Histoire de Sète

1960 : De Gaulle à Sète

En voyage officiel dans le Sud de la France, le général de Gaulle fait une halte à Sète le 28 février 1960. Du balcon de la mairie, et devant une foule importante, il adresse aux Sétois quelques mots de remerciement chaleureux, avant d'entonner la Marseillaise.

 

"Si l'accueil amical et généreux d'une ville n'a jamais donné du réconfort et n'a jamais servi de témoignage à la France, eh bien l'accueil de Sète est par excellence cet accueil-là ! Vous toutes, vous tous qui êtes ici, je vous en remercie de tout mon coeur, pour moi-même, car c'est un honneur que vous me faites, et pour la patrie tout entière car c'est une preuve que vous lui donnez. Le soir tombe, j'ai gagné ma journée et je vous assure que tout au long de ma route, et en particulier chez vous, j'en ai recueilli un immense et utile réconfort. Alors tous ensemble, devant cette mairie qui est la maison commune, et notamment qui est la mienne, nous allons tous ensemble chanter l'hymne national : la Marseillaise !"
Charles de Gaulle, 28 février 1960

   

 L'Institut National de l'Audiovisuel (INA) a mis en ligne sur son site des documents d'archives retraçant les déplacements officiels que le général de Gaulle effectua dans toute la France entre février 1959 et juin 1965, en particulier le neuvième qui du 25 au 28 février 1960 se déroule dans le Languedoc.
À Sète, le dernier jour de son périple, il est accueilli sur la place Léon Blum par le maire communiste Pierre Arrault, qui ne s'est prononcé qu'in extremis en faveur de la réception officielle : voir le film vidéo de l'INA

 Dans cet extrait du discours, transparait la communion et l'unité entre les Français et leur président.  Selon Aude Vassallo qui présente la vidéo de l'INA, "dans cet extrait du discours, ne figurent que les traditionnels remerciements pour l'accueil chaleureux de la ville de Sète et des Sétois (nombreux à être venus l'écouter) et la toute fin de la déclaration du Général. Néanmoins, grâce au journaliste Pierre Viansson-Ponté, nous savons qu'il reprend les thèmes développés à Narbonne, le jour précédent : alors que la première bombe atomique française a explosé treize jours plus tôt à Reggane, le discours du Général se consacre à la " politique de grandeur " poursuivie par la France, seule politique capable de lui offrir l'opportunité d'influer sur le destin du monde. Devenue une puissance atomique, la France peut désormais se tenir " debout ", elle " doit avoir des alliés et des amis, mais elle n'a pas besoin de protecteur ".

Le général de Gaulle arrive de Béziers par le quai de la Marine

Cette, ville-port

tartaP1050735 (2)
 
Selon de bons esprits, l'Ancien Régime était déjà mourant en 1789. Sollers cite Chateaubriand pour qui "la Révolution était achevée lorsqu'elle a éclaté ; c'est une erreur de croire qu'elle a renversé la monarchie ; elle n'a fait qu'en disperser les ruines". Paradoxe d'un personnage qui posait au visionnaire ? Pourtant à Sète, à la fin du XVIII ème siècle, des éléments semblent confirmer ces dires.

tartaP1050737 (2)
 Sète fut une ville révolutionnaire. Et pourtant, elle ne connaissait pas de problèmes agraires (son terroir couvre 12 hectares), elle jouissait de libertés d'établissement et de profession (pas de corporations) et de l'exemption de l'impôt personnel (la taille). Certes, la tutelle de l'évêque-comte d'Agde est toujours présente et il faut solliciter l'autorisation de "Monseigneur l'Intendant" pour les plus petites dépenses de la communauté. Mais c'est Montpellier, la capitale du Bas Languedoc, qui exerce son attraction sur Sète, son "faubourg maritime". C'est par Sète qu'arrive le blé en cas de mauvaise récolte. C'est par Sète que l'on exporte les vins et alcools de la province vers les ports de l'Atlantique et de la Manche, en France et au-delà vers Londres, Amsterdam, Hambourg. Les 9 000 "habitans du port de Cette" forment une communauté diverse. La population active compte 30% de salariés, ce qui est beaucoup par rapport aux autres villes. Depuis les jardiniers et les "brassiers", jusqu'aux ouvriers de la manufacture de tabac, en passant bien sûr par les portefaix, les employés aux salins et les matelots, tout un peuple travaille à acquérir les 20 sous nécessaires à son quotidien.
 
Et puis, viennent ceux que préoccupent moins le prix du pain et de l'huile, les strates supérieures de ce qu'on nommait le "tier état" avant la Révolution :

les artisans (maîtres tonneliers, vitriers, serruriers), les commerçants (boulangers, tailleurs d'habits ou même perruquiers). Et ceux qui supportent de moins en moins la "cascade de mépris" que déversent noblesse et haut-clergé et qui souhaitent jouer un rôle dans la gestion des affaires publiques :

capitaines marins, hommes de loi (notaires), professions libérales (médecins) et commissionnaires (représentants d'une maison de commerce), négociants. Les Mercier, Goudard, Castilhon, Ratyé, Bresson qui seront aux premières loges pendant l'épisode révolutionnaire. Ceux qui détiennent les capitaux, sont allés au collège et peuplent la loge maçonnique des "Amis sincères des 13 Etats Unis". Certains ont des correspondants à Bordeaux, Saint Malo, Boulogne, Marseille, Gênes, Livourne, ou plus près à Narbonne, sur cette route du blé qui alimente le Bas Languedoc. Ceux-là seront sans doute sensibles aux mouvements qui enflammeront le Languedoc dès 1787.
 
Toujours Chateaubriand, le secret de la Révolution, c'est la liberté. La liberté à laquelle aspiraient les habitants de la ville-port.
Cette, ville-port.tartaP1050736 (2)
 
Selon de bons esprits, l'Ancien Régime était déjà mourant en 1789. Sollers cite Chateaubriand pour qui "la Révolution était achevée lorsqu'elle a éclaté ; c'est une erreur de croire qu'elle a renversé la monarchie ; elle n'a fait qu'en disperser les ruines". Paradoxe d'un personnage qui posait au visionnaire ? Pourtant à Sète, à la fin du XVIII ème siècle, des éléments semblent confirmer ces dires.
 
Sète fut une ville révolutionnaire. Et pourtant, elle ne connaissait pas de problèmes agraires (son terroir couvre 12 hectares), elle jouissait de libertés d'établissement et de profession (pas de corporations) et de l'exemption de l'impôt personnel (la taille). Certes, la tutelle de l'évêque-comte d'Agde est toujours présente et il faut solliciter l'autorisation de "Monseigneur l'Intendant" pour les plus petites dépenses de la communauté. Mais c'est Montpellier, la capitale du Bas Languedoc, qui exerce son attraction sur Sète, son "faubourg maritime". C'est par Sète qu'arrive le blé en cas de mauvaise récolte. C'est par Sète que l'on exporte les vins et alcools de la province vers les ports de l'Atlantique et de la Manche, en France et au-delà vers Londres, Amsterdam, Hambourg. Les 9 000 "habitans du port de Cette" forment une communauté diverse. La population active compte 30% de salariés, ce qui est beaucoup par rapport aux autres villes. Depuis les jardiniers et les "brassiers", jusqu'aux ouvriers de la manufacture de tabac, en passant bien sûr par les portefaix, les employés aux salins et les matelots, tout un peuple travaille à acquérir les 20 sous nécessaires à son quotidien.
 
Et puis, viennent ceux que préoccupent moins le prix du pain et de l'huile, les strates supérieures de ce qu'on nommait le "tier état" avant la Révolution : les artisans (maîtres tonneliers, vitriers, serruriers), les commerçants (boulangers, tailleurs d'habits ou même perruquiers). Et ceux qui supportent de moins en moins la "cascade de mépris" que déversent noblesse et haut-clergé et qui souhaitent jouer un rôle dans la gestion des affaires publiques : capitaines marins, hommes de loi (notaires), professions libérales (médecins) et commissionnaires (représentants d'une maison de commerce), négociants. Les Mercier, Goudard, Castilhon, Ratyé, Bresson qui seront aux premières loges pendant l'épisode révolutionnaire. Ceux qui détiennent les capitaux, sont allés au collège et peuplent la loge maçonnique des "Amis sincères des 13 Etats Unis". Certains ont des correspondants à Bordeaux, Saint Malo, Boulogne, Marseille, Gênes, Livourne, ou plus près à Narbonne, sur cette route du blé qui alimente le Bas Languedoc. Ceux-là seront sans doute sensibles aux mouvements qui enflammeront le Languedoc dès 1787.
 
Toujours Chateaubriand, le secret de la Révolution, c'est la liberté. La liberté à laquelle aspiraient les habitants de la ville-port.

 Hervé Le Blanche

Histoire du protestantisme sétois

L'église protestante unie de Sète et bassin de Thau a célèbré les 500 ans de la Réforme, len mai avec une soiré au temple de Sète et une exposition Martin Luther, ainsi qu'une conférence sera donnée par le professeur Michel Miaille de l'Université de Montpellier sur le thème de l'apport du protestantisme dans la société et sa modernité.

La soirée s'était terminée par un récital d'orgue donné par Frédéric Munoz avec la participation des amis de l'orgue qui ont permis la rénovation totale de cet instrument monumental du début du XXème siècle. Seront proposées des œuvres de Böhm, Pachelbel, Bach et Luther. (voir rubrique conférences)
A cette occasion Eva Nocquet, la pasteure de la paroisse de Sète Bassin de Thau,  avait eu la gentillesse de résumer pour les lecteurs de Thau-info l'histoire du protestantisme sétois.

croix du fronton du temple de Sète, tombée lors d'une tempêteSous l’Ancien régime

Après la construction du port commencée en 1666, la ville de Sète naît officiellement en 1673. Elle est exemptée de taxes et attire de ce fait de nouveaux habitants. Jusqu’à la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, elle a compté jusqu’à une trentaine de protestants. Ils ont tous abjuré.

Pendant la première moitié du XVIIIe siècle, de nouveaux protestants arrivent. Ils vivent leur foi en famille, sans aucune institution ecclésiale, et se conforment à une catholicité de façade. Parmi les immigrants, on compte des Italiens, catholiques, actifs dans la pêche, mais aussi des Suisses, des Hollandais et des Allemands, protestants et spécialisés dans le négoce. Les deux tiers des protestants viennent du Languedoc et des Cévennes, et le dernier tiers se répartit entre les autres régions de France et les pays étrangers. Autour de 1750, les protestants sont une centaine. Ils se réunissent dans une grange au bord de l’étang de Thau. En 1754, la communauté commence à tenir un registre. Vers 1770, un pasteur s’installe à Sète. Il dessert aussi Villeveyrac et Cournonterral.

En quarante ans, la population protestante a quadruplé, et en 1789 elle compte 450 individus, soit 6% de la population. Un négociant sur quatre est protestant, en général d’origine étrangère. Les autres protestants, en particuliers ceux originaires du Languedoc et des Cévennes, se sont spécialisés dans la tonnellerie. Les protestants habitent dans tous les quartiers de la ville, mais ils sont plus nombreux sur les quais qui bordent le canal.

Pendant la Révolution

Dans l’ensemble, les protestants sétois font plutôt bon accueil à la Révolution et y participent activement. Les négociants, quant à eux, semblent plus partagés.
Pendant la période révolutionnaire, le pasteur Jacques Vincent quitte le ministère. Le culte, qui se tenait jusque là dans un grenier près de la mer, est suspendu à la fin de l’année 1793. L’année suivante, un négociant protestant, Louis Flickwier, devient maire de la ville, mais pour quelques semaines seulement. Après la Révolution, les protestants de Sète mettront du temps à se réorganiser.

Sous le Concordat

A Sète, les relations avec les catholiques semblent moins problématiques que dans d’autres lieux, pour deux raisons : les protestants ne sont pas menaçants parce qu’ils ne sont qu’une petite minorité, et d’autre part ils jouissent d’une bonne situation économique. Il n’en demeure pas moins qu’en 1811, la liaison amoureuse qu’entretient le pasteur Philippe Juillerat-Chasseur avec une catholique est mal acceptée. On ne conçoit pas qu’il puisse l’épouser. Finalement il s’en va.

A partir de 1835, Coraly Hinsch, qui s’inscrit dans le mouvement revivaliste, fonde une église indépendante, qui essaime dans les régions environnantes. Elle reproche aux membres de l’Eglise concordataire de ne pas être vraiment chrétiens, de sorte que les relations deviennent vite conflictuelles. En 1847, elle ouvre à Sète un établissement de bains de mer. Le mouvement hinschiste sera actif pendant tout le XIXe siècle et disparaîtra seulement au milieu du XXe.
Pendant cette période, le protestantisme s’inscrit dans le paysage de la ville : en 1832, on commence la construction d’un premier temple, inauguré en 1834.
L’Eglise de Sète se reconnaît dans le courant évangélique, dans un consistoire de tendance libérale. Ainsi en 1862, elle refuse un suffragant libéral. Il est remplacé par un évangélique : le pasteur Lucien Benoît.
En 1865, Lucien Benoit fonde sur la Corniche la société des bains de mer du Lazaret, qui au début utilise des baraquements militaires. En 1876, il crée un comité sétois en faveur du repos et de la sanctification du dimanche, et il organise des réunions de quartier pour toucher les employés qui ne peuvent pas venir au culte parce qu’ils travaillent, le dimanche n’étant pas encore un jour férié. En 1884, il organise un diaconat. A cette époque, les protestants qui arrive à Sète ont une origine plus modeste : il s’agit souvent de viticulteurs touchés par la crise du phylloxéra.
L’Eglise emploie un concierge, un lecteur et un chantre. Durant cette période, la population protestante croît régulièrement, jusqu’à compter près de 2 400 personnes en 1886, soit 6, 3 % de la population sétoise. En 1890, un deuxième poste pastoral est ouvert : Pierre Médard vient seconder Lucien Benoît, très apprécié mais vieillissant. C’est alors que la population protestante de Sète commence à diminuer.
En 1892, un médecin protestant du parti radical, Ernest Scheydt, devient maire de la ville pour trois ans.

Au XXe siècle

En 1905, les protestants de Sète accueillent avec une certaine réserve la loi de séparation. L’Eglise connaîtra effectivement, pendant la période qui suivra, quelques difficultés financières.
Cela ne l’empêche pas cependant de s’équiper. En 1913, on installe un orgue au-dessus de la chaire. En 1932 on construit des salles annexes derrière le temple, qui servent en particulier aux Eclaireurs. Le Lazaret est agrandi dans les années 1920. En 1927, un directeur autonome remplace le pasteur, qui avait jusque là la responsabilité de gérer l’établissement.
De 1925 à 1951, la publication d’un bulletin paroissial, « Le lien », informe et soude la communauté.
Dans les premiers temps, l’Eglise de Sète ne rejoint aucune union et reste autonome. C’est seulement en 1921 qu’elle adhérera aux Eglises Réformées Evangéliques. En 1938, elle rejoint la nouvelle Eglise Réformée de France, mais gardera son autonomie financière jusqu’en 1945.

En 1943, elle accueille Elisabeth Schmidt pour seconder le pasteur Van den Perk. Elle sera la première femme pasteur de l’Eglise réformée. Elle sera consacrée en 1949.

Sources :
J.-C. GAUSSENT, Les protestants et l’Eglise réformée de Sète, Nîmes : C. Lacour, 1993 fait par Bernard Mourou, juin 2011

Aux confins méditerranéens du royaume de France

La monarchie française a tardivement été en contact avec la mer, « Mer Intérieure ». Capétiens, Valois, Bourbons étaient, sinon continentaux, du moins des terriens. C’est aux XII° et XIII° siècles que les dynasties de l’Ile de France eurent accès aux mers du Ponant. Et ce n’est que depuis la fin du Moyen Age que les rois de France ont veillé sur de nouveaux confins.

Le roi prête serment, lors du sacre, de protéger la religion catholique. C’est le premier devoir de « l’oint du Seigneur », le roi très chrétien, l’ « évêque du dehors ». Mais il jure ensuite de veiller « à la sécurité et au repos de ses peuples ». La sécurité des provinces françaises légitime l’emploi de la force armée et la conduite de la guerre. Jusqu’à Louis XIV, le roi, chef de guerre, sera présent sur le champ de bataille. Le monarque qui installa la « prépondérance française » en Europe, au moment du trépas (1705), regrettais d’avoir trop aimé « la guerre et les bâtiments ». Selon M. J. Cornette, il fut « le roi de guerre », celui des Bourbons qui usa le plus de son pouvoir régalien.

Veiller à la défense (ou à l’extension) du « pré-carré » sur terre ne posait qu’un problème de moyens. Il en allait autrement aux confins méditerranéens. Début XIII°, Saint Louis se fit concéder par le seigneur de Lunel une étendue d’eaux stagnantes où on creusa un port qu’un canal reliait à la mer. En 1271 quand le Languedoc fut annexé par le royaume, il n’offrait guère d’abris. Narbonne, La Nouvelle, Aigues-Mortes étaient de peu d’importance et même Frontignan et Agde ne semblaient guère offrir de possibilités.

Ce n’est qu’avec l’annexion de la Provence et de Marseille (1481) que la France a disposé d’une base pour « les vaisseaux du Roi ». Car, sur cette côte au sud du royaume, il fallait veiller. Une des raisons de la création du port au « Cap de Cette » en Languedoc est de pouvoir accueillir les galères qui, depuis Marseille, patrouillaient (de mars à septembre, il est vrai) en Méditerranée occidentale. En 1718, l’Intendant du Languedoc, dans sa description de la province, écrit que Cette « est un port de guerre » où le gouverneur de la place a des pouvoirs de police et où siège une Amirauté. Et à la fin du même siècle, les marchands et négociants de Sète se félicitent de pouvoir accueillir un « vaisseau de 50 canons » dans un « havre facile et assuré ».

A cette époque, la Royale n’utilisait plus de galères, mais jusqu’en 1748, ce sont les vaisseaux longs qui faisaient la police du domaine maritime du roi. L’arrivée à Cette d’une galère posait des problèmes à la communauté (6 000 habitants au XVIII°). Il fallait pendant plusieurs jours nourrir 450 hommes (dont 56 galériens), loger les officiers, pourvoir les navires en « rafraichissements » (eau douce, vivres). MM les consuls en avaient bien du tracas.

Il est vrai que les gens d’armes de la royauté rassuraient quelque peu. Il n’en avait pas toujours été ainsi. Malgré les efforts de Richelieu, quand Colbert fut mis à la tête de la marine (1664), huit galères pourrissaient dans le port de Marseille. Le « grand roi », soucieux de son devoir, porta leur nombre à trente en 1688. Il en eut jusqu’à quarante (1655). Pour la gloire ?

Hervé Le Blanche

 

 

Perier, Mercier, Auriol, citoyens de Sète

Les noms de rues à Sète, peut-être plus qu’ailleurs, renvoient à l’Histoire. La discrète rue Mercier, reliant la place de la République à la rue Paul Bousquet et au delà au quai de Bosc, sous le laconisme de sa dénomination, évoque en fait bien es épisodes de l’histoire sétoise et de la grande histoire.

Au début du XVIII° siècle, les terrains compris entre le parc Simone Weil (jardin du Château d’eau), la future rue Caraussane, le quai de Bos et les Métairies étaient la propriété de François Perié dont l’hôtel est visible à Montpellier au 11 de la Grand’ Rue et qui était à la tête d’une fortune considérable. Il aurait pu être appelé « milord Perié » comme un parisien du XIX° siècle : marchand de laine, banquier, propriétaire des bains de Balaruc, armateur, il avait acquis les terrains du Mas des Juges et terres bordant le quai de Bosc. Son puits approvisionnait en eau douce les embarcations venant « faire aiguade » à Sète. Les terrains de Perié passeront par héritage à une famille alliée, les Mercier qui jouèrent un rôle important en « Ile singulière ». Le premier, Charles Borromée Mercier, connu à Sète, venait de Dunkerque et mourut en 1807 dans « l’Isle de la Bordigue ». Puis, l’Histoire de Sète signale un Charles Mercier administrateur de l’hôpital, agronome importateur de tabac fin XVIII° et consul de la ville. Charles et Toussaint Mercier armeront le brick Soleil Levant pour le commerce en mer du Nord et dans la Baltique.

Les Mercier sont liés aux meilleures familles de Sète. Le fils de Toussaint épouse une demoiselle Grangent. On fréquente les Taissié, les Ratyé et tout un monde de négociants, capitaines de navires. La famille fournit des consuls à la communauté, fréquente la « Loge des amis fidèles des treize états Unis ». Dame, on est protestant, ami de la Liberté…et du commerce. La famille tente d’établir une ligne commerciale avec New-York, faisant apprécier le muscat de Frontignan aux « Yankee ». La tourmente révolutionnaire n’affecte pas leur situation. Un Mercier est nommé maire en 1832 et Charles Mercier est maire après la Révolution de 1848. Il sera évincé par l’autoritaire Doumet et quand Louis Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III) arrive au pouvoir, il est arrêté, interné à Dunkerque. Leurs biens seront passés à une famille venue de Castres : les Auriols. Le noble Jean-Louis Elysée Auriol (seigneur des Graisses, Cadalens, Sicusac dans le Tarn) se met au commerce des vins et fait fortune : société fondée avec Johann Dietrich Krüger-Hinsh. Elle durera jusque dans les années 1850 ; Auriol, Maurice Charles, multimillionnaire, achètera les terrains Mercier. Ces propriétés seront loties par les héritiers. En 1882, pas moins de 16 voies privées deviendront publiques.

Ce seront les rues Arago, Révolution, de l’Egalité. On a sans doute honoré Charles Mercier, victime du 2 décembre. Le maire du temps voulait « révolutionner les consciences » et baptisa, au cœur du nouveau quartier, la nouvelle esplanade : place de la République.

Hervé Le Blanche

 

Hervé Le Blanche

Hervé Le Blanche, professeur d'histoire et de géographie, passionné d'histoire, de littérature, d'art et de sa ville de Sète est notamment l'auteur de "Histoire(s) de Sète et des Sétois" et de sa suite "Histoire(s) de Sète, des Sétois et de quelques autres..."

 

Corsaire singulier

Photographe, plongeur, ex-archéologue amateur et inventeur d'épaves, passionné d'histoire maritime, d'histoire locale et de généalogie, Antoine Golf offre au lecteur l'occasion de découvrir la vie de nos ancêtres, il y a deux siècles autour du Bassin de Thau



cliquez sur l'image pour l'agrandir

Parti d'une vérification sur la date de décès d'un matelot marseillanais pendant les guerres napoléoniennes, l'auteur a découvert l'histoire du navire corsaire sétois "La Comtesse Emeriau" et de son capitaine, Jean-Antoine Ytier (1776-1838).

A travers des documents inédits, issus d'archives françaises et britanniques, il a été possible de faire la lumière sur la vie de ce marin méconnu, natif de Martigues, dont les plus grands exploits furent accomplis en tant que capitaine d'une goélette armée à Sète.

 Du siège de Toulon à la bataille d'Aboukir, puis en mission de Cadix aux Antilles, on suit la carrière du mousse devenu officier, on croise Bonaparte devenant Napoléon, et de grands amiraux français et anglais comme Nelson.
Mais c'est surtout la guerre de course dans le redoutable Golfe du Lion et la Méditerranée occidentale, à l'époque du Premier Empire, qui est révélée ici.
Combats navaux inégaux, années de captivité à Malte, évasion audacieuse, abordages et prises de navires ennemis, cette vie de Jean-Antoine Ytier est digne d'un grand roman d'aventures maritimes!

Les passionnés de l'histoire maritime de Sète et du Languedoc trouveront aussi une étude sur le chantier naval Raynaud qui, au milieu du 19e siècle se spécialisé dans les navires en métal, propulsés par la vapeur et l'hélice. Un élan brisé par des complications administratives.

 Episode oublié de l'histoire de l'île singulière.

Les salins de Villeroy

Aujourd’hui transformés en zone résidentielle, les salins de Villeroy produisaient du sel marin jusqu’en 1960. Une activité qui procura du travail à de nombreux sétois et fit la prospérité des Salins du Midi.

Le riche amateur et Cette

gambValery Larbaud, le 22 février 1914, était "content d'échapper à Cette". Il trouvait à la ville "un air de provisoire et de perpétuel passage", pas celui d'un lieu où vivre.

Il est vrai que même au bord du golfe du Lion (43° latitude nord), l'hiver est marqué. Et puis, le séjour était difficile pour lui qui, malgré tout, vivait dans l'aisance à la recherche d'impressions devant nourrir son œuvre littéraire.

 

Alors il loge au Grand hôtel. Il se demande d'où viennent les gens bien vêtus qui y dinent et trouve que les employés sont les seules gens polis de la ville. Notation bien digne de celui qui était nanti d'une rente mensuelle de 2 500 francs (une journée de travail était payée 5 F, une secrétaire recevait 200 F par mois).

La ville "est trop pauvrement éclairée" et d'ailleurs, le vent menace les becs de gaz derrière les vitres des réverbères. Et parfois il pleut ! Cette ressemble alors à Cardiff et le mont Saint Clair est tout emmitouflé de nuages. De toute manière, "après Marseille, ça fait terriblement misérable". Certes, il y a des bâtiments à frontons et sculptures, parfois "au milieu des docks". Il arrive même que des portes cochères ouvrent sur des "entrées assez propres avec escalier et perron".gambP1040855

Etonnant ! Les rues voisines du jardin du Château d'eau sont tristes et sales et dans les tourbillons du vent accumulent poussière, papiers, immondices. Le flâneur non salarié apprécie un peu plus la rue Gambetta "qui n'est pas la Grand'rue" (dont il ne nous dit rien). Mais "même les boutiques où l'on vend des accessoires de jeu ne sont pas belles". Il y a bien un magasin de vêtements, mais on s'y fait arnaquer et on y vend de la marchandise de contrebande.

