Vigne

La viticulture au coeur des récentes découvertes archéologiques

Tête de silène en bronze, Ier s. de notre ère, Lattes

Fosses de plantation de vigne du Haut-Empire, Lattes

 

Fosses d'implantation d'un pressoir du haut-Empire, Lattes

 

Vue d'ensemble des cuves d'un chai, Ier-IIe s. de notre ère, Mudaison

 

Grain de raisin, IIe s. de notre ère, Lattes

 

 

 

Les fouilles archéologiques préventives occasionnées par les grands chantiers de travaux entre Nîmes et Montpellier (dédoublement de l’autoroute A9 et contournement ferroviaire des deux villes) ont une fois de plus mis à jour des vestiges viticoles, parfois sur de longues durées . Vignobles, établissements ruraux, et leurs chais, terroirs surgissent de terre à Lattes, Mudaison ou Aimargues, dans cette province Narbonnaise berceau de la viticulture française.

Des parcelles du Haut-Empire (Ier et IIe siècles de notre ère) sont repérées sur cinq sites différents à Lattes, près d’axes routiers secondaires. Elle se signalent par une série de fosses organisées en rangées, qui accueillent un cep de vigne à chaque extrémité du creusement. Le provignage (marcottage)[1] destiné au renouvellement des plants est attesté par des creusements perpendiculaires. Les seules traces livrées par le petit établissement rural de Fromigue, sur près de 600 m2, ont trait à une activité viticole entre le Ier s. et le IIIe s. de notre ère. Elles reconstituent sous nos yeux un chai (présence de 10 fosses à dolia), un bassin de réception du jus de presse, un pressoir, matérialisé par deux fosses. Quelques amphores contiennent encore de l’enduit de poix, utilisé pour conserver le vin. Une tête de Silène en bronze, sur l’extrémité d’un manche de patère, objet rare et remarquable, démontre un « commerce d’objets luxueux entre la province de Narbonnaise et la Campanie » et l’adoption de modes de vin romains en lien avec une culture du vin : Silène était le père adoptif de Dionysos, dieu grec du vin, devenu Bacchus à Rome.

Plus étrange, et plus ancien, le site de Saint-Pierre, daté des Ve et IV s. avant notre ère dévoile une vigne associée à un « jardin funéraire », sans doute de personnes d’un statut social élevé. Le site viticole perdure jusqu’au IIIe s. de notre ère.
Aux Aubettes, à Mudaison, une exploitation viticole gallo-romaine entourée de ses vignes nous raconte son histoire depuis le tout début de notre ère jusqu’au Ve siècle. Les archéologues décrivent deux chais, construits l’un près de l’autre, dans un remarquable état de conservation. « Chacun contenait une batterie de dolia (matérialisées par des fosses d’installation au sol). De puissants massifs de mécanique de pressoirs sont implantés à proximité, ainsi que des cuves qui servaient à recueillir les jus pressés. » On imagine une cour autour de laquelle prenaient place les chais et les pressoirs, l’ensemble devant couvrir une superficie d’environ 3 500 m². La proximité d’un habitat des vignerons, peut-être à l’étage au-dessus des chais, est  envisagée.

L’archéologie s’intéresse, à l’occasion de ces vastes chantiers, à la notion de terroir et à sa valorisation à différentes époques. Le site de Missignac, près d’Aimargues, connu depuis 1995, nourrit ces recherches. Le terroir est occupé dès l’Age de fer. Puis une villa, hors du cadre des fouilles présentes, s’installe au Ier s. de notre ère. Vignes, enclos pour le bétail et champs cultivés bordent le domaine. Son maintien, entre le Ve et le XIIIe siècle, témoigne de la transformation de la villa en village, renouvelant les connaissances sur l’habitat rural dans le Languedoc oriental.
Les vestiges recomposent le puzzle de ce vignoble, le plus grand d’un seul tenant au monde créé par les Romains. Trois lieux, trois illustrations de la richesse des sites fouillés pour l’avancée de nos connaissances sur la vigne et le vin, contemplent désormais notre vie moderne et ses ouvrages.

Florence Monferran

Voir également l'article général "Quand grands travaux riment avec archéologie" en rubrique patrimoine
Photos: INRAP


[1] Marcottage : Technique de reproduction de la vigne consistant à enterrer un sarment qui prend racine et reproduit un plant ayant les mêmes caractéristiques que le pied de vigne auquel il est rattaché (dictionnaire du vin)

Coup d'envoi des Estivales au Mas de Saporta

A la fin du Printemps, les domaines viticoles s’animent, ajoutant à l’agitation liée au travail en vigne et en cave l’effervescence des beaux jours et des douces soirées à la rencontre des consommateurs. Journées Portes ouvertes, balades vigneronnes se succèdent. Les propositions se multiplient à travers tous les terroirs, rassemblant autour du vin de la musique, des arts, des patrimoines naturels ou historiques. L’été, quant à lui, sera officiellement lancé, avec quelques jours d’avance sur le calendrier, le jeudi 16 juin au Mas de Saporta, où les AOC Languedoc donnent le coup d’envoi des Estivales, en présence de soixante vignerons, représentant les 36 appellations régionales. Au menu : dégustation de vins en AOC, avec près de 150 cuvées à découvrir, accompagnée d’assiettes de produits régionaux, barbecue géant au son d’une fanfare et concert. Pour les plus studieux, une master class est même proposée avec l’École des Vins du Languedoc.
La recette des Estivales de Saporta a fait ses preuves, qualitatives, conviviales avec ses tables communes, festives avec ses animations variées. Devenues un rendez-vous traditionnel, au cœur du berceau des AOC à Saporta, elles se déclinent désormais à travers le Languedoc.

Toutes les Estivales des AOC
Du 20 juin au 5 septembre : Mas de Saporta
Du 23 juin au 1er septembre : Pézenas
Du 26 juin au 28 août : Sommières
Du 7 juillet au 25 août : Montpellier
Du 7 juillet au 18 août : Narbonne
Nouvelle venue : du 5 juillet au 30 août : Villeneuve-lès-Maguelone

Vendredi 16 juin, de 18h à minuit
Tarif adulte : 1 verre sérigraphie et deux dégustations : 5 €, sans verre et sans dégustation : 2 €
Enfants - 12 ans accompagné d’un adulte : gratuit
Accès à l’ensemble des espaces du festival pour la soirée

Réserver en ligne :
https://reservations.languedoc-aoc.com/la-nuit-des-estivales

En pratique :
Maison des Vins du Languedoc
Mas de Saporta – 34973 Lattes cedex
A9, Sortie 30 Montpellier-Sud direction Palavas, sortie Mas de Saporta.
Tramway ligne 4, arrêt Station Garcia Lorca.
Bus N° 11, arrêt Saporta puis passerelle au-dessus A9.

Contact:
04 67 06 04 44/42
06 74 98 05 56
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Pique-Nique et vocalise à la Croix Gratiot

Incontournable pour les clients fidèles, le lundi de pentecôte est un des deux grands rendez-vous annuels au domaine la Croix Gratiot (le prochain aura lieu le 7 juillet). Cette année c’est dans une ambiance polyphonique et conviviale que les portes ouvertes se sont déroulées. Musique et gastronomie se sont conjuguées une fois encore, pour une recette qui rime avec succès. Pique-nique et bonne humeur !

A partir de 10h30, lundi 5 juin, de nombreux clients, amateurs des arts et de la gastronomie sont venus « pentecôter » aux portes ouvertes de la Croix Gratiot. Une dégustation mets et vins, organisée dans le caveau, a mis à l’honneur la nouvelle édition limitée de la gamme gourmande et son joli packaging. Les vignerons indépendants Anaïs et Yves Ricôme ont ouvert leur porte et offert aux visiteurs une journée conviviale, autour des thèmes de la découverte et du partage. A midi chacun s’est installé sur les tables mises à la disposition de tous et a partagé son panier – repas.

Festival de voix dans le chai

Dès le matin, l’ensemble Choral « Bella Ciao » de Montagnac a mis le tempo. Déambulant parmi les deux expositions du caveau : Florence Renerre pour ses photographies et Gislaine Marro pour ses sculptures, les choristes décontractés et joyeux ont présenté un programme contemporain dont la mise en scène a plu aux spectateurs. Une dégustation a cappella !

Après le pique-nique, un concert d’un duo de formations chorales a eu lieu dans le chai. « Bella Ciao – ensemble Choral » et « La Chorale à Ma sœur », dirigées respectivement par François-Paul Monnet et Audrey François, deux groupes de choristes locaux ont envahi l’espace dédié au vin. Les deux chœurs ont alternés dans un rythme électrique et se sont répondus, pour le plaisir, par voix interposées. Un festival de voix qui, crescendo, a rempli et profité de l’acoustique de ce chai viticole. Musique et vin… une belle alliance pour savourer idéalement ce lundi de Pentecôte.

La Chorale à Ma Sœur : www.lcams.fr

Bella Ciao – Ensemble Choral : Ville de Montagnac

Deux expositions sont à l’honneur en ce moment dans le caveau : celle de Gislaine Marro (www.gmarro.com) sculptrice : ses personnages en cuivre et en laiton laissent à chacun la voie libre à son propre imaginaire et celle de Florence Renerre qui a décoré les murs du caveau de nuages de photographies représentant des histoires en images, celles d’un an passé à la Croix Gratiot. La Librairie Le haut quartier installée à Pézenas a participé également à l’événement. En partenariat avec la Croix Gratiot pour deux cartons achetés un livre offert ! De la bonne humeur, de la gastronomie et du plaisir partagés !

Art et vin, une première édition aux Clos de Miège

Entre le massif de La Gardiole et les étangs de Mireval, le 21 Mai, sous un soleil généreux, de nombreux visiteurs ont répondu à l’appel de Mai de l’art dans ton vin, manifestation dédiée à une culture du vin joyeuse et active, qui a connu une belle affluence tout au long de la journée.

Le parcours artistique a animé les vignes, y insufflant poésie et élan créatif, surprenant les visiteurs dès leur arrivée, interpellant leur curiosité, leur amour de la nature ou d’arts minutieux.

Dans la continuité des grandes installations telles que les créations volatiles de Magali Sablier, les Présences de Joël Bast et les peintures de Georges d'Acunto et d'Evy Grandrie, une seconde partie, plus intimiste, a rassemblé sculptures en grès chamotté de Brigitte Boursereau, dessins de Florence H, collages de Florence Rieu autour de bouteilles et autres contenants du vin, ainsi qu’une création d’Isabelle Piron sur la cuvée L’Originel des Clos de Miège.

Le « vernissage » à ciel ouvert a pris soin de bathintroniser le Claude de Miège, personnage qui « taille la vigne, travaille dur » et vient épauler au moment de la taille, selon son créateur, Joël Bast.


Le Claude de Miège créé par Joël Bast et presque vivant

Des échanges autour des nectars gouleyants

Le dialogue ainsi établi entre arts et vins, les dégustations de breuvages biologiques régionaux se sont succédé, suscitant affluence et intérêt pour des pratiques saines. Questions et éclairages sur les conduites à la vigne et en cave ont balayé le spectre des différents choix des vignerons, et de caves coopératives, de la certification en vins biologiques jusqu’aux méthodes alternatives en biodynamie, très poussées dans leur exigence avec les méthodes sans soufre ajouté, vegan ou Bee friendly, amical avec les abeilles. L’accord avec les mets bio du food truck d'Elsa venue de Mèze, présent malgré un accident peu avant son arrivée, a sublimé vins blancs, rosés et rouges proposés, illustrant par l’exemple toutes les saveurs et les arômes révélés par des conduites en mode biologique.
La cuvée Prima Ora des Clos de Miège récemment médaillée s’est mariée dans de belles harmonies avec des desserts qui ont rallié tous les suffrages. Une note d’émotion pour Florence Monferran, notre hôtesse, que de voir ses vins dégustés tout à côté des grappes à peine formées, promesse d’une nouvelle récolte du précieux nectar.

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Les grailhes de Thau dans les vignes des Clos de Miège
Des lectures d’écrits prestigieux sur les vins et témoignages sur les muscats de lieux, une balade dans le patrimoine en fin de journée, à l’ombre des pins du Moulinas, ont complété connaissance et savoirs autour des vins, dans une même ambiance joyeuse et conviviale. Les musiciens Jean Alingrin et Jean-Louis ont complété ce pan patrimonial par un répertoire joué et chanté, repris par les convives au cours du repas, par les artistes et visiteurs dans les vignes où ils promenaient hautbois et tambour.

Une édition 2018 annoncée

S’il avait été décidé avant la manifestation que ce galop d’essai serait reconduit, le vif succès qu’elle a rencontré, l’intérêt pour son originalité, permettent d’ores et déjà d’annoncer une édition étoffée en 2018 selon le même précepte de mixer différentes cultures et connaissances autour de vins sains en pleine nature. La vigne du Four, quant à elle, a retrouvé sa paisible solitude, troublée seulement des soins apportés à la végétation en prévention des maladies. Mais elle conserve l’empreinte de cette formidable journée qui l’a faite vivre et vibrer.

Les Collections, ambassadeurs des Pays d’Oc IGP, célébrées à Verchant

Pays d’Oc IGP et Terre de Vins présentaient, le 18 avril, les Collections 2016, ces domaines sélectionnés par un jury de dégustateurs, chargés de porter la notoriété des vins de pays d’Oc à travers le monde. C’est le Domaine de Verchant, à Castelnau-le-Lez, ancien manoir du XVIe siècle transformé en hôtel de luxe, qui accueillait la cérémonie de remise des prix, comme un écrin au cœur des vignes.
21 domaines, élus pour leurs cuvées haut de gamme en rouge et en blanc, se sont vus récompensés cette année. Véritables ambassadeurs, présents dans tous les salons et manifestations organisées par les Pays d’Oc IGP, ils mettent en avant la qualité des vins régionaux, comme la plus belle des cartes de visite. « Cette qualité a permis de partir d’abord à la conquête du monde, puis du marché français »rappelle le président de l’interprofession, Olivier Simonou.
La proposition de distinguer des cuvées, née il y a dix ans de l’impératif de travailler sur la notoriété de ces vins, de cette qualité, a germé dans l’esprit de Florence Barthes, directrice générale des Pays d’Oc IGP. Le nom de Collection célèbre, pour elle, « la beauté et l’élégance de vins qui nous communiquent une émotion ». Une émotion partagée à l’international, et jusque dans le choix des dégustateurs, français et du monde entier, notamment asiatiques et nord-américains. Leur dixième anniversaire fournit l’occasion au président des Pays d’Oc IGP, Jacques Gravegeal, de distinguer parmi les lauréats ceux qui ont été régulièrement récompensés. Ainsi, le Domaine du Grand Chemin (7 fois), le Domaine d’Aigues-Belles (8 fois), le Domaine Gayda et les Domaines Pau Mas (9 fois) se voient-ils remettre un trophée spécial en un instant à la fois solennel et amical.
Partageant cet élan enthousiaste vers les vins de pays, Sylvie Tonnaire, rédactrice en chef de Terre de Vins, conclut :« Vos vins sont magnifiques. Ils permettent au plus grand nombre d’aborder le monde du vin. Tous les départements sont représentés. Toute une région est engagée dans la voie de l’excellence. »

Florence Monferran

 

Les Collections 2016

Blanc

  • Collines du Bourdic, « Le Prestige », Chardonnay 2015
  • Domaine Gayda, « Figure libre », Chenin blanc 2014
  • Domaine La Provenquière, « P sémillon Vermentino » 2015
  • Les Costières de Pomerols, « Beauvignac Chardonnay » 2015
  • Les Hauts de Janeil, Grenache-Viognier 2015
  • Domaine Mas de Madame, Muscat sec 2015
  • Mas La Chevalière, « Vignoble Peyroli », Chardonnay 2013
 

Rouge

  • Domaine Aigues-Belles, « Cuvée Nicole » 2013
  • Alma Cersius, « Terra Patres » 2012
  • Calmel et Joseph, « Villa blanche Marselan » 2014
  • Domaine Condamine Bertrand, « Elixir » 2014
  • Domaine de Brau, « Pure Pinot noir » 2015
  • Domaine de la Baune, « Syrah La Jeunesse » 2015
  • Valensac, « Entre nous selon Valensac » Petit verdot 2014
  • Domaine du Grand Chemin, « JMF » cinsault, pinot noir, 2014
  • Domaine du Grand Chemin, « Clos Rogé » 2013
  • Domaine Picaro’s, « Amano », syrah-grenache 2013
  • Domaine Gayda, « chemin de Moscou » 2013
  • Les Vignobles Foncalieu, « Le versant Syrah » 2015
  • Mas de Salagou, « Cinérite » 2013

Coups de cœur pour le Chardonnay des Costières de Pomerols, en blanc, frais et complexe, au nez de fleurs blanches, à la bouche riche et ample. En rouge, la syrah-grenache-cabernet sauvignon du Domaine Condamine Bertrand séduit par sa robe profonde aux reflets violets, son nez fin de fruits rouges et réglisse, son élégance et sa douceur en bouche.
Le palmarès des Pays d’Oc IGP a mis en valeur quelques cuvées en monocépages, sa marque de fabrique. Le Mas de Madame a été récompensé pour son muscat à petits grains sec, aux arômes de fleurs blanches. Des cépages inaccoutumés s’installent dans le paysage languedocien, tels le chenin blanc, le bourguignon Pinot noir et le petit Verdot, venu de Bordeaux, ou le Marselan, créé par l’INRA à Marseillan.
A noter encore, la belle vitalité viticole de Montagnac, présente par l’entremise des Domaines Paul Mas, mais aussi du Domaine Saint-Hilaire et du Mas de Novi, distingués cinq fois en dix ans.

Florence Monferran

Le plus grand vignoble du monde, un futur à inventer

 Photo: CIVL

Dans une actualité pesante, entre gelée noire sur les vignobles et désespérance de jeunes viticulteurs, et entre deux tours d’élection présidentielle, la question de l'avenir de notre vignoble, le plus grand au monde, prend une acuité particulière. Sous la présidence de Marie-France Marchand-Baylet, le groupe de presse La Dépêche, l’a posée au cours des 4e Rencontres d’Occitanie, réunissant tant acteurs économiques qu’administratifs à Montpellier. Gérard Bertrand, président de la société des vins éponyme, et Florence Cathiard, présidente du Conseil Supérieur de l’Oenotourisme ont lancé le débat, entraînant les vins de la région à la conquête du monde et de l’oenotourisme, deux versants à explorer, à déployer pour la filière vin.

Gérard Bertrand propose de « porter sur les fonds baptismaux une nouvelle vision de la vigne », grâce à « un nouveau paradigme », qui passe du savoir-faire,  « la qualité n’est plus une option, il faut viser l’excellence », au faire-savoir, une communication à l’échelle mondiale. Il convoque l’imagination, identifie les impératifs, mobilise des points forts. Au premier chef, deux piliers porteurs d’avenir : la naturalité, « Notre ADN, c’est le bio, la biodiversité, les rivages méditerranéens, l’histoire, qui nous donnent une dimension œnotouristique formidable », et la premiumisation, une montée en gamme basée sur la segmentation et la hiérarchisation des vins. Une pyramide fournit sa vision à dix ans d’une nouvelle organisation de la filière. Ancrés dans la diversité des terroirs et des cépages,  confortés par des IGP de zone liées au patrimoine (IGP du Pont du Gard, Cité de Carcassonne) nourris par un potentiel de production  et de qualité en rosé, les axes de développement s’enrichissent d’une exigence sur l’accueil et le service auprès des touristes, attirés par les valeurs de bien d’être, d’art de vivre méditerranéen. Sur ces bases, une communication puissante autour des vins pourra conquérir l’international, à l’instar de la voie qu’il a tracée avec sa société, présente dans 160 pays, avec 100% de vins issus de la région. Le faire-savoir passe, selon Gérard Bertrand, par la marque Sud de France, « connue et géographiquement localisable mondialement », et des moyens financiers à hauteur de 25 millions d’euros. A nouvelle construction, nouvelle gouvernance. Le négociant appelle tous les présidents des interprofessions à se rassembler pour former un bras armé afin de propulser la région sur la scène internationale. Fédérer Toulouse et Montpellier, fédérer les salons importants que sont Vinisud et Millésime Bio, s’appuyer sur la gastronomie du Sud-Ouest, tout fait lien.

Florence Cathiard, propriétaire du Château Smith Haut Lafitte, grand cru classé bordelais, exprime les potentialités de l’oenotourisme, « réelle piste d’avenir » qu’elle a exploré avec le concept de vinothérapie. 10 millions d’oenotouristes en France en 2016, dont 42 % d’étrangers, une progression constante, un poids économique (5,2 milliards d’€ dépensés en 2016) font monter la filière en puissance. L’oenotourisme qui en est à ses balbutiements dans la région,  peut générer des bénéfices supplémentaires, quel que soit la taille de la structure ». La chef d’entreprise pointe atouts et travers de la région avec la même franchise : « Le soleil, les vents forts qui sèchent les maladies et se font les alliés du bio, (…) partage, authenticité, grands chefs en cuisine, beauté de vos paysages, vous avez tout, il faut juste foncer ! », être plus solidaires, pour être plus attractifs, pousser plus les marques fortes dans une promotion offensive. Elle recommande de travailler sur l’image, entretenir le lien avec ses visiteurs sur les réseaux sociaux. Elle repère dans l’existence du plus grand vignoble BIO du monde un atout différentiel pour la région. Pour finir, Florence Cathiard lance quelques pistes, comme organiser une Union des grands crus, prendre une capitale du vin, Montpellier ou Carcassonne …
En réponse à ces interventions, le Crédit Agricole se pose en candidat pour intervenir et booster la montée en gamme. La Région peut fédérer autour d’un projet qui sera présenté à l’exécutif le plus tôt possible, à condition de présenter un visage uni. Les questions pointent freins et menaces qui pèsent sur cet élan économique fédérateur. « Pourquoi est-ce si difficile de se rassembler dans cette région ?» observe un acheteur anglais. Une montée en gamme est-elle possible dans l’état de pauvreté de l’Occitanie, vice-championne de France du taux de chômage et de pauvreté, décrit par un conseiller économique de la région ? A la menace d’une crise viticole imminente,  Jacques Gravegeal, président des IGP d’Oc estime que « un nouveau coup serait fatal », tandis que Gérard  Bertrand y voit « une crise de puberté » d’un mouvement enclenché il y a dix-quinze ans, inexorable, même s’il connaît des hauts et des bas. « La planète est devenue notre jardin. Il faut rester enthousiastes »
Les 4e Rencontres d’Occitanie ont montré par l’exemple, à travers la réussite brillante de deux pionniers, qu’une voie existe, ouverte à l’international. Ces mots porteurs d’espoir, qui insufflent innovation et dynamisme, réchaufferont-ils le cœur des vignerons gelés dans toute la région ? Eclaireront-ils les temps brumeux et les ciels chargés de nuage pour partir à la conquête du monde avant qu’il ne nous conquière ? Marie-France Marchand-Baylet donne rendez-vous à tous dans un an pour y répondre.

Florence Monferran

Dégâts causés par le gel dans les cultures d’Occitanie

Carole Delga saisit Bernard Cazeneuve

Dans un courrier adressé aujourd'hui à Bernard Cazeneuve, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée, a alerté le Premier ministre sur les dégâts importants causés par la vague de froid dans les vignes et les vergers de la région ces derniers jours.

« Les premières informations dont nous disposons font apparaitre que plus de 50 000 hectares ont été touchés à des degrés divers. Ponctuellement, les récoltes à venir sont entièrement détruites. Certains opérateurs coopératifs se trouvent aujourd'hui confrontés à des prévisions de récoltes sur leur bassin de collecte inférieure de 80% à une année normale. C'est particulièrement le cas dans l'Hérault, dans l'Aude, dans le Tarn et dans le Lot en viticulture et dans les Pyrénées-Orientales à la fois en viticulture et en arboriculture » écrit notamment la présidente de Région.

Face à cette situation, Carole Delga redoute que l'ensemble des filières concernées soient fortement déstabilisées : « la viticulture, déjà confrontée à des problèmes de marchés, se trouve à nouveau pénalisée par ces accidents climatiques. Les producteurs mais aussi les caves coopératives seront, dans certains cas, contraints de mettre en œuvre des mesures d'activité partielle voire de suspension d'activité. Il en va de même pour certains opérateurs de la filière fruits et légumes ».

Elle propose donc au Premier ministre que les services de l'Etat puissent procéder, conjointement avec les partenaires locaux et les collectivités territoriales à un diagnostic précis à l'échelle régionale de la situation afin d'évaluer l'impact de cet accident climatique. Cette évaluation permettrait alors de mettre en œuvre les dispositifs et mesures adaptées à la situation dans un cadre partenarial.

Rappelant enfin que le gel est un risque assurable, au même titre que la grêle, et que trop peu d'agriculteurs souscrivent à ces garanties d'assurances du fait du coût élevé des cotisations, Carole Delga demande à ce qu'une réflexion collective soit lancée avec les professionnels. L'objectif étant d'étudier « les mesures qui permettraient de développer la couverture assurancielle des risques climatiques et ce afin de garantir une protection à long terme des filières mais aussi d'assurer une protection adaptée face aux risques accrus du fait de l'évolution climatique ».
Retrouvez l'intégralité du courrier en suivant le lien.

Le gel emporte les espoirs de récolte dans les vignes héraultaises


Photo: Vigne gelée à Poussan (JM Philippon)

« En avril, ne te découvre pas d’un fil » avertit le proverbe. La vigne, en avance dans sa maturation après de fortes chaleurs, n’avait rien pour se prémunir de la gelée noire qu’ont connue Minervois et Corbières, dans l’Aude, et tout le département de l’Hérault. Les feuilles, comme brûlées, n’ont pas résisté aux températures négatives qui se sont brusquement abattues les 20 et 21 avril. Certaines parcelles, détruites à 100 %, ne donneront pas de récolte cette année. Sur les réseaux sociaux, tels les feux que les anciens allumaient pour se signaler  les uns aux autres, tombait d’heure en heure la triste litanie des vignerons et des villages frappés.  Les Chambres d’Agriculture, les syndicats établissent les premiers bilans. Le chiffre de 20 000 ha impactés est avancé. Les Vignerons Indépendants ont identifié une cinquantaine de communes.[1] Les secteurs du Biterrois, de Montagnac, l’appellation Picpoul de Pinet, figurent parmi les plus atteints.
Prenant la mesure de la calamité, une délégation officielle, en présence du Préfet, du Président du Conseil Départemental, de la Chambre d’agriculture, des Organisations Agricoles se déplacera sur le terrain dès le 24 avril. La vigne est sortie depuis 2011 du régime des calamités agricoles pour les pertes de récolte. C’est aux assurances de chacun, lorsqu’elles ont été contractées, de jouer.
La nature rappelle sa dure loi, anéantissant au petit matin une année de travail. Depuis la grêle s’abattant sur le Pic Saint Loup à la veille des vendanges 2016, les épisodes climatiques viennent en série éprouver un Languedoc en pleine interrogation économique.

Florence Monferran

[1] Assignan, Agel, Aigues Vives, Aigne, La Caunette, Olonzac, La Livinière, Cesseras, Quarante, St Chinian, Pierrerue, Causses et Veyran, Murviel les Béziers, Cazouls les Béziers, Capestang, Maureilhan, Montady, Colombiers, Poilhes, Nissan lez Ensérune, Lespignan, Hérépian, Bédarieux, Villemagne, Alignan du vent, Roujan, Caux, Lézignan la Cèbe, Cazouls d’Hérault, Pézenas, Nézignan l’Evêque, Castelnau de Guers, Montagnac, Pinet, Pomérols, Florensac, Mèze, Marseillan, Villeveyrac, Balaruc, Gigean, Poussan, Cournonsec, St Pargoire, Le Pouget, Vendémian, St Bauzille de la Sylve, Popian, Gignac, La Boissière, Aniane, St Jean de Fos, Mas de Londres, St Martin de Londres, Notre Dame de Londres 

Avec le printemps, pousse une culture du vin


Photo: AOC Languedoc Grés de Montpellier

Travaux à la vigne, où la nature affiche sa vigueur verdoyante, mises en bouteille, ouverture des caveaux de vente, le calendrier vigneron s’accélère. Le Languedoc, les beaux jours venus, fleurit d’initiatives. Les portes ouvertes dans les domaines succèdent aux salons, le vin s’associe à l’art au Musée Fabre, à la musique. Les vignes, à la végétation grandissante, tendent leurs ceps en une invitation à la balade. A pied, en vélo, en mode sportif ou vignes buissonnières, qu’importe la formule pour rendre le moment unique. Soirées-guinguettes, Bacchanales, les manifestations rivalisent d’imagination, surfant sur la vague touristique en littoral, trailant en Pic Saint-Loup, ou célébrant la nature dans les hauts cantons.  En attendant festivals et estivales qui rythmeront la pleine saison, retrouvez ces propositions pour découvrir des vins de qualité et des vignerons dans leurs terroirs, dans les Carnets qui leur sont dédiés. D'ores et déjà, quelques événements notables:

  

Le 21 avril: lancement de l’édition limitée des dix ans de la gamme gourmande au Domaine de la Croix-Gatiot à Montagnac 
Les 22 et 23 avril : Portes ouvertes au Château de Flaugergues
Le 23 avril : Fête de la biodiversité et du développement durable à Saint-Georges d’Orques, en lien avec le patrimoine et les vins du renommé terroir
Le 14 mai : Balade des Grés de Montpellier, vin, patrimoine et gastronomie à travers le centre historique de Montpellier. Inscriptions ouvertes
Du 19 au 21 Mai : Festa Trail Pic Saint-Loup, aventure humaine, sportive et gourmande
Les 20 et 21 mai : Vins, vignes, terroirs, sous le signe de la gourmandise et de la découverte. Cinq randonnées sont proposées parmi les plus beaux terroirs : Cabrières, Picpoul de Pinet  (le 20), Pézenas, Saint-Saturnin et Sommières (le 21)  Inscriptions ouvertes
Le 20 mai : L’AOC Faugères fête de la Nature  avec quinze vignerons : balade, rallye exposition, ateliers ludiques, échanges autour des écopratiques … et dégustations 
Le 21 mai : Sentiers Gourmands en Clape Vigneronne, Au Château de Vires à Narbonne pour cette 14e Edition. Vins de l’AOC La Clape et chef de renom
Le 4 juin : 4e balade gourmande en Saint-Jean de Minervois
Le 9 juin : Bacchanale d’Ensérune. Vin et patrimoine sur le port : Croisières en péniche, visite de cave et dégustations sont au programme
Le 24 juin : Camins de Boutenac. Balades vigneronnes, vins et gastronomie  ponctuées de haltes dans les caves, dégustations,  découvertes du patrimoine naturel et historique & soirée festive au château de Boutenac

Florence Monferran

Le muscat à Frontignan, un vignoble qui ne veut pas mourir

Photo: ©Alain Marquina

A l’heure où le langage administratif parle de consommation d’espaces agricoles pour en signifier l’urbanisation, quelques voix s’élèvent , à Frontignan, pour rappeler l’ancienneté et la renommée de la production de muscat, la singularité de vignobles délimités pour cela parmi les premières Appellations d’Origine Protégée en France, en 1936. L’Association de Protection de l’Aire du Muscat (APAM), crée en 2002 sous la présidence de Denise Arnal, puis de M. Ferrières, a souhaité porter à la connaissance du public l’état des menaces qui pèsent sur l’aire géographique du muscat, et les actions qu’elle a entreprises pour la préserver de constructions. Dans un contexte d’afflux démographique galopant, le Schéma de Cohérence et d’Organisation Territoriale (SCOT) du 4 février 2014, modifié en 2016, crée un triangle de grande urbanisation Sète-Frontignan-Balaruc, déclarant la zone Horizon sud cœur de la nouvelle Communauté d’Agglomération du Bassin de Thau (CABT). Le document d’orientation générale, qui fixe les cadres d’un développement jusqu’en 2030, soulève la crainte que les vignobles historiques de Frontignan ne soient emportés dans une vague de construction. Cette crainte est confortée par le zonage du SCOT déclassifiant une partie du terroir en AOC, de vignoble patrimonial en espace agricole péri-urbain, de moindre valeur.


Source: SCOT du bassin de Thau

Face aux prévisions chiffrant l’apport de population à Sète et Frontignan à 9 600 arrivants chacun jusqu’en 2030, le SCOT vise à la concentration d’habitat en le densifiant. Comment développer ce cœur d’agglomération sans toucher aux vignobles ? La pression s’est accrue depuis l’instauration de zones inconstructibles à moins de 2 m au-dessus du niveau de la mer, ajoutées aux zones humides sanctuarisées et au classement de la Gardiole. L’urbanisation se tourne vers les seules terres constructibles restantes, des terres viticoles de qualité. Comme partout, le dilemme fait jaillir des conflits d’intérêts, sur lesquels se greffent des difficultés de reprise des vignobles par les jeunes générations, des questions économiques de mévente des muscats AOC. Le conflit va jusqu’aux tribunaux, où l’APAM mène plusieurs procédures.


Source: SMBT: projet d'aménagement et de développement durable

En cause, une large bande compacte au nord de Frontignan vers la Gardiole s’étendant sur 162 ha, soit 20 % du vignoble actuel. L’APAM défend les qualités intrinsèques de ce vignoble. Jean Lapasset, coopérateur, décrit « une AOC homogène, sans coupure » sur cette zone de bonnes terres agricoles, exploitées sans grand mitage ou délaissement. Les parcelles y souffrent moins de la chaleur que celles plus proches de la Gardiole. A l’ouest, les sols, plus profonds, offrent un plateau calcaire à l’épanouissement de la vigne.
 
Denise Arnal conteste le déclassement en zone agricole ordinaire sans expertise ni justification. L’APAM rejoint les critères de l’INAO, qui veille sur l’origine et sur la qualité des productions françaises, quand elle énonce comme principe que « toutes les parcelles classées en AOC ont valeur égale et sont nécessaires les unes aux autres ». Jacques Laffont, en charge du dossier, rappelle qu’il ne peut exister des parcelles moins disantes, qualifiées ici d’ordinaires. D’autre part, « l’aire est petite, elle n’est pas transposable, on ne peut pas la repousser ailleurs ».
Une certaine incompréhension règne au sein de l’APAM, car jusqu’ici les techniciens du SCOT ont contenu les velléités d’urbanisation, selon Frédéric Nodet, vigneron au Château Stony. Le SCOT parle de « pérenniser une agriculture fragilisée par la pression foncière (...) mais encore identitaire », et se veut rassurant en déclarant : « Dans tous les cas, il est aujourd’hui essentiel de reconnaître la valeur de ces espaces et de n’envisager leur artificialisation qu’avec une très grande parcimonie ». Interrogé, le Syndicat Mixte du Bassin de Thau, en charge du SCOT, confirme : « Nous essayons d’avoir le moindre impact possible sur les terres agricoles. Il ne reste de nombreuses friches, des dents creuses, des sites à réhabiliter (ex Mobil) sur Frontignan pour ne pas consommer ces espaces. Le SCOT a réduit de 76 à 66 ha la consommation d’espaces agricoles potentiellement constructibles entre 2014 et 2016 » explique David Cottalorda. Des chiffres que conteste l’APAM, ses calculs produisant des évaluations beaucoup plus hautes des terres compromises.
Les divergences de vues font tout autant jour sur l’économie. La logique du marché ne joue pas en faveur des vignobles.
 La Cave coopérative, qui représente 85 % de l’appellation,  fait un bilan actuellement sur la vie et l’avenir des coopérateurs. Deux jeunes s’installent, d’autres cherchent des terres. Mais le prix à l’hectare décourage. Comment enrayer la spéculation ? Face à la mévente des Vins Doux Naturels, une partie du vignoble en AOC ne produit plus actuellement. La Cave coopérative ne voit pas d’un mauvais œil le départ d’une partie des terres, les parcelles restantes assurant le maintien de la  production. Un vignoble en crise, fausse question? Le SCOT lie la pérennité du muscat à l’évolution de ses ventes, alors que Jacques Laffont, pour l’INAO, rappelle que l’aire AOC en question s’inscrit dans la durée. Elle était déjà citée par Arnaud de Villeneuve au XIIIe siècle, puis par Rabelais et Voltaire. Que sont quelques années de mauvaise conjoncture économique au regard de ces 7 ou 8 siècles d’histoire ?  
Le débat est entré dans une voie judiciaire. L’urbanisation existante et l’extension de la zone à Horizon Sud prévue dans le PLU de Frontignan de 2011 est annulé en 2013 par les recours en justice de l’APAM, qui obtient le maintien de la coupure d’urbanisation à Horizon Sud, mais perd sur la zone des Hierles. Depuis, l’APAM a attaqué le SCOT de 2014 au Tribunal administratif pour violation de la loi littorale, qui n’autorise pas, selon elle, autant de constructions dans la zone proche des rivages que le SCOT n’en accorde. Ayant perdu en appel fin 2016 à Marseille, l’association se pourvoit en cour de cassation. Frédéric Nodet alerte : « Si on lâche ce vignoble en péri-urbain, c’est le cœur de l’AOC qui sera touché ».
 L’Organisme De Gestion du syndicat du cru (ODG), réuni en conseil d’administration extraordinaire, n’a pas souhaité soutenir financièrement la démarche judiciaire, bien que conscient de l’importance de cette zone déclassée.
L’INAO ne s’oppose pas à tous les projets, acceptant « un accroissement modéré de l’urbanisation ». Mais il a rendu des avis défavorables successifs, au SCOT et à sa révision, « en raison de la consommation foncière prévue en zone AOC », et un avis défavorable « sur la considération en zone ordinaire périurbaine », réaffirmant « l’unicité de ce territoire », qui ne saurait être coupé en plusieurs parties. L’INAO s’était déjà opposé au PLU de Frontignan, sur les Hierles, contre l’idée d’une zone moins disante où la nappe saline remonterait, et au Mas de Chave, pour un aspect paysager (maintenir une coupure d’urbanisme entre Frontignan et La Peyrade qui soit agréable aux habitants).
Le SMBT souligne le rôle déterminant des élus, le SCOT ne fixant que des grandes lignes dans rapport de présentation: la pérennité du muscat dépendra de la volonté des communes (Frontignan, VLG et Mireval) « de sécuriser le foncier agricole pur permettre un maintien des terroirs et une traversée de crise en résistant à la pression foncière ». Avant toute urbanisation, un diagnostic agricole poussé doit être établi. S’il met en valeur une identité paysagère, patrimoniale, la commune peut décider, dans son PLU, de ne pas urbaniser.


Photo: ©Alain Marquina
 

La procédure judicaire, action forte, met et en lumière les conceptions divergentes en présence, la valeur que chacun, administratif, politique, acteur économique, accorde à la terre agricole dans notre société urbaine. Dans une vision plus globale, Frédéric Nodet cherche « une voie entre les techniciens et les politiques pour que les particuliers aient le droit de s’exprimer ».
 Denise Arnal prône une révision du code de l’urbanisme lui-même qui, dans un article très simple, déclarerait que les bonnes terres agricoles, en particulier les terres en AOC, ne doivent pas être urbanisées. Ainsi, les différends actuels ne seraient plus soumis à différentes pressions ou pouvoirs locaux. Le muscat à Frontignan, patrimoine matériel et porteur d’une culture, ne se réduit pas à l’air du temps. Un vignoble qui ne veut pas mourir, qui ne peut pas mourir, a trouvé ses porte-voix.
Florence Monferran


Photo: ©cornflake

De l’adversité, naît un grand millésime

Tout a été dit sur les conditions d’élaboration du millésime 2016 en Languedoc, notamment dans l’Hérault, longtemps épargné par les aléas climatiques, puis violemment frappé par la grêle dans l’est montpelliérain, sèchement atteint dans le biterrois et tout l’ouest, par l’absence de pluies voire un stress hydrique dans les dernières semaines avant les vendanges. Adversité du temps, à laquelle le vigneron ne peut que se rendre, adversité économique également, sur fonds de concurrence venue d’Espagne sur les vins en IGP, et de tension des prix d’achat en caves, la cuvée 2016 s’annonçait sous de mauvais auspices. La baisse des volumes récoltés n’a épargné aucun vignoble, de -10 % à - 20 % en moyenne. Des fins de maturation affolantes où tous les cépages mûrissaient à très grande vitesse ont rendu les vendanges complexes, avec des degrés élevés.
Et pourtant, se profile une grande qualité louée par les professionnels, Comité Interprofessionnel des Vins du Languedoc en tête. Jérôme Villaret, délégué général, le résume en trois mots : « une année singulière ». Les vins du Languedoc, « de plus en plus plébiscités »[1] affirment la régularité de leur niveau qualitatif depuis plusieurs années. Jean-Philippe Granier, directeur technique des AOC Languedoc, le confirme: « Nous avons moins d’écart que dans les années 1980. On reproduit la qualité de millésime en millésime ». 2016 concrétise cette mutation au plan des pratiques : des rendements plus faibles, plus d’application, des vignerons travaillant bien leurs vignes (sols vivants, vendanges manuelles, tri) et en cave.
Les spécificités du millésime tiennent à une concentration extrême, et des équilibres, naturels ou travaillés en cave, surprenants : un degré élevé mais de la fraîcheur, du fruit sur les blancs et rosés, de la finesse. Joël Julien, directeur des Costières de Pomerols l’exprime : « On apprend tout le temps. Chaque année, les conditions sont différentes, nous devons apporter des corrections, réagir à de nouvelles situations ». Compliqué, lorsqu’il s’est agi de gérer en même temps de gros volumes de production en cave, - Luc Flache, directeur des caves de l’Estabel à Cabrières parle d’un millésime de challenge -, passionnant à vinifier aussi, pour Frédéric Nodet, au Château Stony à Frontignan, où « le millésime n’a presque pas été problématique, alors qu’il aurait pu l’être » en muscat.


Sur les vins blancs, dominent gras, rondeur et acidité. Le sauvignon, cépage précoce, a été plus ardu à travailler, Les Costières de Pomerols ont laissé la maturité se développer sur les chardonnay et viognier. Les cépages anciens du Languedoc ont mieux résisté aux conditions climatiques. Jean-Philippe Granier met en avant le carignan blanc, la clairette, le vermentino (rolle). En effet, ce dernier, fabuleux à Pomerols, apporte dans les assemblages (grenache-vermentino) une belle fraicheur et une minéralité. Jean Renaud, directeur de la Cave d’Adissan, évoque une clairette très florale pour le moment en sec avec ses notes habituelles de poivre et de coing, des arômes de pomme sur les moelleux, un côté sucré, miellé qui explose en bouche. Le muscat à petits grains n’est pas en reste, la récente médaille d’or au CGA de Paris, pour le muscat sec du Mas de Jacquet à Vic-la-Gardiole atteste de la vivacité du cépage, mais aussi d’une qualité lissée, égale sur les Vins Doux Naturels, pour Frédéric Bailleux, directeur commercial des Vignerons du Muscat de Lunel qui travaillent, « en dehors du sucré, un côté épicé, poivré, gingembre en fin de bouche » lui aussi récompensé à Paris. Frais jusqu’au bout, sans souci en cave, Frédéric Nodet a tiré du cépage concentration et arômes sur les VDN, légèreté et délicatesse sur les secs, très floraux en ce moment. « Le fruit reviendra avec la chaleur ».Mêmes bénéfices pour le piquepoul. « La concentration change la perception des dégustateurs, surpris et emballés par le volume, le gras, la richesse du Picpoul de Pinet » note Joël Julien.
En vins biologiques, « les vinifications en blanc et rosé révèlent en général des arômes fruités. On retrouve dans les vins une belle acidité. Concentrée dans les baies fin août elle s’est maintenue dans les vins, leur apportant de la fraicheur
 » constate Sudvinbio. Des syrah sans soufre, des grenaches plaisants, avec beaucoup de minéralité ont été primés en janvier en vins rosés à Millésime bio. Jean Renaud, comme Jérôme Vidal, président du syndicat du cru Saint-Georges-d’Orques, se résolvent à faire des vins rosés de plus en plus pâles, demandés par les marchés. La Cave de Saint-Georges continue néanmoins, avec d’autres à produire un rosé à la belle robe soutenue « très fruité, croquant, très parfumé et équilibré».


Vignoble de Faugères

Le rouge sera grand, il sera de garde. La profession, unanime, le clame. « La chaleur a dominé le millésime. Nous avons eu peur d’une reproduction du phénomène connu en 2003, 2009 ou 2013, mais non, le vin n’a pas de caractère brûlant, trop chaud, où l’alcool domine » analyse Jean-Philippe Granier. Du Faugérois, où « les baies, restées petites, ont donné des jus très concentrés, mais un très beau millésime plutôt frais, en petit volume », constate Françoise Ollier au Domaine Ollier-Taillefer, aux Grés de Montpellier, où leur Président, Olivier Durand, évoque un millésime extraordinaire, en passant par le meurtri Pic-Saint-Loup, qui engendre « un millésime avec une grande richesse aromatique, du fruit, un peu plus d’acidité» pour Guy Ratier, éprouvé au Domaine de la Vieille, monte un même son de cloche : concentration, mais aussi finesse et élégance des vins en cave.
Sudvinbio rapporte « de la couleur et des tanins étonnamment souples, malgré le manque d’eau subi par la vigne. On note des fermentations relativement longues sur les moûts concentrés et à forts degrés ». Sur les vins biologiques. De superbes arômes, du fruit, de la rondeur due à des macérations courtes, compte tenu de la maturité des raisins, les conditions sont réunies en bio aussi pour un grand millésime, avec de très beaux cabernet et marselan dégustés.


Vignoble de Saint-Georges d'Orques

Un millésime où les terroirs se révèlent ? Assurément. Marc Fite, directeur des Chevaliers de Saint-Georges d’Orques confirme « des rouges puissants, ronds, gras, comme d’habitude, avec beaucoup de couleur, de tanins, équilibrés » sur ses terroirs historiques proches de Montpellier. « Les AOC, sur leurs terres de coteaux, sont habituées à la sécheresse. Tout est superbe, avec un potentiel de vieillissement énorme, des tanins présents mais fondus, riches, complexes » expose Olivier Durand. Luc Flache décrit pour Cabrières « combien les schistes ont crée une tension qui réveille les vins. Les blancs, ont certes, un peu moins d’acidité, mais notre terroir apporte de la minéralité », un bel équilibre cette année. Un terroir historique s’exprime, en blancs comme en rouges, à Frontignan, où Frédéric Nodet les vinifie « avec le même intérêt et le même soin ».
Quant aux vieilles vignes, elles ont particulièrement bien résisté à la sécheresse, enracinées dans leur sol de prédilection.
Un millésime où les cépages anciens tirent leur épingle du jeu ? Indéniablement. Les cépages tardifs, aidés par les dernières pluies mi-septembre, ressortent particulièrement. « Clairette, mourvèdre, cinsault sont merveilleux » s’enthousiasme Jean-Philippe Granier. Ces vieux cépages, tout comme le Carignan ou le muscat, n’ont pas craint la sécheresse. Le mourvèdre a donné comme rarement. « Le picpoul a su résister »
 énonce Joël Julien, notamment « sur des sols profonds, à proximité de l’étang, avec de l’humidité » au sud de la zone AOP.
Premiers salons, dans le Sud, à Paris ou récemment à Düsseldorf, premières mises en bouteilles dans l’hiver, premières synthèses, le Languedoc viticole regarde avec du recul et les retours de ses clients l’état de son millésime en construction. A l’optimisme d’un JP Granier, « Les prix se maintiennent, ils vont progresser » succède le questionnement d’un Olivier Durand : « les clients ne veulent pas payer 30 % de plus pour la sécheresse et la grêle. C’est compliqué avec 25-30 hl/ha, de tenir économiquement. Nous sommes parmi les AOP françaises qui produisent le moins (moins que Bordeaux et la Bourgogne). 
Mais le Languedoc n’a pas encore la notoriété pour augmenter ses prix. Nous prenons des lettres de noblesse, il faut le courage et la volonté d’augmenter les prix, avec la qualité que l’on a ».
Dans un mouvement en marche depuis trente ans, s’agit-il de la prochaine étape de la mue du Languedoc ? L’historienne Geneviève Fontaine l’exprimait dans un récent colloque sur la viticulture, « le bon vin doit régaler le consommateur, mais il faut aussi qu’il fasse vivre le vigneron». Ce produit qui rapporte beaucoup est naturellement soumis à des luttes, l’histoire du Languedoc en est parsemée. Les vignerons demandaient ce « prix social » - le mot est de Charles Gide - . Dès le XIIIe siècle, Saint Thomas d’Aquin parlait d’égalité dans l’échange, pour le producteur, l’intermédiaire et le consommateur. Il se référait au « juste prix » posé par le philosophe grec Aristote au IVe siècle avant JC, une notion aujourd’hui sous les feux de l’actualité.
Florence Monferran


[1] Jérôme Villaret cite l’enquête récente Wine trade monitor 2016 réalisée par SOPEXA auprès de 1100 importateurs, détaillants ou grossistes internationaux, le Languedoc arrive en tête des régions viticoles d’Europe dont la demande va le plus augmenter dans les 24 prochains mois.

Le millésime 2016 en quelques mots :

JP Granier : « Un très grand millésime, de garde »
Jean Renaud : « Un millésime généreux »
Joël Julien: "Un millésime riche et concentré. La dégustation ne laisse pas paraître les difficultés de ses conditions d’élaboration"
Frédéric Nodet: » Une vendange et une vinification vraiment intéressantes »
Frédéric Bailleux : « Ce millésime est l’occasion d’entamer une réflexion commune sur les quatre muscats de l’Hérault" Jérôme Vidal et Marc Fite : « des vins qui ont du corps, comme nous les aimons »
Guy Ratier : « Il faut attendre que ce millésime s’élève patiemment. Nous aidons à la taille les vignerons qui ont tout perdu. Les bourgeons à fruits sont impactés par la grêle d’août denrier. La récolte 2017 s’en ressentira »
Sudvinbio : « Un bilan très réjouissant concernant la qualité des vins bio de notre région »
Olivier Durand : « Les terroirs s’expriment vraiment »

Photos: CIVL, AOC Languedoc, Vins de Pays d'Oc

Avec l'APAVH, Joe, la fripouille , est à l'adoption

joeIMG_0437Après avoir alerté les vétérinaires, les dianes de chasse les plus proches, mis des annonces, il a bien fallu se rendre à l’évidence personne ne recherchait notre poilu ! Avec sa bouille de chien abandonné et son air de rien, on l’a tout d’abord appelé « Le Chien Marcel », et puis c’était un peu long alors ce fut « Plumeau » finalement 3 jours plus tard c’est Joe qui s’est imposé ! Et ça lui va super bien. Quand Joe est arrivé en famille d’accueil, il n’en menait pas large…les 8 autres chiens l’ont niflé, reniflé. Il était tout kiki à côté. Joe est typé Bleu de Gascogne, mais plutôt version mini! Le Bleu qui n’a pas grandi. Allez savoir pourquoi, il s’est pris d’affection pour le grand Roch qui fait environ 3 fois son poids ! Seulement les premiers temps Roch appréciait très moyennement ce zébulon qui le suivait partout alors il le lui a fait savoir avec force claquements de mâchoires et grognements…nous avons laissé faire. Encore une fois grogner est un mode de communication, même si nous avions peur que le gros nous le coupe en deux… Roch regardait Joe comme si c’était un insecte, un ouistiti qui l’agaçait...

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