Histoire de Sète

Sette, juillet 1791 : un nouvel ordre s'instaure.

Sette, juillet 1791 : un nouvel ordre s'instaure.

 

Après l'écroulement de l'Ancien Régime politique et social, l'Assemblée constituante s'est efforcée de bâtir un nouvel ordre plus juste, plus démocratique. Comme le montre le registre des délibérations municipales de cette époque, bien des aspects de la vie du pays, du point de vue économique et social, furent réorganisés, y compris le secteur de la pêche.

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L'Assemblée constituante n'avait pas attendu la promulgation de la Constitution (3 septembre 1791) pour agir, même dans des secteurs essentiels à la vie du pays. C'est ainsi que dès février 1790, la France fut organisée en départements, districts, cantons. Comme dans ces circonscriptions il n'y avait pas de représentant du pouvoir central, c'est par le consul du district de Montpellier et par son procureur syndic (secrétaire général) Cambacérès que Sette prenait connaissance des lois et décrets nouveaux. Le 12 juillet 1791, la municipalité de Sette reçoit un paquet du district de Montpellier dont il sera fait l'inventaire quatre jours plus tard : ce sont les copies de vingt quatre lois et décrets pris par la Constituante en vue de réorganiser la société. Sont évoqués les baux des messageries, l'organisation des Ponts et Chaussées.

Après la Constitution civile du clergé, on se soucie de "la conservation des évêques". Dans l'ordre économique, on décrète la libre circulation du numéraire dans tout le royaume. Ainsi s'unifiait le grand marché intérieur de la France. Après la fuite du roi, on en appelle à la vigilance. On organise même le statut "des caporaux et tambours des régiments suisses" !

 Le domaine maritime n'est pas oublié. L'Assemblée constituante ordonne d'appliquer à Sette les règlements du port de Marseille. Règlements basés sur l'article 4 des ordonnances de décembre 1778 et les lois du 12 décembre 1790 et 6 janvier/15 avril 1791. Ce corpus réglementaire aménageait la prudhommie de Marseille où les prudhommes (hommes sages et avisés) étaient élus. Ainsi, déclare la municipalité de Sette, doit-on procéder dans une circonscription regroupant la ville-port, Frontignan, Mèze, Bouzigues, mais aussi Mauguio, Marsillargues, Vauvert, Aigues-Mortes.

Sont concernés les pêcheurs en mer (y compris les Catalans résidents) et en étang, propriétaires de leur barque pouvant embarquer au moins trois hommes. Alors, la communauté des pêcheurs est convoquée à l'église des Pénitents. Le maire expose à l'assemblée le but de la réunion. Et l'on passe à l'élection du prudhomme major et de quatre prudhommes. Après deux tours de scrutin, Gourmandin et Augustin Pontic sont en lice pour le poste de prudhomme major. Pontic l'emportera par 45 voix contre 43 à Gourmandin. Celui-ci sera élu second prudhomme. Puis, Louis Richard est élu troisième prudhomme et Etienne Molinié sera le quatrième.

 

Ainsi s'éclaire un point de l'histoire de Sète : la première élection des prudhommes. Et on peut évoquer, après 1789, une reconstruction démocratique de ce qui est encore le royaume de France.

Hervé Le Blanche

Photo : HLB

Evoquer Cette, la "ville-port".

 

Si l'Histoire est l'évocation du passé, il y a bien des façons de "faire de l'Histoire". L'ouvrage, "Jours de Cette" dû à la collaboration de François Mottier pour le texte et Jean Brunelin pour l'iconographie, en est un exemple (éd. L'An Demain, 5 quai d'Alger, Sète).

En effet, avec la correspondance supposée d'un jeune commis négociant suisse, Baptistin Vulliez, c'est Cette d'avant la Grande Guerre qui est évoquée.

 

Jean Brunelin, dans la préface, brosse le décor des épisodes qui seront présentés. A la charnière de la dépression économique des années 1870 et alors que s'amorce la Belle Epoque, "… L'abondance nouvelle viendra évidemment de la mer, car Cette est une ville-port, un port dans une ville où les bateaux sont dans la rue et la mer toujours à portée de regard". Cette, avec les canaux baignant les pieds de la "collinette" de Saint Clair, sera surnommée la "Venisette" par le citoyen du canton de Vaud.

Et le natif de Clarens (sur la riviera genevoise) aurait été sensible, dès l'abord, à la lumière qui éblouit sa prunelle, même en octobre avant qu'il n'en apprécie tout l'éclat (nécessitant le port de verres colorés) au mois de juin. Voilà qui est bien vu, mais on peut être déçu que notre Helvète soit muet sur la douceur du climat en général. Il est vrai qu'il avait tant à voir et à dire.

Aussi ne fait-il que signaler en une occurrence les quais "bruts et décharnés", très professionnels avec pour certains "de vastes alignements de futailles parmi lesquels évoluent gens et véhicules". Mais en dehors du négoce, le milieu marin impose ses contraintes générant parfois difficultés et épisodes dramatiques.

 Ainsi le steamer Anaïs-C fit naufrage en janvier 1895 au large de Marseille. Parmi les 13 disparus, on compte un citoyen de Frontignan et le mousse Honoré Xiffre, 14 ans. Et comme nombre de Cettois sont inscrits maritimes, lorsque la soute à poudre du cuirassé Iena explose à Toulon, on déplore 2 victimes cettoises à qui on fera des funérailles solennelles.

Et puis, le 25 octobre 1898 : "Pandémonium, capitale des Enfers, a ouvert ses portes…". Baptistin Vulliez considère "la scène dantesque d'un navire d'un seul coup enflammé, son pont entier lancé dans les airs, puis retombant dans l'hideux fracas que feraient les os brisés d'un Titan". Le tocsin sonne, on accourt de toutes parts. Le brick goélette Tomase Padre, chargé de fûts de pétrole, est en feu. L'incendie menace les navires voisins également chargés de fûts de pétrole. Le Tomase Padre fut extrait du port par le navire pilote le Vigilant et remorqué jusqu'à la plage de Frontignan. Les pêcheurs quant à eux connaissaient des difficultés : on s'inquiétait déjà de la baisse de la ressource et un vieux sage préconisait la fermeture de la pêche à certaines époques, comme il existe la fermeture de la chasse.

 

Voilà une agréable plongée dans le passé, guidée par un style un peu naïf et apprêté (Baptistin est jeune), présentant parfois de belles envolées, comme pour le phare de Saint Clair, "Polyphème de la mer"

Hervé Le Blanche

 

Pour en savoir plus :https://www.landemain.fr/regionalisme/sete-bassin-de-thau/jours-de-cette

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Noël Guignon, le maire républicain.

En 1870-1871, il n'y eut pas à Sète d'insurrection armée comme à Paris quand la Commune prit le pouvoir. Néanmoins, le contre coup de la défaite du Second Empire agita la vie politique sétoise. Noël Guignon, conseiller municipal d'origine populaire, fut porté au premier plan. Il incarna les préoccupations politiques de son temps.

 

Le nom de Noël Guignon n'est pas inconnu des Sétois, surtout depuis l'implantation des arrêts de bus urbains et départementaux. Il est vrai que ces haltes sont sises au quai "Noël Guignon", ce quai délimité par le pont de la Civette et la darse de La Peyrade où siégeait autrefois la Chambre de commerce. Officiellement, le quai Noël Guignon va de la rue Honoré Euzet au quai Rhin et Danube bordant la dite darse. Le personnage n'avait rien d'un notable. Il était un des sept enfants d'un menuisier de Rouen qui, ayant épousé une Cettoise, s'était établi rue du Palais. Né en 1839, Noël Guignon fit son chemin dans la vie et devint tailleur de pierre. Sous le règne de Napoléon III, il s'est mis au service des idéaux de la Grande Révolution. Puis, il commence une carrière politique. Il devient conseiller d'arrondissement en battant un M. Domeyron, docteur en médecine. En août 1870, il devient membre du conseil municipal. Or, depuis juillet, la France est en guerre avec la Prusse, appuyée par les états allemands. Sans alliés, mal préparée, l'armée impériale subit défaites sur défaites. Et le 2 septembre, Sedan capitule, l'Empereur est prisonnier.

 

Le 4 septembre, à Paris, la République est proclamée. A Sète, le 5 septembre, la foule chasse le conseil municipal, installe une commission pour gérer les affaires en cours. Noël Guignon est acclamé comme maire. Et il va s'impliquer dans la nouvelle phase de la guerre. En effet, à Paris, le gouvernement de la Défense Nationale continue la lutte. Une délégation, à Tours où siège Gambetta, anime le sursaut national et républicain. Gambetta envisage de secourir Paris, assiégé par les Prussiens. Des armées doivent converger vers la capitale depuis le nord, la Bourgogne et surtout l'ouest, vers la Loire et Orléans.

(Illustration Pixabay)

A Sète, Noël Guignon lance un emprunt pour soutenir l'effort de Défense Nationale. Puis, capitaine de la Garde Nationale, il rejoint l'armée du Nord. Celle-ci, défaite, bat en retraite. Noël Guignon rentrera à Sète après l'armistice signé le 28 janvier 1871. Il sera à nouveau maire en 1871, en pleine période de "l'Ordre moral" en France. Mais il sera écarté du pouvoir la même année, après s'être interposé dans une échauffourée où l'on avait crié "A bas Badinguet !" (surnom de l'Empereur). Il est condamné à 3 ans de prison et 5 années de privation des droits civiques.

 

Conseiller municipal de 1878 à 1881, il peut observer l'enracinement du régime républicain. Il ne revint plus au premier plan. Il mourut en 1910 et, en 1912, la ville donna son nom à un des quais du canal. Il avait su incarner un grand mouvement populaire.

Sète, fin XVIII è : le tabac peut brûler.

Une manufacture de tabac fonctionne à Sète à partir de 1751. Production lointaine, le tabac était conditionné dans la ville, ce qui soulevait de nombreux problèmes, en particulier celui des incendies. La manufacture brûla en partie en 1779 et jusque dans les années 1780 se posa la question des "incendies" des rebuts de tabac.

 

Les sources disponibles aux Archives municipales ne donnent pas d'indication sur les circonstances de la création d'une manufacture de tabac à Sète.

 

Tabac, Récolte, Feuilles, PalatinatLouis Dermigny, dans Naissance et croissance d'un port, nous apprend qu'elle fonctionna à partir de 1751 en conditionnant du tabac de Virginie qui arrive par les ports anglais (Whitehaven) et surtout écossais (Ayr, Aberdeen, Glasgow). L. Dermigny n'explique pas comment s'est constituée cette filière d'approvisionnement quelque peu insolite : Sète n'utilise pas du tabac métropolitain (on pense aux plantations du sud-ouest), ni issu des colonies. Et la route du tabac connut plus d'animation dans les années 1770-1775, ainsi qu'à la fin des années 1780 (1787 et année suivante).

Or, il arrive que le tabac brûle quand on ne le désire pas. Le 21 septembre 1779, la manufacture est en partie détruite par le feu. Cinq salles d'opérations spécialisées sont réduites en cendres. On aurait pu craindre de plus lourds dégâts, mais le prompt secours de la garnison a limité le désastre. Et la manufacture n'a pas cessé de fonctionner. Et les déchets divers de tabac ont continué à être brûlés dans son enceinte ou dans les rues, les sources sont peu claires à ce sujet.

 Sont tout aussi peu claires les circonstances et les affaires diverses suscitées par "les incendies des cottes de tabac". A la lecture des pièces d'archives, on peut penser que la manufacture avait obtenu cette possibilité de par l'appui de la cour des Aides de la province, ce qui lui avait permis d'obtenir des lettres patentes (sorte de décrets royaux). Mais les "incendies" toujours renouvelés entretenaient la crainte d'un embrasement général et des inquiétudes pour la santé des habitants. Ceux-ci s'inquiétaient des feux sans cesse renouvelés et qui parfois duraient : ainsi en 1783, un "incendie" commença le 25 octobre et dura jusqu'au 5 décembre.

Un procès verbal a été dressé à la suite de "dessentes" chez des particuliers qui se plaignaient et l'on a établi officiellement la durée de l'incendie et les plaintes que cela a suscité.

 

Le conseil de la Communauté se fit l'écho de ces craintes et s'engagea dans une longue guerilla juridique afin d'obtenir la cessation des "incendies". On en fit constater les méfaits pour la santé des habitants par deux médecins experts. On fit appel aux autorités de la province, en 1778, en 1784.

 

En pure perte. La Communauté, en cette fin XVIII è, ne put obtenir la cassation de l'arrêt motivant la décision. On envisagea d'opérer les "brûlements" hors de la ville et ce fut, semble-t-il à cette époque, le seul résultat concret. Même si brûler du tabac fut reconnu nocif pour la santé...

Hervé Le Blanche

Sette, 1790 : la fin des privilèges.

Après la nuit du 4 août 1789 et les décrets pris les jours suivants par l'Assemblée nationale, l'Ancien Régime socio-politique s'est écroulé. De nouvelles institutions administratives ont été mises en place en mai-juin 1790. Elles ont veillé à l'abolition des privilèges fiscaux, ce qui a causé quelques embarras à la communauté sétoise.

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De l'été 1789 à celui de 1790, se met en place un nouvel ordre politique en Languedoc comme dans toute la France. Le plus remarquable, c'est que cette mise en place du corps politique s'est effectué dans "une espèce de tranquillité", sans émotions populaires dans les villes, sans troubles dans les campagnes. Selon R. Laurent et G. Cavignaud (La Révolution dans le Languedoc méditerranéen, Privat 1987), s'est produit dans le calme un phénomène majeur, la révolution municipale, installant la main mise de la bourgeoisie sur la vie locale.

Sète avait connu l'émeute d'avril 1789, comme Agde peu de temps après. Et il fallut chasser l'évêque-comte, seigneur de Sette, de sa demeure pour qu'il résigne son pouvoir temporel. Alors, en 1790, à Sette, c'est une municipalité élue qui administre la communauté avec de larges pouvoirs, y compris des pouvoirs fiscaux. Elle va en user pour tenter de faire rentrer les impôts qui n'ont plus été payés pour les 6 derniers mois de l'année 1789. Mais, déclare le maire Castilhon le 20 avril 1790, il n'y aura pas d'exemptions au paiement de ces sommes. Et les "détempteurs [sic] de biens privilégiés" devront les faire connaître. Comme personne ne le fait, le corps de ville affirme sa volonté d'évaluer (grâce au cadastre) et de taxer ces biens.

 Simple et logique, peut-on dire. Mais lorsque la taille fut supprimée le 20 avril 1790, la municipalité de Sette s'émut : la communauté en était exempte, ce qu'avait confirmé Louis XIV "par décrets du conseil d'Etat de 1673, 1675" et autres. Sette, en vertu de cette antique exemption, n'aurait-elle pas droit à un allègement de sa contribution ? D'autant que, selon le consul, l'activité de Sette est bénéfique pour tout le Languedoc et que, pour établir une communauté sur "ce rocher stérile", il faut bien concéder quelques avantages pour y attirer les populations. Tout au long de près de deux pages, le registre municipal égrène les abjections. Les biens de la communauté ne sont ni des fiefs nobles, ni des bénéfices ecclésiastiques. La commune ne peut en disposer. Bien sûr, il serait louable de faire des sacrifices au nom de "l'intérêt général de la France", mais on n'en appelle pas moins "aux principes d'humanité et de justice" de l'Assemblée nationale. Ainsi, des députés vont se rendre à Montpellier et le département sollicitera l'Assemblée.

 Par ailleurs, il faut actualiser le cadastre afin d'évaluer la valeur des biens. Et le Conseil émet le souhait d'une imposition "sans inexactitude, sans omissions et sans inégalité". Le tout après examen et "discussion préalable". A Sette, l'impôt doit-il être payé comme ailleurs ?

Hervé Le Blanche

Photo HLB

Le premier service anti incendie à Sète.

Avant 1789, Sète était un gros bourg de près de 9 000 habitants. Il s'est urbanisé peu à peu (pavage et nettoiement des rues). Mais lutter contre les incendies était difficile, faute de service spécifique anti incendie.Suite à de nombreux mécomptes, le corps de ville organisa la lutte anti feu par une délibération du 17 janvier 1784.

 Curieusement, parmi les raisons justifiant la mise en place d'un corps anti incendie, le consul de la Communauté n'évoque pas l'incendie qui ravagea la manufacture de tabac , en septembre 1779, dont nous aurons l'occasion de reparler. Le conseil de ville invoque "la triste expérience qu'on vient de faire lors du dernier incendie dans la nuit du 15 au 16 du mois à la maison du Sieur Cornu".

Et, d'après le secrétaire, "le matériel a manqué pour lutter contre les flammes". Plus grave, les volontaires, semble-t-il, ne se sont pas bousculés pour "calmer l'incendie". C'est scandaleux, note le secrétaire. L'incendie ne fut circonscrit et éteint que par l'intervention de la troupe en garnison à Sète et des équipages des bateaux stationnant dans le port.

Ainsi, il n'y avait ni personnel, ni matériel spécifique pour lutter contre les sinistres, fléau de l'Ancien Régime économique où l'on utilisait davantage de bois dans la construction. Il est bien spécifié que les officiers municipaux durent user d'autorité pour inciter à lutter contre l'incendie de la maison Cornu. Mais on peut douter de l'efficacité de tels "volontaires", au surplus dépourvus de moyens d'action.

 Les choses ont dû changer après janvier 1784. Désormais, il y aura un corps anti incendie pourvu de moyens. Les moyens ? La Communauté va emprunter auprès des habitants de la "ville" pour acheter 4 pompes munies de manches en cuir pour "faire parvenir l'eau du canal dans les quartiers les plus élevés de la ville". A cela s'ajouteront 300 paniers goudronnés, sans doute pour faire la chaîne à la sortie des pompes.

On se soucie d'étouffer le feu, sûrement avec de la terre puisqu'on fait l'achat de 60 pioches et 50 "pailes" (pelles) de fer. On achètera aussi 4 brouettes. On se soucie également de limiter les dégâts car on prévoit l'achat de scies et de haches, sans doute pour arrêter la progression des flammes. Le personnel de ce premier corps de "pompiers" sera composé de 4 "divisions" de maçons, charpentiers, plâtriers, couvreurs, dont les membres seront choisis par les officiers municipaux. Charpentiers, menuisiers et autres artisans se feront remplacer pour répondre à l'appel quand sonnera le tocsin. Ils devront être sur les lieux du sinistre un quart d'heure après. Leur retard ne pourra excéder deux heures, sous peine d'une forte amende.

 Les "pompiers" ne doivent obéir, pour éviter la confusion, qu'à leur chef de division. Ceux-ci prennent leurs ordres des Ingénieurs du roi ou d'un architecte qui, normalement, doit être présent sur place. Structure, hiérarchie, discipline ont certainement contribué à venir à bout du fléau des incendies.

Hervé Le Blanche

Le transport du vin par l'étang de Thau.

L'influence de Sète se faisait sentir, surtout au XIXè siècle, sur les petits ports de l'étang (en fait, la lagune) de Thau : Bouzigues, Mèze, Marseillan. Pour amener du vin à Sète, ou en exporter (ainsi que des alcools) par le canal du Midi vers Toulouse, des types spécifiques de bateaux furent utilisés. Ils remplirent leur office jusqu'à ce que, dans le cas de Marseillan, les camions citernes les supplantent.

 

Dans l'ouvrage Le Transport du vin sur le canal du Midi (éd. Causse, 1999, collection La Journée vinicole) sont distingués trois types de bateaux de transport. Etait utilisée même la "barque de mer", petite tartane à quille horizontale de 15 mètres de long pour 5 de large, tirée par une voilure latine classique. Pour naviguer sur l'étang et en partie sur le canal du Midi, on utilisait la "barque de patron" ou "barque de canal". Cette embarcation à fond plat, aux flancs presque rectilignes et aux extrémités très pleines, pouvait emporter 120 tonnes de fret.

Longue de 28 mètres pour 5,3 de largeur, elle supportait 1,60 m d'enfoncement. Le mât central était aisément abattable. Il portait une voilure latine en navigation sur les étangs, mais une voile carrée en guise d'auxiliaire pour le trajet sur le canal. Entièrement pontée, la barque de canal emportait en cale et en pontée des demi-muids de vin (soit 800kg) ou des cargaisons de blé, d'huile, de sel. Par ailleurs, une barque n'était ni "de mer", ni "de canal", c'était la "barque sétoise". Plus allongée que la barque de mer, la proue pourvue de guibre (soutènement en bois du beaupré), d'un gréement latin, elle transportait des demi-muids de vin depuis les petits ports de l'étang de Thau vers Sète.

 

A l'ouest du bassin de Thau, le port de Marseillan, nous rappelle-t-on, était actif dès le Moyen-Age. Il profita de la proximité de l'embouchure du canal du Midi dès 1689 quand fut mis en eau le tronçon Trèbes-Les Onglous, ce qui ouvrit la voie vers Toulouse. Et dès le XVIIIè furent établis des liens avec Sète où l'on allait livrer des variétés locales de vin, appréciées parfois par des négociants parisiens.

Mais c'est à la fin du XIXè siècle que le trafic sur l'étang connut son apogée. Les 3 barques de canal de l'armateur Germain Cousin assuraient la liaison avec Toulouse. Une dizaine de barques assurent le trafic avec Sète en 1894. Elles abordent au lieu dit "Tabarka", en face des chais des établissements Bulher qui font commerce de vin en gros. Or, malgré les travaux de dragage, l'envasement envahissait le port. Et le trafic se poursuivit à la baisse. Cependant, en 1920-21, 14 bateaux "d'assez fort tonnage" (?) assuraient le trafic vers Sète des vins et alcools. Les embarcations étaient celles de 3 armateurs : Emmanuel Henri (4 bateaux), Alexis Miramond (4 barques dont laMarseillaise, le Saint Pierre), Louis Boudou (6 barques dont le Saint Etienne, le Brûle l'Air, Les trois frères).

 

En 1960, le trafic touchait à sa fin : un seul bateau alimentait les établissements Noilly-Prat et Baïsse. Les camions l'avaient emporté. La route avait vaincu la voie d'eau.


Hervé Le Blanche

Cette en 1913 : la Belle Epoque ?

C'est la question que l'on peut se poser en feuilletant le Livret guide illustré édité par la Société pour la défense des intérêts de Cette à cette date. En effet, ce livret du syndicat d'initiative de l'époque évoque, à travers les publicités, le commerce, les industries, les loisirs de milieux aisés du port languedocien.

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Les membres du conseil de la "Société pour la défense des intérêts de Cette" sont onze. Deux seulement, E. Sottano imprimeur et Scemmama de Gialuli docteur, ne sont pas négociants. Certains ont fourni de la publicité au bulletin, comme François Olive spécialiste en apéritifs et même vins fins (Malaga, Madère, Marsala, Grenache, Banyuls, Porto, Xérès). Ainsi a procédé aussi Charles Barillon (5 quai d'Alger) qui s'adonne au même type de commerce. Et le secrétaire de la Société est César Souchon qui commerce "vins d'Algérie, d'Espagne, d'Italie." Au total, selon l'Histoire de Sète (Privat, 1988), 123 établissements font commerce du vin avant 1914.

On peut se demander si le commerce des "vins fins" est toujours florissant, compte tenu des tarifs douaniers. Mais, les sociétés cettoises fréquentent toujours les ports espagnols et italiens car elles vendent alors futailles, engrais et produits chimiques. Le président honoraire de la "Société pour la défense des intérêts de Cette" est M. Erasme Simonnot qui œuvre dans une activité induite par la viticulture, les "Produits et Engrais chimiques". La Compagnie Simonnot produit des soufres (nécessaires pour lutter contre l'oïdium) et du sulfate de cuivre (pour traiter d'autres parasites de la vigne). Et la Compagnie exporte des charbons de Carmeaux et de La Grand Combe.

 Deux autres établissements livrent des produits chimiques à l'agriculture : une annexe de la Société Saint Gobain et la Société Bordelaise de Produits chimiques. Mais il est une autre activité de Cette qu'induit le commerce du vin : la tonnellerie. Cette en est le centre le plus important au monde. Cela trouve un écho dans les publicités. Dans les établissements Rouane et fils, boulevard des Casernes, on fabrique et on loue des futailles. De même chez Ferdinand Petit qui achète le bois à Odessa, ou, 13 quai d'Alger, dans la société de Mme Veuve Bony. Le mouvement des affaires fait que, outre la Banque de France, cinq établissements bancaires sont installés en ville.

Et qui dit affaires dit négociations, rencontres et aussi loisirs.

Pour cela, il y a le Grand Café (7 quai de Bosc), le Café de la Plage avec vue sur la mer et d'où l'on peut faire des excursions en bateau. Et le Terminus Hôtel ! Il offre de "vraies chambres Touring-Club", des baignoires, une "véranda-estaminet", un salon de lecture et une bibliothèque. Et pour les Nemrods en puissance, l'"Arquebusier", J. Piasio (13 bis quai de Bosc), offre "munitions de chasse ou de tir" !

 

C'est là la face brillante de la ville-port. Ne figurent dans le tableau ni les ouvriers des industries chimiques, ni les portefaix et charretiers du port, ni les employés des salins. Où est le peuple de la tonnellerie ? Connaissaient-ils une "époque belle" ?

Hervé Le Blanche

Photographie HLB : "le dôme de l'immeuble de l'Hôtel Terminus."

Editions l'An Demain : "Jours de Cette" de François Mottier et Jean Brunelin

Ce 1er mai 2021 sortie du livre "Jours de Cette" de François Mottier et Jean Brunelin aux Editions l'An Demain...

Sous-titre : Les lettres de Baptistin Vulliez, Vaudois établi à Cette dans le négoce des vins (1893 - 1913)

160 pages
ISBN : 979-10-92610-60-4
Prix : 18 euros

Pour en savoir plus :https://www.landemain.fr/regionalisme/sete-bassin-de-thau/jours-de-cette

Le musée Paul-Valéry propose une série de 10 vidéos sur les joutes

Le musée Paul-Valéry propose une série de 10 vidéos sur les joutes : sur https://www.youtube.com/c/Mus%C3%A9ePaulVal%C3%A9ryS%C3%A8te34/

Les Joutes sétoises 01 - La création des joutes à Sète
Réalisation : Maïthé Vallès-Bled
Post production : Agence Réflexion[s] https://www.agence-reflexions.fr
Copyright : Musée Paul Valéry – Sète https://www.museepaulvalery-sete.fr

 

 

Les Joutes sétoises 02 - Historique de la Saint-Louis
Réalisation : Maïthé Vallès-Bled Post production : Agence Réflexion[s] https://www.agence-reflexions.fr Copyright : Musée Paul Valéry – Sète https://www.museepaulvalery-sete.fr

Cette, 1913 : le destin vinicole de la ville-port.

L'activité économique de Sète, avant la première guerre mondiale, dépend en grande partie du liquide célébré par Dionysos (Bacchus), le vin. Après 1892, le port en est devenu importateur et l'économie de la ville tourne surtout autour de cette activité. Activité qui met la ville en contact avec de lointains pays.

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Selon la brochure du syndicat d'initiative éditée en 1913, 19 pays sont représentés à Sète à cette date. Si nous ignorons quelles affaires pouvaient traiter les représentants de l'Uruguay et du Vénézuela, grâce à l'Histoire de Sète (Privat 1988) nous savons que Sète importait des nitrates du Chili, nécessaire à l'industrie chimique pour l'agriculture. Il est probable que l'on importait des céréales d'Argentine et l'on vendait vin, futailles et produits chimiques au Brésil. Argentine et Brésil sont desservis par la Société générale de Transport maritimes qui leur apporte du charbon anglais et français. Sète exporte les charbons de Carmaux, La Grand Combe, Decazeville.

On envoie aussi au Brésil du sel et probablement les vins liquoreux du Languedoc. Pour la liaison avec les pays d'Asie, il existait les paquebots de la "ligne du tour du monde" par la Compagnie des Chargeurs réunis, représentée à Sète par MM. W. Bazin et E. Laune. Elle desservait Colombo, Bangkok, Saïgon, Haïphong, Tourane. Et la compagnie marseillaise de navigation à vapeur, Fraissinet et Compagnie, desservait Marseille, Nice, la Corse, l'Italie, la Grèce, la Turquie, le Danube et la côte occidentale de l'Afrique.

 

Mais il est des sociétés plus discrètes qui assurent un trafic plus rémunérateur, celui du vin. J. Marmies, succeseur de J. Lavabre, importe toujours du muscat de Samos (malgré les tarifs douaniers de 1892), des vins d'Espagne (malgré le même motif) tels que Malaga, Xerès. Et des vins d'Algérie. Telles sont aussi les activités de la société de César Souchon et celle d'Axel Busk (Sète-Algérie, parallèlement à Sète-Baltique). Car les importations de vins d'Algérie ont pris leur essor depuis les années 1880 et la crise du phylloxera. Elles sont passées, de 65 000 hl en moyenne de 1873 à 1888, à 649 000 hl en moyenne de 1899 à 1914. Grâce à un tarif préférentiel de la Compagnie de chemin de fer du PLM, le vin est revendu en France, en particulier dans la région parisienne. En effet, tandis que le phylloxera détruisait le vignoble, la demande se maintenait. Et le négoce sétois s'est tourné vers l'Algérie, surtout après la mise en place de tarifs douaniers limitant le trafic avec l'Espagne et l'Italie. Les relations se poursuivent avec ces deux pays où, à part du vin, on va chercher du minerai de fer (essai de sidérurgie de Thau par la société Schneider). Plusieurs agences commerciales continuent le commerce du vin, dont celle de Pedro Pi Suñer, 6 quai de Bosc, qui importe Madère, Malaga, muscats.

 

Ainsi, après une reconversion due à l'application de tarifs douaniers protectionnistes, le vin en 1913 contribue à la fortune de Cette. Par son commerce et les activités qu'il peut engendrer qui font de la ville-port une place économique active.

 

Hervé Le Blanche

Aux origines de la Société nautique de Sète.

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La Société nautique de Sète est un yacht-club plus que centenaire. Elle vit le jour au milieu du XIXè siècle quand, suivant les voies ouvertes outre-Manche, la société regarda différemment les étendues marines et lorsque se développèrent de nouvelles formes de loisirs. Et "Cette" participa largement de ce mouvement.

 

Au Royaume-Uni, c'est au XVIIIè siècle que la mer cesse d'être un espace répulsif, effrayant par ses abysses et les catastrophes qu'il déchaîne. Les classes de loisir (aristocratie, bourgeoisie), après avoir investi les stations thermales, découvrent les plaisirs maritimes. Cette découverte des littoraux a lieu un peu plus tard en France, dans les années 1850-1870. Puis, Manet peindra "la terrasse du Havre" dominant la Manche et parfois des "femmes sur la plage". Et s'il peignit l'aube sur le port de pêche de Boulogne, c'est aussi parce que cette ville était une station balnéaire où il séjournait régulièrement. "Cette" n'était peut-être pas trop anglomane, mais la ville était en accord avec l'air du temps. La Société nautique fut la 7è créée en France, mais elle fut la seconde en Méditerranée et elle participa à la création du Yacht Club de France. C'est une décision du préfet de l'Hérault, en date du 3 juin 1862, qui entérina la constitution de la Société des régates de Cette par une publication au Journal officiel. Sont dévoilés au public les statuts et la liste des activités de cette société. Les buts officiels de la société paraissent ambitieux.

 

On n'avoue pas que le but de la Société est de se livrer à un plaisir sain et sportif, s'adonner à la pratique de la voile. Certes, dans les statuts, il est bien noté qu'un des buts est "d'encourager le goût des exercices nautiques", mais il est aussi question de favoriser "les progrès dans la construction des embarcations", voire "étudier par des explications pratiques les problèmes relatifs à la navigation" (!). Il est vrai que plus d'un siècle plus tard, c'est ce que réalisera Eric Tabarly. A Cette, en 1863,c'est bien ceux qui ont les moyens d'avoir des loisirs qui dominent à la Société. Sur 147 membres, 51 sont négociants : ainsi des deux Comolet, E. Gaffinel, P. et J. Bourgues, G. Caffarel, Chevalier, Torquebiau, Bergeyron. Parmi ces négociants, Allemands et Danois établis à Sète (Francke, Jansen). Se remarquent aussi cinq banquiers, six courtiers, un avocat, un architecte. Deux inscrits seulement sont issus du monde maritime : M. Simon, commandant de l'Ecole navale et M. Albert, capitaine du port. Un petit groupe de sociétaires est de rang plus modeste. Ils sont 15 au total, du constructeur de navire Olive au fils de tapissier, en passant par un employé au chemin de fer.

 

Gageons que tous se sont retrouvés pour les premières régates, le 24 août (jour de la Saint Louis) 1864. Se distinguèrent "Caroline" de l'armateur Senes, "Anna" de M. Chanoine (constructeur de navire), "Issanka" de M. Gautier, le président de la Société. La manifestation en fut pas reconduite en 1865. S'était-on réservé pour 1866, marquant le centenaire de "Cette" ?

 

Hervé Le Blanche

Photo HLB

Les régates du bicentenaire.

Depuis 1864, la pratique de la course à la voile était associée à la vie locale et les régates avaient leur place dans les grandes festivités lors de la Saint Louis. Chaque année, à de rares exceptions près, les compétitions étaient présentes parmi les nombreuses animations présentées lors des trois jours de fête. Ce fut le cas lors des fêtes du bicentenaire de la ville, en 1866.

 

Elles furent célébrées en présence de foules nombreuses. Le journal Le Messager du Midi affirme que 12 000 personnes étaient venues de l'extérieur par le chemin de fer (la ville comptait près de 25 000 habitants). Dans la rade, était présente une division de l'escadre de Méditerranée. Tous les navires étaient pavoisés. Hautbois et musique du 17ème de ligne égayaient la foule. Le 26 août, la ville s'éveilla au son des cloches et des salves d'artillerie. Avant les réjouissances profanes, les autorités, les corps constitués et les consuls des puissances étrangères assistèrent à la messe à l'église Saint Louis.

Et puis, commencèrent les jeux : la course au capelet et les joutes. Le vainqueur fut félicité par le sénateur Chevalier, ainsi que par M. le préfet en personne. Le lendemain, sous un ciel maussade, un cortège historique partit de la rue des Casernes vers l'Esplanade où s'élevait une colonne commémorative. Ce fut alors le temps de l'éloquence. M. le maire de Cette prononça un discours évoquant la fondation du port, Louis XIV, Saint Louis, Colbert et...Napoléon III. Un conseiller municipal, M. Eugène Vivares et le docteur Roux déclamèrent des poèmes à la gloire de la cité. Il était même question, pour ce médecin lettré, "d'envahir l'espace illimité" !

 

Le soir, le temps s'étant gâté, il fallut reporter la fête vénitienne (parade, sur le canal, de nacelles ornées de lanternes) et le feu d'artifice. Les régates furent remises au dimanche suivant. C'est le 2 septembre, à deux heures, que le canon de l'aviso Le Passe-partout annonça le début de la course. Une aussière était tendue de "la pointe Richelieu" (où est aujourd'hui le pilotage) à une gabarre située à la moitié du môle. Au signal, on abaissait le câble et les embarcations hissaient leurs voiles. Les 17 bateaux-boeufs engagés manœuvrèrent avec une certaine confusion. Les mourres de porc et les catalanes s'élancèrent avec ensemble vers le nord-est pour doubler les bouées au large.

Après une heure et demi de course, les régates étaient finies. Le Messager du Midi ne nous indique pas ceux qui s'y étaient distingués. Le même journal, dévoué à l'Empire, s'inquiétera d'une rumeur visant à célébrer la proclamation de la République, le 4 septembre 1870, par des jeux nautiques en remplacement des fêtes de la Saint Louis. Il rend compte du concours d'orphéon, de la fête vénitienne, mais ne signale pas de régates de 1871 à 1873.

 

C'est en 1874 qu'elles reprennent, marquées par un naufrage et le brouillard. La société nautique poursuivra néanmoins son activité, interrompue par la Grande Guerre. Après le premier conflit mondial, les yachtmen seront au rendez-vous.

Hervé Le Blanche