 La rue Gambetta est animée, mais "les gens ont l'air de marcher en rang" (?). Au Grand café, on peut converser tranquillement. Car en ville, ce n'est que brusquerie dans la parole, bousculades. Certes, quai de Bosc, se promènent des bourgeois en chapeau melon. Et parfois une nurse avec des bébés. "Elle est en uniforme, col blanc, voile bleu. Cela surprend ici". Et les autres ? Les porteurs de colis sont des provinciaux aux réflexions naïves. Les travailleurs, comme le laitier, sont hostiles. Ne voilà-t-il pas que ledit laitier traite le bourgeois en inférieur ? Il est vrai qu'il est syndicaliste et "endoctriné de socialisme".

http://blog.ville-poussan.fr/wp-content/uploads/2019/01/gambP1040854.jpg

Mais, les hommes étant ce qu'ils sont, l'insolent laitier se montre par la suite affable et souhaite bon voyage au voyageur. Et Larbaud le nomade garnit son filet à impressions. Il note le jaune des épaulettes des Martiniquais du régiment colonial. Et quai de Bosc, lors de la pause de midi à midi et demi, les petites ouvrières sautent à la corde. Echappées pour un moment de l'imprimerie-papeterie Dumas, rue de la Poste (actuelle rue Gabriel Péri).

 

Le 22 février, la tempête se lève. La mer "toute blanche [semble] bouillir". Alors que les lagunes restent paisibles, "de l'autre côté de la bande côtière, la mer [est] en furie". Nanti des fonds nécessaires, l'écrivain-voyageur prend le train pour Montpellier. Il pleut, mais il n'est plus à Cette.

 

H. Le Blanche

Cette en 1846 : La plus vieille photo de Sète


C’est la première photo prise à Sète. Ce daguerréotype date de 1846 et est l’œuvre de Claude Choiselat et Stanislas Ratel, deux pionniers de la photographie. On voit au premier plan le Pont de la Saunerie (devenu plus tard « de la Savonnerie »), les bateaux de pêche à droite sur le quai de la Marine et, en face, les bateaux de commerce sur le futur quai Aspirant Herber.

Un commentaire explicatif d'Ernest Puerta 

  Cette photographie, assez rare je l’ai découverte dans un ouvrage intitulé « La photographie une passion française » qui a été publié en 1999 par   Roger Théron, né à Sète en 1924   et patron durant de longues années du célèbre journal Paris Match.
 Roger Théron a été également l’un des plus anciens collectionneurs de photographies du XIX ème siècle  et dans cet ouvrage j’ai trouvé cette photographie très émouvante car elle est sans doute le cliché le plus ancien connu de Sète, il date de 1846 alors que l’invention de la photographie n’a été révélée au grand public qu’en août 1839.
Photographe à mes heures j’avais eu l’envie non pas d’essayer de produire à l’identique 168 ans plus tard une image semblable mais plutôt de rendre un hommage photographique à Messieurs Choiselat et Rattel, auteurs de cette photographie, voilà ce que j’ai fait  :

Histoire du Port de Sète

L’histoire du port est le reflet de la vie économique et sociale de la région Languedoc-Roussillon.

Le port de Sète s'est traditionnellement développé de l'Ouest vers l'Est.

Par le Port de Sète sur http://www.sete.port.fr/fr/le-port/un-peu-dhistoire

1666 : La première pierre du Môle Saint Louis est posée, suite à la volonté de Louis XIV de créer un port d'exportation pour les produits du Languedoc. La création de la digue de protection du port, longue de 650 m signe la naissance du port de Sète.

1820 : Au 19ème siècle, le port de commerce se développe avec, comme principaux trafic, le vin, le soufre, le bois, les céréales et le fer. Sète est également un port de transite d'oranges et de citrons en provenance des Baléares et des Canaries puis d'Algérie et du Maroc, vers les autres régions françaises. Ce trafic s'est développé jusqu'en 1970.

Plus vieille photo de Sète : 1845

Aller plus loin sur : http://www.sete.port.fr/fr/le-port/un-peu-dhistoire

Sète la Singulière
par Louis Bernard Robitaille

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon

Ouvrage sur l'histoire de Sète

Sète la Singulière

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon