Histoire de Sète

1765 : Les curieuses joutes du 25 août

On joutait à la Saint Louis dès les années 1680, quand la Communauté de Cette fut constituée. En 1765, la tradition fut respectée et le tournoi se déroula sans incident notable. Mais sa dédicace marque en fait un certain esprit "cettois" d'indifférence au pouvoir central – fut-il celui du roi – d'indépendance locale. Car, outre Saint Louis, ces joutes honoraient la cinquantième année du règne de Louis XV.
Le communiqué des consuls indique vouloir célébrer "l'époque mémorable de la cinquantième année du règne du meilleur des Rois" par une "fête des plus brillantes". Mais en 1765, Louis XV n'est plus le "Bien Aimé" pour la santé de qui l'on priait vingt ans plus tôt. Et pour cause. En 1763, le traité de Paris, à l'issue de la "Guerre de sept ans", a entraîné la perte du Canada, de la Louisiane, des territoires français en Inde. La France a conservé les "îles à sucre" dans les Caraïbes, mais ce désastre majeur a discrédité la royauté. Le régime est mis en cause. Les Parlements (cours de justice) abusent de leurs droits de remontrance, contestent le pouvoir royal. A Rouen, Paris, Pau, Toulouse, les cours de justice s'opposent au pouvoir royal. A Rennes, éclate la vilaine "affaire La Chalotais" où, mené par un ambitieux président sans scrupule (La Chalotais), le Parlement entre en révolte en 1765. Et puis, la vie privée de Louis XV est endeuillée. Madame de Pompadour, "l'amie de vingt ans" après avoir été la maîtresse en titre, est morte en 1764. Et le Dauphin, le fils de 35 ans, aimé et estimé, pâle, amaigri, brûle d'un mal mystérieux.
Alors, le roi défend aux corporations, villes, communautés ainsi qu'à ses courtisans et ses familiers de marquer le cinquantième anniversaire du début de son règne. A Cette, eh bien, il n'y aura pas de jubilé le 1er septembre mais on marque tout de même l'anniversaire. Dès la Saint Laurent, 10 août, les sociétés de jouteurs se sont qualifiées pour le tournoi en décrochant le pavois suspendu sur la façade de l'Hôtel de ville. On se bousculait, "se jetait pêle-mêle sur le pavois". Le jour de la Saint Barthélémy (veille de la Saint Louis), les deux troupes (la jeunesse et les mariés) allaient drapeaux déployés "bailler des livrées" à toutes les personnes de marque (autorités, notabilités), "à tous les gens distingués de leur suite, surtout aux dames s'il y en avait". On accrochait cocardes et rubans aux vêtements : couleur rouge et verte pour les mariés, blanche et bleue pour la jeunesse. Après le défilé aux flambeaux, au matin du 25 août, chefs, officiers, enseignes des deux camps allaient à l'Hôtel de ville recevoir les insignes de leurs fonctions (cannes, épées, écharpes). En 1765, le chef des mariés est Jean Borne (négociant connu). Celui de la jeunesse, Henri Massé. Ils sont chacun à la tête de 16 jouteurs.
Et le 25 août, "à trois heures après les vêpres", s'affrontent les chevaliers de la tintaine. En 1765, "les habitants de la ville de Cette" joutent "dans le respect dont ils sont pénétrés pour leur Auguste souverain" (!) et "avec la décence convenable" (!). Curieuses joutes.

Hervé Le Blanche

Sources :
Jean Meyer, La France moderne – Histoire de France, Hachette, T IV
Michel Antoine, Louis XV, Fayard coll Tempus
Toussaint Roussy, Relation des joutes de 1765 (archives municipales Sète)

Le Grand Hotel en 1900

Plus ancien hôtel de Sète encore en activité, le Grand Hôtel est remarquable par son architecture 1900 et son magnifique patio . Rien n’a changé depuis 1900. Un authentique monument historique .

De la Saint Louis et des joutes.

Les festivités de la Saint Louis, fête patronale de Sète, vont mettre en effervescence rues, quais et canaux de l'Ile singulière. Et l'on joute, singulièrement le lundi quand les poids lourds montent sur les tintaines. Si les joutes nautiques ne sont pas nées à Sète, ni même en Languedoc, elles sont constitutives de l'histoire de la ville-port.

On a jouté le 29 juillet 1666 : "On avait vu devant que se mettre à table (pour le dîner) passer en très bon ordre deux fort belles compagnies de Mariniers vestus de blanc, les uns parez de livrées incarnates et les autres de bleües, avec des toques de taffetas de ces mêmes couleurs… Elles estaient allées tambour battant et enseignes déployées gagner dans le canal, au son des hautbois, chacune dans leur Chalouppe ornées de même parure, l'une peinte en rouge et l'autre d'azur semé de fleurs de lys, montées par seize rameurs avec leurs Patrons et autres aydes et sur chacune douze jousteurs lesquels s'apprestèrent au combat tout aussi tôt qu'ils virent les Dames et toute la Compagnie sur le rivage", relatent le ou les témoins. La relation ne donne pas le nom du vainqueur du premier tournoi de joute à Cette qui reçut un prix des mains de Mme l'Intendante et "les vaincus mesmes furent consolez de quelques présens agréables". Il y avait peut-être dans les barques des natifs du lieu, mais le gros de la troupe venait de Frontignan et surtout d'Aigues-Mortes. Car c'est à partir de la cité royale que la pratique de la joute nautique se répandit en Languedoc.

On joute en Agde dès 1601, à Frontignan en 1628 et la pratique gagna sur tout le littoral de l'étang de Thau. C'est à Aigues-Mortes, port de la croisade, que les traditions de la chevalerie s'amalgamèrent aux coutumes festives populaires. Comme en bien d'autres lieux en France à la fin du Moyen-Age quand "les tournois se normalisent et deviennent un spectacle tout en restant un entraînement militaire". Des joutes nautiques eurent lieu à Lyon, à Marseille en 1349, puis au Havre, Lille (!) et  Strasbourg en 1744 pour célébrer la guérison de Louis XV. On ne sait qui importa cette très ancienne pratique de combat sur l'eau en France. Elle apparait surgie d'un très lointain passé, peut-être venue d'Italie. Car les Romains joutaient et joutèrent longtemps. En attestent la description des fêtes en l'honneur de Castor et Pollux à Ostie, ainsi que les céramiques montrant des jeux nautiques à Strasbourg en 303 ap JC en l'honneur de l'empereur Dioclétien. Avant eux, les Grecs dès le VIIème siècle av JC. Plus tôt encore, les Egyptiens dès que les pharaons établirent leur pouvoir sous l'Ancien empire (2780 à 2380 av JC).

Cette coutume plurimillénaire trouve à Sète un lieu d'épanouissement. Longtemps pour des raisons politiques : de Louis XIV à Napoléon. Mais aussi parce que, fête populaire, elle est, selon G. Maccone, "halte reposante" et "trépidante" où s'expriment rêves d'enfants et espérances d'hommes. Et dans la lumière du sud quand, parmi les oriflammes, sur une eau miroitante s'affrontent les hommes en blanc, c'est un spectacle…royal!

Hervé Le Blanche

joutes en Egyptejoutes en Egypte (source : www.flacsu.fr)

1666 : le dessous des cartes.


Louis XIV vers 1660 au début de son règne. Le jeune roi a déjà visité nombre des ports du royaume.
 

Le 29 juillet dernier, on a célébré le 350ème anniversaire de la création officielle du port de Cette. C'est le roi, Louis XIV, qui avait suscité ce "miracle". Mais, créer un port "au Cap de Cette" mettait en jeu de gros et grands intérêts.

Les cérémonies furent spectaculaires à souhait. On eut quelque peine à poser la première pierre, mais on célébra par une médaille ce jour mémorable. Sur une face, était évoqué l'œuvre de P-P Riquet "le Moïse du Languedoc", créateur du canal des Deux Mers et du port. Sur l'autre face, des devises latines célébraient la gloire de Louis XIV, "victorieux et triomphateur", "le vainqueur et arbitre du monde". Trompettes, tambours, artillerie, explosions des boëtes et des cris de "Vive le Roy" ont salué la pose de "l'assez grosse pierre" probablement agathoise. Et pourtant, tout restait à faire sur le site d'une province périphérique du royaume où vivaient quelques dizaines de familles de pêcheurs et d'agriculteurs. Pourquoi, à coup de millions, offrir un débouché au canal de Riquet ?

Géographiquement, en Méditerranée, se croisent deux grands courants commerciaux : Europe du nord-Afrique et Moyen-Orient-Europe. Sur terre, l'île de Cette est à l'écart de la grande voie de passage Italie-Espagne (via Domitia). Créer un "havre facile et assuré" au fond du golfe du Lion correspondait toutefois à une logique stratégique : un port d'escale pour les galères du roi surveillant la Méditerranée occidentale. Le site n'était pas sans défauts. D'ailleurs, l'ingénieur hollandais Renejens avait recommandé d'établir le port, derrière le lido, dans l'étang de Thau. Le mont Saint Clair abritait des vents du ponant mais non de ceux du levant (le grec si redouté). Mais, marchands-fabricants, propriétaires fonciers avaient alerté l'Intendant : une des meilleures provinces du royaume périclitait faute de débouchés. A Montpellier, on tissait depuis le Moyen-Age des draps de laine fins. Les paysans tissaient l'hiver et le Haut Languedoc produisait des grains en abondance. Or, Colbert voulait mener une vraie guerre économique contre les autres puissances. Selon lui, le royaume devait acquérir le plus possible de numéraire. Alors, il suscita la création de ports, de compagnies de commerce. Pour Cette, ce fut la Société du Levant où les financiers de Montpellier contribuèrent beaucoup : la famille Bosc (Laurent, à l'origine du quai qui porte encore son nom ; Marc-Antoine, possesseur de plusieurs maisons à Cette). Contribuent aussi les Pouget, actionnaires de la manufacture de Villeneuvette et le grand consortium protestant des Sartre au rayonnement européen qui armeront les premiers navires partis de Cette courir "la grande aventure". Et investissent dans l'entreprise le chevalier de Clerville (4 000 livres) et…le Roy "en son particulier" (30 000 livres).

Cette devait concurrencer Cadix, Séville afin de capter les trésors de l'Amérique espagnole et exporter les draps, les grains, le sel, le pastel, le vin du Languedoc. Les médailles, l'évêque, les jouteurs, ce sont les figures des cartes du jeu. Reste le dessous des cartes.

 Hervé Le Blanche

Cette en 1845

Un des plus anciens documents sur Cette : un daguerréotype datant de 1845 ! Et déjà, une belle activité.

Cette en 1913

Pas d’autos mais un tramway, des barriques partout, voilà à quoi ressemblait l’actuel Quai de la Résistance en 1913. On voit la terrasse du Grand Café, occupé actuellement par Monoprix.

Plage Camping

Dans les années 60, la plage de Sète était devenue le plus grand camping du monde ! Sur 12 kilomètres, s’entassaient les tentes d’estivants ravis de camper gratuitement. Mais les conditions sanitaires étaient lamentables et l’Etat dut interdire le camping sur la plage sétoise. Les exploitants de campings retrouvèrent leur clientèle.

Le Souras en 1900

C’était l’époque où le Souras-Bas etait le domaine exclusif des pêcheurs. Et pour ravauder les filets, les femmes de pêcheurs s’installaient sur la rampe des Arabes où la circulation était rare, Saint-Clair n’étant pas habité…

Des quais très encombrés

Le quai de la République en 1920 : il y avait tellement de marchandises et surtout de barriques que le quai est presque bouché ! 

Sète la Singulière
par Louis Bernard Robitaille

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon

Ouvrage sur l'histoire de Sète

Sète la Singulière

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon

Si vous croisez un chien ou un chat errant, ne détournez pas le regard

CHIENCapture

"Alors la mort dans l’âme, sur les conseils du vétérinaire et en concertation avec la famille d’accueil, nous avons pris la décision d’abréger ses souffrances. Véronique et son fils Ange ont décidé que cette petite misère aurait quand même un nom, Glimm car « glimmer of hope » signifie lueur d'espoir… Alors voilà maintenant Glimm est au paradis des chiens.Mais que de souffrances. Cette petite chienne a été vue errante des semaines auparavant par des habitants du village, elle était à ce moment là sur ses 4 pattes, courant la campagne, mais personne ne s’en est inquiété. Un chien comme elle tout le monde s’en fout. Cela n’émeut et ne touche personne. Ce n’est qu’un chien de chasse. Personne ne lui a donné à boire, ni même de quoi manger. Glimm est morte lentement mais sûrement. Elle est morte de faim, de soif, de fatigue. Glimm est morte de notre indifférence à tous. Enfin presque tous...

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