Histoire de Sète

LE PORTRAIT DE LA SEMAINE par Philippe Raybaud : YVETTE LABROUSSE " LA GRANDE BÉGUM " ENFANT DE SÈTE

LE PORTRAIT DE LA SEMAINE par Philippe Raybaud :  YVETTE LABROUSSE " LA GRANDE BÉGUM " ENFANT DE SÈTE

ababaCapture d’écran 2022-06-19 113557C'est au pied du mont ST Clair, à Sète, qu’ Yvette Labrousse voit le jour, le 15 février 1906. D'une famille modeste, fille d'un conducteur de tramway et d'une couturière, cette enfant va connaître une destinée hors du commun.

Quelques mois après sa naissance, ses parents rejoignent la Côte d'Azur, puis  Lyon, le pays de la couture et des étoffes. C'est là que grandit cette demoiselle de près de 1 mètre quatre - vingts, elle apprend la couture auprès de sa mère. Une grande personnalité alliée à son charme la mène sur les podiums. Élue Miss Lyon en 1929 et Miss France en 1930, elle parcourt le monde, défile pour les " Grands de la mode " et s'installe avec ses parents en Égypte, période où elle habite Le Caire et se convertit à l'Islam.

 
En octobre 1944, à l'âge de trente-huit ans, elle épouse l'Imam Sultan Mohamed Shah et s'appelle désormais Om Habibeh, la Bégum Aga Khan. Ce couple heureux s'installe sur les hauteurs du Canet, dans les Alpes Maritimes. Leur propriété est couverte de pelouses qui descendent jusqu'à la mer. Cette villa somptueuse est nommée " Yakimour ( contraction de Yvette Agan Khan et Amour) devient leur véritable nid d'Amour. La Bégum ne quittera jamais son époux, s'occupant de lui le suivant partout.
 
En 1945, elle est sacrée, par son mari, Mata Salamat (mère de Paix) et devient la troisième Bégum en quatre cents ans d'histoire.
 
Une vie mouvementée, jonchée de rencontres des plus grands du monde d'alors, ne fut que merveille jusqu'au décès de son époux en juillet 1957. Son seul regret est celui de ne pas avoir enfanté. Elle nous quitte le 1 juillet 2000, à l'âge de 94 ans.
 
A l’initiative d’ Elisabeth Duval et Michel Richard (Artiste graphiste), habitants de l’immeuble, une plaque commémorative a été posée au 25 de la Grand Rue Mario Roustan, lieu de résidence de La Bégum et devrait être prochainement inaugurée.
 
( Sources : Historia, Noblesses et Royautés, Histoires Royales).

 Philippe Raybaud

Montpellier-Cette, Messieurs Pouget.

S'il est une famille qui a joué un rôle notable à Sète sous l'Ancien Régime, c'est bien celle des Pouget. Pourtant, ce n'est pas dans la ville-port qu'elle prit de l'envergure, jusqu'à constituer un clan de notables du Montpelliérais.

Mais la lignée d'André-François Pouget est étroitement liée à l'histoire du port voulu par la royauté dont ils défendirent âprement les prérogatives.

 

Les Pouget sont originaires d'un bourg, aux confins du Montpellérais, situé à l'est de Clermont-l'Hérault. Ils lui ont même donné leur nom. L'origine de leur fortune est obscure. Le premier notable, François-Honoré, est titulaire d'un office de finance héréditaire, "conseiller" du roi et donc noble (noblesse de robe). D'ailleurs, son fils André-François, portera le titre d'écuyer (pas tout à fait chevalier), ce qui ne l'empêchera pas de devenir président-juge des traites et gabelles du "département" de Cette et lieutenant général de l'Amirauté, nouvellement créée en 1691. La famille avait bien contribué à la création du port. André Pouget dirigeait la manufacture royale de Villeneuvette avec une "compagnie" de financiers favorisés par Colbert et, avec son frère Honoré, figure parmi les actionnaires de la Compagnie du Levant, créée à l'incitation de l'omniprésent ministre de Louis XIV.

Cette, c'était donc un peu l'œuvre des Pouget. André-François qui dirigea l'Amirauté depuis 1692 fit un mariage en rapport avec son rang. Il épousa en seconde noces, en 1743 à 48 ans, la fille d'un officier de finance. Et un fils du lieutenant de l'Amirauté, André-Joseph, deviendra "capitaine de Sète" en 1785.

 

D'autres membres de la fratrie s'illustrèrent à Montpellier. Un seul restera dans l'ombre, chanoine de la cathédrale de Montpellier. Mais c'est le fils d'André-François, le premier lieutenant de l'Amirauté qui défraya la chronique en Ile singulière. Joseph-Suzanne Pouget y naquit et succéda à son père. Il cultive les lettres anciennes et montre un réel intérêt pour le monde maritime. Il aura une brillante carrière qu'il terminera de Paris à Saint Domingue, avant de mourir au large de Port au Prince en 1792. A Cette, son père avait obtenu un arrêt de justice lui donnant la préséance sur tous les autres officiers et magistrats et "un banc à l'endroit le plus honorable de la nef" à l'église. L'édit de 1706 précisait que "les juges de l'Amirauté ne sont pas des juges ordinaires" et que "la loi expresse déroge du droit commun" (article 52). En 1783, il créa un énorme scandale. En l'absence de son fils, Joseph-Suzanne, il assistait aux réjouissances de la Saint Louis. On joutait sur le canal devant les balcons des notables. Pouget envoie "4 différents émissaires" qui, "de la manière la plus impérative et même fort incivile", intiment l'ordre de faire donner "l'assaut" devant son balcon et non celui du lieutenant du roi. Il menace d'envoyer 20 fusillers pour arrêter les joutes.

 

Des commissaires furent nommés "pour tâcher de s'arranger avec le lieutenant de l'Amirauté". On ne sait qui gagna le tournoi, mais Pouget était bien dans son droit. Le droit du roi ?

Hervé Le Blanche

10 vidéos sur les joutes

Le musée Paul-Valéry propose une série de 10 vidéos sur les joutes : sur https://www.youtube.com/c/Mus%C3%A9ePaulVal%C3%A9ryS%C3%A8te34/

Les Joutes sétoises 01 - La création des joutes à Sète
Réalisation : Maïthé Vallès-Bled
Post production : Agence Réflexion[s] https://www.agence-reflexions.fr
Copyright : Musée Paul Valéry – Sète https://www.museepaulvalery-sete.fr

 

 

Les Joutes sétoises 02 - Historique de la Saint-Louis
Réalisation : Maïthé Vallès-Bled Post production : Agence Réflexion[s] https://www.agence-reflexions.fr Copyright : Musée Paul Valéry – Sète https://www.museepaulvalery-sete.fr

Sette, début 1795 : résistance passive ?

 

  La chute de Robespierre, le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), ouvrit une période de réaction. Pour les vainqueurs de l'Incorruptible, la Révolution était achevée et il convenait de "réagir" après la dictature montagnarde. A Sette, des épisodes où apparaissent des notables peuvent laisser penser que la Commune n'adhérait pas au nouveau cours des choses.

 

En France, après thermidor, le système terroriste fut abandonné : l'action du Comité de Salut Public fut limitée. Le Tribunal révolutionnaire cessa de fonctionner et l'accusateur Fouquier Tinville fut guillotiné. Le Club des Jacobins fut fermé sans que, note Jean Tulard (Histoire générale de la France, T4 Les Révolutions, Fayard), cela provoque des réactions populaires. Les anciens membres les plus avancés du Comité de Salut Public, Barère, Billaud-Varenne, Collot d'Herbois, sont inquiétés, de même que Vadier très actif au Comité de Sûreté générale. En février 1795 est rétablie la liberté des cultes.

La religion catholique prit un nouvel essor qui ne contribuait pas à l'affermissement du régime républicain. Mais étaient tournées les pages de la déesse Raison et de l'Etre suprême. Modérés politiques, nouveaux riches, "muscadins" et autres "incroyables" de la jeunesse dorée menaient la chasse aux Jacobins. A Sette, le Club des Jacobins local cessa de se réunir après le 4 mars 1795. Les républicains les plus avancés, Saint Ferréol, Bouillon, Arlès, Rodier, sont arrêtés. On s'invectivera entre Jacobins et modérés qualifiés de "cheveux à peigne".

 

Et l'offensive anti-jacobine prit un tour plus institutionnel. Fin novembre 1794 (23 frimaire an III), une délibération municipale nous apprend qu'une "Commission de l'épurement" œuvre au niveau du district. Et cette commission nomme une nouvelle municipalité. Tout le corps de ville est renouvelé. Maire et officiers municipaux "décorés de l'écharpe" apparaissent au balcon de la maison commune au son de la trompette du précon public. Mais, alors que l'opération de substitution paraît réussie, un incident va tout remettre en cause. Louis Bousquet, notaire, le maire désigné présent à la séance du Conseil général de la commune dix jours plus tard, refuse de prêter le serment d'usage et refuse la place de maire. On le presse d'accepter. Il est "vivement sollicité". Il persiste dans son refus qu'il explique par de "puissants motifs" qu'il n'évoque pas et quitte la séance. Le Conseil délibère et décide de la faire rappeler par trois officiers municipaux. Or, Goudard père, Julien Dussol et Péridier reviendront bredouilles. Le citoyen Bousquet n'est pas à son domicile. Bousquet n'a pas été le seul notable à refuser une place sous le régime thermidorien. Ainsi, Julien Dussol refusa, lui aussi pour de "puissants motifs", de siéger comme officier municipal.

 

On peut penser à des refus de se mettre en avant dans une période troublée. On peut aussi penser que, face à la réaction anti-jacobine, nombre de personnalités s'abstenaient de collaborer avec le nouveau régime et pratiquaient une forme de résistance passive.

Hervé Le Blanche

IllustrationLa France, Révolution Française

Le XV° Samedi de l’Histoire de Sète qui se déroulera le samedi 7 mai

Le XV° Samedi de l’Histoire de Sète qui se déroulera le samedi 7 mai à 14 h 30, à la nouvelle salle Brassens, 134 quai des Moulins. 
 
Peut être une image de 2 personnes
 
 
 
 
 Au programme 
• LE BAHUT DES VEDETTES PAR JEAN-PIERRE DIISERNIA
• LE PORT DE SÈTE ET LE PÉTROLE PAR GUSTAVE BRUGIDOU
• LE RALLYE LONDRES-LANGUEDOC SÈTE PAR MICHEL SÉGURA
• L’ACCIDENT DU GUNNY PAR MARIE-ANGE MARTIRE
• LE CODE NOIR PAR EDGAR BOCAGE

Cette en 1913 : la Belle Epoque ?

C'est la question que l'on peut se poser en feuilletant le Livret guide illustré édité par la Société pour la défense des intérêts de Cette à cette date. En effet, ce livret du syndicat d'initiative de l'époque évoque, à travers les publicités, le commerce, les industries, les loisirs de milieux aisés du port languedocien.

lancheIMG_0285(1)

 

Les membres du conseil de la "Société pour la défense des intérêts de Cette" sont onze. Deux seulement, E. Sottano imprimeur et Scemmama de Gialuli docteur, ne sont pas négociants. Certains ont fourni de la publicité au bulletin, comme François Olive spécialiste en apéritifs et même vins fins (Malaga, Madère, Marsala, Grenache, Banyuls, Porto, Xérès). Ainsi a procédé aussi Charles Barillon (5 quai d'Alger) qui s'adonne au même type de commerce. Et le secrétaire de la Société est César Souchon qui commerce "vins d'Algérie, d'Espagne, d'Italie." Au total, selon l'Histoire de Sète (Privat, 1988), 123 établissements font commerce du vin avant 1914.

On peut se demander si le commerce des "vins fins" est toujours florissant, compte tenu des tarifs douaniers. Mais, les sociétés cettoises fréquentent toujours les ports espagnols et italiens car elles vendent alors futailles, engrais et produits chimiques. Le président honoraire de la "Société pour la défense des intérêts de Cette" est M. Erasme Simonnot qui œuvre dans une activité induite par la viticulture, les "Produits et Engrais chimiques". La Compagnie Simonnot produit des soufres (nécessaires pour lutter contre l'oïdium) et du sulfate de cuivre (pour traiter d'autres parasites de la vigne). Et la Compagnie exporte des charbons de Carmeaux et de La Grand Combe.

 Deux autres établissements livrent des produits chimiques à l'agriculture : une annexe de la Société Saint Gobain et la Société Bordelaise de Produits chimiques. Mais il est une autre activité de Cette qu'induit le commerce du vin : la tonnellerie. Cette en est le centre le plus important au monde. Cela trouve un écho dans les publicités. Dans les établissements Rouane et fils, boulevard des Casernes, on fabrique et on loue des futailles. De même chez Ferdinand Petit qui achète le bois à Odessa, ou, 13 quai d'Alger, dans la société de Mme Veuve Bony. Le mouvement des affaires fait que, outre la Banque de France, cinq établissements bancaires sont installés en ville.

Et qui dit affaires dit négociations, rencontres et aussi loisirs.

Pour cela, il y a le Grand Café (7 quai de Bosc), le Café de la Plage avec vue sur la mer et d'où l'on peut faire des excursions en bateau. Et le Terminus Hôtel ! Il offre de "vraies chambres Touring-Club", des baignoires, une "véranda-estaminet", un salon de lecture et une bibliothèque. Et pour les Nemrods en puissance, l'"Arquebusier", J. Piasio (13 bis quai de Bosc), offre "munitions de chasse ou de tir" !

 

C'est là la face brillante de la ville-port. Ne figurent dans le tableau ni les ouvriers des industries chimiques, ni les portefaix et charretiers du port, ni les employés des salins. Où est le peuple de la tonnellerie ? Connaissaient-ils une "époque belle" ?

Hervé Le Blanche

Photographie HLB : "le dôme de l'immeuble de l'Hôtel Terminus."

1795, année noire à Sète.

 

Pain, Le Fil, Les Miettes, La Pauvreté

 

Fin 1795,début 1796 (frimaire-nivose dans le calendrier révolutionnaire), Sète connut une terrible crise de subsistances. Des causes générales (mauvaise récolte) et des causes particulières (mauvaise saison, situation de la ville) se conjuguèrent pour provoquer un manque de grains, donc de farine et de pain. Quoiqu'ils en pensaient, les magistrats du Conseil général en vinrent à utiliser des moyens illégaux.

 

Selon l'Histoire de Sète (Privat, 1988), la récolte de 1795 fut une des plus mauvaises du XVIIIè siècle. L'examen des archives des déclarations municipales de l'époque indique que, pendant toute l'année 1795, la peur de manquer de grains avait été constante et qu'un certain rationnement avait été mis en place. Et la récolte annuelle du terroir de Sète n'était que de 400 qx, quantité à peine suffisante pour une consommation hebdomadaire. Les membres de la municipalité souligneront à maintes reprises que la commune devait prévoir la subsistance de 9 000 âmes, des étrangers fréquentant journellement la commune, des marins des bâtiments dans le port et tous ceux qui œuvraient à l'acheminement des fourrages et autres denrées pour l'armée des Pyrénées orientales.

De plus, la mauvaise saison complique encore le problème. Pour moudre le grain, il faut le transporter par mer à Agde. Mais si le fleuve déborde, il est impossible d'entrer dans "la rivière Hérault". Ceci est arrivé en frimaire (novembre 1795) et mi-nivose (décembre 1795).

 

A la fin de ce troisième mois de l'année républicaine, la "Commune de Cette" attend le retour de la barque du citoyen Biron. La municipalité semble avoir épuisé "tous les moyens que la sagesse suggère". Elle a emprunté au "Munitionnaire" (sans doute une structure militaire), elle a emprunté au Bureau de la Marine, elle a tenté de se procurer, par Lunel, les grains destinés à la Lozère. Surtout, elle a mis la main sur 1 900 "qx bleds", cargaison du brick gênois La Conception,capitaine Boubon. Non sans états d'âme et moultes délibérations. Le 5 nivose, un membre du Conseil interpelle la municipalité : "Citoyens, la famine menace la commune, à peine avons-nous dans nos magasins des farines pour fournir à la distribution demain." Famine, le mot est lâché par le membre du Conseil général devant qui est agité le spectre de l'émeute. "Le peuple, effrayé par la famine cette calamité affreuse, pourrait se livrer à des excès qu'il serait difficile de corriger et dont les effets paralysent les autorités…" L'orateur a sans doute vu juste. Car cela fait un an que les Sétois doivent se contenter d'une livre de pain par jour et par personne environ 400 grammes) et que, pour le reste, ils devaient se contenter de cette mystérieuse substance que Victor Hugo nomme "la vache enragée".

 

Et le Conseil s'inquiétait d'autant plus que, depuis 4 mois, il négociait à Marseille pour un arrivage important de 8 000 qx. Mais, malgré l'envoi de députations successives, l'affaire traînait. Le pactole marseillais ne semblait prêt à se déverser sur la Commune de Cette. Mais c'est une autre histoire.

Hervé Le Blanche

Daviler, le Parisien de Montpellier.

Daviler, le Parisien de Montpellier.

 

hvhvCaptureL'église Saint Louis est un des rares monument classique de Sète. Elle a été érigée à la limite du Quartier Haut, dans l'espace compris entre la rue des Trois Journées (ex rue St Louis) et la rue Villaret-Joyeuse (ex rue St Charles). Elle fut construite de 1699 à 1703 sur les plans d'Augustin, Charles Daviler (d'Aviler) – 1653-1701 – dont la destinée fut brève (il meurt à Montpellier à 48 ans), mais singulière.

 

Il naquit à Paris dans une famille de petite noblesse de robe. Grâce à l'honnête aisance de sa famille, Augustin Charles suivit des études classiques et les cours de l'Académie d'architecture. Elève prometteur, il fut envoyé parfaire sa formation à Rome, à l'Académie de France.

Parti de Marseille à destination de Gênes, son navire fut intercepté par les barbaresques et il resta captif deux ans (1674-1676) à Alger puis à Tunis. Libéré, il gagna Rome et le palais Cafarelli où étudiaient peintres, sculpteurs, architectes. Il y acquit rigueur et précision, connaissance des œuvres classiques comme des auteurs anciens. De retour en France après le 2ème prix au concours d'architecture, il fut remarqué par Jules Hardouin Mansard, le plus influent membre de l'Académie qui lui ouvre les portes de l'Agence des bâtiments du roi.

C'est l'époque du mécénat louisquatorzien (Trianon, Marly, Versailles). Mais c'est en Languedoc que Daviler fera carrière, marquant la province d'une empreinte classique et royale.

 

On ne connaît pas les circonstances dans lesquelles les Etats du Languedoc lui confient la réalisation de son premier monument monarchique, la porte "en façon d'arc de triomphe" du Peyrou à Montpellier.*

 

Il n'a pas 40 ans et sa personnalité peut s'épanouir en Languedoc. Formé auprès des meilleurs, ayant fréquenté Versailles, cultivé, homme de goût, il est apprécié des élites. C'est dans ce milieu qu'il rencontrera celle qui sera sa femme. Côté métier, il était l'auteur d'un cours d'architecture qui s'imposa comme référence. Il maîtrisait les techniques de construction les plus évoluées et, affirme T. Verdier (Saint Denis de Montpellier Genèse et évolution d'une paroisse, éd. de L'Espérou, 2008), "évaluait avec précision les coûts de construction, dissertait sur les devis et savait diriger un chantier en homme de métier". Aussi, architecte de la ville de Montpellier en 1692, des États du Languedoc en 1693, il œuvra dans toute la province : "Il offrit au Languedoc sa parure d'églises, de châteaux, de fontaines, d'hôtels de ville, de palais épiscopaux, de monuments publics, de places, de maisons…"

 

Et c'est à Augustin Charles d'Aviler, le bâtisseur, que l'Intendant Basville confie la construction de l'église destinée à remplacer la chapelle édifiée par Riquet lorsque les consuls de Cette lui en font la demande. Belle occasion pour Basville de magnifier l'action royale dans le port créé sous le Grand roi.

Les murailles de Sète.

Les murailles de Sète.

 

En ces journées du patrimoine, comme tous les Français, les Sétois se penchent sur leur passé et en recherchent les témoignages. Sète est sans doute une ville récente à l’échelle de l’Histoire de la province et du pays (le môle a été commencé en 1666) mais certains monuments, quelque peu périphériques, témoignent d’un passé parfois agité. Le fort Saint-Pierre (actuel théâtre Jean Vilar) et le fort Richelieu (dominant le quartier haut, siège du sémaphore) rappellent une époque où notre cité était menacée de l’extérieur.

 

Dans les années 1710, Sète est une bourgade, nommée parfois « village », d’environ 1800 habitants où l’espace habité est parsemé de cours et jardins, de vignes, d’écuries, de poulaillers.

L’hôpital est logé dans une simple maison d’une pièce, comme les écoles. L’église Saint-Louis, à peine achevée, n’est pas encore pourvue de perron. Les édiles n’ont pas encore acheté l’hôtel de ville. Une vingtaine de maisons longent le canal, au delà de notre « premier pont » ; à l’époque, un pont de bois relie la ville à la route de Montpellier. Cinq maisons dont une auberge font face à l’agglomération. Pourtant, Cette doit être le débouché de la province du Languedoc et le second port du royaume en Méditerranée, après Marseille. L’importance de la ville à venir est pressentie aussi par les ennemis du royaume. Pendant la guerre de succession d’Espagne (1710-1713), alors qu’en Espagne et sur la frontière nord de la France s’étripent Français, Anglais, Hollandais et Impériaux, la flotte britannique tente un coup de main sur le Languedoc.

Débarqués par la flotte de l’amiral Norris, 1500 hommes se rendent maîtres de Cette pendant trois jours, du 25 au 28 juillet 1710. La descente anglaise traumatisa durablement la province. La monarchie mobilisa un de ses grands commis, Antoine Niquet (1641 ?-1726), ingénieur du roi et directeur des fortifications du Languedoc.

Sous son impulsion, le fort Saint-Louis (au delà de la partie coudée du môle) complète son armement, triple la capacité de ses casernes en 1711. Au dessus de l’anse du Lazaret, on dresse une batterie semi circulaire à deux bastions, la Butte ronde, dont les 6 canons doivent prévenir toute action hostile. Rien ne reste aujourd’hui des autres fortifications de la ville, enserrée dans des murets de pierre sèche baptisés « murailles ».

Des murailles, des murs de fortification, des vrais, surgiront après 1743 quand un nouveau conflit, sous Louis XV, opposera la France et l’Angleterre (guerre de succession d’Autriche). Le Languedoc paraît bien démuni. Les protestants des Cévennes acceptent mal l’ordre royal. On fait alors appel à un autre ingénieur royal, Jacques-Philippe Mareschal, nommé en 1739, à 50 ans, Ingénieur des fortifications de Provence et Languedoc. Il est connu aussi comme directeur des travaux publics des Etats du Languedoc ; on lui doit la Fontaine de Nîmes. A Sète, selon M. Catarina, il fera ériger, reprenant les plans de Niquet, les forts Saint-Pierre et Richelieu en trois ans (1743-1746).

 

Le fort Saint-Pierre, ancré sur la falaise, « à 48 pieds » au dessus de la mer, aligne 7 batteries sur deux étages en épousant le terrain. Il protège la ville à l’Est et « soutient puissamment » le fort Saint-Louis. Au Nord, sur un replat dominant la ville et la rade, le fort Richelieu sort de terre : 6 batteries surveillent le port, une la « montagne ». Comme au fort Saint-Pierre, on y stocke poudre et boulets. Il en a coûté 50 000 livres aux Etats du Languedoc, ce qui n’est pas énorme pour une place militaire ; Neufhusach, en Alsace, a coûté 2 millions de livres. Au total, en 1746, Sète dispose de 52 canons. A Saint-Clair, deux soldats et un matelot assurent la veille.

Les œuvres de Niquet, « le plus habile ingénieur que notre siècle ayt produit », et de Mareschal sont visibles de nos jours.

Elles sont le témoin d’époques troublées et aussi du savoir faire des « Ingénieurs du Roy » qui possédaient les règles de la guerre et jugeaient de la valeur militaire d’un site, mais avaient aussi le goût du monumental, le souci de solidité, du « bel ouvrage ». Deux siècles plus tard, la belle élévation et la géométrie stricte des murs des bastions est là pour en témoigner.

 

Hervé Le Blanche

Noël Guignon, le maire républicain.

En 1870-1871, il n'y eut pas à Sète d'insurrection armée comme à Paris quand la Commune prit le pouvoir. Néanmoins, le contre coup de la défaite du Second Empire agita la vie politique sétoise. Noël Guignon, conseiller municipal d'origine populaire, fut porté au premier plan. Il incarna les préoccupations politiques de son temps.

 

Le nom de Noël Guignon n'est pas inconnu des Sétois, surtout depuis l'implantation des arrêts de bus urbains et départementaux. Il est vrai que ces haltes sont sises au quai "Noël Guignon", ce quai délimité par le pont de la Civette et la darse de La Peyrade où siégeait autrefois la Chambre de commerce. Officiellement, le quai Noël Guignon va de la rue Honoré Euzet au quai Rhin et Danube bordant la dite darse. Le personnage n'avait rien d'un notable. Il était un des sept enfants d'un menuisier de Rouen qui, ayant épousé une Cettoise, s'était établi rue du Palais. Né en 1839, Noël Guignon fit son chemin dans la vie et devint tailleur de pierre. Sous le règne de Napoléon III, il s'est mis au service des idéaux de la Grande Révolution. Puis, il commence une carrière politique. Il devient conseiller d'arrondissement en battant un M. Domeyron, docteur en médecine. En août 1870, il devient membre du conseil municipal. Or, depuis juillet, la France est en guerre avec la Prusse, appuyée par les états allemands. Sans alliés, mal préparée, l'armée impériale subit défaites sur défaites. Et le 2 septembre, Sedan capitule, l'Empereur est prisonnier.

 

Le 4 septembre, à Paris, la République est proclamée. A Sète, le 5 septembre, la foule chasse le conseil municipal, installe une commission pour gérer les affaires en cours. Noël Guignon est acclamé comme maire. Et il va s'impliquer dans la nouvelle phase de la guerre. En effet, à Paris, le gouvernement de la Défense Nationale continue la lutte. Une délégation, à Tours où siège Gambetta, anime le sursaut national et républicain. Gambetta envisage de secourir Paris, assiégé par les Prussiens. Des armées doivent converger vers la capitale depuis le nord, la Bourgogne et surtout l'ouest, vers la Loire et Orléans.

(Illustration Pixabay)

A Sète, Noël Guignon lance un emprunt pour soutenir l'effort de Défense Nationale. Puis, capitaine de la Garde Nationale, il rejoint l'armée du Nord. Celle-ci, défaite, bat en retraite. Noël Guignon rentrera à Sète après l'armistice signé le 28 janvier 1871. Il sera à nouveau maire en 1871, en pleine période de "l'Ordre moral" en France. Mais il sera écarté du pouvoir la même année, après s'être interposé dans une échauffourée où l'on avait crié "A bas Badinguet !" (surnom de l'Empereur). Il est condamné à 3 ans de prison et 5 années de privation des droits civiques.

 

Conseiller municipal de 1878 à 1881, il peut observer l'enracinement du régime républicain. Il ne revint plus au premier plan. Il mourut en 1910 et, en 1912, la ville donna son nom à un des quais du canal. Il avait su incarner un grand mouvement populaire.

La piété active du curé Gaffino.

Henri Gaffino fut curé de Saint Louis de 1857 à sa mort en 1899. Son action à Sète a contribué à modeler le visage de la ville. Il a incarné les idées de son époque par sa dévotion à la Vierge Marie et, au moment où l'église catholique comptait dans la société, il a mené une vigoureuse action dans le siècle.

 

hvhvCaptureCelui qui a tant marqué, à Sète, l'avant première guerre mondiale était originaire de Haute-Loire, d'un petit village à une trentaine de kilomètres du Puy-en-Velay. Son père était percepteur du canton. Il commença son cursus au petit séminaire du Puy et, à 14 ans, au petit séminaire de Saint-Pons (Hérault). C'est en 1841 que s'affirme sa vocation religieuse et il entre au grand séminaire de Montpellier où il restera jusqu'en 1845. il poursuit sa formation à Rome, au séminaire de Saint Louis des Français. En 1848, reçu docteur en théologie, ordonné prêtre, il fut aumônier de l'armée d'occupation à Rome. Il ne rentrera en France qu'en 1852 après des pèlerinages aux lieux saints du Levant et à des sanctuaires en Italie. Il manifeste son esprit d'entreprise lors de son premier ministère à Saint-Nazaire de Ladarès. Il y fait édifier une très belle église paroissiale et y restera jusqu'en 1857 quand il fut nommé curé de Saint Louis à Sète. On sait peu qu'il fut à l'origine de l'école Saint Joseph. On sait mieux qu'il initia le culte de Notre Dame de la Salette (1864) à Saint Clair et qu'on lui doit la statue de la Vierge qui couronne, depuis 1869, le clocher de l'église Saint Louis.

 

Henri Gaffino donnait corps aux croyances de son temps et en particulier au culte marial qui se développait en France depuis les années 1840. En effet, les apparitions de la Vierge étaient plus fréquentes. l’Église en reconnut quelques unes, dont La Salette (1840), Lourdes (1858), Pontmain (1871). C'est en 1854 que Pie IX proclama le dogme de l'Immaculée Conception.

Cette dévotion à la Vierge était portée par l'évêque du diocèse de Montpellier, Mgr de Cabrières depuis 1874.

Marie était son second prénom (G. Cholvy, Mgr de Cabrières, Cerf, 2007) et dans sa jeunesse, chaque été, il faisait un pèlerinage à Notre Dame de Rochefort du Gard.

Dans une lettre à son clergé du 2 juillet 1904, il expliquera la naissance de cette piété particulière par la présence, en collège, d'une statue de Marie à qui il ne manquait pas d'offrir des fleurs ou dédier des prières. Jeune prêtre (secrétaire de Mgr Plantier), il avait rencontré Bernadette Soubirous à Lourdes et avait été frappé par son accent de sincérité. Monseigneur de Cabrières multiplia les gestes symboliques et les initiatives en faveur du culte marial. "Les processions du 15 août à Montpellier revêtirent un caractère de solennité générale dès la première année de son épiscopat".

 

Telles étaient les formes de piété développées dans le diocèse de Montpellier et qui ont pu inspirer le curé Gaffino. De fait, il déploya à "Cette" cet esprit d'entreprise qui avait marqué les débuts de son sacerdoce, malgré les difficultés de l'époque.

Hervé Le Blanche

Photo HLB