisation de son outil viticole, avec une ligne de mise en bouteille adaptée, une centrale d’azote. Il envisage la formation d’un vino Club pour les amateurs.
A Flaugergues, chaque génération réalise un projet qui laisse son empreinte. Vinofolia, par sa dimension, est porté par deux générations, Brigitte et Henri, Marie et Pierre, réunies. A la question de savoir s’ils se sentent propriétaires à part entière du lieu, ou dépositaires d’un patrimoine remarquable à transmettre, la réponse de Pierre de Colbert fuse : « Mon père vous répondrait sans hésiter que nous ne sommes que les dépositaires actuels de Flaugergues », un maillon passeur de patrimoine, sans cesse précurseur.

Florence Monferran

 

Le vignoble

Sur le terroir historique de La Méjanelle, qui a fait battre le cœur des AOC Languedoc, des terrasses de galets roulés sous influence marine
Palette de cépages pour épouser le terroir : grenache noir,syrah, mourvèdre, rolle, cinsault, viognier , marselan, merlot et muscat à petits grains + ariarnoa, egiodola
Vins AOP Languedoc Grés de Montpellier et IGP pays d’Oc qui expriment le terroir : de la fraîcheur avec des tanins soyeux et des arômes de fruits, une structure plus charnue en haut de gamme, avec des arômes fumés et épicés

Le château de Flaugergues en chiffres   
320 ans de tradition familiale viticole dans une folie de la fin du XVIIe siècle 
2 étoiles au Guide Vert Michelin et 30 ans de classement Monument Historique 
1,5 million d’euros de CA consolidé 
160 000 bouteilles dont 65% vendues à l’export dans 17 pays (30% en Chine) 
25 ha de vignes cultivées sur les communes de Montpellier et Mauguio
27 ha de verdure dans Montpellier (dont 4 ha de jardins) 
60 000 visiteurs  

Visite de la nouvelle cave :
Vins &Vignes : 10 €/pers (visite des vignes, de la cave et découverte de 3 vins, 1h30), Saveurs des Vignes 20 €/pers (visite des vignes, de la cave +  découverte de 3 vins avec produits du terroir 1h30 et visite libre des jardins),
De la Vigne au Caveau : 35 €/pers, visite VIP avec le vigneron : de la cave, des vignes, du  château et dégustation de 5 vins avec des produits du terroir (2h30 + visite libre des jardins).  
Visites en groupe (min 10 pers.) du mardi au vendredi et le samedi après-midi, sur réservation à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 


1744, av Albert Einstein (quartier du Millénaire) - 34000 Montpellier
Tél : +33 (0)4 99 52 66 37 - www.flaugergues.com et www.folia-restaurant.fr 

 

Un monde viticole retrouvé à Vic-la-Gardiole

L’affluence record du parcours commenté dans le village de Vic-la-Gardiole témoigne de l’engouement pour les Journées du patrimoine. Une soixantaine de personnes rejointes par un flot grandissant de curieux se pressait devant la Mairie autour d’une thématique 2016 sur « patrimoine et citoyenneté ».


Oenochoe, IVe s., Nécropole, Vic


Reconnaissance du château de Vic, 1161


Manifestation à Montpellier,
L'Eclair, 10 juin 1907

 

 Le vigneron antique était-il un citoyen?
Nous avons pu nous poser la question, en surplomb l’étang de Vic, témoin de l’installation de la viticulture sur nos rivages au Ier siècle avant JC. Villa (domaine agricole) et vicus (regroupement d’hommes libres) ont dialogué pour nous parler de lui, puis des apports des réfugiés de l’Espagne wisigothique au VIIIe s., installés dans l’ecclesia sancta de leocadia in valle. Effacé derrière le religieux, le citoyen devient paroissien, asservi, libre ou vassal. Nous le voyons au travail, dans les rues près de l’Eglise, possession des  évêques et prévosts de la puissante Maguelone.
Nous observons ses traces dans les compoix (registres fiscaux) et contrats de vente, imaginons sa vie dans la maison du XIVe s., son cellier, le tinal, où il loge ses tonneaux et ses récoltes. Nous nous interrogeons sur sa production, ses pratiques, d’excellence, qui font la renommée du terroir, malgré les accidents climatiques et la pauvreté du lieu La vie communautaire au sein des assemblées et des délibérations des consuls en porte l’empreinte.
Grande propriété, lopin de terre ou arrivée massive de bourgeois de Montpellier, nous évoquons la possession des vignes, les lieux où elle est installée, où elle se développe lors des expansions successives (XIVe, XVIe) pour envisager ses grands développements, bien avant le XIXe de la révolution industrielle et du vin-aliment, dès le XVIIIe et « la fureur de planter » qui s’empare de la région.
Après la révolution française, et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, le vigneron devient citoyen dans les textes. Ce sont des bourgeois, aisés vignerons, qui prennent les rênes économiques, et parfois politiques, du village. S’ensuit un double chemin pour la viticulture locale : de masse, en vins rouges, ou hautement qualitative avec le maintien d’une culture en muscats d’excellence, œuvre de toute une vie parfois, à l’exemple  de Frédéric Cazalis-Allut en son Domaine d’Aresquiers.
Les portes ouvertes par Magali Potet-Legros sur l’ancien chai viticole de sa maison vigneronne n’étaient pas assez larges pour accueillir tout le monde, sur le boulevard symbole de l’expansion viticole du XIXe et de ses corollaires architecturaux: c’est toute une armature nouvelle que le passage à la monoculture de la vigne a engendré dans nos villages. Puis les crises viticoles se succèdent au XXe siècle, 1907 reste dans toutes les mémoires, mais ce sont les années 1980 qui scellent le déclin de la pratique, recul des vignes au profit d’une nouvelle extension du village, à usage d’habitation et touristique, marquant d’une nouvelle empreinte architecturale et paysagère un village doublement millénaire.
Quoi de mieux qu'une dégustation, offerte par Sabine Nadal, caviste en vins bios et nature au Placard à Pinard, pour clore le parcours, conjuguer mots et écrits avec travaux pratiques sur le muscat à petits grains, en toute modération et en toute convivialité.

Un grand merci à tous, vicois depuis plusieurs générations ou d'adoption, touristes auvergnats, savoyards, belges et autres pour cette participation active, attentive et joyeuse!

Florence Monferran

 


Le village dans le cadastre napoléonien, 1807

Un résumé de la balade est disponible sur demande:
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Vendanges de la saint-Vincent à Frontignan

Avec un jour d’avance sur le calendrier, c’est le 26 septembre qu’un joyeux convoi s’est dirigé vers les vignes, à la sortie de Frontignan, pour célébrer la Saint-Vincent.
Elle est bien là, la vénérable dame, en surplomb de la ville et de la route, faisant face à la Gardiole qu’elle regarde d’un côté, la mer de l’autre comme horizon et comme origine : la viticulture est venue de là... Christophe Miron, son propriétaire, président de la Cave coopérative, n’en connaît plus vraiment l’âge, 100 ans, 150 ans peut-être.  Son père, à 89 ans, l’a toujours connue vieille. Comme Mathusalem en somme. Elle a subi le gel de 1956, ses souches ne tiennent plus très bien, l’espace entre les rangs de plus en plus étroit autorise peu de mécanisation, mais ses racines puisent encore dans la terre son alimentation. Aussi, cette vigne conserve-t-elle sa vivacité : de belles feuilles abondantes et vertes, quelques « dimanches »[1], mais pas de maladie, et un état sanitaire impeccable, sans pourriture. Et sans stress hydrique, précise Christophe Miron, qui poursuit : « Les cépages traditionnels résistent bien au stress hydrique. Historiquement, les muscats se plantaient dans des endroits cultivables. On n’a pas planté partout ici, non. Si nous continuons à travailler comme nous le faisons, sans trop de rendement, en respectant l’implantation du vignoble, nous n’aurons pas besoin d’irriguer pour nos vins en IGP. En AOP, la méthode est interdite dans nos cahiers des charges. Les clones sont devenus productifs ici. Nous devons faire attention, une vigne, c’est comme un enfant, il faut lui laisser le temps de s’enraciner, tomber les raisins les premières années pour ne pas la surcharger. C’est ce type de vignes, et de vin sans mutage, qui a fait la renommée de Frontignan. Cette future cuvée, c’est un peu un retour aux sources ».

      


Les conditions météorologiques sont idéales, avec du soleil, de la douceur, sans pluies sinon celles, régénératrices de mi-septembre. De jolies grappes se cueillent, presque sans l’aide du sécateur. Elles se sont concentrées en sucres, ont perdu du volume et du jus, mais gagnent en arômes ... et en degrés. La cave de Frontignan renoue ainsi avec la pratique antique de la surmaturation du raisin. Sur cette vieille vigne de 32 ares, le passerillage s’opère naturellement. A vendange exceptionnelle, moyens exceptionnels.  Des coopérateurs, des salariés de la cave, personnel technique ou administratif, sont venus, l’œnologue Deborah Donnadei, a délaissé le temps d’une matinée les vinifications en cours, jusqu’au Directeur commercial, Bernard Germain,  qui a quitté ses bureaux, tous récoltent le précieux petit grain, qui prendra le nom de « Vendanges de la Saint-Vincent » une fois en bouteille. « La dernière cuvée date de 6 ans, je n’étais pas encore là » raconte Deborah Donnadei. « Le raisin sera vinifié en moelleux, après un pressurage long de 8h dès la fin de la récolte. » Elle estime le volume à 11 hl environ, qui donneront un peu plus de 14 000 bouteilles. Beau rendement pour une vénérable vigne ! Les coopérateurs sont ravis : « le raisin est joli, magnifique, nous allons faire une très bonne cuvée de la Saint-Vincent. J’aimerai la goûter quand elle sera prête » espère M. Duquesnoy,  pendant qu’Aline Brigliozzi, viticultrice et administratrice à la cave, insuffle entrain et bonne humeur au groupe, soudé par cette vendange inaccoutumée.

 

Bernard Germain le rappelle, la cuvée ne sort pas tous les ans. Elle est soumise à des contraintes, du temps, « il faut que l’année s’y prête », et d’écoulement des stocks. « Nous avons adapté notre commercialisation à ces contraintes. C’est le seul produit de la cave qui échappe à notre contrôle ».
Christophe Miron fait remonter cette tradition à une vingtaine d’années. Il m’a été rapporté qu’elle aurait été inspirée par l’éminent œnologue bordelais Denis Dubourdieu, venu étudiant en stage puis conseiller à la cave de Frontignan. Le futur « pape des blancs », récemment décédé, s’était intéressé à ce cépage à petits grains qui produisait des vins naturellement doux, des moelleux ou liquoreux comme il en connaissait à Sauternes avec le sémillon. Il avait tissé des ponts entre Bordeaux et Frontignan, longtemps concurrents dans l’histoire, réunis dans la passion pour les vins doux. Une passion toujours vivante, en cette Saint-Vincent, dans la cité muscatière.

Florence Monferran


[1] Terme local qui désigne une partie de parcelle où les pieds morts n’ont pas été remplacés.

 

Embellie d'automne

La rentrée  viticole prend divers chemins : une rentrée soucieuse, sous le signe d’une baisse de récolte et des craintes pour les marchés vrac, une rentrée studieuse pour les vignerons et œnologues qui s’affairent aux vinifications, une rentrée radieuse pour les vins du Languedoc AOC et IGP qui se voient déjà décerner bons points, ou plutôt étoiles, et récompenses.

Le Languedoc tutoie les étoiles dans la revue des Vins de France
Au milieu des foires aux vins dans les grandes surfaces et des rendez-vous chez les cavistes, le palmarès de la prestigieuse Revue des Vins de France (RVF) sert de repère et de référence au consommateur. Le classement distingue l’excellence du vignoble français (3 étoiles), les très grands domaines (2 étoiles), et ceux en devenir, de bon niveau (1 étoile), en fonction « du potentiel du terroir, de la faculté du vigneron à l’exploiter et de l’homogénéité de sa production sur les derniers millésimes ».
Dans sa 21e édition, le guide entérine que « le Languedoc est bel et bien entré dans la cour des grands et  le niveau des meilleurs vignerons tutoie désormais l’excellence ». Le jury récompense des années de travail sur des terroirs en octroyant « 3 étoiles » à deux  domaines, Peyre Rose à Saint­Pargoire (AOC Languedoc), de la pionnière Marlène Soria et Les Aurelles à Nizas (AOC Languedoc et AOC Languedoc­Pézenas) de Basile et Caroline Saint-Germain, qui viennent rejoindre au firmament Olivier Jullien, du Mas Jullien (AOC Languedoc et AOC Terrasses du Larzac).Outre ces domaines, artisans « de la renaissance d’une viticulture rigoureuse dans la région », la RVF promeut le Mas des Brousses (AOC Terrasses du Larzac) au rang des 2 étoiles (parmi neuf domaines en Languedoc),  Clos Maïa (AOC Terrasses du Larzac) et Mas d’Alezon –Domaine de  Clovallon (AOC Faugères) au rang d’une étoile (23 en Languedoc).
Les terroirs du Languedoc, des Terrasses du Larzac et  Pic- Saint Loup récemment promus en AOP, à Pézenas et Saint-Georges d’Orques, qui y prétendent, sont plébiscités.

Concours Top 100 des vins du Languedoc-Roussillon Sud de France  à Londres


Initié en 2012 par le Comité Interprofessionnel des vins du Languedoc et Sud de France Développement, le concours est un dispositif piloté par la Maison de la Région à Londres, qui aide les entreprises viticoles régionales à conquérir le marché britannique. Le Royaume-Uni, 2e importateur mondial de vin, est un marché très concurrentiel. Le Languedoc-Roussillon y exporte plus de 300 000 hl, pour un chiffre d’affaires de 82 millions d’euros, son 3e marché export en valeur. En quatre ans, le concours est devenu une véritable référence. Le jury décerne, parmi les 100 vins primés, ses coups de cœur. Les voici dévoilés pour 2016, récompensant vins en IGP (Identité Géographique Protégée) Pays d'Oc et AOP (Appellation d'Origine Protégée)

Le rendez-vous d’arrière-saison des vins de l’AOC Languedoc


La rentrée viticole aussi joue les prolongations avec l’été. Les AOC Languedoc proposent une nouvelle initiative, les Estivales d’Hiver, et donnent rendez-vous aux amateurs pour déguster une fois par mois verres de vin et produits régionaux au Mas de Saporta. Au programme : deux appellations ou dénominations mises à l’honneur chaque soirée, dans une ambiance festive et musicale dont les AOC sont coutumières.
Une façon de faire découvrir le meilleur des vins du Languedoc et de ses terroirs, tout auréolés de leurs succès estivaux, leurs cartables déjà emplis de récompenses, symbole de la reconnaissance des professionnels et des consommateurs.

Florence Monferran

Des vendanges bouleversées


Vendanges au Château La Peyrade (Frontignan)

 

La pluie a déserté le Languedoc, causant une forte sécheresse dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, qui s’est étendue au Biterrois, à la vallée de l’Orb et au Piscénois, jusqu’à ronger le bassin de Thau. Cruauté du temps, c’est la grêle qui a frappé Montpellier et ses alentours. L’année 2016, marquée en viticulture du sceau des calamités, produit anormalité sur anormalité. Des chardonnays vendangés avant des muscats, des mourvèdres avant des syrah, la chaleur affole les cépages, sans parler des sinistrés du Pic Saint-Loup et de l’est de Montpellier obligés de vendanger avant tout le monde pour sauver ce qui peut l’être. L’absence de pluie, conjuguée en fin d’été à de très fortes chaleurs, dessèche le grain, induit une perte de jus, donc de rendement. La baisse de récolte, déjà sensible partout, est évaluée à - 10 % en France par le Ministère de l’Agriculture. Les professionnels parlent d’une « récolte maigrichonne » en Languedoc. 
Loin des prévisions, vignerons et coopérateurs s’affairent à la vigne. La maturation des raisins, contrariée par un printemps humide, vecteur de maladies, avait retardé le début des vendanges. Elle s’accélère de façon galopante ces derniers jours pour tous les cépages. De quoi donner le tournis aux vignerons, et chambouler l’organisation des vendanges: il faut resserrer les dates de récolte pour ne pas trop perdre de jus ou ramasser des degrés trop élevés. En 3 jours, 2 à 3 degrés ont été pris sur les syrahs à Pomerols, avec un vent desséchant qui est levé. Vendanger au rythme des maturations, en accéléré? La plupart des vignerons et caves coopératives s’y résolvent, par crainte qu’un épisode climatique violent ne vienne tout ruiner. Valérie Ibanez, au Domaine de Roquemale à Villeveyrac, condense ses dates de récolte « sur douze jours au lieu d‘un mois » . De même, à la cave de Bessan, « Les maturités avancent tellement vite, nous vendangeons à plein. Nous passerons de 25 jours à 15 jours de vendanges cette année » commente son directeur, Robert Cabrol. Les caves rentrent des volumes plus importants sur une journée. Mais la chaleur laisse peu de temps pour ramasser le raisin, y compris la nuit. Olivier Azan, au Domaine du petit Roubié à Pinet, notait 23° à 4h du matin. « On commence avec la machine à vendanger à 2h du matin au lieu de 5h, les cadences sont plus importantes pour presser, on récolte plus. ». Et d’ajouter: « Les fortes chaleurs perturbent tout: les raisins, et les hommes. Il faut garde la tête froide, rester méthodique, concentré sur les vinifications ». 
Sauvignon et chardonnay ouvrent le bal des vins de pays, suivis des cépages régionaux, roussanne, marsanne. Le Piquepoul, cépage tardif, fermera la marche pour produire l’AOP picpoul de pinet. Bien adapté à sa zone de production littorale, il résiste mieux à la chaleur que le sauvignon, qui souffre cette année. 
A Pomerols, à Bessan, les caves  finissent  de rentrer les blancs, pour débloquer l’arrivée des rosés. A Montagnac, les grenaches, magnifiques, entrent en cave. Ils répondront à des marchés très pointus sur des rosés pâles.
 Puis vient le tour des rouges. Quelques jolies syrahs et autres cépages en agriculture biologique au Domaine de Roquemale, auréolées de trois étoiles au Guide Hachette 2017 sur la cuvée LEMA, ont donné une jolie sortie, le nombre de grappes compensant la perte de jus. 

 
Marsanne et Syrah du Domaine de Roquemale (Villeveyrac)

L’enjeu, pour tous, tient à garder le cap sur la juste maturité souhaitée. Sur le Bassin de Thau, blancs et rosés sont récoltés pour répondre très rapidement, d’ici la fin de l’année à d’importants marchés, en particulier à l’export. Ils obéissent à des critères très précis d’élaboration: peu de couleur mais une belle acidité et de la fraîcheur. Chaque année, les vignerons relèvent le défi de produire une qualité égale, alors que les conditions d’élaboration varient considérablement,. Les Costières de Pomerols se sont par exemple dotées d’outils prédictifs de la maturité, en plus des contrôles habituels sur le terrain. Joël Julien, leur Directeur le précise: « il s’agit de vendanger à l’optimum pour satisfaire ses clients et ses marchés ». Cette année plus qu’une autre, les vinifications moduleront les assemblages, moins de merlot, trop concentré, par exemple, dans les rosés de Cotes de Thau à Pomerols. 

Cuve en fermentation (Mas de la Plaine Haute - Vic-la-Gardiole)  

 Les avis sont unanimes, de Bessan à Mireval, de Villeveyrac à Pinet, pour parler d’une plus petite quantité, mais d’une bonne qualité, voire d’un très bon niveau qualitatif sur ce millésime difficile, avec de la concentration, du fruit.
 Les grands millésimes naissent dans la douleur en Languedoc comme ailleurs. Une fois de plus, les vendanges, à la fois rendez-vous immuable et sans cesse renouvelé, nous interrogent sur l’incertitude du temps, la fragilité de productions agricoles même dans un siècle où nous pensons tout maîtriser par la technique, l’informatique et nos savoirs scientifiques. Que faire de ce temps, comment composer avec lui? Les chercheurs de l’INRA et du CNRS proposaient, à l’occasion de la Conférence sur le climat à Paris COP 21 en décembre 2015, des pistes de réflexion et d’actions, sur l’irrigation, les cépages, les modes de conduite de la vigne. Elles entrent à nouveau dans le feu de l’actualité. Avec un enjeu de taille pour la viticulture régionale: le maintien des qualités, de la qualité des vins du Languedoc, après trente ans d’efforts, de sacrifices et de profondes mutations, que la prestigieuse Revue des Vins de France vient de récompenser[1]


Vendanges chez Laurent Mazas à Mireval

Les modes de conduite la vigne en question
Au centre des débats, en pleines vendanges, l’absence de pluie en août remet sur le tapis la question des méthodes culturales pour mener la vigne. Laisser de l’ombre au raisin, de la surface foliaire, ne pas écimer, voire, pour les adeptes d’une culture en accord avec son environnement, enherber ses parcelles, pratiquer l’agroforesterie (complanter des arbres) pour redonner de l’humidité au sol et au cep apportent des réponses concrètes à la gestion du stress hydrique. Un travail en amont, auprès des viticulteurs, de formation, d’éducation pour suivre un travail adapté à de nouvelles conditions de production apparaît comme criant de nécessité. 
De même, le débat sur l’irrigation des vignes s’invite dans les discussions. Le syndicat du Bas Rhône Languedoc et la Chambre d’agriculture mènent un projet de 1500 ha pour 2020 sur le secteur de Montagnac, Pinet, Pomerols. Les réunions se multiplient mais les vignerons trouvent le temps long. Olivier Azan, qui a inscrit des parcelles dans le projet, constate que « même les vignes irriguées, en IGP, souffrent. Le cep tient bon, mais ne crée pas du végétal. Chaque année, nous assistons à des perturbations des vendanges liées à des épisodes climatiques. Nous sommes vraiment dans un changement climatique, ça y est». Jean-Louis Reffle, direction des Vignerons de Montagnac n’a pu que constater les dégâts de la chaleur sur ceux qui n’ont pas pu irriguer.
 Outre ce paramètre, le choix des cépages implantés alimente déjà le débat. Dans les faits, les cépages anciens tiennent bien le choc, le muscat à petits grains en tête. Joël Julien le constate: « les cépages traditionnels, comme en 2012 ou 2014, sont plus faciles à vinifier. Cette année, terret, carignan, et grenache tiennent mieux. ». Les vignerons tentent partout sur le Bassin de Thau des expérimentations personnelles. Les Costières de Pomerols sortent une production en gewurztraminer dans un mois. Du sangiovese, cépage italien, sera incorporé dans le rosé d’assemblage en Cotes de Thau. Le pinot, lui, souffre de la chaleur. Des croisements de cépages sont également implantés. La liste proposée s’allonge chaque année! Le château La Peyrade, à Frontignan expérimente ainsi les effets et la qualité de cépages venus d’un peu partout, pour produire un rosé atypique, et personnel. Les solutions seront-elles à la fois globales et très individuelles?

Florence Monferran


[1] Guide 2017, Revue des Vins de France (21e édition)

Les vendanges sur le terroir historique des muscats à petits grains

Vendanges chez Laurent Mazas à Mireval

Le ballet des charrois sur la route, le bruit des machines la nuit, les petits matins et les soirs parfumés d’odeurs musquées, miellées et de moût en fermentation, les signes ne trompent pas : Frontignan, Vic et Mireval vendangent bien. Avec retard, les maturités tardant ici aussi, puis à un rythme accéléré une fois les degrés requis atteints, dans les conditions partout similaires d’absence de pluie depuis fin juillet, de léger stress hydrique sur de jeunes parcelles ou sur les hauteurs de la Gardiole. La vigne souffre, ses feuillages flétris en témoignent. 
Depuis fin août, l’élaboration de muscats secs, puis de Vins Doux Naturels en AOP muscat de frontignan et muscat de Mireval occupent un territoire encore viticole. Début septembre, les degrés montent vite. Attisés par un mistral chaud et desséchant, la maturation avance au galop. Le grain réduit, la crainte qu’il ne sèche s’amplifie, pour Christophe Miron, président de la cave de Frontignan. Le degré supérieur à 16°, la récolte de belle qualité, il faut finir rapidement de rentrer l’ensemble des raisins. Le Président de la Cave coopérative vendangera ensuite une vigne de plus d’un siècle, destinée à l’élaboration d’une cuvée spécifique. A suivre. 


Apport de coopérateurs à la cave de Frontignan

La question des modes de conduite de la vigne pour préserver le muscat à petits grains dans le futur se pose différemment ici. Le cépage aime la chaleur. Entre étangs et mer, il puise souvent dans son sol l’humidité nécessaire à son développement, et bénéficie des brises maritimes. Sur les trois communes, des vignerons bios expérimentent de nouvelles façons de travailler le sol : labours à cheval au château Stony, infusions au mas de la Plaine haute, enherbement et agroforesterie aux Clos de Miège, le terroir innove. L’irrigation n’est pas autorisée sur les aires d’AOP des Vins Doux Naturels. Jean-Luc Mazas, ancien président de l’AOP muscat de Mireval l’explique : "leur culture ancestrale en zone aride, à petits rendements, bénéficie d’une taxation privilégiée.[1] Si les viticulteurs arrosent, ils sortent de l’AOP et perdent cet avantage fiscal. » 
Bruno Pastourel, vigneron au Château La Peyrade, confirme une  année très qualitative sur son terroir exceptionnel, qui surplombe l’étang de Thau et la mer Méditerranée. « La qualité sanitaire est magnifique. Il manque un peu d’eau sur les terres blanches calcaires. Je ne me plains pas, au regard de ce qui est arrivé en Pic Saint Loup. Nous allons rentrer le raisin, nous ». Les muscats secs ont été récoltés avec de l’acidité encore. Sur les contreforts de la Gardiole, Olivier Robert, vigneron au Mas de la Plaine haute, ne boude pas son plaisir : « le raisin est joli, il est délicieux en fermentation, je me régale! ».


Muscat à petits grains, Château La Peyrade (Frontignan)

La diversification des productions est actée. « On peut tout se permettre avec le muscat à petits grains » rappelle Bruno Pastourel, précurseur dans l’élaboration de muscats secs, ou naturellement doux. Avec les moelleux, pétillants, rosés et rosés muscats, ainsi que rouges dépoussièrent les terroirs historiques et occupent une place croissante dans la production locale.
Plus que quelques jours encore, pour atteindre la maturité totale de quelques parcelles et observer cette qualité et cetet diversité en cave, en vinification.
Florence Monferran


[1] A 47€ /hl au lieu de 180 €/l en vin de liqueur

Avec l'APAVH, Voyou, le beau chat, est à l'adoption

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"L'histoire de ma courte année de vie est triste, comme celle de milliers d'autres animaux sur cette pauvre planète. J'ai très certainement été donné lorsque j'étais un bébé à n'importe qui. Une fois que j'ai passé l'âge d'être un tout petit, je n'ai plus intéressé les membres de la famille. Du grand classique chez les humains. Ils m'ont donc tout simplement abandonné comme si c'était un acte normal et absolument pas grave. Un acte anodin dans de pauvres esprits. Je suis resté de long mois dehors... j'avais très faim et j'étais blessé. Je manquais énormément d'amour, je cherchais à rentrer chez des voisins, je cherchais désespérément une personne qui allait enfin me voir, je cherchais de l'aide tout simplement. ""J'ai mis du temps à en trouver... mon désarroi ne faisait que grandir... jusqu'à ce qu'une personne se mobilise enfin pour moi et contacte l'association. Merci du fond de mon petit coeur à cette personne. Ce fût la fin de mon calvaire de chat de rue. Depuis quelques semaines auprès de famille d'accueil, je revis ! Je suis enfin épanoui, je reçois enfin l'amour que je mérite et croyez moi je leur fais des milliers de ronrons et de bisous. Je suis devenu zen, tranquille, je ne suis plus inquiet( la preuve, je dors en montrant mon ventre ce qui est signe pour le chat d'une parfaite confiance)..."

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