Histoire de Sète

Des Sétois de 1793.

D'octobre à décembre 1793, se met en place la dictature jacobine en France. Dans les délibérations de la municipalité, suivant les affaires à traiter, apparaissent des personnages de différentes couches sociales de la ville.aaaaaaaabbCapture

Ainsi, leurs noms, leurs professions sont parvenus jusqu'à nous. Si "Sette" (environ 10 000 habitants) compte proportionnellement plus de salariés que les agglomérations analogues, la ville compte aussi de minces couches sociales non ouvrières. D'abord parce qu'elle est un port. Les demandes de certificat de civisme nous font connaître ceux qui composent le bureau de la Santé : J.P. Baille, Bousquet neveu, Charles Liguerite, Bresson fils de la veuve et Charles Bresson. Après la Santé, voici quelques personnages des douanes : le contrôleur général Saint Ferréol, un des républicains les plus ardents, Paul Piala commis, Reynaud receveur. Comme dans tout centre un peu important, les finances publiques ont leur personnel : Adamolé dirige les droits d'enregistrement et le percepteur nommé pour l'année est Louis Caucanas, un notable. Certains membres du clergé semblent adhérer à la Révolution puisqu'ils demandent des certificats de civisme, ainsi l'ex frère récollet Pierre Vey, Jacques Dupuy curé de Saint Joseph et même le vicaire de Saint Louis Antoine François André. Mais l'on est à Sette et apparaît brièvement un commis aux salins, Goudal. Par contre, se retrouve souvent dans la documentation Pierre Pagès, courtier de marine qui sera officier municipal et parfois chargé de missions importantes.

Se découvrent aussi, au fil des délibérations, des membres de ce que l'on peut appeler la petite et moyenne bourgeoisie : des professeurs de mathématiques, Monge, Barret, Banay, le contrôleur des travaux publics Dupré, deux médecins, Valerque (notable actif) et Tudesq père et un chirurgien Paul Benezech. Ainsi du "maître de chay" Pierre, du maréchal ferrant Bancarel ou du chapelier Gaston fils. Et puis, nombreux, les négociants : Dussol, Pierre Aubenque, Pierre Coulet, Pierre Maurin, Seranne qui sera député à l'Assemblée législative et dont une rue porte le nom au quartier Haut. Certains sont étrangers : les frères Councler sont Suisses, Zacharie Menu est originaire de Berlin, Flickwer, Allemand sera maire en 1794. Le conseil municipal fait parfois appel au ferblantier Defarge, à l'horloger Droz et bien sûr au "précon public" (crieur) Morel. Mais il faut attendre la séance exceptionnelle du 14 septembre 1793 pour voir le conseil de ville solliciter l'avis de calfats (Chanoine aîné), tonneliers (Moulin père, Jean Combes, Simon Chevert) et même de ménagers (travailleurs de la terre) comme Joseph Lestiol, ou de savetiers (La Pointe, Pons Pierre).

Un personnage symbolise bien la marche chaotique des évènements de l'époque. Pierre Goudard, notaire, un des premiers à obtenir un certificat de civisme après avoir été maire en 1791, chargé de procurer des blés à la ville, réinstitué maire par les représentants en mission en novembre 1793, redestitué en février 1794. Un notable et républicain actif.

 

Hervé le Blanche

Charles De Gaulle à Sète

1960
En voyage officiel dans le Sud de la France, le général de Gaulle fait une halte à Sète. Du balcon de la mairie, et devant une foule importante, il adresse aux Sétois quelques mots de remerciement chaleureux, avant d'entonner la Marseillaise.

1844 : les naufragés du Castellas.


Entre 1840 et 1850, Cette était le pivot d'un trafic prometteur. Des armateurs sétois contribuèrent à l'essor de Fécamp d'où on allait pêcher la morue à Terre Neuve. Les morues étaient livrées à Sète. Et les navires regagnaient Fécamp lestés de sel et de vin. Le voyage était long et pouvait être périlleux. Ainsi, au début de l'aventure, en 1844 eut lieu un naufrage.
 
Le navire naufragé était le brick (embarcation à 2 mats dont le plus grand est incliné vers l'arrière) le Jeune Augustin, de l'armement Le Borgne à Fécamp. Le 9 juillet 1844, le navire quitte Saint Pierre et Miquelon chargé de 68 000 morues, "bien conditionnées par les soins du capitaine" selon le témoignage du second, Fontaine (cité dans Pascal Servain, Revue d'Histoire et d'Archéologie de Sète et sa région).Aphrodite2008

Le "conditionnement" devait être le salage à bord des morues, alors nommées "morues vertes". Puis, elles étaient lavées, resalées et séchées au port d'arrivée. Donc, de Saint Pierre et Miquelon, le brick navigue jusqu'à Gibraltar, passé le 14 août. Puis, il remonte les côtes d'Espagne, "profitant des bordées les plus favorables". Jusqu'au 22 août où le Jeune Augustin devait approcher de Sète car, à 11h du matin, le pilote monte à bord. Selon le capitaine, le navire est alors à 4 lieues de Sète et gouverne au nord nord ouest. Le pilote déclare savoir où il se trouve, fait changer la route et "venir au nord". Mais le vent de sud est commence à selever. La brume s'installe. Puis, la navigation paraît dangereuse, "la brume augmentant et la brise devenant plus forte".
 
La brume devient très épaisse "à ne pas distinguer l'arrière de l'avant". On sonde. Première sonde, 12 brasses ; deuxième sonde, 8 brasses. Le capitaine estime être près de la terre et qu'il faudrait mouiller "en attendant que le vent s'éclairât". Le second ne précise pas si le pilote fit la sourde oreille quand le capitaine lui "donna à entendre" qu'il fallait virer de bord. Toujours est-il que, suivant la même route, le navire "touche terre". Malgré tous les efforts, l'équipage ne parvient pas à le déséchouer. Avec le secours des 10 hommes d'un bateau pêcheur, on pompe l'eau qui envahit la cale. En vain. Et le mauvais temps continue. Alors, "le capitaine, pour la sûreté de l'équipage, après avoir pris son avis, a fait embarquer les hommes dans la barque et a quitté le navire en dernier". Une partie de l'équipage "fait le quart avec les douaniers", sans doute pour surveiller le chargement. Le reste se réfugie "au château de Castellas". Selon le rapport du capitaine en second du Jeune Augustin, le lendemain matin, "la mer étant moins agitée", les hommes d'équipage remontent sur le navire, "sauver leurs effets". Curieusement, l'auteur du rapport n'évoque pas le sort de la cargaison. Est-ce du ressort du capitaine, exclusivement ?
 
La conclusion du rapport est une âpre accusation. "Je puis certifier que s'il n'y avait pas eu de pilote à bord, le naufrage n'aurait pas eu lieu". Mais cet épisode n'a pas fait de victime et le commerce morue-sel-vin allait croître et se développer sous l'impulsion de hardis entrepreneurs.

Hervé Le Blanche
 
Crédit photo : https://www.flickr.com/photos/papinou

Les Sétois n'étaient pas "flegmatiques".

A l'automne 1792, le cours de la Révolution française connut une évolution décisive. Si le danger extérieur paraît conjuré, face à la montée des périls, le gouvernement du pays changera de main et s'affirmera une ligne révolutionnaire trouvant un fort écho à "Sette".

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Sous la houlette du maire François Castilhon, le Conseil général de la Commune siège en permanence. Le maire justifiera cette disposition, prise dès août 1792, par "les affaires considérables de la Commune" ne lui laissant "que pour prendre à la hâte ses repas et le Repos (!) de la nuit". Il faut réorganiser le travail de l'administration municipale et soutenir l'action révolutionnaire. Tous ceux qui ont une fonction officielle en ville, capitaine du port, receveur, contrôleur, visiteurs et préposés aux douanes nationales, prêtent serment "d'être fidèles à la nation et de maintenir de tout notre pouvoir la Liberté et l'Egalité ou de mourir en les défendant". Et, même si c'est avec retard, on accompagne les évènements parisiens. Car la Convention nationale nouvellement élue agit.

Le 21 septembre 1792, la royauté est déclarée abolie. Le décret fut publié à Paris le soir même à la lueur des torches. Les actes publics seront datés de l'an I de la République. Et le 25 septembre, la Convention fut encore unanime pour voter la proposition de Gouthon, député du Puy de Dôme, déclarant "La République française est une et indivisible".

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 Affirmation qui sera complétée en décembre 1792 par une stipulation menaçant de la peine de mort quiconque tenterait "de rompre l'unité de la République française ou d'en détacher les parties intégrantes pour les unir à un territoire étranger". Quels affrontements suscitaient ces mesures extrêmes ? Ceux, à Paris à l'automne 1792 (plus tard dans toute la France), des Girondins et des Montagnards. On a appelé Girondins les élus de certains départements du Midi (dont la Gironde) porteurs d'une culture politique particulière. Beaucoup étaient marchands négociants des grands ports atlantiques : Bordeaux, La Rochelle, Nantes. Formés à l'autonomie, la négociation, ils répugnaient aux méthodes autoritaires et à l'abandon du libéralisme économique. Leur projet d'ensemble demeure flou.

Leurs cibles étaient d'abord Paris (dont ils voulaient "réduire l'influence à 1/83ème de la nation") et les chefs des "Montagnards". Ceux qui siégeaient à la Chambre tout en haut de l'amphithéâtre décidés, pour mener la Révolution à son terme, à s'allier au peuple quitte à bousculer autoritairement le libéralisme politique et social.

Dès l'ouverture de la Convention, les Girondins attaquent : Marat est déféré au Tribunal révolutionnaire, Robespierre accusé de viser à la dictature.

 

Entre Girondins et Montagnards siègent ceux que Camille Desmoulins appellera "les flegmatiques". Plus tard, ce sera "la Plaine" ou "le Marais". Et les Sétois ? La municipalité, le 21 septembre 1792, approuve et la déchéance du roi et "l'unité d'intérêt de gouverner dans un même centre". Et, dans la foulée, le procès-verbal est envoyé à la Convention. Plutôt "Montagnards", les Settois !

La vraie histoire d’Exodus à Sète en 1947

 

Le 11 juillet 1947, un bâtiment battant pavillon panaméen quitte le port de Sète à destination de la Colombie. Les 4.500 passagers émigrants que le cargo transporte sont censés être tous en règle avec des passeports visés. En réalité, ils ne le sont pas. Ainsi, le mardi 22 juillet dans l’après-midi, l’ambassade de Paris en Colombie fait savoir que les visas présentés aux autorités françaises par les émigrants ont été délivrés à son insu et sans l’accord préalable du ministre des Affaires étrangères de Bogota. De toute façon, à cette date, la vérification de la situation légale des passagers n’est plus possible. Ainsi, le journal Le Monde révèle que les passagers de l’Exodus ont fait disparaître leurs papiers dès le début de l’embarquement.
Ike Aronowicz est le capitaine de l’Exodus. Yossi Harel, né Yossef Hamburger, plus connu, en est le commandant « politique ».

Plaque posée sur le môle de Sète en 1982
pour rappeler le départ de Sète en 1947 de l’
Exodus 47 vers la Palestine

La genèse de l’opération

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, des centaines de milliers de Juifs déplacés attendent dans les camps en Allemagne, en Autriche et en Italie. Parmi eux, des rescapés et des survivants de la Shoah qui ne veulent ou ne peuvent retourner dans leur pays d’origine. Ces camps de «personnes déplacées» sont administrés par les Alliés et l’UNRRA (l’Administration des Nations unies pour le secours et la reconstruction). L’organisation juive américaine American Jewish Joint Distribution Committee fournit de la nourriture et des vêtements aux Juifs qui attendent dans ces camps de pouvoir émigrer quelque part8. En 1945, les Alliés rapatrient plus de six millions de personnes déplacées pendant la guerre. Parmi elles, entre un million et demi et deux millions de Juifs refusent de retourner dans leur pays d’origine. Ils ont tout perdu pendant la Shoah : leur famille, mais aussi leurs biens matériels. Dans le cas des déportés, ils doivent aussi réapprendre à vivre une « vie normale » dans une société civile qui les a exclus quelques années auparavant. C’est donc pour ces raisons que de nombreux Juifs veulent quitter l’Europe8.

À la fin des années 1930, la population juive de Palestine représente 30 % de la population totale du pays9. Depuis 1934, une nouvelle forme d’immigration permet aux Juifs du monde entier de rejoindre la Terre promise ; une immigration clandestine mais pas illégale. Ce mouvement existe depuis la fin du xixe siècle mais s’est renforcé avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir. En 1934, une première tentative d’exode a lieu, avec le navire grec Vellos, transportant 350 clandestins. En 1938, la Haganah forme un département d’immigration clandestine, le Mossad Aliyah Bet, avec à sa tête Saul Meyerov11. Au cours des années 1939 et 1940, différents voyages sont entrepris mais les expériences se finissent souvent mal.

À la fin de l’année 1946, le bateau Ulua est un des premiers bateaux clandestins à réussir à rejoindre la Palestine..

Sète, fin XVIIIème, le vin s'exporte.

C'est dès le milieu du XVIIIème siècle que Sète est devenu port d'exportation du vin. Face à la domination marseillaise et après l'échec du développement des manufactures (sucre, savon), le vin fournit au port du Languedoc (à côté des grains) un produit d'exportation propre à séduire l'Europe entière. Même l'illustre historien que fut Fernand Braudel parle des qualités des "vins du Languedoc chargés à Sète" (L'Identité de la France, tome II).

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Jean-Louis Cazalet, dans le Bulletin de la Société de Géographie de 1922, attire l'attention sur ce qu'ont pu apporter les négociants montpelliérains à Sète. De nos jours, on dirait qu'ils apportaient leur carnet d'adresses. Ils avaient des contacts anciens avec Gênes, Livourne. Les réseaux de négociants protestants permettaient de correspondre avec l'Allemagne, le Danemark, l'Europe du nord. Selon J.L. Cazalet, la Hollande était le meilleur client de Sète dès 1695. Il y avait donc des potentialités qui furent exploitées au XVIIIème siècle et surtout après les années 1750-1755. Selon l'article cité plus haut, la production de vin passe de 40 000 hectolitres en 1630 à 78 000 en 1740-1760.

A cela, plusieurs raisons : les méthodes de vinification se sont améliorées et la superficie plantée en vignes s'accroît. Car, dit Arthur Young dans son Voyage en France, la vigne, à superficie égale, rapporte l'équivalent d'une bonne récolte de grains. Or, au mieux, une bonne récolte est produite tous les 3 ans. Avec la vigne, c'est chaque année qui est favorable. Et le Languedoc comporte des productions variées : de Saint Georges d'Orques au Frontonais près de Toulouse, en passant par Béziers et les Corbières.

 Sans oublier les rives du bassin de Thau. Certains capitaines gênois vont s'approvisionner à Mèze, Marseillan. C'est dans ces environs qu'est exploité le Picardan, apprécié aussi bien à Paris qu'en Europe du nord. Car le vin que l'on charge à Sète est revendu dans la capitale, via Rouen ou Amiens, via Saint Valéry. Plus au nord, les Hollandais restent des clients fidèles. Le trafic vers ce pays double de 1735 à 1773. Pour étancher les soifs nordiques, on livre dans les ports d'Allemagne du nord (Hambourg, Lübeck), d'Ecosse, d'Angleterre (Londres). Et l'on n'exporte pas que du muscat. On vend les rouges de Saint Georges d'Orques, Saint Drézéry, Saint Christol, des Corbières, le vin blanc du diocèse de Lodève et les clairettes de différents terroirs. Il est vrai que, selon F. Braudel, les vins du Languedoc se bonifiaient au cours du voyage en mer.

Et ils étaient très recherchés dans les tavernes londoniennes. L'auteur ajoute que jamais la Marine n'eut de meilleure boisson. A la veille de la Révolution, Sète exportait environ deux fois plus de vin qu'au milieu du siècle : au total, 150 000 hectolitres. Ainsi, Cette était "l'épanchoir" d'un des produits du Languedoc.

 On est un peu surpris de trouver cette allusion à Sète quand Braudel décrit "la somptuosité de la vigne". Mais les contemporains auraient pu faire leur sa réflexion un brin malicieuse : "Vive le vin de mer !"

Hervé Le Blanche

Messieurs Comolet, de Cette, et le commerce des morues

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De 1815 à 1877, des armateurs sétois animèrent un commerce fructueux. Armant des navires à Fécamp, ils faisaient sécher à Sète les morues pêchées à Terre Neuve et réexpédiaient en Normandie du sel et du vin. Trois générations de la famille Comolet contribuèrent à faire vivre ce courant d'échange.

 

morueP1090605 (2)Cette activité était dans le droit fil de la pensée commerciale : faire des profits en mettant en contact deux régions aux produits complémentaires. Les Normands livrent, sur les rives de la Méditerranée, des morues. Celles-ci sont appréciées. Peut-être pour leur goût : le Robert date la brandade de Nîmes de 1788 (selon Degage, Bulletin de la société historique). On peut aussi penser que ce poisson était nécessaire dans une société catholique où, certains jours, on "faisait maigre". Ou peut-être était-il à la portée des revenus modestes. Quoiqu'il en soit, Fécamp savait pêcher et Sète savait vendre. Il y avait là bien des possibilités. Ce sont les Fécampois qui ouvrirent la voie aux échanges. En particulier l'armement Rigoult qui, en 1815, affrète le brick Eléonore. Le capitaine François Le Borgne livre les morues de la campagne de Terre-Neuve et regagne Fécamp les cales pleines de barriques de vin et de sel. Sel méditerranéen, des salines de Sète (site du quartier actuel de Villeroy) que les salines de l'Atlantique ne pouvait fournir. Puis, la flotte fécampoise s'étoffe (2 navires en 1815 - 18 en 1836). Le trafic prend de l'ampleur, alimentant cabotages et commerce lointain.

 Et, alors que le trafic se développe, entre en jeu la famille Comolet. Elle est originaire de Montpeyroux (non loin de Lodève) et s'installe à Sète à la fin du XVIIIème siècle. C'est Jean-Jacques Comolet (1798-1867) qui commande au chantier Coquais de Fécamp la construction d'un brick. Ce sera le Victoria, lancé en 1846. Ainsi, Jean-Jacques Comolet contrôlera la pêche et sa vente. Après lui, ses deux fils, Jacques (1824-1887) et Jules (1826-1896), s'associent à leur oncle Victor dans l'armement morutier et le commerce de la morue. Les Comolet étendent leur activité aux ports de Granville, Saint Malo. Ils possèdent jusqu'à 25 navires. A Fécamp, les "fils de l'aîné" et leur oncle font construire des navires de plus en plus grands : en 1847, le trois-mâts Montpeyroux de 238 tonneaux ; en 1854, sera lancé le Saint Clair de 400 tonneaux.

Les Comolet achètent le Fernand. Avec le brick Victoria, ils arment 4 navires à Fécamp.

Ils contribuent fortement au commerce fécampois qui prend son essor au milieu du XIXème siècle. En 1855, 18 navires livrent à Sète, 4 à Bordeaux. Car Bordeaux, avec les sécheries de Bègles, commence à concurrencer Sète.

 

Les Comolet qui avaient affrété 2 navires supplémentaires (6 au total) tentèrent de s'adapter. En 1877, Victor Comolet, frère de Jean-Jacques, ouvre un comptoir à Bordeaux. La capitale d'Aquitaine exporte par voie d'eau et par chemin de fer (grâce aux tarifs favorables) dans tout l'ouest et le centre de la France. Et Jules Comolet, le dernier armateur, constatera amèrement "la ruine des sécheries sétoises".

Hervé le Blanche

Sète : fête de la Saint Pierre 1984

Fête des pêcheurs à Sète - Saint-Pierre 1984 : certains ont blanchi, certains sont partis et certains ont bien grandi... Séquence nostalgie !

Sanguinaires Séttois ? (2)

danto74-6-12-cDe la fin 1793 à l'été 1794, les révolutionnaires se déchirent, ouvrant la voie à la prééminence de Robespierre. La recrudescence de la Terreur portera-t-elle l'Incorruptible au pouvoir suprême ? A Sette, on ne posait pas la question ainsi. Pour les plus ardents révolutionnaires, comme ceux de la société des Jacobins, il faut briser les résistances à l'ordre nouveau. Ils semblent en proie à une fièvre obsidionale qui les porte à envisager toutes les extrémités.

 dantonA Paris, des factions s'efforçaient de peser sur le cours des évènements. D'une part les Hébertistes, du nom d'un de leurs meneurs, Hébert rédacteur de l'influent journal démocratique Le Père Duchesne. Comme les "Enragés", ils se font l'écho des revendications des Sans culottes et "bras nus" dans le domaine politique et social. Ils envisagent une sorte de démocratie directe, en écho aux revendications des classes populaires. Les outrances d'Hébert et des siens leur valent l'échafaud (1er germinal an II-24 mars 1794). Et l'idée se répand dans l'opinion que le pouvoir en place (la Convention, le Comité de Salut public) est en butte à d'innombrables intrigues et complots soutenus par l'étranger. Ainsi, quand les dantonistes prônent "l'indulgence" (la fin de la Terreur), ils apparaissent suspects. Et quand en plus, ils sont liés à un scandale financier, ils sont éliminés (16 germinal an II, 5 avril 1794). L'idée qu'il fallait à tout prix terrasser l'hydre contre révolutionnaire se répandait à Sette. Le 10 avril 1794 (25 germinal an II), la ville fut mise en état de siège. Et le club des Jacobins députa à Paris les citoyens Gracchus Bouillon et Cincinnatus Julian.

 Ils étaient spécialement chargés "de faire connaître la profession de foi de ses habitants et faire connaître à la Convention notre patriotisme et obtenir la justice que les vrais républicains méritent". Logomachie redoutable en mars-avril 1794. Pour Julian et Bouillon, les factieux "auront une maîtresse, la guillotine". Et les deux Settois transmettent au Comité de Salut public une lettre de la société populaire demandant la tête de Georges Combes, notable de l'Hérault soupçonné de fédéralisme. La Société populaire de Sette transmettra à ses deux envoyés une adresse qui a surpris la Convention elle-même et dont on peut s'étonner que les deux députés aient pu l'avancer face à l'assemblée.

Le journal Le Moniteur en rend compte le 15 germinal an II, (12 avril 1794). Un des envoyés déclare en exorde :"la trahison voltige encore autour du peuple ; elle veut s'élever avec la monarchie.

Eh bien ! Elevons-la sur l'échafaud. Législateurs, mettez la mort à l'ordre du jour." Il s'élève de violents murmures. Le président de l'Assemblée appelle à plus de dignité, rappelant que c'est la justice qui est à l'ordre du jour. Et les Settois sont expulsés de la salle.

 Une seconde adresse fera connaître les véritables sentiments de la Société populaire de Sette. Il n'empêche. Etait-il nécessaire de parler aussi familièrement de guillotine, de peine de mort ? Débat toujours en cours, même après trois siècles.

Hervé Le Blanchetronf74-6-12-b-1

Sète, février 1794 : destitution du maire Goudard

L'hiver 1794 est l'une des périodes les plus dramatiques et les plus énigmatiques de la Révolution. C'est le moment où, échappant à toute logique, les factions s'affrontent à Paris et que Robespierre établit son pouvoir. Contrecoup à Sète : le maire Goudard, républicain actif, sera destitué par le représentant de la Convention dans les départements du Midi. Au grand dam de la municipalité.

 Représentant en missionFin 1793 et début 1794, le danger d'invasion est écarté, les soulèvements intérieurs (fédéralistes) réprimés ou contenus (Vendée). A Paris, deux groupes de révolutionnaires s'affrontent, entre lesquels le Comité de Salut Public prenait une position d'arbitre. Robespierre condamnait "le modérantisme et l'excès". Les chefs de file du "modérantisme" sont Danton et Camille Desmoulins. Danton, devenu propriétaire, nouvellement marié, prêche la clémence. D'après Soboul (Précis d'histoire de la Révolution française), c'est C. Desmoulins qui est à la manœuvre en particulier dans le journal Le Vieux cordelier.

Il en appelle à la clémence et à la libération des "suspects". Et il s'en prend au chef de file des "Exagérés", Hébert et son journal Le Père Duchesne. Or, alors que se développe l'action des "Indulgents", des proches du mouvement (Fabre d'Eglantine) sont compromis dans une affaire de malversation. La faction des "ultras" est puissante au club des Cordeliers, à la Commune, au département de la Seine.

Les "Exagérés" font campagne pour le renforcement de la Terreur et de l'économie dirigée.

 Et ce d'autant plus que la réglementation autoritaire de l'économie n'évite pas, début 1794, une grave crise économique et sociale. Fallait-il aller plus loin ? Pour apaiser les Sans culottes menaçants, le gouvernement publie les décrets de Ventôse offrant des secours, fournis par la vente des biens des émigrés. Ventôse (an II, février 1794) connaît un paroxysme d'agitation populaire.

Est-ce pour montrer que le gouvernement agit que Boisset, représentant en mission, démet, le 18 ventôse an II (6 février 1794), le maire Goudard de ses fonctions ?

Le conseil municipal est assemblé à 10h du matin à "la maison commune" et "le citoyen Forest aîné", officier municipal, donne lecture de l'extrait de la lettre du citoyen Boisset, parvenue par l'agent national (secrétaire nommé par le pouvoir), annonçant le remaniement du conseil municipal.

L'étonnant est que Goudard et son adjoint Dussol feront toujours partie du conseil. Ils ne sont donc pas "suspects" d'être de mauvais patriotes. D'ailleurs, au fil des délibérations municipales, Goudard, notaire de son état, apparaît comme un administrateur actif. Il s'incline cependant, laissant la place au citoyen Flickwier.

 Mais les "Settois" sont choqués. Ils protesteront par la suite, faisant même appel auprès des représentants en mission auprès de l'armée des Pyrénées orientales, après avoir écrit à la Convention elle-même. Mais c'était un acte d'un représentant du peuple et donc, apparemment, de Salut Public.

Hervé Le Blanche