Histoire de Sète

1788, Cette, les Anglais et les autres.

A la fin du XVIII° siècle, il semblait que des divinités malveillantes s’acharnaient à contrarier la vie de la cité portuaire. 8 500 habitants, après plus d’un siècle d’existence. La mauvaise chance. Le « guignon » aurait Baudelaire. Cette n’était pas devenue le grand emporium entre Massif Central, Rhône et Pyrénées.

Conditions locales : un frein au développement.

Le représentant du roi, l’Intendant Barville, évoque désabusé les handicaps du site de la ville-port (Mémoire sur le Languedoc 1788). Son territoire, « une lieue carrée » (environ 4 km2) présente « peu de terrain cultivé », ne produit qu’un peu de blé, d’huile, quelques légumes et fruits. Des plantes médicinales pour la pharmacie de Montpellier. Un peu de bétail et 2 400 hectolitres de vin. Sur ces maigres récoltes, les Cettois payent à l’évêque d’Agde dîme et champart. Infortune de terre. Infortune de mer : « la navigation et le commerce maritime sont presque encore dans leur enfance ». Le port risque l’ensablement et « les grands vents violents » interrompent la navigation sur l’Etang. Selon l’Intendant, les Languedociens « ont toujours craint de se livrer au commerce maritime » et « si l’on a armé accidentellement quelques vaisseaux pour les Isles, le peu de succès de ces premières tentatives a refroidi les spéculateurs.. » Les capitalistes languedociens « ne sont pas assez puissants et trop accoutumés à des placements sûrs ». Et Marseille « conserve le commerce exclusif avec le Levant ».

Languedoc prospère mais fortement concurrencé.

L’arrière-pays a pourtant des richesses naturelles à exporter, en particulier « les grains » si importants dans l’économie de l’Ancien Régime. Les diocèses de Castres et Saint Pons produisent seigle et « bled de Turquie » (maïs). Le Lauragais, l’Albigeois, le Montalbanais, un excellent froment, de même que le Narbonnais. Mais une grande partie des « bleds » part pour Toulouse, Montauban où la farine produite est exportée vers les colonies par Bordeaux. Seul, le Narbonnais exporte par le canal royal vers Toulon ou l’Espagne. Et encore, le canal de la Robine doit être amélioré. Combien Cette capte-t-elle des 1,8 millions de Qx d’excédents du Languedoc ? L’Intendant ne le dit pas. Or, la province est l’une des plus actives de France. L’industrie textile y est très importante. Mais c’est de Marseille que s’exporte la « Grande Draperie » vers Salonique, Chypre, Saint-Jean d’Acre, Le Caire, Alexandrie, l’Inde même. La concurrence anglaise est rude. Elle le sera encore plus pour les tissus de coton si importants fin XVIII°. A Montpellier, « Alby », Toulouse le coton du Levant devient toiles à voile, toiles de blanc, mouchoirs et rubans. Mais l’Anglais produit mieux, moins cher et profite du traité de commerce de 1783. Et il fait de tels achats sur le marché que les cours bondissent, portant un rude coup aux fabriques de Montpellier.

Dans le même temps, malgré le « pacte de famille » (1762) entre l’Espagne et la France, la Péninsule ibérique et l’Amérique espagnole se ferment aux produits français. A Cette, on exporte « bonnets, mouchoirs et autres petites étoffes ». Trafic que l’Intendant ne chiffre pas. Le port survivra, mais grâce à des ressources locales.

Hervé Le Blanche

 

Hervé Le Blanche

Hervé Le Blanche, professeur d'histoire et de géographie, passionné d'histoire, de littérature, d'art et de sa ville de Sète est notamment l'auteur de  "Histoire(s) de Sète et des Sétois" et de sa suite "Histoire(s) de Sète, des Sétois et de quelques autres..."

 

Février 1848 : les "Cettois" sans illusions ?

 Le 24 février 1848, face à Paris insurgé, Louis-Philippe abdiquait après 18 ans de règne. De la chute de la monarchie de juillet aux journées de juin 1848, ce fut "l'illusion lyrique". A Paris tout au moins, semblait s'ouvrir une ère nouvelle de Liberté, d'Egalité et, signe des temps, de Fraternité. Mais à Cette ?cetteP1010410

 D'après les sources les plus accessibles, à Cette, on ne semble pas avoir été saisi par "l'esprit de 1848". Encore que… Mais c'est sans agitation ni violence que la municipalité Reynaud cède la place à l'équipe Mercier, désigné par la Commission départementale qui, à Montpellier, a remplacé le préfet de Louis-Philippe. D'ailleurs, au conseil municipal, le "citoyen Lassalvy" fera observer (séance du 27 mai 1848) que l'administration Mercier n'a pas été élue et qu'elle n'a donc pas de mandat légal.

Quelque écho de l'esprit du temps, tout de même, mais si fugace. Car le maire intérimaire, Charles Mercier, est loin d'être un révolutionnaire. Il est issu d'une grande famille marchande. Au banquier Reynaud succède le négociant Mercier. Ce notable est plutôt libéral et il ne tente pas d'entraver prises de parole et réunions qui se déroulent sans que l'ordre soit troublé.

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 Lui-même se félicitera, lors de sa première prise de parole au conseil municipal, "…dans les circonstances les plus difficiles […] d'avoir maintenu l'ordre et la fraternité la plus admirable parmi les habitants"… (séance du 17 mai 1848). Il est étonnant que Sète ait connu une transition aussi paisible. Les débuts de la monarchie de Juillet avaient été tumultueux : légitimistes et républicains s'agitaient, s'affrontaient parfois. En 1835, une grève de tonneliers avait été durement réprimée. D'ailleurs, Cette est une ville de prolétaires. En 1849, dans une ville de 17 259 habitants, on dénombre 820 tonneliers, 160 ouvriers de fonderie, 275 travailleurs dépendant de la construction navale, 250 portefaix. Et on compte 913 marins (dont 445 mousses). Au total, 2 418 ouvriers ou artisans à côté de 250 cultivateurs et 500 pêcheurs. Globalement, environ la moitié de la population dépend d'une activité salariée.

Il est vrai que le règne de Louis-Philippe a pris fin soudainement : c'est le 22 février au soir que l'armée tire sur les manifestants rassemblés, boulevard des Capucines, devant le ministère des Affaires étrangères où siège Guizot, l'homme fort du régime.

 Le lendemain, Paris est couvert de barricades. L'armée est peu sûre. Et lorsque la garde nationale, pilier du régime, accueille le roi au cri de "Vive la Réforme" quand il la passe en revue aux Tuileries, celui-ci abdique. En deux jours, la monarchie de Juillet a sombré. Et tout le torrent du XIXème siècle s'engouffre dans la brèche, charriant liberté, démocratie, socialisme. Illusions ?

Cette 1698 : un avenir incertain.

Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier
par Nicolas de Largilliere

Près de trente ans après sa création, le développement du nouveau port se trouvait sérieusement entravé. Les spéculations et calculs de Louis XIV et de ses prédécesseurs de faire de Cette le débouché du commerce atlantique, ou tout au moins de l’économie du Languedoc, se trouvèrent fortement remises en cause.
En effet, malgré les consultations et précautions de toutes sortes qui avaient précédé la création du port, celui-ci présentait un grave inconvénient : le risque de comblement. Les conséquences de l’ensablement de la côte avaient été mal évaluées et les moyens d’y parer étaient insuffisants. Ainsi, en 1693, les Etats du Languedoc en accord avec les commissaires royaux signaient un bail de trente ans avec un sieur Charles Sainte Maure pour « les jetées à faire au port de Cette, creusement et désensablement du dit port. » Il en coûte au roi 15 000 livres et au Languedoc 30 000 livres par an. Plus d’un million au total sous peine de voir le port inutilisable. Et puis, malgré l’appellation de « canal des deux mers », le chef-d’œuvre de Riquet ne vit pas débarquer les trésors atlantiques. Bordeaux, exportateur de vin, concurrençait Cette en « baptisant » les vins du Languedoc. Il fallait aussi compter avec des ports concurrents Agde et, signale l’Intendant Basville dans son mémoire de 1698, « le grau d’Aigues-Mortes ». D’après son enquête, le Languedoc importait pour 6 millions de livres par an et exportait pour 16,49 millions de marchandises.
Or, le pactole ne se déversait pas à Cette. Pour une part, à cause du système fiscal. Les taxes étaient levées par un « fermier » qui avançait les sommes au roi, à charge pour lui de se rembourser (et si possible au delà) auprès des contribuables. A Cette, celui qui levait les taxes royales sur les marchandises du port avait disposé des postes de douane autour de l’Etang. Et quand les marchandises étaient réellement embarquées, il se pouvait qu’elles soient à nouveau taxées. Les bénéfices du « fermier » ne favorisaient pas l’activité. Une solution sera plus tard mise en œuvre après les plaintes des Etats du Languedoc. Les impôts entravaient aussi la production d’une des principales ressources de la province : la production de draps. L’Espagne taxe les exportations françaises et la France les laines espagnoles, renchérissant les draperies de Montpellier, grand centre de production. Et puis, Marseille achète des laines en Espagne, jusqu’à Constantinople et Smyrne et les revend directement en Italie, en Allemagne. Les mêmes marseillais dominent le commerce avec les « Echelles du Levant ». C’est à Marseille que sont acheminés, conditionnés, taxés « les londrines… et autres draps qui seront portés au Levant ». Les Etats du Languedoc demandent que le port de Cette soit « franc et libre comme celuy de Marseille » et les marchandises soient « portées en droiture au Levant ».
Cette plainte reviendra, récurrente, jusqu’en …1789. Cette devait être « la marine de Montpellier » (la ville la plus active de la province), le débouché des campagnes de l’ouest du Languedoc. Mais, que d’obstacles à surmonter !

Hervé Le Blanche

 

Hervé Le Blanche

Hervé Le Blanche, professeur d'histoire et de géographie, passionné d'histoire, de littérature, d'art et de sa ville de Sète est notamment l'auteur de  "Histoire(s) de Sète et des Sétois" et de sa suite "Histoire(s) de Sète, des Sétois et de quelques autres..."

 

De Cette à Sète...

La ville de Sète est née, en 1666, d'une décision royale et de la volonté de trois hommes: Paul Riquet, Louis XIV et le Chevalier de Clerville. Paul Riquet cherchait un débouché sur la Méditerranée pour le Canal du Midi dont il avait entrepris le creusement. Louis XIV avait chargé son ministre Colbert de trouver une rade pour les galères royales et d'y créer un port d'exportation des produits du Languedoc. Colbert confia cette tâche au Chevalier de Clerville, qui identifia le Cap de Sète comme le site le plus approprié pour la création d’un port.

 

Source : OT de la ville de Sète - Musique : Les Mourres de Porc

Juillet 1756 : Cette fête le succès des armes du Roi.



prise de Port Mahon à Minorque

 

 

Au milieu du XVIIIème siècle, la monarchie (toujours de droit divin et en théorie absolue) est devenue administrative. Nous sommes ainsi mieux renseignés en particulier sur les fêtes dont la ville était le théâtre. Ces réjouissances célébraient des évènements importants de la vie du royaume. Souvent à l'initiation des autorités de la province.

Le "corps politique" de Cette semble bien à l'origine des festivités qui marquent la naissance des enfants ou petits-enfants du monarque. Mais c'est le gouverneur du Languedoc qui a demandé, en juillet 1756, que sur ordre de Louis XV soit fêté un succès militaire : la prise de Port-Mahon et l'occupation de l'île de Minorque. On était au début d'une nouvelle conflagration européenne (guerre de Sept ans 1756-1763) où se jouerait le second épisode de l'affrontement franco-anglais, si déterminant pour la prépondérance européenne. L'affrontement précédent, lors de la guerre de Succession d'Autriche (1741-1748), avait fourni aux Anglais deux points d'appui importants en Méditerranée : Gibraltar et Minorque. L'île était bien placée pour surveiller les "routes" vers la Méditerranée orientale et l'itinéraire Marseille-Gibraltar. Et de l'île, les corsaires britanniques inquiétaient les côtes espagnoles…et languedociennes. Aussi, l'action contre la plus petite des îles Baléares présentait un intérêt stratégique. Et elle fut couronnée de succès.

Un convoi de 193 navires, dont douze vaisseaux de ligne et cinq frégates, amena 12 000 hommes qui s'emparèrent de la capitale, Port-Mahon et, au prix de prodiges d'héroïsme de sa citadelle, fort Saint Philippe. Au large, l'escadre de La Galissonnière se heurte à celle de l'amiral Byng. Après quelques heures d'une canonnade indécise, celui-ci regagna Gibraltar. Victoire ! Et cette victoire doit être célébrée. On ne sait si les Cettois étaient bien au fait de la signification de ce succès. Peut-être avaient-ils le sentiment de l'éloignement d'une menace ? On n'avait pas oublié le débarquement de 1710. Chaque année, la Communauté payait une confrérie pour qu'elle brûle un cierge de fort volume (de la valeur de 5 livres, environ une journée de travail) pour remercier le ciel d'avoir été délivrée de l'invasion anglaise. Alors, une victoire sur les Britanniques en Méditerranée devait être bien ressentie. Que les Cettois s'enthousiasment pour la gloire du roi de France est plus problématique. Certes, maires et consuls défèrent aux ordres du gouverneur. Ils engagent des dépenses supplémentaires en vue de fêter ce grand évènement "dont le peuple ressent un si grand avantage". Il y aura un "jour de joye", des fusées, des boëtes comme à l'accoutumée. Et puisque le roi le veut, un Te Deum sera chanté dans l'église de la paroisse.

Une brève incise dans la lettre du gouverneur fait soupçonner que cette fête avait un aspect formel : le représentant du pouvoir militaire en Languedoc avise maire et consuls de Cette "de ne pas manquer d'y assister". Les Cettois avaient-ils des raisons de bouder le succès des armes du Roi ?

Hervé Le Blanche

 

Corsaire singulier

Photographe, plongeur, ex-archéologue amateur et inventeur d'épaves, passionné d'histoire maritime, d'histoire locale et de généalogie, Antoine Golf offre au lecteur l'occasion de découvrir la vie de nos ancêtres, il y a deux siècles autour du Bassin de Thau



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Parti d'une vérification sur la date de décès d'un matelot marseillanais pendant les guerres napoléoniennes, l'auteur a découvert l'histoire du navire corsaire sétois "La Comtesse Emeriau" et de son capitaine, Jean-Antoine Ytier (1776-1838).

A travers des documents inédits, issus d'archives françaises et britanniques, il a été possible de faire la lumière sur la vie de ce marin méconnu, natif de Martigues, dont les plus grands exploits furent accomplis en tant que capitaine d'une goélette armée à Sète.

 Du siège de Toulon à la bataille d'Aboukir, puis en mission de Cadix aux Antilles, on suit la carrière du mousse devenu officier, on croise Bonaparte devenant Napoléon, et de grands amiraux français et anglais comme Nelson.
Mais c'est surtout la guerre de course dans le redoutable Golfe du Lion et la Méditerranée occidentale, à l'époque du Premier Empire, qui est révélée ici.
Combats navaux inégaux, années de captivité à Malte, évasion audacieuse, abordages et prises de navires ennemis, cette vie de Jean-Antoine Ytier est digne d'un grand roman d'aventures maritimes!

Les passionnés de l'histoire maritime de Sète et du Languedoc trouveront aussi une étude sur le chantier naval Raynaud qui, au milieu du 19e siècle se spécialisé dans les navires en métal, propulsés par la vapeur et l'hélice. Un élan brisé par des complications administratives.

 Episode oublié de l'histoire de l'île singulière.

Sète 1849 : le brasier sous la cendre.

 Face aux évènements qui agitaient Paris en 1848 et 1849, les Cettois restèrent calmes. Mais dans cette ville où les salariés étaient majoritaires, les idéaux de la révolution de février 1848 ne laissaient pas indifférents. Et, par delà le temps, le message de 1848 ne s'adresse-t-il pas aussi à nous ?seteP1010414-2

Au milieu du XIXème siècle, le sort de la classe ouvrière était dramatique. Il fut mis en lumière par l'enquête du docteur Villermé (1840). Lamennais assimilait la condition ouvrière à l'esclavage. Tout un courant socialiste (Fourier, Proudhon, Louis Blanc) diffusait l'idée d'une nouvelle organisation de la société rendant sa dignité au travailleur.

Sete en 1845-1

Et voilà que la République avait apporté, avec les libertés, le suffrage universel, le droit de vivre de son travail. Certes, les élections législatives n'ont pas été favorables à la république sociale (avril 1848) et en juin, Paris a connu une vraie guerre sociale. Mais les Cettois de 1849 gardaient l'espoir de changer leur condition. Car la crise économique fait toujours sentir ses effets. Le chômage sévit toujours particulièrement chez les ouvriers du bâtiment : maçons, plâtriers, tailleurs de pierre.

Certes, la ville est dotée d'une caisse de secours. Et on a organisé des ateliers de charité : près du fort Saint Pierre, on extrait "des moelons" de la roche pour édifier le mur de soutènement du futur cimetière marin.

 Sur le plan politique, en dépit du retour de balancier conservateur, les braises républicaines et socialistes rougeoient toujours. Portefaix et tonneliers sont de "tendance du parti avancé". Et les sociétés secrètes inquiètent les autorités. D'autant que l'anniversaire de la révolution du 24 février approche. Et tout à coup, le 7 février 1849, la ville s'embrase. Les autorités veulent faire enlever le bonnet phrygien surmontant l'arbre de la liberté édifié place de l'Hôtel de ville. Après des tergiversations du maire Mercier et des essais infructueux, l'arbre est scié. L'arbre de la liberté qu'on avait soigneusement entouré d'une grille ! Les spectateurs s'attroupent, manifestent.

Après une première tentative, on force les portes de la salle du conseil municipal. Le mobilier est brisé. Et les émeutiers se répandent en ville, tentent d'empêcher les gardes nationaux de battre le rappel. Et après 6 heures du soir, l'émeute se fait plus violente. Chez Raynaud, les portes résistent. Pas chez Benker où des déprédations sont commises. On désarme les gendarmes, on jette "chapeau et sabre" au canal. Puis on va mettre à sac le cercle du Commerce où se réunissent les bourgeois et négociants.

On brise les glaces, on sort le billard que l'on brûle. Un tonneau de rhum s'embrase à grandes flammes. On boit les liqueurs des aristocrates et on danse la farandole !

L'armée prend position devant l'Hôtel de ville. Avec toutes les autorités judiciaires et policières, arrive de Montpellier un bataillon du Génie. Arrestations. Vingt inculpés sont transférés à Montpellier. Mais soixante dix ans après, selon la Constitution, notre République est "démocratique et sociale". Sociale ?

Hervé Le Blanche

Aux confins méditerranéens du royaume de France

La monarchie française a tardivement été en contact avec la mer, « Mer Intérieure ». Capétiens, Valois, Bourbons étaient, sinon continentaux, du moins des terriens. C’est aux XII° et XIII° siècles que les dynasties de l’Ile de France eurent accès aux mers du Ponant. Et ce n’est que depuis la fin du Moyen Age que les rois de France ont veillé sur de nouveaux confins.

Le roi prête serment, lors du sacre, de protéger la religion catholique. C’est le premier devoir de « l’oint du Seigneur », le roi très chrétien, l’ « évêque du dehors ». Mais il jure ensuite de veiller « à la sécurité et au repos de ses peuples ». La sécurité des provinces françaises légitime l’emploi de la force armée et la conduite de la guerre. Jusqu’à Louis XIV, le roi, chef de guerre, sera présent sur le champ de bataille. Le monarque qui installa la « prépondérance française » en Europe, au moment du trépas (1705), regrettais d’avoir trop aimé « la guerre et les bâtiments ». Selon M. J. Cornette, il fut « le roi de guerre », celui des Bourbons qui usa le plus de son pouvoir régalien.

Veiller à la défense (ou à l’extension) du « pré-carré » sur terre ne posait qu’un problème de moyens. Il en allait autrement aux confins méditerranéens. Début XIII°, Saint Louis se fit concéder par le seigneur de Lunel une étendue d’eaux stagnantes où on creusa un port qu’un canal reliait à la mer. En 1271 quand le Languedoc fut annexé par le royaume, il n’offrait guère d’abris. Narbonne, La Nouvelle, Aigues-Mortes étaient de peu d’importance et même Frontignan et Agde ne semblaient guère offrir de possibilités.

Ce n’est qu’avec l’annexion de la Provence et de Marseille (1481) que la France a disposé d’une base pour « les vaisseaux du Roi ». Car, sur cette côte au sud du royaume, il fallait veiller. Une des raisons de la création du port au « Cap de Cette » en Languedoc est de pouvoir accueillir les galères qui, depuis Marseille, patrouillaient (de mars à septembre, il est vrai) en Méditerranée occidentale. En 1718, l’Intendant du Languedoc, dans sa description de la province, écrit que Cette « est un port de guerre » où le gouverneur de la place a des pouvoirs de police et où siège une Amirauté. Et à la fin du même siècle, les marchands et négociants de Sète se félicitent de pouvoir accueillir un « vaisseau de 50 canons » dans un « havre facile et assuré ».

A cette époque, la Royale n’utilisait plus de galères, mais jusqu’en 1748, ce sont les vaisseaux longs qui faisaient la police du domaine maritime du roi. L’arrivée à Cette d’une galère posait des problèmes à la communauté (6 000 habitants au XVIII°). Il fallait pendant plusieurs jours nourrir 450 hommes (dont 56 galériens), loger les officiers, pourvoir les navires en « rafraichissements » (eau douce, vivres). MM les consuls en avaient bien du tracas.

Il est vrai que les gens d’armes de la royauté rassuraient quelque peu. Il n’en avait pas toujours été ainsi. Malgré les efforts de Richelieu, quand Colbert fut mis à la tête de la marine (1664), huit galères pourrissaient dans le port de Marseille. Le « grand roi », soucieux de son devoir, porta leur nombre à trente en 1688. Il en eut jusqu’à quarante (1655). Pour la gloire ?

Hervé Le Blanche

 

 

Montpellier, Cette et les marquis de Castries.

Fontaine des licornes  (Montpellier)

» lire aussi en page Patrimoine/Bâti et architecture :
Les chimères du marquis de Castries

 

L'histoire de la famille de Castries est liée à celle de Montpellier et de Sète. Charles Eugène Gabriel, marquis de Castries, était gouverneur des deux villes. Son fils, issu d'un premier mariage, Armand Charles Augustin fut honoré du titre de duc de Castries et ne fut pas oublié en son temps en Languedoc.

Pourtant, elle semble bien parisienne cette aristocratique famille. Charles Eugène, le vainqueur de Klosterkamp, naquit à Paris et mourut en émigration en Allemagne. Son fils, Armand Charles Augustin (1752-1842), naquit et mourut à Paris. Peut-être dans l'hôtel de Castries (72 rue de Varennes à Paris) ou dans le château d'Ollainville que possédait le marquis. Un héritage le mit à la tête d'une belle fortune qui lui permit d'embellir son hôtel, d'acquérir une autre propriété à Antony et de tenir son rang. Car Charles Eugène, marquis de Castries, devint un des principaux personnages du royaume. La gloire du combat de Klosterkamp, gravée dans le marbre à Montpellier, le servit sans doute, mais sa naissance et ses talents en firent un des dirigeants du pays. Notons pour l'anecdote que "la fontaine aux licornes" et ses étranges quadrupèdes ne gagneront la place de la Canourgue qu'en 1865, après son agrandissement en 1860. Mais le marquis devint maréchal de France et un ministre de la Marine travailleur et efficace. Sont action sera déterminante dans la guerre d'Indépendance américaine. A la paix, il mènera un important effort de législation et de réorganisation. Il fut un grand ministre de la Marine.

Et Cette ? Et bien, dans ce "port royal", compte tenu du poids des hiérarchies sociales et des coutumes d'Ancien Régime, on fêtait les de Castries quand cela paraissait nécessaire. Le 20 mars 1781, la Communauté cettoise offrit au fils du ministre et désormais duc une belle fête pour l'entrée solennelle de Charles  André Augustin de la Croix de Castries dans la bonne ville de Cette. On dressa des arcs de triomphe, on illumina la cité. Les invités furent accueillis par force "décharges de boëtes" (nos bombes à poudre actuelles). Et puis, on a soupé, arrosant le repas de vin de Malaga, on a admiré les "fuzées" du feu d'artifice et l'on a dansé. Bal, feu de joie, fontaines de vin. La fête est belle pour la jeunesse. Et puis, l'on n'oublie pas le père, le gouverneur. Certes, il ne réside pas. Mais ceux qui signent leurs lettres aux autorités "vos humbles et obéissants serviteurs" fêtent l'accession du marquis au maréchalat le 21 septembre 1783. On organise des joutes, bien sûr! On fait repeindre les pavois. Le sieur Lambe, serrurier, ferre les lances. La veuve Marie Gachon apprête drapeaux et écharpes. Un sieur Humbert offre deux montres aux jouteurs (le tiers de la dépense totale tout de même!).

On ne sait qui remporta le tournoi. Ce que l'on sait, c'est que quand le marquis de Castries fut fait maréchal, un grave conflit de préséance, et en fait de pouvoir, opposa les consuls et les officiers de l'Amirauté. On en référa au Parlement de Toulouse, loin de Paris et de M. le marquis

Hervé Le Blanche

 

Quand survenaient les vaisseaux du roi.

 Aux temps modernes (XVIème-XVIIIème siècles pour les historiens), c’est au tournant du XVIIIème siècle que les galères connurent leur apogée en tant qu’instrument militaire. C’est à Cette qu’elles faisaient escale quand elles opéraient en Méditerranée occidentale. Ces croisières posaient d’ailleurs de nombreux problèmes aux capitaines et aux communautés des ports d’escale.

Le port de Cette au XVIIème siècle

 Louis XIV et Colbert mirent sur pied une marine (la Royale) supérieure même à la flotte anglaise (250 000 tonneaux au total contre 200.000 aux Anglais). Elle pouvait aligner 120 vaisseaux de ligne de plus de 40 canons contre 100 aux britanniques. En Méditerranée, l’arsenal de Marseille armait 34 galères (chiffre inégalé). En ces temps où même le roi peinait à imposer des nouveautés, les galères étaient toujours considérées comme bâtiment de guerre. Les escadres du Roi-Soleil participaient aux opérations maritimes en Méditerranée. D’abord à l’apogée du règne lors de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1711) quand le royaume de France affronta une vaste coalition européenne : Angleterre, Hollande, Autriche, empire germanique, Espagne. En 1696, les Français assiègent Barcelone. Les galères sont chargées d’escorter les navires de ravitaillement et de soutenir les opérations sur mer. Le 12 août, 25 galères quittent le mouillage des îles du Frioul à une lieue de Marseille, poussées par un petit vent d’ouest-nord-ouest. A la pointe du jour, se lève une brise du sud-ouest qui incite le chef de l’expédition à faire escale à Cette plutôt que de traverser en une seule étape le golfe du Lion.
Mais le port n’est pas d’accès facile, surtout par vent d’est et « les bâtiments sont en danger de se perdre ». L’escadre va l’apprendre à ses dépens car elle relâche le 13 août, repart le 15 et, face à la grosse mer, regagne le port en désordre ; « entre qui peut », note le témoin, lieutenant à bord d’une galère. L’on ne repartira vers Port-Vendres que le 17. Messieurs les officiers apprécient la compagnie des « dames de Montpellier ». Les galériens se reposent. On se ravitaille. Il faut d’abord de l’eau. Les forçats s’hydrataient beaucoup et une galère emportait 300 barils d’eau (25.000 litres) qui étaient épuisés en cinq jours environ. Le témoin ne dit pas comment on a trouvé autant d’eau « au cap de Cette », ni de grandes quantités de pain base de la nourriture des rameurs, des matelots aux soldats. Il fallait du bois pour la cuisine et du vin. Le capitaine avait sa provision personnelle, mais les autres ? Le vin est le réconfort des matelots et un forçat ayant tiré sur la rame une partie de la nuit, arrosé d’embruns, affamé, doit attendre au matin l’heure de la distribution de pain. Alors, la piquette du bord est la bienvenue. A-t-on mis Agde, Frontignan, Mèze à contribution ?

Mais l’escale, pour le forçat, c’était aussi l’occasion de petits trafics dont celui du tabac que l’on fumait « en voguant »(*) et peut-être l’occasion de se faire « la belle » !

Hervé Le Blanche

(*) Au sens premier donné par le Petit Littré et repris par A. Zysberg (Les Galériens, Seuil, 1987), voguer c’est « être poussé sur l’eau à force de rame, ramer, faire aller avec la rame ». Ainsi, quand la chiourme entière ne voguait pas, la galère « voguait par quartiers ».

« Cette » et le Second Empire.

La Gare

Emile Doumet (BNF)

« Cette », ainsi dénommée avant 1928, doit au Second Empire son essor et une part de sa physionomie actuelle. Certes, le régime de Napoléon III n’est pas responsable d’évolutions profondes favorisant l’essor de la ville-port, mais sa marque dans la vie de la cité est indéniable. Marque voulue par l’Empereur ?

De prime abord, Cette n’avait rien de commun avec le neveu de Bonaparte. La ville était en majorité ouvrière et républicaine. Si, malgré les affres du commandant de la place, Samary, elle ne s’opposa pas violemment au coup d’Etat, elle fut « une des cinq villes de France qui aient voté contre Bonaparte ». 97 Cettois sont poursuivis, plusieurs dizaines déportés en Algérie. Dans la ville, un homme incarne la politique bonapartiste : Emile Doumet. Né en 1796 à Paris, il avait fait une carrière d’officier dans l’armée. Mais « sa famille (était) solidement implantée sur les hauteurs de la ville ». Jusqu’au XIXème siècle, la cité Doumet était une enclave fermée pour la nuit. La famille « présente dans le négoce et l’armement » est très active à Cette. Désigné maire en 1845, il sera réélu jusqu’en 1863. Autoritaire, il épure le conseil municipal, mobilise la police et la troupe contre les grévistes. L’opposition républicaine, socialiste est réprimée tout autant que celle des légitimistes appuyés par le clergé local. Et cependant, il devait bien exister une certaine connivence cettoise entre les habitants de « l’Ile singulière » et le notable autoritaire. Aux législatives de 1863, face au candidat gouvernemental Pagezy, Doumet triomphe dans sa ville.

Battu dans le département, il se démet de tous ses mandats. L’opposition républicaine se fera pressante jusqu’en 1870, en dépit de l’essor de la ville et de la politique impériale. Les facteurs de croissance, antérieurs à l’Empire, porteront le port au 4ème rang en France. Le chemin de fer est installé dès 1839, les banques cettoises mobilisent leurs avoirs et l’Algérie fournit de beaux débouchés aux négociants en vin jusqu’en 1866. Le brise-lame est créé, l’actuel canal maritime creusé. Et Napoléon III semble avoir de la sollicitude pour ses administrés. Selon M. Jean Sagnes, historien languedocien (professeur émérite de l’Université de Perpignan), Louis Napoléon, en bon citoyen de son temps, était habité par un réel souci d’améliorer le sort des populations. « Saint Simonien couronné », il favorisa l’essor industriel et son souci d’urbanisation qui a transformé Paris se retrouve ici. Selon l’Histoire de Sète (collectif, éd. Privat 1987), « Doumet sera le baron Haussmann de Sète, créant un nouvel ordre urbain poursuivi jusqu’à la fin de son « proconsulat », fin XIXème siècle ». Deux réalisations complémentaires illustrent cette politique : en 1863, vingt fontaines publiques sont alimentées par l’eau d’Issanka (à 7 Km) et des machines à vapeur porteront l’eau au Château d’eau et jusque sur « la montagne » de Saint Clair. Et sera aménagé l’actuel jardin « Simone Weil ».

La population de Cette est passée de 9 000 habitants en 1821 à 27 000 en 1875. En 1876, la ville aura son avenue et le mur de clôture ancien sera détruit. Malgré-ou avec Doumet, le « rêveur de l’Elysée » a-t-il œuvré au bonheur des Cettois ?

Hervé Le Blanche

Sète la Singulière
par Louis Bernard Robitaille

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon

Ouvrage sur l'histoire de Sète

Sète la Singulière

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon

Avec l'APAVH, le beau Domino, est à l'adoption

domino44

"Je m'appelle Domino, on m'a récupéré dans la rue. Depuis j'ai été castré et je suis aux petits soins dans ma famille d'accueil, j'ai une très belle frimousse avec un petit grain de beauté près du museau. Je suis certainement le plus gentil des minous, d'ailleurs ma douceur se lit dans mes beaux yeux clairs . J'ai environ 2 ans, je suis une vraie crème de chat et je cherche une famille pour la vie plutôt dans une maison avec un jardin, je suis très sociable et je m'entends avec d'autres chats sans problème.

Même si je suis un peu craintif, je n'ai aucune agressivité. Je suis gourmand, propre, je réponds à mon nom, je ronronne facilement et je dors avec ma famille d'accueil toutes les nuits pour son plus grand plaisir.Bref, je suis un bon gros patapouf plein d'amour.

Pour mon adoption, on vous demandera une participation pour mes frais d'identification et de stérilisation...

» Echos/associations