Histoire de Sète

Sanguinaires Séttois ? (2)

danto74-6-12-cDe la fin 1793 à l'été 1794, les révolutionnaires se déchirent, ouvrant la voie à la prééminence de Robespierre. La recrudescence de la Terreur portera-t-elle l'Incorruptible au pouvoir suprême ? A Sette, on ne posait pas la question ainsi. Pour les plus ardents révolutionnaires, comme ceux de la société des Jacobins, il faut briser les résistances à l'ordre nouveau. Ils semblent en proie à une fièvre obsidionale qui les porte à envisager toutes les extrémités.

 dantonA Paris, des factions s'efforçaient de peser sur le cours des évènements. D'une part les Hébertistes, du nom d'un de leurs meneurs, Hébert rédacteur de l'influent journal démocratique Le Père Duchesne. Comme les "Enragés", ils se font l'écho des revendications des Sans culottes et "bras nus" dans le domaine politique et social. Ils envisagent une sorte de démocratie directe, en écho aux revendications des classes populaires. Les outrances d'Hébert et des siens leur valent l'échafaud (1er germinal an II-24 mars 1794). Et l'idée se répand dans l'opinion que le pouvoir en place (la Convention, le Comité de Salut public) est en butte à d'innombrables intrigues et complots soutenus par l'étranger. Ainsi, quand les dantonistes prônent "l'indulgence" (la fin de la Terreur), ils apparaissent suspects. Et quand en plus, ils sont liés à un scandale financier, ils sont éliminés (16 germinal an II, 5 avril 1794). L'idée qu'il fallait à tout prix terrasser l'hydre contre révolutionnaire se répandait à Sette. Le 10 avril 1794 (25 germinal an II), la ville fut mise en état de siège. Et le club des Jacobins députa à Paris les citoyens Gracchus Bouillon et Cincinnatus Julian.

 Ils étaient spécialement chargés "de faire connaître la profession de foi de ses habitants et faire connaître à la Convention notre patriotisme et obtenir la justice que les vrais républicains méritent". Logomachie redoutable en mars-avril 1794. Pour Julian et Bouillon, les factieux "auront une maîtresse, la guillotine". Et les deux Settois transmettent au Comité de Salut public une lettre de la société populaire demandant la tête de Georges Combes, notable de l'Hérault soupçonné de fédéralisme. La Société populaire de Sette transmettra à ses deux envoyés une adresse qui a surpris la Convention elle-même et dont on peut s'étonner que les deux députés aient pu l'avancer face à l'assemblée.

Le journal Le Moniteur en rend compte le 15 germinal an II, (12 avril 1794). Un des envoyés déclare en exorde :"la trahison voltige encore autour du peuple ; elle veut s'élever avec la monarchie.

Eh bien ! Elevons-la sur l'échafaud. Législateurs, mettez la mort à l'ordre du jour." Il s'élève de violents murmures. Le président de l'Assemblée appelle à plus de dignité, rappelant que c'est la justice qui est à l'ordre du jour. Et les Settois sont expulsés de la salle.

 Une seconde adresse fera connaître les véritables sentiments de la Société populaire de Sette. Il n'empêche. Etait-il nécessaire de parler aussi familièrement de guillotine, de peine de mort ? Débat toujours en cours, même après trois siècles.

Hervé Le Blanchetronf74-6-12-b-1

Sète, février 1794 : destitution du maire Goudard

L'hiver 1794 est l'une des périodes les plus dramatiques et les plus énigmatiques de la Révolution. C'est le moment où, échappant à toute logique, les factions s'affrontent à Paris et que Robespierre établit son pouvoir. Contrecoup à Sète : le maire Goudard, républicain actif, sera destitué par le représentant de la Convention dans les départements du Midi. Au grand dam de la municipalité.

 Représentant en missionFin 1793 et début 1794, le danger d'invasion est écarté, les soulèvements intérieurs (fédéralistes) réprimés ou contenus (Vendée). A Paris, deux groupes de révolutionnaires s'affrontent, entre lesquels le Comité de Salut Public prenait une position d'arbitre. Robespierre condamnait "le modérantisme et l'excès". Les chefs de file du "modérantisme" sont Danton et Camille Desmoulins. Danton, devenu propriétaire, nouvellement marié, prêche la clémence. D'après Soboul (Précis d'histoire de la Révolution française), c'est C. Desmoulins qui est à la manœuvre en particulier dans le journal Le Vieux cordelier.

Il en appelle à la clémence et à la libération des "suspects". Et il s'en prend au chef de file des "Exagérés", Hébert et son journal Le Père Duchesne. Or, alors que se développe l'action des "Indulgents", des proches du mouvement (Fabre d'Eglantine) sont compromis dans une affaire de malversation. La faction des "ultras" est puissante au club des Cordeliers, à la Commune, au département de la Seine.

Les "Exagérés" font campagne pour le renforcement de la Terreur et de l'économie dirigée.

 Et ce d'autant plus que la réglementation autoritaire de l'économie n'évite pas, début 1794, une grave crise économique et sociale. Fallait-il aller plus loin ? Pour apaiser les Sans culottes menaçants, le gouvernement publie les décrets de Ventôse offrant des secours, fournis par la vente des biens des émigrés. Ventôse (an II, février 1794) connaît un paroxysme d'agitation populaire.

Est-ce pour montrer que le gouvernement agit que Boisset, représentant en mission, démet, le 18 ventôse an II (6 février 1794), le maire Goudard de ses fonctions ?

Le conseil municipal est assemblé à 10h du matin à "la maison commune" et "le citoyen Forest aîné", officier municipal, donne lecture de l'extrait de la lettre du citoyen Boisset, parvenue par l'agent national (secrétaire nommé par le pouvoir), annonçant le remaniement du conseil municipal.

L'étonnant est que Goudard et son adjoint Dussol feront toujours partie du conseil. Ils ne sont donc pas "suspects" d'être de mauvais patriotes. D'ailleurs, au fil des délibérations municipales, Goudard, notaire de son état, apparaît comme un administrateur actif. Il s'incline cependant, laissant la place au citoyen Flickwier.

 Mais les "Settois" sont choqués. Ils protesteront par la suite, faisant même appel auprès des représentants en mission auprès de l'armée des Pyrénées orientales, après avoir écrit à la Convention elle-même. Mais c'était un acte d'un représentant du peuple et donc, apparemment, de Salut Public.

Hervé Le Blanche

Printemps 1794 : les miséreux de "Sette".

Après la crise de l'été 1793, l'effort révolutionnaire ne se relâcha pas. La Terreur, institutionnalisée, fut renforcée. A Paris, les crises politiques ouvrirent la voie à la prééminence de Robespierre. La situation économique se détériorait. Mais la Convention fit face et prit même des mesures sociales tout à fait novatrices.

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Pour les Montagnards, il fallait vaincre ou mourir. Aussi, s'appuyant sur les Sans culottes parisiens et les classes populaires du pays, renforceront-ils l'appareil répressif. La défense de la nation et de la Révolution avait pour "force coactive" la Terreur. Elle fut organisée par la loi du 22 Prairial an II (10 juin 1794). Jusqu'au 9 Thermidor, 1376 personnes furent exécutées. Mais le mécontentement des classes populaires s'étalait violemment face aux difficultés économiques générées par l'inflation (dépréciation de l'assignat) et les mauvaises récoltes de 1793-1794. Aussi, dès septembre 1793, la Convention établit le maximum des prix et des salaires. Ce sont les districts qui veilleront à son application, réquisitionnant au besoin pour approvisionner les marchés. Les municipalités surveilleront meuniers et boulangers, rationneront si nécessaire. Mais les aspirations populaires ne se limitent pas à la répression. L'idée chemine d'un changement dans l'ordre social. En avril 1793, Robespierre stigmatisait "l'extrême disproportion des fortunes". En septembre, les Sans culottes demandent la fixation d'un "maximum des fortunes". Dès 1792, on avait reconnu la primauté du droit à l'existence. Et pour Saint Just, "l'opulence est une "infamie".

 

robeLouis-Antoine-de-Saint-Just-1Il précisera en mars 1794 : "Que l'Europe apprenne que vous ne voulez plus un malheureux ni un oppresseur sur le territoire français…" En conséquence, après le vote du principe de secours aux indigents, le 22 Floréal an II on inscrit les bénéficiaires de l'aide dans le "livre de bienfaisance nationale". Et des secours parviennent aux plus pauvres, aux plus démunis. A Sette, la liste des ayant-droits recensés par la municipalité jette une lumière crue sur le sort de certains. Voici François Lacan 50 ans, son épouse 45, l'aîné des enfants, 20 ans, est estropié. Et François Mercadier 27 ans, sa femme 24, très misérables. Jean Vivares est pêcheur chargé de 4 enfants de 14,12,9 et 4 ans. Un autre pêcheur, Pierre Jean Rigord, est invalide, chargé de 4 enfants, 12, 12, 10 et 6 ans. Du moins ceux-ci ont un métier. Mais que pouvait faire Jean Carrière, aveugle, avec deux enfants de 18 et 10 ans et apparemment sans compagne, sans aide ? Et le triste psaume de la misère s'amplifie avec le sort des femmes. Certes, Anne Palanque, 26 ans, aveugle, mère de 4 enfants, a un mari facturier. Mais les délaissées ! Ainsi l'épouse de Juge, absent depuis 3 ans, chargée de 2 filles de 13 et 10 ans. Et les veuves ! Parmi la dizaine de cas, voici la veuve Massol, 50 ans et ses 5 enfants de 9, 8, 7 et 2 ans et demi ! Un secours provisoire global de 3 200 £ (environ 50 000 €) leur fut distribué !

 

Il semble bien que les robespierristes voulaient appliquer pleinement les principes de liberté et d'égalité.

Hervé Le Blanche

Des étrangers dans le port de Cette

En 1793,les évènements extérieurs à la France eurent à Sette des répercussions inattendues. Le 7 février 1793, les délibérations municipales se font l'écho des alarmes des Sétois face à une situation unique : 18 navires anglais et hollandais sont mis sous embargo et sont bloqués dans le port. Que s'était-il passé ?ttecc

La carte est bien une carte anglaise.

Pendant l'hiver 1793, la France est en guerre avec l'Angleterre et la Hollande. L'Angleterre était inquiète pour ses intérêts économiques menacés par l'expansion française. Les armées de la République avaient conquis la Belgique, contrôlant Anvers et les bouches de l'Escaut, ce qui était un danger. A nouveau, la France et l'Angleterre s'affrontaient pour la suprématie européenne. D'autre part, les richesses de la Hollande étaient tentantes pour la France révolutionnaire. Le 1er février, la Convention déclara la guerre à l'Angleterre et à la Hollande. L'engrenage infernal de la guerre générale avait été mis en mouvement après l'exécution du roi (janvier 1793). Et c'est la mort de Louis XVI qui détermina l'Espagne à rejoindre la coalition nordique. Dans un même temps à Sète, on s'inquiète des navires et équipages mis sous embargo.

La Société populaire envoie une pétition à la municipalité. Des capitaines sétois de navires précisent ces craintes. Ils ont des rapports cordiaux avec leurs homologues britanniques et on leur a confirmé que les équipages retenus à Sète envisagent de s'échapper. Soit en s'enrôlant sur un navire neutre, soit en s'emparant de nuit de quelques bateaux. Certains envisageraient d'incendier les navires dans le port !cadg

Tableau de Vernet

Il faut, estime le conseil général de la Commune, prendre "des réquisitions urgentes et indispensables et tendant au bien de la République et à la sûreté générale de la ville." Les équipages doivent être consignés "à leur bord". Des patrouilles seront "organisées sur l'eau" et dans le port. Un nouveau corps de garde sera constitué . On envisage même "d'instituer prisonniers les équipages" et les transférer à Montpellier ou dans "un fort de Tarascon". Le 16 février, le citoyen Allut, envoyé par le département, rassure la municipalité. Dans "leur constante sollicitude, les magistrats du département" approuvent les mesures proposées.

Des navires ont même par leur soin "été visités jusqu'à fond de calle", des armes saisies. Et la vie se poursuit dans "la plus grande harmonie". Quand l'Espagne entrera en guerre, se seront ses sujets qui seront soupçonnés. Et les pêcheurs catalans. L'un d'eux n'a-t-il pas abandonné ses filets et embarqué "avec deux malles" ? Alors, on décrète que les patrons catalans pourront prendre la mer, mais avec un équipage français ! Quant aux Espagnols, "qui n'ont aucune propriété", il sera usé à leur égard comme envers les Hollandais et les Anglais. En bref, internés là où les administrateurs le décideront.

 Cela changeait le conseil du "recreusement" du port, de la solde des volontaires, ou même de la note du ferblantier qui avait réparé les deux pompes à eau. C'était un évènement d'importance qui confirmait les Sétois dans leur attachement à la République.

 
 
Hervé LE BLANCHE.

Les Montagnards de Sette.

Mai-juin 1793. La Révolution prend un cours nouveau dans le duel à mort avec les Girondins, les Montagnards prennent appui sur le peuple. A Paris, sur les sans-culottes de la Commune. En province, sur leurs partisans, en particuliers les Sociétés populaires. Et la municipalité manifeste un soutien sans faille à la Convention montagnarde.

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Robespierre

Au printemps 1793, la Gironde était encore puissante. Elle engagea la lutte contre la commune de Paris, fief des "sans-culottes". Hébert, rédacteur du Père Duchesne, ainsi que d'autres militants en vue furent arrêtés le 25 mai. Isnard, un des chefs girondins, menace : "Si...il arrivait qu'on portât atteinte à la représentation nationale, je vous le déclare au nom de la France entière, Paris serait anéanti ; bientôt, on chercherait sur les rives de la Seine si Paris a existé". Le lendemain, Robespierre appelle à l'insurrection. Un Comité insurrectionnel s'assemble à l'Evêché de Paris. Le 31 mai, au son du tocsin et du canon d'alarme, les pétitionnaires des sections et de la Commune vont à la Convention cernée par la foule. Ils présentent tout un programme de défense révolutionnaire et de mesures sociales. La Convention l'ignore. Alors, le 2 juin, le Comité insurrectionnel fit entourer l'Assemblée par 80 000 hommes de la garde nationale. L'arrestation des chefs de la Gironde est demandée. Après maintes palabres, les Conventionnels sortent en corps face aux émeutiers mais quand le président veut forcer le passage, Hanriot, chef de la garde nationale, commande : "Canonniers, à vos pièces !" La Convention se soumit. Vingt neuf députés girondins sont décrétés d'arrestation. Appuyé sur les sans-culottes, le pouvoir sera désormais Montagnard.

 

Lepel(l)etier,_Michel,_par_Garnerey_(sic)_et_Alix,_BNF_GallicaDès avant ces "journées", à Sette, on avait montré un attachement sourcilleux à la Révolution. En octobre 1792, on s'était inquiété de savoir si un actionnaire des salins du Bagnas vivant à Lisbonne pouvait être considéré comme émigré. Et la ville avait connu sa première fête civique en février 1793 avec les cérémonies honorant un des premiers martyres de la Révolution, Le Peletier de Saint Fargeau, assassiné par un ex garde du corps. Et dès le 5 juin 1793 réponse est donnée en Conseil municipal à l'adresse de la Société populaire de Montpellier à la Convention. Cette adresse, demandant une nouvelle Constitution, est applaudie par le Conseil municipal. Pour le maire Castilhon, "c'est le seul moyen de conserver, de faire fleurir la France républicaine, d'ôter tout espoir aux Tirans (!) ligués contre elle…" Ainsi, "il importe à tout bon citoyen de se montrer vigoureux à faire échouer leurs complots,...leur folie, criminelle ambition et à se prononcer fortement pour la majorité de la Convention nationale en imposant silence à quiconque voudrait persister à en entraver la marche et contrarier ses travaux".

Et l'extrait de la délibération sera envoyé à la Convention.

 Plus tard, les Sétois adhéreront aux mesures socio-économiques édictées par la Montagne.

Même si l'emprunt forcé sur les riches fut longuement discuté. Mais, à Sette, on était bien Montagnard.

Hervé Le Blanche

Les Sétois n'étaient pas "flegmatiques".

A l'automne 1792, le cours de la Révolution française connut une évolution décisive. Si le danger extérieur paraît conjuré, face à la montée des périls, le gouvernement du pays changera de main et s'affirmera une ligne révolutionnaire trouvant un fort écho à "Sette".

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Sous la houlette du maire François Castilhon, le Conseil général de la Commune siège en permanence. Le maire justifiera cette disposition, prise dès août 1792, par "les affaires considérables de la Commune" ne lui laissant "que pour prendre à la hâte ses repas et le Repos (!) de la nuit". Il faut réorganiser le travail de l'administration municipale et soutenir l'action révolutionnaire. Tous ceux qui ont une fonction officielle en ville, capitaine du port, receveur, contrôleur, visiteurs et préposés aux douanes nationales, prêtent serment "d'être fidèles à la nation et de maintenir de tout notre pouvoir la Liberté et l'Egalité ou de mourir en les défendant". Et, même si c'est avec retard, on accompagne les évènements parisiens. Car la Convention nationale nouvellement élue agit.

Le 21 septembre 1792, la royauté est déclarée abolie. Le décret fut publié à Paris le soir même à la lueur des torches. Les actes publics seront datés de l'an I de la République. Et le 25 septembre, la Convention fut encore unanime pour voter la proposition de Gouthon, député du Puy de Dôme, déclarant "La République française est une et indivisible".

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 Affirmation qui sera complétée en décembre 1792 par une stipulation menaçant de la peine de mort quiconque tenterait "de rompre l'unité de la République française ou d'en détacher les parties intégrantes pour les unir à un territoire étranger". Quels affrontements suscitaient ces mesures extrêmes ? Ceux, à Paris à l'automne 1792 (plus tard dans toute la France), des Girondins et des Montagnards. On a appelé Girondins les élus de certains départements du Midi (dont la Gironde) porteurs d'une culture politique particulière. Beaucoup étaient marchands négociants des grands ports atlantiques : Bordeaux, La Rochelle, Nantes. Formés à l'autonomie, la négociation, ils répugnaient aux méthodes autoritaires et à l'abandon du libéralisme économique. Leur projet d'ensemble demeure flou.

Leurs cibles étaient d'abord Paris (dont ils voulaient "réduire l'influence à 1/83ème de la nation") et les chefs des "Montagnards". Ceux qui siégeaient à la Chambre tout en haut de l'amphithéâtre décidés, pour mener la Révolution à son terme, à s'allier au peuple quitte à bousculer autoritairement le libéralisme politique et social.

Dès l'ouverture de la Convention, les Girondins attaquent : Marat est déféré au Tribunal révolutionnaire, Robespierre accusé de viser à la dictature.

 

Entre Girondins et Montagnards siègent ceux que Camille Desmoulins appellera "les flegmatiques". Plus tard, ce sera "la Plaine" ou "le Marais". Et les Sétois ? La municipalité, le 21 septembre 1792, approuve et la déchéance du roi et "l'unité d'intérêt de gouverner dans un même centre". Et, dans la foulée, le procès-verbal est envoyé à la Convention. Plutôt "Montagnards", les Settois !

De la Saint Louis et des joutes.

Les festivités de la Saint Louis, fête patronale de Sète, vont mettre en effervescence rues, quais et canaux de l'Ile singulière. Et l'on joute, singulièrement le lundi quand les poids lourds montent sur les tintaines. Si les joutes nautiques ne sont pas nées à Sète, ni même en Languedoc, elles sont constitutives de l'histoire de la ville-port.

On a jouté le 29 juillet 1666 : "On avait vu devant que se mettre à table (pour le dîner) passer en très bon ordre deux fort belles compagnies de Mariniers vestus de blanc, les uns parez de livrées incarnates et les autres de bleües, avec des toques de taffetas de ces mêmes couleurs… Elles estaient allées tambour battant et enseignes déployées gagner dans le canal, au son des hautbois, chacune dans leur Chalouppe ornées de même parure, l'une peinte en rouge et l'autre d'azur semé de fleurs de lys, montées par seize rameurs avec leurs Patrons et autres aydes et sur chacune douze jousteurs lesquels s'apprestèrent au combat tout aussi tôt qu'ils virent les Dames et toute la Compagnie sur le rivage", relatent le ou les témoins. La relation ne donne pas le nom du vainqueur du premier tournoi de joute à Cette qui reçut un prix des mains de Mme l'Intendante et "les vaincus mesmes furent consolez de quelques présens agréables". Il y avait peut-être dans les barques des natifs du lieu, mais le gros de la troupe venait de Frontignan et surtout d'Aigues-Mortes. Car c'est à partir de la cité royale que la pratique de la joute nautique se répandit en Languedoc.

On joute en Agde dès 1601, à Frontignan en 1628 et la pratique gagna sur tout le littoral de l'étang de Thau. C'est à Aigues-Mortes, port de la croisade, que les traditions de la chevalerie s'amalgamèrent aux coutumes festives populaires. Comme en bien d'autres lieux en France à la fin du Moyen-Age quand "les tournois se normalisent et deviennent un spectacle tout en restant un entraînement militaire". Des joutes nautiques eurent lieu à Lyon, à Marseille en 1349, puis au Havre, Lille (!) et  Strasbourg en 1744 pour célébrer la guérison de Louis XV. On ne sait qui importa cette très ancienne pratique de combat sur l'eau en France. Elle apparait surgie d'un très lointain passé, peut-être venue d'Italie. Car les Romains joutaient et joutèrent longtemps. En attestent la description des fêtes en l'honneur de Castor et Pollux à Ostie, ainsi que les céramiques montrant des jeux nautiques à Strasbourg en 303 ap JC en l'honneur de l'empereur Dioclétien. Avant eux, les Grecs dès le VIIème siècle av JC. Plus tôt encore, les Egyptiens dès que les pharaons établirent leur pouvoir sous l'Ancien empire (2780 à 2380 av JC).

Cette coutume plurimillénaire trouve à Sète un lieu d'épanouissement. Longtemps pour des raisons politiques : de Louis XIV à Napoléon. Mais aussi parce que, fête populaire, elle est, selon G. Maccone, "halte reposante" et "trépidante" où s'expriment rêves d'enfants et espérances d'hommes. Et dans la lumière du sud quand, parmi les oriflammes, sur une eau miroitante s'affrontent les hommes en blanc, c'est un spectacle…royal!

Hervé Le Blanche

joutes en Egyptejoutes en Egypte (source : www.flacsu.fr)

Avril 1789, les pendus de Sète

Il est des victimes que l'on oublie. L' Histoire est souvent injuste envers les anonymes. Comme parfois envers Sète qui connut une des plus violentes secousses en Languedoc, ébranlant l'Ancien Régime déclinant. Pourtant, c'est bien dans la ville-port qu'eut lieu, le 15 avril 1789, une véritable explosion de haine de classe.

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Les profondeurs du royaume de France étaient depuis deux ans agitées de puissants remuements. En proie à la crise financière et dans l'incapacité de la résoudre, la monarchie avait plié. En août 1788, Louis XVI avait annoncé la réunion des Etats Généraux du royaume. En 1789, même si le problème de la représentation du Tiers Etat n'était pas complètement résolu, les communautés rédigèrent leurs cahiers de doléances et envoyèrent des députés au siège des sénéchaussées (circonscriptions judiciaires) pour que leurs représentants siègent à Paris.

A Sète, eurent lieu des réunions par quartier ou par métier. Les délégués de ces assemblées siégèrent pour "députer" des représentants à Béziers et faire valoir leurs doléances . Elles n'étaient pas nombreuses : lever le droit d'octroi perçu à l'entrée de la ville, établir un lazaret pour la quarantaine des navires à Sète et non à Marseille pour favoriser la liberté du commerce.

Et établir dans la ville une brigade de maréchaussée. Car la population de Sète "est remuante", "indisciplinée". D'autant plus dangereuse qu'elle était pauvre : 42 % des Sétois ne sont pas imposables. Les ouvriers des manufactures (savonnerie, tabac) gagnent de quoi survivre. Et puis, mendiants, portefaix, travailleurs du bois, matelots constituent un milieu particulièrement inflammable.

 

Or, depuis 1786, le prix des céréales a augmenté de 56 %.

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En 1788 et 1789, s'abat sur tout le royaume une série de calamités naturelles. En janvier 1789, il neige à Sète et un vent violent renverse les cheminées. Et la disette menace. La récolte de 1788 est épuisée. Le prix du blé et donc du pain augmente partout. Et le 15 avril, le bruit se répand d'une nouvelle hausse. L'émotion est à son comble, on s'attroupe. L'Intendant, accouru de Montpellier, refuse de revenir à l'ancien prix. Et c'est l'émeute. Un consul négociant ne dut son salut qu'à la fuite.

On brandit une hache contre le consul Claris. On s'en prend aux demeures des consuls et surtout celle du maire, détesté et loitain, M. Taissié. On saccage complètement les appartements, la cave, le verger.

On jette objets et papiers au canal. La foule menace d'incendier la ville. L'Intendant cède. Mais fait entrer dans la ville 2 compagnies du régiment de Bresse (250 hommes). La répression va terroriser la population :

quatre émeutiers sont pendus, un autre fouété. Il faut "intimidé (sic) le peuple". Une partie de ce peuple fuit la ville. D'autres émeutes suivirent à Agde, Bessan, Florensac, Pézenas, Clermont l'Hérault. Là, l'appareil répressif n'a pas frappé.

 

Il est curieux que l'épisode le plus violent dans l'Hérault soit ignoré ou peu évoqué par les historiens les plus sérieux. Ainsi, les pendus, obscurs gens de travail, restent anonymes et oubliés.

Hervé Le Blanche

De Cette à Sète...

La ville de Sète est née, en 1666, d'une décision royale et de la volonté de trois hommes: Paul Riquet, Louis XIV et le Chevalier de Clerville. Paul Riquet cherchait un débouché sur la Méditerranée pour le Canal du Midi dont il avait entrepris le creusement. Louis XIV avait chargé son ministre Colbert de trouver une rade pour les galères royales et d'y créer un port d'exportation des produits du Languedoc. Colbert confia cette tâche au Chevalier de Clerville, qui identifia le Cap de Sète comme le site le plus approprié pour la création d’un port.

 

Source : OT de la ville de Sète - Musique : Les Mourres de Porc

Le club des Jacobins de Cette.

 Une telle dénomination renvoie à la période révolutionnaire (1789-1791). La présence et l'action d'un tel club, affilié à celui de Paris (coeur battant de la révolution montagnarde) atteste que Cette fut une des villes du département la plus révolutionnaire.

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La "Société des Amis de la Constitution et de l'Egalité" fut créée en décembre 1790. La ville, comme partout en France, était troublée par les conséquences de la Constitution civile du clergé (12 juillet 1790). Les dispositions de cette loi revenaient à faire des membres du clergé des sortes de fonctionnaires civils. Et ils devaient être élus, même les évêques ! En outre, ils devaient prêter serment de respecter la dite constitution. C'est aussi le moment où les premiers acquis de la Révolution engrangés, l'avenir semble incertain. Aussi, comme à Paris et dans toute la France, se créé à Sète un club révolutionnaire.

Le 3 décembre 1790, un petit groupe de citoyens se réunit dans l'église des Pénitents "à l'effet de former un club". Le président provisoire est Tudesq fils (médecin). Boumiet est vice-président. Gauthier est secrétaire. Il y a un trésorier et 4 receveurs provisoires. Six commissaires veilleront au respect des règles régissant le club. La cotisation annuelle (de 3 à 12 livres) est modulée selon les revenus. Mais, indifférence ou manque de moyens, les salariés y seront peu présents. On compte bien un ouvrier à la manufacture de tabac, deux marins qui voisinent avec un pêcheur et deux tonneliers.

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 Mais sur les 75 membres, 33 sont issus de l'artisanat ou du petit commerce : aubergiste, boulanger, tailleur d'habit, orfèvre, cultivateur. Ils sont mêlés à l'instituteur, l'interprète, l'arrimeur. Et comme tout de même il faut être citoyen actif (payer un impôt équivalent à 3 journées de travail), siège sans surprise un fort groupe de négociants (15 au total) qui qui joueront un rôle dans la Révolution : Jean-Pierre Baille qui sera "officier municipal", de même que Bresson Auguste qui sera un temps maire, Caucanas Louis, Councler Henri. le club tient ses assises dans le local (loué pour 700 livres) de Mme Doumet, probablement près de l'actuelle rue de Strasbourg. Des comités spécialisés voient le jour. Celui qui jouera un grand rôle tout au long de la Révolution est le comité de correspondance. C'est par lui que se fera le contact avec Paris (et le club des Jacobins), mais aussi Montpellier, Nîmes, Aix en Provence, Agde, Béziers.

Et au plus fort de la Révolution, Toulouse, Moissac. C'est par lui que nouvelles et idées circulent, d'autant que le club est abonné au "Journal de Paris" et au "Moniteur", ainsi qu'au "Courrier d'Avignon" et même au "Journal militaire".

Le club se réunit deux fois par semaine et donne des conférences publiques le dimanche dans l'église des Pénitents. Ses membres portent "cocarde et uniforme national".

 On n'est pas plus militant ! Et c'est bien aussi grâce aux "patriotes" du gros bourg périphérique qu'était alors Cette (environ 8 000 habitants) que la Révolution a pu suivre son cours, notamment lors de la crise de 1793.

Hervé Le Blanche

Sète la Singulière
par Louis Bernard Robitaille

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon

Ouvrage sur l'histoire de Sète

Sète la Singulière

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon