Histoire de Sète

Aux origines de la Société nautique de Sète.

 aaaabhbtP1110627 (5)

La Société nautique de Sète est un yacht-club plus que centenaire. Elle vit le jour au milieu du XIXè siècle quand, suivant les voies ouvertes outre-Manche, la société regarda différemment les étendues marines et lorsque se développèrent de nouvelles formes de loisirs. Et "Cette" participa largement de ce mouvement.

 

Au Royaume-Uni, c'est au XVIIIè siècle que la mer cesse d'être un espace répulsif, effrayant par ses abysses et les catastrophes qu'il déchaîne. Les classes de loisir (aristocratie, bourgeoisie), après avoir investi les stations thermales, découvrent les plaisirs maritimes. Cette découverte des littoraux a lieu un peu plus tard en France, dans les années 1850-1870. Puis, Manet peindra "la terrasse du Havre" dominant la Manche et parfois des "femmes sur la plage". Et s'il peignit l'aube sur le port de pêche de Boulogne, c'est aussi parce que cette ville était une station balnéaire où il séjournait régulièrement. "Cette" n'était peut-être pas trop anglomane, mais la ville était en accord avec l'air du temps. La Société nautique fut la 7è créée en France, mais elle fut la seconde en Méditerranée et elle participa à la création du Yacht Club de France. C'est une décision du préfet de l'Hérault, en date du 3 juin 1862, qui entérina la constitution de la Société des régates de Cette par une publication au Journal officiel. Sont dévoilés au public les statuts et la liste des activités de cette société. Les buts officiels de la société paraissent ambitieux.

 

On n'avoue pas que le but de la Société est de se livrer à un plaisir sain et sportif, s'adonner à la pratique de la voile. Certes, dans les statuts, il est bien noté qu'un des buts est "d'encourager le goût des exercices nautiques", mais il est aussi question de favoriser "les progrès dans la construction des embarcations", voire "étudier par des explications pratiques les problèmes relatifs à la navigation" (!). Il est vrai que plus d'un siècle plus tard, c'est ce que réalisera Eric Tabarly. A Cette, en 1863,c'est bien ceux qui ont les moyens d'avoir des loisirs qui dominent à la Société. Sur 147 membres, 51 sont négociants : ainsi des deux Comolet, E. Gaffinel, P. et J. Bourgues, G. Caffarel, Chevalier, Torquebiau, Bergeyron. Parmi ces négociants, Allemands et Danois établis à Sète (Francke, Jansen). Se remarquent aussi cinq banquiers, six courtiers, un avocat, un architecte. Deux inscrits seulement sont issus du monde maritime : M. Simon, commandant de l'Ecole navale et M. Albert, capitaine du port. Un petit groupe de sociétaires est de rang plus modeste. Ils sont 15 au total, du constructeur de navire Olive au fils de tapissier, en passant par un employé au chemin de fer.

 

Gageons que tous se sont retrouvés pour les premières régates, le 24 août (jour de la Saint Louis) 1864. Se distinguèrent "Caroline" de l'armateur Senes, "Anna" de M. Chanoine (constructeur de navire), "Issanka" de M. Gautier, le président de la Société. La manifestation en fut pas reconduite en 1865. S'était-on réservé pour 1866, marquant le centenaire de "Cette" ?

 

Hervé Le Blanche

Photo HLB

Vitalité protestante au milieu du XIXè siècle, à Sète

Dans les années 1860-1880, la communauté protestante à Sète connaît un apogée. Un groupe de 480 familles, 6 % de la population de la ville. Active, dynamique, elle est même agitée de querelles doctrinales, parfois à l'arrière plan de ses œuvres comme l'établissement de bains de mer pour les malades indigents.

 

abcopCaptureJ.C. Gaussent (BSESS XIX-X 1986) situe l'apogée de la communauté protestante pour le XIXè siècle de 1866 à 1885. En nombre, elle est passée depuis 1802 de 780 à 2 300 personnes. Outre le groupe des marchands-négociants, elle recrute dans les milieux populaires (tonneliers) et, le port diversifiant ses activités, "vers 1870, les employés du gaz ou du chemin de fer comptent autant que les tonneliers". G. Frisch est courtier maritime, Julien père et fils raffinent le soufre et "le fils du pasteur Cazelles fait le commerce du bois". Mais le domaine de la pêche et de l'armement restent étrangers à la communauté réformée. Il fallut subventions et souscriptions pour reconstruire le temple qui datait de 1832. Quand tous les comptes furent apurés, lors de l'inauguration du 1er août 1878, une douzaine de pasteurs refusent de se joindre à leurs collègues, arguant du devoir de leur charge ou de la chaleur estivale. Ces refus sont le fait de divergences théologiques. Face aux Evangéliques dogmatiques, diffuse, depuis Sète, une doctrine plus "libérale" qui touche Nîmes, Montpellier, Le Vigan. Au total, 400 personnes, dont une centaine à Sète.

 

L'idéologie de ce groupe est impulsée par la fille d'un négociant allemand Hinsch qui épouse M. Armengaud, négociant. Les adeptes prônent une forme de mysticisme où la foi inspirée par l'esprit saint doit l'emporter sur tout autre valeur. Et la doctrine diffuse dans le groupe négociant, appuyée sur une œuvre ancienne (1847) : l'Etablissement des Bains de mer pour les Malades indigents à Sète.

 

Dans l'opuscule publié par les éditions Lacour en 2013 (malheureusement sans nom d'auteur), est présenté le rapport d'activité pour l'année 1861. Le bilan chiffré est précédé d'une déclaration d'intention du secrétaire trésorier Edouard Krüger, pasteur évangélique. Et dans cette homélie, on retrouve l'écho des thèses "hinschistes" : l'importance de la foi sans laquelle les auteurs de bonnes actions ne sont "qu'un airain qui résonne, une cymbale qui retentit".

La foi inspirant la charité qui "espère tout, supporte tout". Et, comme les corps, on soigne les âmes : assistance au culte, prières, diffusion du Nouveau Testament. A l’œuvre des bains de mer pour indigents, on poursuit des buts humanitaires et religieux.

 

Et le groupe prospère. En 1861, il peut investir dans l'achat de 100 lits de fer. Les résultats des cures, comme du prosélytisme, ne sont pas spectaculaires. Mais le pasteur Krüger pense qu'avec le temps s'effectue, "dans l'ombre", le travail de l'âme.

Hervé Le Blanche

Activités protestantes du passé de Sète.

 Culte, Protestant, Foi, Dsrp, Église

Illustration

 

Ville du royaume du Roi Très Chrétien, Sète était une terre catholique. Mais les besoins en main d’œuvre et en capitaux de cette "colonie pour le commerce" attirèrent les tenants de la Religion Prétendue Réformée qui y jouèrent un rôle important au moins jusqu'au milieu du XIXè siècle. La communauté s'organise à la fin du XVIII è siècle, traverse la tourmente révolutionnaire et poursuit des activités spirituelles et séculières.

 

Selon le pasteur Corbière dans son opuscule de 1866 relatif à l'Histoire des Réformés à Sète, c'est en 1770 qu'apparaît la première désignation d'une église réformée dans les "Procès Verbaux" des synodes provinciaux. Il est indiqué, au 1er mai de cette année, au colloque de Montpellier, que M. André Bastide était pasteur des églises de Montpellier, Cette et Mauguio. Puis, M. Bétrine desservira exclusivement l'église de Sète. Plus tard, M. Justin s'occupera des églises de Sète, Valmagne et Pignan, assisté de M. Maraval, puis de M. Daniel Encontre à qui "les bons témoignages ont été universellement rendus tant à son talent qu'à son application et à ses mœurs".

Lui succédera M. Julien, puis M. Jacques Vincent. Arguant du délabrement de sa santé, celui-ci demande son congé en 1793. On ne peut que s'étonner, avec le pasteur Corbière, de l'activité de la communauté en pleine tourmente révolutionnaire. Il est vrai, concède le pasteur, que "les vagues de l'agitation politique et sociale durent, pendant quelques temps, couvrir de leur écume et de leur fracas le roc paisible et inébranlable de l'église de Dieu". Dans la région, le culte s'interrompit jusqu'à la fin des années 1790. En 1802, sous le Consulat, le dernier nom de pasteur cité pour Sète est celui de Gachon fils .

 

A cette date, les protestants sont 400 à Sète pour environ 9 000 habitants. Mais ce que ne disent pas les documents cultuels, c'est que nombre de Réformés jouent un rôle important dans la vie économique et sociale de la ville-port. Attirés par les facilités d'installation et les perspectives économiques, arrivent, dès le milieu du XVIIIè siècle, ceux que l'Histoire de Sète (éd. Privat 1986) appelle les "Nordiques". Qu'ils soient luthériens ou calvinistes, profiteront du climat de tolérance à Sète le suisse Jean Kunckler (francisé Councler en 1846), des Danois, des Hollandais (Winthuysen, Verschwer), le suédois Ferber et des Allemands (Flickwier, Hinsch, Kühnholtz, Pihl). Ils font souche à Sète, s'allient aux notables (Grangent, Mercier). Ces marchands très entreprenants confirment les théories webériennes : ils travaillent pour leur salut et à s'enrichir. Ils adhèrent à la loge maçonnique "Les Amis Fidèles des Treize Etats Unis". Sont-ils séduits par les idéaux révolutionnaires ou par un vaste marché potentiel pour les vins ?

 

Le commerce avec l'Amérique du Nord ne prendra pas son essor. Mais ce groupe, présent à la mairie, dans les affaires, chez les notables, traversera la Révolution sans dommages. Ratyé, Flickwier seront maires. Et leurs descendants s'illustreront encore au milieu du XIXè siècle.

Hervé Le Blanche

Au CinéMistral : le Festival de Cinéma Jeune Public, à destination des petits cinéphiles

Au programme 12 films et 8 animations spéciales :
Ciné Concert , Ciné Conte, Ciné Théâtre d'Ombre, Ciné Halloween, une rencontre avec un réalisateur, une avant-première, un atelier bruitage , un Ciné Magie  et un atelier de philosophie  !
On vous attend nombreux pour faire de cet événement une grande fête ! 
 Réservez rapidement vos places à l'accueil du cinéma ou sur www.cinemistral.frPeut être une image de texte qui dit ’FESTIVAL DE CINÉMA JEUNE PUBLIC AU CINÉMISTRAL DE FRONTIGNAN TINERANTS ARTETESSAIDU ANGUEDOC 10 eme festival de cinéma jeune public Films Ateliers Ciné- gouters Rencontres Avant- OCTOBRE OCTOBRE-NOVEMBRE NOVEMBRE 2021 CNC Ladrc DU 23 OCTOBRE AU7 NOVEMBRE 2021 EN PARTENARIAT AVEC L'ACCILR ET LA VILLE DE FRONTIGNAN LA PEYRADE CinéMistral GPCI EROISOÊN Frontignanla’

 

Le destin tragique d'Henri II de Montmorency.

Avec ce personnage (1595-1632) s'éteint la branche aînée des Montmorency, une des plus grandes familles de France fin XVIè,-début XVIIè siècles. Héritier des privilèges de sa caste (Henri IV est son parrain), le fils du connétable Henri 1er (1534-1614) lui succéda comme gouverneur du Languedoc. Amiral de France, de Bretagne, de Guyenne, du Languedoc, il prit au sérieux les obligations de sa charge. Mais, fort de ses succès, il se rebella contre l'action étatique incarnée par Richelieu.

 amoP1100973

De sa conduite, on trouve des échos dans l'histoire de Sète. En effet, le fort de Montmorencette ne semble pas avoir disposé d'une garde importante. "Pirates et gens sans aveu" trouvaient refuge dans la forêt de Saint Clair. Et puis, en 1621 eut lieu un épisode qui donna peut-être l'éveil à celui qui s'efforçait, depuis 1612, de faire de l'Amirauté un instrument efficace. Le 3 août 1621 donc, près des restes du port d'Henri IV, mouille un navire hollandais de 8 canons. Son capitaine, trois soldats et un interprète hèlent un pêcheur pour s'enquérir du lieu où ils ont abordé.

Le pêcheur comprend qu'ils sont de la Religion (réformée), leur affirme que le gouverneur de Sète en fait également partie et qu'il peut les mettre en relation avec un personnage important du royaume. Le gouverneur d'Espinaud (qui a succédé à d'Augier) retient les envoyés à dîner et fait alerter Montmorency. Celui-ci accourt de sa résidence de Pézenas, capture les Hollandais et saisit la cargaison du navire : rien moins qu'armes et munitions suffisantes pour armer 12 000 hommes. Sont trouvées des adresses aux églises protestantes de Montpellier, Aigues-Mortes, Nîmes et plusieurs villages insoumis.

 Est-ce cet évènement qui décida Montmorency ou bien le souci de l'ordre du gouverneur du Languedoc ? Toujours est-il qu'il fit abattre la forêt multiséculaire de Saint Clair. Ainsi la colline ne pouvait plus servir de refuge aux hors la loi ou aux ennemis du royaume. Par ailleurs, Henri II de Montmorency était passionné de Marine. L'Amiral se montra actif, entreprenant, novateur dans son action. En 1624, il fait créer un conseil de Marine dont l'action s'étend au commerce au long cours vers la Nouvelle France. En 1625, lors du siège de La Rochelle, il bat les Protestants au large de cette ville.

Mais Richelieu cherchait à dégager l'action publique de l'emprise féodale. Il pousse Montmorency à la démission de sa charge d'Amiral, avec tout de même une compensation de 1 200 000 livres ! Celui dont un ancêtre était "compère" de François 1er n'a-t-il pas supporté de voir son pouvoir diminué ? De fait, il se joint à la révolte du frère du roi, Gaston d'Orléans, contre Richelieu. Il est soutenu par les Etats du Languedoc, plusieurs évêques, des villes. Le 22 juillet 1632, à Pézenas, le représentant du roi est arrêté.

 

La sécession du Languedoc sera courte. Le 1er septembre 1632, les troupes rebelles sont dispersées près de Castelnaudary. Henri II de Montmorency a été décapité à Toulouse. Et Montmorencette fut démantelée comme toutes ses autres forteresses. Ainsi prenait corps l’État moderne.

 

Hervé Le Blanche

Pourquoi une rue Montmorency à Sète ?

amontP1100972C'est la question que l'on peut se poser en lisant le nom de la longue voie descendante qui relie le boulevard Chevalier de Clerville à la rue Rouget de l'Isle , non loin du plan Joseph Soulet où siègent les Archives municipales. Pourtant, deux représentants d'une des plus puissantes familles du royaume de France aux XVIè et XVIIè siècles jouèrent un rôle dans l'histoire de Sète. Et l'action d'Henri Ier de Montmorency (1534-1614) aurait pu être décisive.

 

En effet, celui qui, à l'exemple de ses ancêtres, cumulait charges et fonctions fut gouverneur du Languedoc (chargé des affaires militaires) sous le règne d'Henri IV. Et il apparut au gouverneur et au monarque que la frontière maritime de la province n'était pas sûre et qu'elle était plutôt un obstacle au commerce qu'un facteur favorable. Du Rhône à Leucate, pas de rade commode et assurée. Les atterrissements comblent étangs et passes. Ainsi des graus desservant Montpellier et Narbonne. Celui de Frontignan est de fonds réduits. Agde, port traditionnel de la province, doit compter avec la barre au débouché de l'Hérault et des bancs de sable dans l'estuaire. Dans l'Histoire de Sète (Privat 1988, p. 42), il est souligné que "seuls, de petits bateaux de pêche ou de négoce au cabotage peuvent s'accommoder d'une telle situation". En plus, selon la même source, "la veille continue de corsaires et de pirates sur le golfe ne peut assurer une paisible navigation". De l'îlot de Brescou au cap d'Agde, le pirate Barberoussette mène ses expéditions.

 

C'est là qu'intervint le gouverneur du Languedoc Henri Ier qui délogea Barberoussette de Brescou en 1586 et éloigna le danger du mont Saint Clair. Et Henri IV et le gouverneur conçurent un projet plus ambitieux en vue de sécuriser la province : créer un port.

C'est ce qu'ordonnait l'arrêt du 23 juillet 1596, demandant – sur rapport de Montmorency – que soit créé "un port au cap de Cette". Cet abri serait protégé par une forteresse afin de parer à tout acte hostile.

Henri de Montmorency confia l'exécution du projet à Pierre d'Augier, gouverneur de Bagnols, prévôt général du Languedoc, qui reçoit le titre de "gouverneur et capitaine des ville, château, port et anse de Cette".

Les Etats du Languedoc, jaloux de leur autonomie, refusent tout financement. Celui-ci doit être assuré par "la crue (prélèvement) de 10 sols par minot de sel (39,36 litres) perçue dans les 17 greniers à sel languedociens et l'impôt de 2 % sur les marchandises empruntant les graus de Frontignan et Maguelonne". Et à Saint Clair, il est bâti le fort de Montmorencette, tandis qu'au lieu dit aujourd'hui le Lazaret, surgissent môles et jetées. En 1601 selon d'Augier, "le port se porte bien". En 1605, il peut abriter douze vaisseaux et une galère du duc de Savoie. Mais les dépenses ont, de loin, dépassé les prévisions. Le financement prévu s'avère très insuffisant pour y faire face.

 

D'Augier mourra ruiné après avoir engagé sa fortune personnelle. Peu à peu, l'abri est délaissé. De tout cela ne restera-t-il que le fort de Montmorencette ?

 

Hervé Le Blanche



Eugénie Cotton (1881-1967), une militante universaliste.

C'est par son action à l'échelle mondiale qu'Eugénie Cotton retient le plus l'attention. "Compagnon de route" du Parti Communiste français, son action, en France et à l'échelle mondiale, lui valut d'être prix Staline en 1950. Dans le quartier du Château vert à Sète, en hommage à son action, une école primaire porte son nom.

 

cottonP1100907 (2)Cette école ne figure pas (selon la notice d'Internet) dans la liste des rues et établissements scolaires qui, en France, portent le nom de Cotton. Est évoqué tout un florilège incluant Paris et des villes de banlieue, Lanester en Bretagne, Romilly sur Seine dans l'Aube, Talange en Moselle. A Paris même, une rue dans le XIX è porte son nom. On n'enviera pas Lanester ou Talange, mais Sète rend hommage à Eugénie Cotton, même si c'est une municipalité communiste qui en a décidé ainsi. On peut le comprendre car, celle qui n'a pas adhéré au parti communiste incarnait un idéal que "le parti" proposait alors aux femmes de réaliser. Elle était mariée et avait enfanté quatre fois.

Elle était une scientifique de haut niveau (elle est docteur en Sciences physiques en 1925) et elle est une militante engagée. La notice rapporte qu'elle a "apporté son aide aux antifascistes allemands réfugiés en France depuis 1933", puis aux Espagnols opposés au régime franquiste. Elle fut démise par le régime de Vichy de la direction de l'Ecole Normale de Jeunes Filles de Sèvres en 1941. Cela ne l'empêchera pas, plus tard, d'être faite chevalier de la Légion d'Honneur.

 

A la Libération, dans le sillage de l'action communiste en France, elle contribue à fonder l'Union des Femmes françaises (décembre 1944), dont la présidente était Jeannette Vermeersch, la compagne de Maurice Thorez. Le mouvement, initié par le PC, s'étend, attirant, à l'image d'Irène Joliot-Curie (fille aînée de Marie Curie, éminente scientifique), les idéalistes sincères. En 1944, l'Union groupe 180 000 membres, 627 000 en septembre 1945. Cette année-là, Eugénie Cotton devient présidente de la Fédération Internationale des Femmes et rien moins que vice-présidente du Conseil mondial de la paix. C'est l'époque du Mouvement pour la Paix qui porte les espoirs d'une partie de l'opinion mondiale.

Après cinq ans de massacres et de destructions inouïs, les peuples aspirent à la paix. Dans les foyers, dans les cœurs, voilà un mot qui résonne. Et, insistera Claudine Monteil dans Marie Curie et ses filles (Calmann Lévy 2021), ce qui compte avant tout, pour beaucoup, c'est d'avoir un toit, reprendre un travail. Et quand en 1950, le Mouvement mondial des partisans de la paix lancera l'appel de Stockholm pour la paix et l'interdiction de l'arme atomique, signeront, outre les communistes, bien des gens de bonne volonté.

 

Ainsi de Marc Chagall, Duke Ellington, Yves Montand et un jeune étudiant prometteur du nom de Jacques Chirac. Albert Einstein refusa de signer la pétition. Pour lui, le régime stalinien n'était qu'une dictature qui désinformait l'opinion. Pas pour Eugénie Cotton.

Hervé Le Blanche

1960 : De Gaulle à Sète

En voyage officiel dans le Sud de la France, le général de Gaulle fait une halte à Sète le 28 février 1960. Du balcon de la mairie, et devant une foule importante, il adresse aux Sétois quelques mots de remerciement chaleureux, avant d'entonner la Marseillaise.

 

"Si l'accueil amical et généreux d'une ville n'a jamais donné du réconfort et n'a jamais servi de témoignage à la France, eh bien l'accueil de Sète est par excellence cet accueil-là ! Vous toutes, vous tous qui êtes ici, je vous en remercie de tout mon coeur, pour moi-même, car c'est un honneur que vous me faites, et pour la patrie tout entière car c'est une preuve que vous lui donnez. Le soir tombe, j'ai gagné ma journée et je vous assure que tout au long de ma route, et en particulier chez vous, j'en ai recueilli un immense et utile réconfort. Alors tous ensemble, devant cette mairie qui est la maison commune, et notamment qui est la mienne, nous allons tous ensemble chanter l'hymne national : la Marseillaise !"
Charles de Gaulle, 28 février 1960

   

 L'Institut National de l'Audiovisuel (INA) a mis en ligne sur son site des documents d'archives retraçant les déplacements officiels que le général de Gaulle effectua dans toute la France entre février 1959 et juin 1965, en particulier le neuvième qui du 25 au 28 février 1960 se déroule dans le Languedoc.
À Sète, le dernier jour de son périple, il est accueilli sur la place Léon Blum par le maire communiste Pierre Arrault, qui ne s'est prononcé qu'in extremis en faveur de la réception officielle : voir le film vidéo de l'INA

 Dans cet extrait du discours, transparait la communion et l'unité entre les Français et leur président.  Selon Aude Vassallo qui présente la vidéo de l'INA, "dans cet extrait du discours, ne figurent que les traditionnels remerciements pour l'accueil chaleureux de la ville de Sète et des Sétois (nombreux à être venus l'écouter) et la toute fin de la déclaration du Général. Néanmoins, grâce au journaliste Pierre Viansson-Ponté, nous savons qu'il reprend les thèmes développés à Narbonne, le jour précédent : alors que la première bombe atomique française a explosé treize jours plus tôt à Reggane, le discours du Général se consacre à la " politique de grandeur " poursuivie par la France, seule politique capable de lui offrir l'opportunité d'influer sur le destin du monde. Devenue une puissance atomique, la France peut désormais se tenir " debout ", elle " doit avoir des alliés et des amis, mais elle n'a pas besoin de protecteur ".

Le général de Gaulle arrive de Béziers par le quai de la Marine

Vous avez dit Cotton ?

Dans le quartier du Château vert, un peu en contrebas du boulevard Chevalier de Clerville, le nom d'Eugénie Cotton a été donné à une école primaire et maternelle. Pour le grand public, cette appellation reste énigmatique. Or, Eugénie Cotton (1881-1967) fut une ardente militante et une scientifique d'envergure.
 
cottP1100906 (2)Les sources les plus accessibles ne nous livrent que son nom d'avant son mariage (Eugénie Feytis) et ses épousailles avec Aimé Cotton (1869-1951), physicien, enseignant à la faculté des Sciences de Paris et à l'Ecole normale supérieure de Saint Cloud. Ils auront 4 enfants dont un mourut en bas âge. Nous ignorons tout d'elle jusqu'à son entrée à l'Ecole normale de jeunes filles à Sèvres en 1901. Tout au plus peut-on supposer qu'elle venait d'un milieu suffisamment aisé pour lui permettre de poursuivre des études secondaires scientifiques. A Sèvres, elle va faire une rencontre déterminante. Une certaine Marie Curie est chargée des conférences de Physique des première et deuxième années de l'Ecole normale.

Selon Claudine Monteil, dans Marie Curie et ses filles (ed. Calmann Levy, 2021), Marie Curie, au terme de six années d'enseignement, va "marquer une génération de jeunes élèves". Eugénie Cotton se passionne pour les manipulations, mesures et surtout les "discussions après coup sur les résultats obtenus".

 

Cela change d'un enseignement jusque là livresque. Et Marie et Pierre Curie, Paul Langevin deviennent des amis. Eugénie Cotton semble-t-il s'épanouit dans la poursuite de son cursus, reçue première à l'agrégation de Sciences physiques et naturelles en 1904.
 
Elle enseigna au collège de Poitiers, puis à l'Ecole normale supérieure de jeunes filles. En 1925, elle est docteur d’État. Mais c'est sous le gouvernement du Front Populaire que son rôle va prendre de l'importance. Trois femmes font partie du gouvernement Blum, dont la fille aînée de Marie Curie, Irène Joliot-Curie, sous-secrétaire d’État à la Recherche. Celle-ci, malgré son aversion pour la politique, a accepté le poste pour faire avancer les revendications féminines vers plus d'égalité et agir pour le développement de la recherche scientifique.

 

Bien que bridée par son ministre de tutelle, Jean Zay, Irène Joliot-Curie n'entend pas se limiter au rôle de "femme-alibi". Elle veut être utile à son poste, malgré une ambiance peu favorable. Elle nomme Eugénie Cotton à la tête de l'Ecole normale de jeunes filles de Sèvres avec pour mission d'aligner la condition des sévriennes sur celle des normaliens de la rue d'Ulm : avoir le droit de passer la licence et l'agrégation, devenir professeures de l'enseignement secondaire et briser "le plafond de verre" en faisant carrière dans l'enseignement supérieur.
 
Même si la route est parsemée d'obstacles pour les jeunes scientifiques désireuses d'atteindre une position digne de leurs compétences, une porte s'ouvre. Les plus conservateurs ne s'y trompèrent pas : Vichy mit Eugénie Cotton à la retraite en 1941. Il est vrai qu'en plus d'être féministe, elle était antifasciste militante.

 

Hervé Le Blanche

Sète avant la Grande Guerre.

Sète avant la Grande Guerre.

boscP1100542

Les faits rapportés dans "Jours de Cette" s'étalent sur 20 ans (1893-1913). L'ouvrage (éd. L'An Demain, 5 quai d'Alger), écrit par François Mottier et illustré par Jean Brunelin, évoque par le biais de la correspondance d'un commis suisse et de sa mère ce qui a fait longtemps l'identité de Sète, ainsi que l'écho des grands évènements.

 

C'était au temps (avril 1897) où, en promenade sur le mont Saint Clair, on pouvait croiser un "M. Valéry", fonctionnaire à Paris, qui faisait paraître des poèmes dans la Revue Maritime Marseillaise. C'était le temps (novembre 1896) où se montait, rue de l'Esplanade (actuelle rue général de Gaulle), le cinématographe Demeny. On s'y divertissait tout en jugeant que "ce procédé d'images animées...n'ait qu'un avenir forain". Car les distractions, à Cette, ce sont des nouveautés, comme la mise en service des lignes de tramways électriques (janvier 1901) qui remportent auprès du public "un colossal succès". Ils émerveillent et flattent la fierté cettoise. On peut se rendre des Halles à La Peyrade et du môle à la Corniche ! Et puis bien sûr, il y a les fêtes : au Carnaval et à la Saint Louis. Celle-ci n'est pas évoquée comme fête votive le 17 août 1898, mais comme l'occasion de la parade de la "très célèbre Société mixte de gymnastique et de tir la Cettoise", pour la fête de la Fédération des Sociétés de Gymnastique. Là, suivant le correspondant, "Cette s'étourdissait de gaieté et de musique". Les joutes et la Saint Louis sont (un peu indirectement) mentionnées lors de l'évocation du personnage du "Mouton", le jouteur légendaire Louis Vaillé.

 

Si la Saint Louis était le moment de la communion des cœurs des Cettois, la ville était aussi remuée par les courants politiques et sociaux de l'époque. En mars 1896, on manifeste contre l'augmentation du prix du pain. En mai 1901, les transporteurs font grève et parcourent la ville en cortège. Mais aussi, grande émotion chez les habitants de la ville-port : en juin 1894, Jeronimo Caserio, un lombard de 21 ans mitron à la boulangerie Viala au quai d'Alger, poignarde à Lyon le président de la République Sadi Carnot. Soupçonnant des complicités à Sète, la police enquête. Viala est inquiété, 21 personnes sont interrogées.

Et dans la presse, on juge bon de désavouer le geste "repoussé avec horreur et indignation". Autre épisode politique marquant, la venue de Jaurès le 3 juillet 1898 pour plaider la cause du capitaine Dreyfus. L'attitude d'un journaliste est telle que le natif de Clarens est prêt de perdre son sang froid. Et puis, c'était au temps où l'escadre de la Méditerranée faisait escale à Sète. La France se voulait grande puissance maritime pour soutenir son effort de rayonnement dans le monde. Ainsi, la France est présente en Extrême-Orient et en août 1900, l'aspirant Herber trouve la mort en défendant les légations occidentales à Pékin.

 C'était au temps où on exaltait la conquête de l'Ouest et où les Anglais guerroyaient au Transvaal. Et, Venisette ou petit Menton, on accueillait des touristes à Cette où la lumière était toujours aussi belle.

Hervé Le Blanche.

Evoquer Cette, la "ville-port".

 

Si l'Histoire est l'évocation du passé, il y a bien des façons de "faire de l'Histoire". L'ouvrage, "Jours de Cette" dû à la collaboration de François Mottier pour le texte et Jean Brunelin pour l'iconographie, en est un exemple (éd. L'An Demain, 5 quai d'Alger, Sète).

En effet, avec la correspondance supposée d'un jeune commis négociant suisse, Baptistin Vulliez, c'est Cette d'avant la Grande Guerre qui est évoquée.

 

Jean Brunelin, dans la préface, brosse le décor des épisodes qui seront présentés. A la charnière de la dépression économique des années 1870 et alors que s'amorce la Belle Epoque, "… L'abondance nouvelle viendra évidemment de la mer, car Cette est une ville-port, un port dans une ville où les bateaux sont dans la rue et la mer toujours à portée de regard". Cette, avec les canaux baignant les pieds de la "collinette" de Saint Clair, sera surnommée la "Venisette" par le citoyen du canton de Vaud.

Et le natif de Clarens (sur la riviera genevoise) aurait été sensible, dès l'abord, à la lumière qui éblouit sa prunelle, même en octobre avant qu'il n'en apprécie tout l'éclat (nécessitant le port de verres colorés) au mois de juin. Voilà qui est bien vu, mais on peut être déçu que notre Helvète soit muet sur la douceur du climat en général. Il est vrai qu'il avait tant à voir et à dire.

Aussi ne fait-il que signaler en une occurrence les quais "bruts et décharnés", très professionnels avec pour certains "de vastes alignements de futailles parmi lesquels évoluent gens et véhicules". Mais en dehors du négoce, le milieu marin impose ses contraintes générant parfois difficultés et épisodes dramatiques.

 Ainsi le steamer Anaïs-C fit naufrage en janvier 1895 au large de Marseille. Parmi les 13 disparus, on compte un citoyen de Frontignan et le mousse Honoré Xiffre, 14 ans. Et comme nombre de Cettois sont inscrits maritimes, lorsque la soute à poudre du cuirassé Iena explose à Toulon, on déplore 2 victimes cettoises à qui on fera des funérailles solennelles.

Et puis, le 25 octobre 1898 : "Pandémonium, capitale des Enfers, a ouvert ses portes…". Baptistin Vulliez considère "la scène dantesque d'un navire d'un seul coup enflammé, son pont entier lancé dans les airs, puis retombant dans l'hideux fracas que feraient les os brisés d'un Titan". Le tocsin sonne, on accourt de toutes parts. Le brick goélette Tomase Padre, chargé de fûts de pétrole, est en feu. L'incendie menace les navires voisins également chargés de fûts de pétrole. Le Tomase Padre fut extrait du port par le navire pilote le Vigilant et remorqué jusqu'à la plage de Frontignan. Les pêcheurs quant à eux connaissaient des difficultés : on s'inquiétait déjà de la baisse de la ressource et un vieux sage préconisait la fermeture de la pêche à certaines époques, comme il existe la fermeture de la chasse.

 

Voilà une agréable plongée dans le passé, guidée par un style un peu naïf et apprêté (Baptistin est jeune), présentant parfois de belles envolées, comme pour le phare de Saint Clair, "Polyphème de la mer"

Hervé Le Blanche

 

Pour en savoir plus :https://www.landemain.fr/regionalisme/sete-bassin-de-thau/jours-de-cette

....