EDITO

Un escalier se balaye en commençant par le haut

Le gouvernement annonce un plan de départ volontaire de 120.000 fonctionnaires. Beaucoup vont applaudir car l’opinion, façonnée par les discours des médias dominants, a trouvé son bouc émissaire : la fonction publique. Trop nombreux et pas assez efficaces, les fonctionnaires coûtent trop chers.

Ce pilonnage anti-fonctionnaire résulte cependant plus d’une posture idéologique que d’une analyse objective de la situation. Dans bien des cas ce n’est pas de trop de fonctionnaires dont nous souffrons mais au contraire de pas assez ! L’hôpital avec son manque chronique de personnel soignant, les quartiers sensibles désertés par la police ou encore l’insuffisant accompagnement d’une jeunesse à la dérive sont là pour nous le rappeler.

La privatisation, autre obsession de la pensée libérale, a aussi ses effets pervers. L’eau du privé coûte-t-elle moins cher que l’eau des régies municipales ? La poste ou la SNCF fonctionnent elles mieux depuis que le privé a repris des pans entiers de leurs activités ?

Le privé est-il le bien parfait ? Le public est-il le mal absolu ? Sont-ils même si différents ?
Il y a autant de petits barons exécrables préoccupés de leur propre ego ou de leur carrière dans le privé que dans la fonction publique. Il y a autant de petites mains payées chichement qui font tourner la boutique avec abnégation dans les deux secteurs. Qu’est ce qui distingue la standardiste du privé qui doit faire face à un client grincheux d’une standardiste du public qui doit expliquer à un "usager" pourquoi sa demande n’a pas été acceptée ?

Comme partout, il y a des tire-au-flanc dans la fonction publique mais il y a aussi des personnes impliquées qui font marcher un système qui marche souvent sur la tête. Tout comme le privé, le public recourt aux contrats précaires et prend des libertés avec le droit du travail pour pallier les effets pervers d’une gestion centralisée. Il y a des services défaillants dans le public comme il y a des entreprises en faillite dans le privé. Opposer public et privé ne fait qu’entraîner un nivellement par le bas des conditions de travail et des salaires.

La mode est à la réduction du nombre de fonctionnaires mais paradoxalement, dans le même temps, en France et en Europe, on n’a jamais autant généré de lois, de règlements et de directives qui aboutissent à une augmentation de la bureaucratie rendant plus difficile la tâche des services publics dont on réduit les moyens.

Les pays scandinaves, dont la proportion d’emploi public est plus élevée qu’en France (30% en Suède contre 20% en France) sont ceux qui s’en sortent le mieux. Leur qualité de vie reste un exemple et ils ont su préserver une croissance supérieure à la nôtre.
La Grèce moribonde, avant même son "sauvetage" par l’Europe et le FMI, affichait un taux d’emploi public de 6%, un taux parmi les plus faibles du monde occidental. Un faible taux d’emploi public n’est donc pas synonyme de vertu.

Le déficit public de la France n’est pas dû aux fonctionnaires, il est d’abord le fait d’une mauvaise gestion. Air Sarko One, l’avion de luxe du Président Sarkozy était-il un investissement opportun ? La construction d’un hôtel de région pharaonique à Montpellier par Georges Frêche était-il judicieux ? Le même Georges Frêche qui à peine en fonction faisait refaire son cabinet de toilette et commandait l’achat d’un porte-balayette à 396 euros signé Philippe Starck gérait-il bien l’argent public ?

Réduire le nombre de fonctionnaires sans revaloriser leurs missions et sans corriger les méthodes de gestion ne pourra qu’aggraver encore la situation du pays. La haute fonction publique et les élus doivent donner l’exemple. Dans ce domaine comme dans d’autres, un escalier se balaye en commençant par le haut.

Jacques Carles

Sète la Singulière
par Louis Bernard Robitaille

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon