Histoire de Sète

La sétoise devenue La Begum


Yvette Labrousse, miss France 1930
devenue Om Habibeh, la bégum des ismaéliens

 

Née à Sète en 1906, fille d'un conducteur de tramway et d'une couturière installés dans la Grand-Rue, Yvonne Labrousse, changea son prénom en Yvette en étant élue Miss France en 1930. Sa beauté la fit remarquer par le richissime Aga Khan qui l'épousa en 1944. En 1959, invitée par municipalité de Gaston Escarguel, elle revint à Sète, retrouvant les lieux de sa jeunesse. Elle est décédée en 2000 à l'âge de 94 ans dans sa somptueuse villa de la Cote d'Azur où elle avait reçu en 1958 les jouteurs de la Lance Sportive venus jouter à Monaco.

La Begum en 1959 reçue dans  sa ville natale

La S.E.H.S.S.R a son site

La Société d’Etudes Historiques de Sète et sa Région vient d’innover en créant un site internet où on retrouve toutes ses activités et ses parutions. Un site riche et bien conçu, une vraie référence pour tous les passionnés d'histoire locale. Se connecter sur : www.histoiredesete.fr 

Chaque 2 ou 3 ans environ, la Société d'études historiques de Sète et de sa région publie un épais Bulletin abondamment illustré de documents rares dans lequel amateurs, professionnels de l’archéologie, de l’histoire, chercheurs, étudiants, universitaires font état de leurs travaux sous la forme d’articles. Depuis 1969, date de la première publication, c’est encore et toujours un instrument capital d’information et de promotion de la recherche archéologique et historique de notre région. Toujours très apprécié du grand public lors de sa sortie (pour preuve de nombreux numéros sont aujourd’hui épuisés, mais disponibles en PDF via notre boutique), il faut souligner que cette publication est aussi largement sollicitée par diverses universités :

  • Montpellier
  • Toulouse
  • Bordeaux

Ainsi que des bibliothèques et des écoles prestigieuses :

  • la Bibliothèque Nationale de France
  • la Bibliothèque d’Art et d’Archéologie à Paris
  • l’Ecole française de Rome
  • le CIRDOC à Béziers…

Mais également des organismes régionaux :

  • la DRAC
  • l’ODAC…

Montpellier, Cette et les marquis de Castries.

Fontaine des licornes  (Montpellier)

» lire aussi en page Patrimoine/Bâti et architecture :
Les chimères du marquis de Castries

 

L'histoire de la famille de Castries est liée à celle de Montpellier et de Sète. Charles Eugène Gabriel, marquis de Castries, était gouverneur des deux villes. Son fils, issu d'un premier mariage, Armand Charles Augustin fut honoré du titre de duc de Castries et ne fut pas oublié en son temps en Languedoc.

Pourtant, elle semble bien parisienne cette aristocratique famille. Charles Eugène, le vainqueur de Klosterkamp, naquit à Paris et mourut en émigration en Allemagne. Son fils, Armand Charles Augustin (1752-1842), naquit et mourut à Paris. Peut-être dans l'hôtel de Castries (72 rue de Varennes à Paris) ou dans le château d'Ollainville que possédait le marquis. Un héritage le mit à la tête d'une belle fortune qui lui permit d'embellir son hôtel, d'acquérir une autre propriété à Antony et de tenir son rang. Car Charles Eugène, marquis de Castries, devint un des principaux personnages du royaume. La gloire du combat de Klosterkamp, gravée dans le marbre à Montpellier, le servit sans doute, mais sa naissance et ses talents en firent un des dirigeants du pays. Notons pour l'anecdote que "la fontaine aux licornes" et ses étranges quadrupèdes ne gagneront la place de la Canourgue qu'en 1865, après son agrandissement en 1860. Mais le marquis devint maréchal de France et un ministre de la Marine travailleur et efficace. Sont action sera déterminante dans la guerre d'Indépendance américaine. A la paix, il mènera un important effort de législation et de réorganisation. Il fut un grand ministre de la Marine.

Et Cette ? Et bien, dans ce "port royal", compte tenu du poids des hiérarchies sociales et des coutumes d'Ancien Régime, on fêtait les de Castries quand cela paraissait nécessaire. Le 20 mars 1781, la Communauté cettoise offrit au fils du ministre et désormais duc une belle fête pour l'entrée solennelle de Charles  André Augustin de la Croix de Castries dans la bonne ville de Cette. On dressa des arcs de triomphe, on illumina la cité. Les invités furent accueillis par force "décharges de boëtes" (nos bombes à poudre actuelles). Et puis, on a soupé, arrosant le repas de vin de Malaga, on a admiré les "fuzées" du feu d'artifice et l'on a dansé. Bal, feu de joie, fontaines de vin. La fête est belle pour la jeunesse. Et puis, l'on n'oublie pas le père, le gouverneur. Certes, il ne réside pas. Mais ceux qui signent leurs lettres aux autorités "vos humbles et obéissants serviteurs" fêtent l'accession du marquis au maréchalat le 21 septembre 1783. On organise des joutes, bien sûr! On fait repeindre les pavois. Le sieur Lambe, serrurier, ferre les lances. La veuve Marie Gachon apprête drapeaux et écharpes. Un sieur Humbert offre deux montres aux jouteurs (le tiers de la dépense totale tout de même!).

On ne sait qui remporta le tournoi. Ce que l'on sait, c'est que quand le marquis de Castries fut fait maréchal, un grave conflit de préséance, et en fait de pouvoir, opposa les consuls et les officiers de l'Amirauté. On en référa au Parlement de Toulouse, loin de Paris et de M. le marquis

Hervé Le Blanche

 

Médiathèque news médias

CETTE ILLUSTRé, période de 1876 à 1877 LE NOUVEAU CETTOIS, période de 1879 à 1880

Deux anciens titres de presse, "Le Nouveau Cettois" et "Cette illustré", viennent d’être numérisés à la médiathèque et sont accessibles à tous sur l'internet en suivant ce lien.
Ces numérisations sont réalisées dans le cadre du pôle associé régional, partenariat réunissant la Bibliothèque nationale de France, la DRAC, la région Occitanie, Montpellier Méditerranée Métropole, la Ville de Nimes, la Bibliothèque inter-universitaire de Montpellier et Languedoc Roussillon Livre et Lecture (LR2L).
Ces archives numériques s'ajoutent à celles du "Journal de Cette" et du "Petit Cettois" déjà en ligne via le portail des médiathèques de la Communauté d’agglomération du Bassin de Thau.

Juillet 1756 : Cette fête le succès des armes du Roi.



prise de Port Mahon à Minorque

 

 

Au milieu du XVIIIème siècle, la monarchie (toujours de droit divin et en théorie absolue) est devenue administrative. Nous sommes ainsi mieux renseignés en particulier sur les fêtes dont la ville était le théâtre. Ces réjouissances célébraient des évènements importants de la vie du royaume. Souvent à l'initiation des autorités de la province.

Le "corps politique" de Cette semble bien à l'origine des festivités qui marquent la naissance des enfants ou petits-enfants du monarque. Mais c'est le gouverneur du Languedoc qui a demandé, en juillet 1756, que sur ordre de Louis XV soit fêté un succès militaire : la prise de Port-Mahon et l'occupation de l'île de Minorque. On était au début d'une nouvelle conflagration européenne (guerre de Sept ans 1756-1763) où se jouerait le second épisode de l'affrontement franco-anglais, si déterminant pour la prépondérance européenne. L'affrontement précédent, lors de la guerre de Succession d'Autriche (1741-1748), avait fourni aux Anglais deux points d'appui importants en Méditerranée : Gibraltar et Minorque. L'île était bien placée pour surveiller les "routes" vers la Méditerranée orientale et l'itinéraire Marseille-Gibraltar. Et de l'île, les corsaires britanniques inquiétaient les côtes espagnoles…et languedociennes. Aussi, l'action contre la plus petite des îles Baléares présentait un intérêt stratégique. Et elle fut couronnée de succès.

Un convoi de 193 navires, dont douze vaisseaux de ligne et cinq frégates, amena 12 000 hommes qui s'emparèrent de la capitale, Port-Mahon et, au prix de prodiges d'héroïsme de sa citadelle, fort Saint Philippe. Au large, l'escadre de La Galissonnière se heurte à celle de l'amiral Byng. Après quelques heures d'une canonnade indécise, celui-ci regagna Gibraltar. Victoire ! Et cette victoire doit être célébrée. On ne sait si les Cettois étaient bien au fait de la signification de ce succès. Peut-être avaient-ils le sentiment de l'éloignement d'une menace ? On n'avait pas oublié le débarquement de 1710. Chaque année, la Communauté payait une confrérie pour qu'elle brûle un cierge de fort volume (de la valeur de 5 livres, environ une journée de travail) pour remercier le ciel d'avoir été délivrée de l'invasion anglaise. Alors, une victoire sur les Britanniques en Méditerranée devait être bien ressentie. Que les Cettois s'enthousiasment pour la gloire du roi de France est plus problématique. Certes, maires et consuls défèrent aux ordres du gouverneur. Ils engagent des dépenses supplémentaires en vue de fêter ce grand évènement "dont le peuple ressent un si grand avantage". Il y aura un "jour de joye", des fusées, des boëtes comme à l'accoutumée. Et puisque le roi le veut, un Te Deum sera chanté dans l'église de la paroisse.

Une brève incise dans la lettre du gouverneur fait soupçonner que cette fête avait un aspect formel : le représentant du pouvoir militaire en Languedoc avise maire et consuls de Cette "de ne pas manquer d'y assister". Les Cettois avaient-ils des raisons de bouder le succès des armes du Roi ?

Hervé Le Blanche

 

Histoire(s) du Barrou.


Gustave Brugidou, président de la Société des Etudes Historiques
et Scientifiques de Sète et de sa région.
 

Vendredi 25 novembre, un parterre de deux cent personnes a assisté à l'évocation de l'histoire du quartier du Barrou par M. Brugidou, président de la Société des Etudes Historiques et Scientifiques de Sète et de sa région.

Têtes chenues et boucles brunes ont assisté à cette projection commentée de documents plus proche de l'exercice de mémoire.

 Il est vrai que la Société historique avait été épaulée par l'Amicale du Barrou qui a fourni un gros contingent de spectateurs. Le Barrou, dont l'occupation est antérieure à la fondation de la ville de Sète. Mais qu'est-ce que le Barrou ? Là, Clio fut traitée avec quelque désinvolture, ainsi que son auxiliaire la Géographie. Ce que l'on connaît bien, c'est la pointe du Barrou. Mais pourquoi ne pas retenir la définition la plus couramment admise du nom de "Barrou" : amas de rocailles ? Cet amas aurait favorisé les atterrissements formant la pointe…du Barrou. Par ailleurs, l'histoire de la paroisse Saint Joseph est bien plus riche et complexe que l'évocation de la présence "d'une église autrefois". La délimitation des propriétés de l'abbaye d'Aniane et de l'évêché d'Agde fut bien évoquée, mais cela apportait-il quelque chose à la compréhension de la mémoire du quartier ? L'occupation préhistorique ne fut qu'incidemment signalée et les traces de l'occupation gallo-romaine auraient pu être mieux utilisées. Si la présence de monnaies atteste un courant d'économie monétaire, les indications diffèrent totalement selon qu'elles sont datées du haut ou du bas empire. Les amphores sont-elles antérieures au Ier siècle après JC ?

Avec l'époque contemporaine, on était sur un terrain plus solide. Le quartier du Barrou, tel qu'on le conçoit aujourd'hui, c'est l'espace entre la voie de chemin de fer (ligne Tarascon-Bordeaux 1849) et l'Etang. Sur sa rive ont vécu des pêcheurs (opérant à la maniguière), des agriculteurs dont l'activité prit de l'importance à la fin du XIXème siècle (jardins potagers) et, photographies à l'appui, on évoque les vignes (labour avec cheval) qui tenaient une grande place dans le terroir au début du XXème siècle. Et, en ce premier après guerre, le Barrou, ce sont aussi les fêtes, les bals populaires qui trouveront un écho dans une époque plus proche de nous avec les corsos fleuris et les très appréciées majorettes du Barrou. Mais, la grande affaire de l'entre deux guerres fut l'installation des Chantiers Généraux sur 12 ha gagnées sur l'étang. Les documents montrent des installations permettant de fabriquer des wagons-foudres, des grosses péniches pinardières de 350 t naviguant sur le canal du Midi et les navires de près de 100 m de long. Les bâtiments de la Société, la rampe de lancement des navires, la cité ouvrière qui naquit auprès des Chantiers font partie de la mémoire du quartier.

 Tout autant que la plage et la pêche aux crevettes. D'ailleurs, après la séance, chacun avait sa version des causes de l'abandon des Chantiers Généraux. "Et c'est la vérité!" s'exclamait un participant. Peut-être, mais est-ce là de l'Histoire ?

Hervé Le Blanche

1765 : Les curieuses joutes du 25 août

On joutait à la Saint Louis dès les années 1680, quand la Communauté de Cette fut constituée. En 1765, la tradition fut respectée et le tournoi se déroula sans incident notable. Mais sa dédicace marque en fait un certain esprit "cettois" d'indifférence au pouvoir central – fut-il celui du roi – d'indépendance locale. Car, outre Saint Louis, ces joutes honoraient la cinquantième année du règne de Louis XV.
Le communiqué des consuls indique vouloir célébrer "l'époque mémorable de la cinquantième année du règne du meilleur des Rois" par une "fête des plus brillantes". Mais en 1765, Louis XV n'est plus le "Bien Aimé" pour la santé de qui l'on priait vingt ans plus tôt. Et pour cause. En 1763, le traité de Paris, à l'issue de la "Guerre de sept ans", a entraîné la perte du Canada, de la Louisiane, des territoires français en Inde. La France a conservé les "îles à sucre" dans les Caraïbes, mais ce désastre majeur a discrédité la royauté. Le régime est mis en cause. Les Parlements (cours de justice) abusent de leurs droits de remontrance, contestent le pouvoir royal. A Rouen, Paris, Pau, Toulouse, les cours de justice s'opposent au pouvoir royal. A Rennes, éclate la vilaine "affaire La Chalotais" où, mené par un ambitieux président sans scrupule (La Chalotais), le Parlement entre en révolte en 1765. Et puis, la vie privée de Louis XV est endeuillée. Madame de Pompadour, "l'amie de vingt ans" après avoir été la maîtresse en titre, est morte en 1764. Et le Dauphin, le fils de 35 ans, aimé et estimé, pâle, amaigri, brûle d'un mal mystérieux.
Alors, le roi défend aux corporations, villes, communautés ainsi qu'à ses courtisans et ses familiers de marquer le cinquantième anniversaire du début de son règne. A Cette, eh bien, il n'y aura pas de jubilé le 1er septembre mais on marque tout de même l'anniversaire. Dès la Saint Laurent, 10 août, les sociétés de jouteurs se sont qualifiées pour le tournoi en décrochant le pavois suspendu sur la façade de l'Hôtel de ville. On se bousculait, "se jetait pêle-mêle sur le pavois". Le jour de la Saint Barthélémy (veille de la Saint Louis), les deux troupes (la jeunesse et les mariés) allaient drapeaux déployés "bailler des livrées" à toutes les personnes de marque (autorités, notabilités), "à tous les gens distingués de leur suite, surtout aux dames s'il y en avait". On accrochait cocardes et rubans aux vêtements : couleur rouge et verte pour les mariés, blanche et bleue pour la jeunesse. Après le défilé aux flambeaux, au matin du 25 août, chefs, officiers, enseignes des deux camps allaient à l'Hôtel de ville recevoir les insignes de leurs fonctions (cannes, épées, écharpes). En 1765, le chef des mariés est Jean Borne (négociant connu). Celui de la jeunesse, Henri Massé. Ils sont chacun à la tête de 16 jouteurs.
Et le 25 août, "à trois heures après les vêpres", s'affrontent les chevaliers de la tintaine. En 1765, "les habitants de la ville de Cette" joutent "dans le respect dont ils sont pénétrés pour leur Auguste souverain" (!) et "avec la décence convenable" (!). Curieuses joutes.

Hervé Le Blanche

Sources :
Jean Meyer, La France moderne – Histoire de France, Hachette, T IV
Michel Antoine, Louis XV, Fayard coll Tempus
Toussaint Roussy, Relation des joutes de 1765 (archives municipales Sète)

Le Grand Hotel en 1900

Plus ancien hôtel de Sète encore en activité, le Grand Hôtel est remarquable par son architecture 1900 et son magnifique patio . Rien n’a changé depuis 1900. Un authentique monument historique .

De la Saint Louis et des joutes.

Les festivités de la Saint Louis, fête patronale de Sète, vont mettre en effervescence rues, quais et canaux de l'Ile singulière. Et l'on joute, singulièrement le lundi quand les poids lourds montent sur les tintaines. Si les joutes nautiques ne sont pas nées à Sète, ni même en Languedoc, elles sont constitutives de l'histoire de la ville-port.

On a jouté le 29 juillet 1666 : "On avait vu devant que se mettre à table (pour le dîner) passer en très bon ordre deux fort belles compagnies de Mariniers vestus de blanc, les uns parez de livrées incarnates et les autres de bleües, avec des toques de taffetas de ces mêmes couleurs… Elles estaient allées tambour battant et enseignes déployées gagner dans le canal, au son des hautbois, chacune dans leur Chalouppe ornées de même parure, l'une peinte en rouge et l'autre d'azur semé de fleurs de lys, montées par seize rameurs avec leurs Patrons et autres aydes et sur chacune douze jousteurs lesquels s'apprestèrent au combat tout aussi tôt qu'ils virent les Dames et toute la Compagnie sur le rivage", relatent le ou les témoins. La relation ne donne pas le nom du vainqueur du premier tournoi de joute à Cette qui reçut un prix des mains de Mme l'Intendante et "les vaincus mesmes furent consolez de quelques présens agréables". Il y avait peut-être dans les barques des natifs du lieu, mais le gros de la troupe venait de Frontignan et surtout d'Aigues-Mortes. Car c'est à partir de la cité royale que la pratique de la joute nautique se répandit en Languedoc.

On joute en Agde dès 1601, à Frontignan en 1628 et la pratique gagna sur tout le littoral de l'étang de Thau. C'est à Aigues-Mortes, port de la croisade, que les traditions de la chevalerie s'amalgamèrent aux coutumes festives populaires. Comme en bien d'autres lieux en France à la fin du Moyen-Age quand "les tournois se normalisent et deviennent un spectacle tout en restant un entraînement militaire". Des joutes nautiques eurent lieu à Lyon, à Marseille en 1349, puis au Havre, Lille (!) et  Strasbourg en 1744 pour célébrer la guérison de Louis XV. On ne sait qui importa cette très ancienne pratique de combat sur l'eau en France. Elle apparait surgie d'un très lointain passé, peut-être venue d'Italie. Car les Romains joutaient et joutèrent longtemps. En attestent la description des fêtes en l'honneur de Castor et Pollux à Ostie, ainsi que les céramiques montrant des jeux nautiques à Strasbourg en 303 ap JC en l'honneur de l'empereur Dioclétien. Avant eux, les Grecs dès le VIIème siècle av JC. Plus tôt encore, les Egyptiens dès que les pharaons établirent leur pouvoir sous l'Ancien empire (2780 à 2380 av JC).

Cette coutume plurimillénaire trouve à Sète un lieu d'épanouissement. Longtemps pour des raisons politiques : de Louis XIV à Napoléon. Mais aussi parce que, fête populaire, elle est, selon G. Maccone, "halte reposante" et "trépidante" où s'expriment rêves d'enfants et espérances d'hommes. Et dans la lumière du sud quand, parmi les oriflammes, sur une eau miroitante s'affrontent les hommes en blanc, c'est un spectacle…royal!

Hervé Le Blanche

joutes en Egyptejoutes en Egypte (source : www.flacsu.fr)

1666 : le dessous des cartes.


Louis XIV vers 1660 au début de son règne. Le jeune roi a déjà visité nombre des ports du royaume.
 

Le 29 juillet dernier, on a célébré le 350ème anniversaire de la création officielle du port de Cette. C'est le roi, Louis XIV, qui avait suscité ce "miracle". Mais, créer un port "au Cap de Cette" mettait en jeu de gros et grands intérêts.

Les cérémonies furent spectaculaires à souhait. On eut quelque peine à poser la première pierre, mais on célébra par une médaille ce jour mémorable. Sur une face, était évoqué l'œuvre de P-P Riquet "le Moïse du Languedoc", créateur du canal des Deux Mers et du port. Sur l'autre face, des devises latines célébraient la gloire de Louis XIV, "victorieux et triomphateur", "le vainqueur et arbitre du monde". Trompettes, tambours, artillerie, explosions des boëtes et des cris de "Vive le Roy" ont salué la pose de "l'assez grosse pierre" probablement agathoise. Et pourtant, tout restait à faire sur le site d'une province périphérique du royaume où vivaient quelques dizaines de familles de pêcheurs et d'agriculteurs. Pourquoi, à coup de millions, offrir un débouché au canal de Riquet ?

Géographiquement, en Méditerranée, se croisent deux grands courants commerciaux : Europe du nord-Afrique et Moyen-Orient-Europe. Sur terre, l'île de Cette est à l'écart de la grande voie de passage Italie-Espagne (via Domitia). Créer un "havre facile et assuré" au fond du golfe du Lion correspondait toutefois à une logique stratégique : un port d'escale pour les galères du roi surveillant la Méditerranée occidentale. Le site n'était pas sans défauts. D'ailleurs, l'ingénieur hollandais Renejens avait recommandé d'établir le port, derrière le lido, dans l'étang de Thau. Le mont Saint Clair abritait des vents du ponant mais non de ceux du levant (le grec si redouté). Mais, marchands-fabricants, propriétaires fonciers avaient alerté l'Intendant : une des meilleures provinces du royaume périclitait faute de débouchés. A Montpellier, on tissait depuis le Moyen-Age des draps de laine fins. Les paysans tissaient l'hiver et le Haut Languedoc produisait des grains en abondance. Or, Colbert voulait mener une vraie guerre économique contre les autres puissances. Selon lui, le royaume devait acquérir le plus possible de numéraire. Alors, il suscita la création de ports, de compagnies de commerce. Pour Cette, ce fut la Société du Levant où les financiers de Montpellier contribuèrent beaucoup : la famille Bosc (Laurent, à l'origine du quai qui porte encore son nom ; Marc-Antoine, possesseur de plusieurs maisons à Cette). Contribuent aussi les Pouget, actionnaires de la manufacture de Villeneuvette et le grand consortium protestant des Sartre au rayonnement européen qui armeront les premiers navires partis de Cette courir "la grande aventure". Et investissent dans l'entreprise le chevalier de Clerville (4 000 livres) et…le Roy "en son particulier" (30 000 livres).

Cette devait concurrencer Cadix, Séville afin de capter les trésors de l'Amérique espagnole et exporter les draps, les grains, le sel, le pastel, le vin du Languedoc. Les médailles, l'évêque, les jouteurs, ce sont les figures des cartes du jeu. Reste le dessous des cartes.

 Hervé Le Blanche

Ouvrage sur l'histoire de Sète

Sète la Singulière

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon